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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 10:06

Dans le cadre du Bicentenaire du Tarn-et-Garonne, Les Editions La Brochure vont publier un livre écrit en direction des jeunes où je rassemble les portraits de personnages marquants du département. Ici j’offre celui d’un accordéoniste où le peuple est présent en toute sa splendeur. Jean-Paul Damaggio

 

Quinze ans en 1936

  

Né en 1921 en Espagne et je me prénomme Antonio. Mon père est cultivateur musicien et ma mère trop tôt absente. A quinze ans, je viens de décider que je serai accordéoniste. Ma décision peut surprendre tous les voisins cultivateurs que nous avons autour de chez nous, mais pas ma famille. J’ai une pensée très forte pour ma mère que j’ai perdue voici un an, mais avec mon père, mon frère et ma soeur aînée, aucun coup dur ne pourra nous abattre et mon rêve sera réalité.

Le premier des coups durs, la misère, nous poussa à quitter l’Espagne vers 1922. Mes grands-parents étaient déjà décédés et c’est un oncle du Lot-et-Garonne qui nous a incités à venir par ici, car il y avait du travail pour remplacer les hommes morts à la guerre. Pour s’expliquer notre présence, certaines personnes disaient que nous étions des assassins, ce qui nous faisait sourire, nous sommes musiciens, car en effet, en plus de paysans, nous sommes musiciens. J’ai une anecdote au sujet du passage de la frontière française. Mon frère avait ramené d’Espagne un moineau blanc qu’il avait mis longtemps à attraper vivant et un douanier aurait voulu qu’on le lui cède car c’est un oiseau si rare. Là, je répète ce qu’on m’a dit car j’étais bien trop jeune pour m’en souvenir.

En arrivant dans la vallée du Tarn, on s’est installé directement dans une ferme en allant vers Corbarieu. Deux ans après, on est allé vers Mirabel. J’ai commencé l’école à Aussac et toute la première journée, ça c’est une mémoire à moi, j’ai pleuré.

Pourquoi nous nous sommes retrouvés ensuite à l’école de Mirabel ? On habitait au lieu-dit Fouysarel, à côté de la propriété de Cabos où il y avait un grand-père qui ne parlait que le patois.

Du séjour dans cette école de Mirabel je conserve beaucoup de bons souvenirs. J’y suis entré pour mes sept ans et j’en suis sorti à douze, en juillet 1932. Il y avait des Italiens comme le petit Lino Maestrella qui est cependant resté très peu. Les métayers devaient souvent changer d’habitation. Celui que j’ai le plus suivi s’appelait Gaston Gabriel qui n’était pas très malin, si je puis me permettre ce jugement. Il y avait aussi Maurice Mourgues, fils de fermier. Nous avons vu arriver un jeune enseignant Roger Ramond.

A l’école, on ne faisait pas de musique. L’instituteur, qui parfois me ramenait chez moi, faisait du violon mais pour lui. Il voulait me faire passer le certificat d'études mais je n’étais pas assez bon en français. Mon statut d’étranger ne posa aucun problème avec les camarades.

C’est par mon père que j’ai appris la musique. Il en avait fait en Espagne et il jouait des instruments à cordes. De tous les instruments à cordes qui étaient dans la maison - guitare, violon, mandoline - je n’en ai touché aucun. Un désintérêt total, mais à part ça, j'aimais bien les écouter jouer. La nuit, la musique dehors, c’est beau dans la nature. Mon oncle qui venait de Paris, jouait aussi avec eux, et ils faisaient un petit orchestre mais je n'ai jamais eu l’idée de jouer de tels instruments contrairement à mon frère qui jouait du violon (il a commencé par cet instrument) à partir de partitions. Il lisait la musique. Ma sœur déjà parisienne avait suivi des cours de violon mais, d'après ce qu'elle m'a dit, elle n’avait pas assez de force dans les doigts pour continuer. Elle fait de la couture.

Donc en 1932, l’école étant achevée, ma jeunesse allait être encore plus marqué par mon travail à la ferme. Après l’animation d’une fête de trois jours par exemple, quand il faut aller soufrer la vigne, c’est dur, et s'il y a un peu de vent de face, avec la pompe sur le dos et du sommeil plein les yeux, on sent encore plus sa douleur.

Mais alors, pourquoi décider aujourd’hui que je vais devenir accordéoniste ?

L’accordéon m'est arrivé entre les mains par un hasard de la vie. Au cours d’une visite à ma sœur parisienne, pour le noël de 1932, ma mère qui était encore là,  m’a demandé :

- Qu’est-ce que tu veux que je te porte ?

- Bof, un accordéon, ai-je répondu.

Elle est allée a la Samaritaine acheter un accordéon pour 100 frs, un jouet quoi, dix touches, quatre basses et j'ai commencé là-dessus. J'ai dit "accordéon" par hasard, c'est une idée qui m'est venue comme ça. Je ne pensais pas du tout en faire un métier. Avec ce petit instrument, mon père à la guitare et mon frère au violon, nous avons fait danser dans le bal de Mirabel, chez Delmas. Le répertoire n'était pas grand.

Pour apprendre, sans me jeter des fleurs, je peux dire que ça n'a pas été dur. Je ne savais pas lire le solfège. La partition devant le nez, il jouait. Moi, quand j'ai commencé à trouver les notes sur l’accordéon, j’écoutais deux ou trois fois sa chansonnette et ensuite je pouvais jouer. Mon seul contact avec la musique, c'était ce contact familial mais je dois reconnaître que mon père jouait assez souvent. A ce moment-là on n'avait pas l’électricité ; c’est seulement à présent, après un changement de propriété, que nous avons la radio pour nous aider. Je me suis formé à l’oreille en écoutant mon père et mon frère. Même les fêtes ne m'étaient pas d'un grand secours. J'aurais pu y écouter les autres mais on n'y allait que quand on était invité à y jouer.

 

Au bout d'un mois, mon premier accordéon avait des ressorts cassés alors des voisins m'ont prêté le leur, par exemple Monsieur Cabos. Ça n'a pas duré longtemps car j'ai eu un deux rangées, douze basses, un peu le double de mon précédent. La qualité était meilleure. Ensuite, vers quatorze ans, je suis monté à mon tour à Paris voir ma sœur et mon oncle. On a essayé d'en trouver un à Clignancourt au marché aux puces. Mon oncle en a acheté un à 800 frs, je crois. Un quatre-vingt basses et trois rangées main droite chromatique. Après l’achat, j’ai escaladé les escaliers quatre à quatre pour jouer aussitôt. Là, j’aurais presque balancé l’accordéon par la fenêtre. Je n’arrivais à rien. A quatorze ans, on ne se rend pas compte des choses comme à quinze. J’ai pleuré. Quand on passe d’un diatonique à un chromatique, c’est tout à fait différent. Après quelques jours, j’ai pu m’y mettre. Le diatonique était le plus répandu et c’est seulement à Albias que Marceau Malirat avait un chromatique. Il ne lisait pas la musique, mais c’était un bon musicien. Il m’a aidé pas mal.

Ma première participation à une fête avec mon frère, c'était à Saint Romain, et vous allez comprendre pourquoi je m’en souviens bien. Participer à une fête, ça voulait dire animer la vente des bouquets le matin, accompagner la messe à l’église puis lancer le bal l’après-midi. On ne savait pas trop ce qu’il fallait jouer à l’église. On a relevé plusieurs cantiques sur un livre et on a essayé. On avait demandé au curé de nous faire signe pour lancer la musique. Après le premier signe, on attaque le premier morceau et il ne nous dit rien. On passe au deuxième cantique, il dresse l’oreille. Il ne s'attendait pas à ce qu'on joue ainsi. Il descend de l’autel pour nous demander si on avait beaucoup de morceaux de la sorte. On lui montre le répertoire préparé et il nous invite à continuer, les jeunes filles nous accompagnant par le chant. A la fin des morceaux, la messe est achevée, dit-il, en envoyant tout le monde casser la croûte. La cérémonie religieuse avait été une suite de morceaux de musique. C'était un curé assez moderne mais d'autres nous fermaient la porte de l’église car ils trouvaient que l’accordéon était un instrument mal famé.

Donc, pendant un moment on a joué tous les trois : mon père, mon frère et moi. On a pris des musiciens de l’extérieur. Mon frère est passé du violon au saxo car sans micro, le violon ne portant pas loin, le saxo faisait plus d'effet. De plus, il était à la mode. Il a acheté un saxo alto.

Après ce début de carrière musicale, je veux en faire mon métier, voilà mon rêve en ce premier janvier 1936. Mon père, avec l’âge, ne suit plus mais comme les fêtes ça marche bien, on a décidé que je devais trouver un accordéon encore meilleur. On a été chez Maugein à Tulle. Un des trois frères nous a reçu. Je me souviens d'Antoine. C’est pas de la morale qu’il m’a fait, mais il m'a dit : « Attention, il faut se tenir comme ci et comme ça ». Il avait vu que je ne jouais pas trop mal. Mon premier accordéon professionnel fut donc une occasion qui avait appartenu à Valade, le premier accordeur de chez Maugein.

Du point de vue du répertoire, je l’alimente à présent en achetant les partitions envoyées par des petits éditeurs. On se débrouille mais ce n’est plus un simple jeu : je dois m’y mettre sérieusement pour progresser.

Mon quotidien musical ce n'est donc ni les concours ni les professeurs mais les fêtes. On travaille dur mais quand on s'amuse, on s'amuse. Pour les danses, il y a de tout : tango, marche, boléro, paso-doble, java, valse... Avec trois ou quatre succès dans l’année on se débrouille. Tenez, voici un autre souvenir de vente des bouquets.

Installés et bousculés sur des camions, des charrettes, - c’était sympa - on passait de maison en maison pour porter le bouquet et on jouait un morceau à la demande. Si un voisin était plutôt de droite, il demandait La Marseillaise et le voisin de gauche demandait L’Internationale. Généralement les habitants deman-daient les succès de l’époque. Des trucs de Scotto, un compositeur qui a fait beaucoup de succès. Les succès étaient souvent marseillais. Parmi les fêtes, celle du Rond à Montauban dura cinq jours à cause de la place du 15 août dans la semaine. Le dernier jour, on nous demanda pour une noce. Eh bien! on y est allé ! On est cinq ou six. Le nom de notre orchestre est simple « Les frères Meler ». Je suis heureux. Je ne sais trop pourquoi j’ai la passion de mon instrument. Je serais accordéoniste et demain il fera MUSIQUE.

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 15:20

Extraits de Laïcité sans œillères Marie-France Durand, Jean-Paul Damaggio, une brochure de 5 euros qui montre que la laïcité n'est pas une exception française.

 

Nouveau statut religieux dans le capitalisme féodal


En continuité avec le chapitre précédent voyons d'autres interventions de l'Eglise. En juillet 2005, au Panama, une grève générale dure trois semaines pour la défense du système de retraite (passage de 57 à 62 ans pour les femmes et de 62 à 65 pour les hommes). Le président de « gauche » essaie tout pour casser la lutte. En dernier recours il fait appel à la médiation de l'Eglise. Au Nicaragua voisin, une lutte des travailleurs des transports « bénéficie » de la médiation de l'archevêque Obando y Bravo. En Bolivie, après un mois d'insurrection populaire en 2005 pour demander la nationalisation du gaz, l'Eglise assure la médiation : le président démissionnaire est remplacé par l'homme que propose l'Eglise, en dépit de la Constitution. Avec la victoire d'Evo Morales, l'Eglise et ses médias maintiennent la pression. Ils obtiennent la démission du ministre de l'éducation en janvier 2007.

Rien de nouveau : l'Eglise est un pivot du pouvoir dans toute cette Amérique. Et l'Eglise y prend des formes de plus en plus extrémistes avec une présence officielle de l'Opus Dei. L'armée souhaitant rester dans les casernes, l'Eglise occupe d'autant plus ce vide du pouvoir classique.

En France, au contraire, dans un élan de bonté, l'Eglise serait décidée à respecter la laïcité ? Sous prétexte d'absence de fidèles dans les églises, nous aurions enfin la situation idéale de coexistence pacifique entre le Politique et les Eglises, la sécularisation ? Alors, comment expliquer que, plus la pratique religieuse recule, plus la mort du pape devient médiatique (avec les drapeaux en berne mis même sur les établissements de La Poste pourtant en voie de privatisation) ? Les Eglises perdant du pouvoir sur les croyants veulent se rattraper dans les cercles des pouvoirs où elles sont très courtisées. Notre système néo-libéral détruisant la solidarité a besoin de faire appel à la charité. Notons que les partis politiques ou les syndicats sont dans un cas similaire : plus ils perdent d'appuis chez les citoyens, plus l'Etat leur assure un financement (avec des aides européennes de plus en plus décisives). Les cercles du pouvoir ont donc besoin des Eglises en France comme ailleurs. Les écoles catholiques n'ont rien de catholique mais sont sous la coupe des Eglises. Faute d'une étude de l'articulation entre l'évolution du néo-libéralisme et le repositionnement des Eglises (voir le discours très anti-libéral chez Jean-Paul II et beaucoup moins à présent) on rate le sens de la révolution du capitalisme actuel, prônant un retour au féodalisme. C'est ici que nous retrouvons les thèses de Bernard Teper qu'il a défendues dans des réunions jusque dans notre Sud-Ouest, à Condom ou Montauban.

L'islam se trouve dans un cas très différent par sa contribution à la lutte contre le colonialisme (contribution due au fait que les pouvoirs faisaient des mosquées les seuls lieux disponibles pour lutter). Suite à la révolte iranienne, tout un courant veut situer politiquement à gauche, les révoltes liées à l'Islam. Or quel est le résultat ? Y compris en Iran, la misère augmente comme partout, et la morale sociale (thème cher aux religieux) régresse malgré des répressions féroces. Pour Alain Gresh, il suffit de laisser à cette religion le temps de se séculariser comme la religion catholique et tout se normalisera. Cette normalisation est tellement en marche que des penseurs originaux peuvent évoquer longuement le « terrorisme » sans référence aux « fous de dieu » qui deviennent un fait secondaire par rapport à ce qu'ils appellent les « avantages » collatéraux du terrorisme (une fois encore, les mêmes placent au second plan les auteurs de régressions sans nom !). Ces avantages, que le terrorisme offre au système en place, démontrent qu'il en est l'enfant gâté. Les poseurs de bombes furent palestiniens, basques, italiens ; ils étaient donc nationalistes, anarchistes ou révolutionnaires. Le cas des « fous de dieu » n'a rien à voir avec la génération précédente, or beaucoup de membres des courants les plus à gauche en France ou ailleurs ont du mal à se pencher sur cette spécificité[1]. Par exemple, sur un site espagnol, Rebelion[2], un politologue explique que les Vietnamiens n'eurent jamais l'idée de porter la guerre aux USA, et il regrette que « les anti-impérialistes musulmans » n'aient pas compris que leur terrorisme est contre-productif. Cet éminent penseur n'a pas compris que le terrorisme islamique n'a aucun souci anti-impérialiste sauf à réduire l'anti-impérialisme à de l'anti-américanisme.

L'Angleterre est, à la fois, le pays champion en capitalisme et le pays le plus compréhensif vis-à-vis des fous de dieu, au nom de la liberté d'expression ! Comment comprendre ?

1 ) En dénonçant tout d'abord l'image anti-impérialiste offerte aux poseurs de bombes. Un opposant aux USA n'entre pas aussitôt dans le camp anti-impérialiste. Les fous de dieu servent un nouveau type d'impérialisme politico-religieux d'où, l'opposition, doublée de connivence, entre les USA et eux. Opposition car dans le partage du monde aucun ne veut laisser de place à l'autre. Connivence car l'objectif est le même : assujettir les hommes et les femmes.

2 ) En dénonçant ensuite l'idée que les poseurs de bombes exprimeraient un cri de désespoir d'hommes au bout du rouleau ! Or tout démontre le contraire : les poseurs de bombes sont les instruments d'organisations financièrement très puissantes (la clandestinité coûte à présent un argent fou), usant d'une horlogerie savante pour déployer leur action (juste avant des élections en Espagne, au moment du G8 à Londres ...), et les kamikazes n'ont rien du lumpen-prolétariat.

3 ) En expliquant que la lutte contre Bush et Ben Laden est de nature complémentaire, ce qui n'est pas une posture facile mais pourtant la seule digne d'un nouvel humanisme. Que Bush fasse du combat contre le terrorisme son cheval de bataille, n'impose à aucun adversaire des USA, une indulgence envers les fous de dieu.

4 ) Oui les fous de dieu apportent quelques avantages à l'impérialisme, donc pointons du doigt l'essentiel, qui va au-delà du tout répressif que le système veut nous imposer. Les deux impérialismes veulent susciter un nouveau Moyen-Age leur permettant de renouveler leur forme de domination sur les hommes, donc l'ordre premier qu'ils se donnent, c'est abattre l'Etat. Les uns prônent la mondialisation de l'argent et les autres la mondialisation de la religion. D'où, pour tous les mouvements sociaux, le côté insaisissable des « patrons », et, pour les laïques le côté insaisissable des « terroristes ». L'Etat fut pendant longtemps tiraillé entre deux attitudes (assurer la valorisation mais aussi la reproduction du capital). Aujourd'hui il est sous le feu de deux adversaires. Le plus puissant, c'est le néo-libéralisme qui veut se développer sans en payer les « frais » à l'Etat. Le contrôle social indispensable à la reproduction du capital passe par d'autres gestionnaires des conflits comme les ONG, les Eglises. Le moins puissant, c'est le néo-conservatisme qui se manifeste par des soutiens à des Eglises, ou aux extrêmes droites.

5 ) En conséquence, évacuer de la réflexion, le pouvoir des Eglises capable de fabriquer des kamikazes est aussi dangereux que de laisser croire que les ONG sont au service des citoyens. Les rapports sociaux du Moyen-Age furent traversés par la construction de châteaux à des fins de « sécurité » ; en face, l'Etat a travaillé pour remettre les féodaux (et leurs services sociaux) à une place plus modeste, créant ainsi les conditions de nouveaux rapports entre les hommes. L'Etat n'a rien d'éternel sauf qu'on découvre aujourd'hui qu'il ne tombe pas sous les coups des divers anarchismes mais sous les coups des classes dominantes.

Au moins trois modèles mériteraient une analyse suivie : l'Iran, Haïti et l'Algérie que nous allons évoquer de manière schématique.

Dans la théocratie iranienne, l'élection présidentielle aurait vu la victoire d'un conservateur sur un réformateur ? Or, les deux hommes sont du même monde : celui qui profite des richesses nationales pendant que le peuple plonge toujours plus dans la misère. Ils usent d'habits différents afin d'imposer toujours mieux leur système à vocation impérialiste. En 1979, l'islamisme devait moraliser la société, aider les pauvres, créer une autre forme de démocratie. Vingt-cinq ans après, le système apparaît plus solide que le système communiste à son heure de gloire, avec une montée dans l'usage des drogues, une inquisition phénoménale et une pauvreté générale en ce pays grand producteur de pétrole ! Le pouvoir y est entre les mains de « fondations » qui échappent à l'Etat et qui règlent toutes les questions de société. Les pouvoirs d'Etat, malgré leurs limites, tentèrent de proposer des lois pour contrôler cette mafia mais, avant même l'ébauche de telles lois, le guide suprême (le pouvoir religieux) annonçait qu'il opposerait son veto ! Nous avons eu le plaisir de débattre à Montauban avec Chahla Chafiq qui avec son livre, « Le nouvel homme islamiste » apporte un éclairage précieux.

Haïti est devenu un pays sans Etat, un modèle du genre aux portes des USA. Un prêtre catholique aura tenté de gouverner ce pays. Bien qu'il soit très petit, la force militaire de l'ONU (en fait des Brésiliens à la solde des USA) y est incapable d'assurer la moindre vie digne d'une société humaine. Haïti ne cessera de payer le fait d'avoir été le premier pays du monde à se libérer de l'esclavage.

Algérie : alors que les fous de dieu sont présents dans tous les pays musulmans, pour l'Algérie, on nous dit qu'ils seraient seulement les marionnettes de l'armée et qu'ils n'existeraient que par les «avantages collatéraux » qu'ils fournissent au système étatique algérien pour maintenir sa domination. Or qui a gagné en Algérie ? L'armée ? L'Etat ? Les islamistes ? Les USA bien sûr. Ils ont soutenu le FIS (Front Islamique du Salut) jusqu'à un certain jour de septembre 2001, puis ils ont changé leur fusil d'épaule (c'est le cas de le dire) quand ils ont compris deux choses : que le président Bouteflika déroulerait le tapis rouge aux islamistes sans bombes, au moment même où les USA déroulerait le tapis rouge à l'armée algérienne soucieuse d'entrer dans l'OTAN. Pour ce faire, une condition est indispensable : laisser le pouvoir entre les mains des « civils ». Que le colonialisme français ait une nouvelle fois perdu la guerre d'Algérie, au bénéfice de l'impérialisme US, c'est une chose, mais en oublier les droits des femmes et des tas de droits sociaux, acquis de l'histoire, c'est triste.

En conclusion, les raisons qui font exister le terrorisme sont incompréhensibles en dehors du rôle attribué à présent, par les classes dominantes, aux Eglises. Si, en effet, le traitement policier du terrorisme ne peut que le raviver (il est fait pour ça !), sont traitement « social » (aider les pauvres des cités) ne changerait rien à l'affaire dans la mesure où le « mouvement social » s'est rendu incapable d'apporter des perspectives globales.

Pourquoi les USA ou Israël ont-ils soutenu des partis religieux musulmans ? (le FIS en Algérie et le Hamas en Palestine). Une démocratie peut-elle tolérer la présence de partis religieux ? Nos démocraties malades peuvent tomber sous les coups les plus divers. Leur renouveau suppose la remise en chantier de valeurs détournées. Pas seulement la laïcité, mais aussi le droit de vote, le droit d'information, le droit de réunion, et le droit au travail.

 



[1] Des gens de gauche s'enthousiasment pour « des fous de dieu » comme les Cathares car ils furent des hérétiques. Ils alimentent ainsi une confusion cathares / albigeois comme d'autres aiment la confusion staliniens / communistes.

[2] Ce site internet pluraliste basé au Venezuela alimente la même confusion.

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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 14:59
« Jusqu'à présent, la femme n'a compté pour rien dans les sociétés humaines. - Qu'en est-il résulté ?  - Que le prêtre, le législateur, le philosophe, l'ont traitée en vraie paria. La femme (c'est la moitié de l'humanité) a été mise hors l'Eglise, hors la loi, hors la société. - Pour elle, point de fonctions dans l'Eglise, point de représentation devant la loi, point de fonctions dans l'Etat. - Le prêtre lui a dit : - Femme, tu es la tentation, le péché, le mal ; - tu représentes la chair, - c'est-à-dire la corruption, la pourriture. - Pleure sur ta condition, jette de la cendre sur ta tête, enferme-toi dans un cloître, et là, macère ton cœur, qui est fait pour l'amour, et tes entrailles de femme qui sont faites pour la maternité ; et quand tu auras ainsi mutilé ton cœur et ton corps, offre-les tout sanglants et tout desséché à ton Dieu pour la rémission du péché originel commis par ta mère Eve. Puis le législateur lui a dit : - Femme, par toi-même tu n'es rien comme membre actif du corps humanitaire ; tu ne peux espérer trouver place au banquet social. - Il faut si tu veux vivre, que tu serves d'annexe à ton seigneur et maître, l'homme. - Donc jeune fille, tu obéiras à ton père ; mariée, tu obéiras à ton mari, veuve et vieille on ne fera plus aucun cas de toi. - Ensuite le savant philosophe lui a dit : - Femme, il a été constaté par la science que, d'après ton organisation, tu es inférieure à l'homme. - Or, tu n'as pas d'intelligence, pas de compréhension pour les hautes questions, pas de suite dans les idées, aucune capacité pour les sciences dites exactes, pas d'aptitude pour les travaux sérieux, - enfin, tu es un être faible de corps et d'esprit, pusillanime, superstitieux ; en un mot, tu n'es qu'un enfant capricieux, volontaire, frivole ; pendant 10 ou 15 ans de la vie tu es une gentille petite poupée, mais remplie de défauts et de vices. - C'est pourquoi, femme, il faut que l'homme soit ton maître et ait toute autorité sur toi.

Voilà, depuis six mille ans que le monde existe, comment les sages des sages ont jugé la race femme. Une aussi terrible condamnation et répétée pendant six mille ans, était de nature à frapper la foule, car la sanction du temps a beaucoup d'autorité sur la foule. - Cependant, ce qui doit nous faire espérer qu'on pourra en appeler de ce jugement, c'est que de même, pendant six mille ans, les sages des sages ont porté un jugement non moins terrible sur une autre race de l'humanité : les PROLETAIRES.  - Avant 89, qu'était le prolétaire dans la société française ? - Un vilain, un manant, dont on faisait une bête de somme taillable et corvéable. - Puis arrive la révolution de 89 et tout à coup voilà les sages des sages qui proclament que la plèbe se nomme peuple, que les vilains et les manants se nomment citoyens. - Enfin, ils proclament en pleine assemblée les droits de l'homme ».


Quel tableau ! Même allégé des notes qui font référence à Aristote, à St Paul, à l'Assemblée nationale de 1792, le texte est superbe. Quel éditeur pouvait diffuser de telles idées ? Aucun bien sûr ! Sa logique imparable nous éloigne des phrases abruptes que peuvent produire telle ou telle réaction à l'événement. Elle s'appuie sur les thèses d'autres féministes, elle croise bien des expérien-ces pour introduire une nouveauté phénoménale. Après avoir montré comment la Révolution avait fait surgir du peuple, des grands généraux, des savants, des poètes, des financiers, des écrivains, triplant ainsi la richesse du pays en 30 ans, elle note pour les femmes :

« Ce qui est arrivé pour les prolétaires est, il faut en convenir, de bonne augure pour les femmes lorsque leur 89 aura sonné. - D'après un calcul fort simple, il est évident que la richesse croîtra indéfiniment le jour où l'on appellera les femmes (la moitié du genre humain) à apporter dans l'activité sociale leur somme d'intelligence, de force, de capacité. - Ceci est aussi facile à comprendre que 2 est le double de 1. - Mais hélas ! nous ne sommes pas encore là, et en attendant cet heureux 89 constatons ce qui se passe en 1843. 

L'Eglise ayant dit que la femme était le péché ; le législateur, que par elle-même elle n'était rien, qu'elle ne devait jouir d'aucun droit ; le savant philosophe, que par son organisation elle n'avait pas d'intelligence, on en a conclu que c'était un pauvre être déshérité de Dieu, et les hommes et la société l'ont traitée en conséquence.

Je ne connais rien de puissant comme la logique forcée, inévitable, qui découle d'un principe posé ou de l'hypothèse qui le représente. - L'infériorité de la femme une fois proclamée et posée comme un principe, voyez quelles conséquences désastreuses il en résulte pour le bien-être universel de tous et de toutes en l'humanité.

Croyant que la femme, par son organisation, manquait de force, d'intelligence, de capacité et qu'elle était impropre aux travaux sérieux et utiles, on en a conclu très logiquement que ce serait perdre son temps que de lui donner une éducation rationnelle, solide, sévère, capable d'en faire un membre utile de la société. On l'a donc élevée pour être une gentille poupée et une esclave destinée à distraire son maître ou à le servir. - A la vérité, de temps à autre quelques hommes doués d'intelligence, de sensibilité, souffrant dans leurs mères, dans leurs femmes, dans leurs filles, se sont récriées contre la barbarie et l'absurdité d'un pareil ordre des choses, et ont protesté énergiquement contre une condamnation aussi inique. -A plusieurs reprises la société s'est émue un moment ; mais, poussée par la logique, elle a répondu : Eh bien ! mettons que les femmes ne soient pas ce que les sages ont cru ; supposons même qu'elles aient beaucoup de force morale et beaucoup d'intelligence, eh bien ! dans ce cas, à quoi servirait de développer leurs facultés, puisqu'elles ne trouveraient pas à les employer utilement dans cette société qui les repousse. - Quel supplice affreux que de sentir en soi la force et la puissance d'agir, et de se voir condamné à l'inaction ».

 

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 09:40

Emotions autobiograhiques est un recueil de nouvelles de Léon Cladel, l’écrivain de référence pour les Editions La Brochure. Nous vous offrons ci-dessous une des nouvelles en question où l’auteur montalbanais raconte un souvenir de jeunesse, le tirage au sort.

Treize

13 ! … ah ! chiffre fatal, date de ma naissance[1], je t'avais aussi tiré de l'urne du sort[2] quand eurent sonné mes vingt ans, et ma mère, assez superstitieuse, concevant un très mauvais présage de la nouvelle apparition en ma vie d'un tel numéro, s'efforça de son mieux et parvint à me dissuader de prendre le métier des armes, dont mon aïeul, ancien volontaire de 92, m'avait incul­qué le goût dès mon bas âge. Il ne s'agissait plus que de m'acheter un remplaçant, oui, mais le moindre, à cette époque-là, coûtait trois mille francs, et mon père, ayant gagné fort péniblement le peu qu'il possédait et sachant la valeur de l'argent, ne consentait guère à débourser une somme si grosse que «personne n’en a jamais trouvé de pareille dans le pas d'un cheval ! » Enfin, s'étant laissé fléchir, il consentit à se mettre en quête d’un pauvre diable de la ville ou de la campagne, et l'ayant par hasard déniché en pleins champs, le conduisit sans retard au chef-lieu du dépar-tement, et l'y fit agréer par les autorités civiles et militaires. Il me souvient encore du jour s'offrit à mes yeux ce prédestiné. J'étais, ce matin-là, chez un de nos voisins, taillandier, devant qui  «le fer tremblait de l'aube à la brune, et j'admirais ce terrible ouvrier, debout au milieu d'une pluie d’étincelles, et martelant sur sa bigorne une énorme barre de fer rougi, lorsque, accompagné d'un maigre et grisâtre terrien, usé jusqu'à l’âme, et d'une saine et blonde bergère, il entra dans la forge, bouvier rude et brun, lui qui n'avait pas voulu partir pour moi qu'il ne connaissait pas encore avant de m'avoir «fraternellement accolé. » Bien découplé quoique trop trapu peut-être, il se dandinait naïvement, un gourdin épineux aux doigts, sous le sac en toile d'emballage dont il avait les épaules chargées, et montrait en un large rire béat trente-deux dents d'une blancheur ivoire incrustées parmi des gencives d’un vermillon non moins vif que le corail écumé de sang. Aussitôt qu'il m'eut très gentiment interpellé par mes nom et prénoms, je l’accostai.

- C'est moi, dit-il, tout épanoui ; moi Bernard Dombioz !

Et le voila me racontant, d'une langue vraiment alerte et musicale, en vertu de quels motifs il s'était décidé, «non sans quelque douleur », à traverser les mers ainsi qu'à braver les canons ennemis à ma place. Il y avait déjà longtemps que son auteur devait une centaine de pistoles à certain notaire des environs qui menaçait de le poursuivre ; afin que l'ancien ne fût ni tracassé, ni surtout exproprié, lui, le fils, sollicité par des marchands d'hommes, s'était vendu. Les espèces qu'il avait touchées suffiraient amplement à satis-faire leur créancier et même à bonifier leurs petites terres dégrevées de toutes hypothèques et fertiles en vin non moins qu'en blé. Vigoureuse autant qu'un gars et maniant aussi bien que le premier venu les houes et les charrues, sa fiancée, à défaut du vieux, infirme, pécaïre ! et poussif, labourerait, emblaverait, et binerait les lopins de fromentale et de vigne jusqu’à son retour de l'armée. Oh ! pardi, certes, au moment de se joindre en mariage, c'était dur, fort dur entre galants de se séparer pendant sept années : seulement il n'y avait pas eu moyen de pratiquer différemment. Ils auraient de la patience, tous les deux, et pouvaient compter sur la fidélité l'un de l'autre. On ne meurt pas toujours sous les drapeaux, et lui, ma foi, solide et prudent quoique aussi crâne, aussi hardi que qui que ce fût, espérait bien revenir au pays sinon en entier du moins en partie, avec une bonne pension qui leur permettrait de se la couler douce au fond de leur combe et sous leur toit.

- Très sagement raisonné, paysan, applaudit le forgeron non moins ému que moi-même de tant de candeur ; et tendant sa droite au conscrit, il ajouta : Bon voyage ! où t'envoie t-on ?

- A Marseille d'abord et puis en Crimée à ce que rapportent les gazettes qu'on reçoit chez nous, on a tant besoin de renforts là-bas pour y boucher les trous que la mitraille a creusés en nos bataillons, que les recrues apprennent l'exercice sur le pont des vaisseaux de guerre, en naviguant.

- Tiens !

- Un abbé nous l'assurait encore hier ; il paraît que ça flambe ferme en cette contrée lointaine et que pourtant on y gèle au point que nos troupes, pour se garantir du froid, s'habillent avec des peaux de mouton. Heureusement pour moi loin d'être frileux, j'ai toujours chaud, en hiver comme en été ; n’est-ce pas ma mie ?

- Oh ! c'est la pure vérité, répondit-elle en caressant son amant d'œillades si passionnées qu'il en fut tout affolé ; rien qu'en me frôlant les côtes, il me les brûle...

- Hein ! l'oyez-vous donc ma belle, moussus ?

Et sa bouche béa de telle sorte que l’une des limailles enflammées voltigeant autour de nous y pénétra...

- Doucement, hé, toi, l'étincelle qui me donnes soif !

Invités là-dessus à se rafraîchir, ils acceptèrent de gaieté de cœur et, tandis que nous choquions le verre, eux, le fèvre et moi, je fus pris d'une invincible et lourde mélancolie, à la pensée que cette famille de pauvres si unie allait, à cause de moi, se disperser peut-être à jamais...

- Secouez-vous donc et ne soyez pas plus triste que celui qui s’en va, vous qui restez ; à votre santé, monsieur !

- A la tienne ; l'ami !

Nous bûmes en chœur ; ensuite, allègre, il s’écria :

- Voici mon idée à moi, la voici ! Je présume que je suis assuré contre la camarde ! Il y aura de cela dix-sept ans à la prime, et j'en avais quatre alors, une muraille auprès de laquelle j'étais assis s’effondra. L’on me crut cuit ; ah bah ! pas une égratignure ! Huit récoltes après, au milieu de notre prairie, un bœuf des plus méchants se lança sur moi qui ne l'avais pas vu venir ; il se cassa les cornes contre le tronc du chêne où j'étais appuyé ; moi, totalement indemne ! Enfin, aux dernières fenaisons, une vipère me pique au jarret pendant que je sommeillais à l'ombre d’une ramure ; aussitôt éveillé, v'lan ! à l'aide de ma serpette je me fends les chairs et puis y verse quelques gouttes d'alcali. Nul dégât! et le lendemain matin ma plaie n'était pas seulement enflée. Est-ce que je mens ici, vous autres, les miens ? Assuré, je suis assuré, c'est positif. Franchement, je vous le certifie à tous, soyez tranquilles, ne vous tourmentez pas ; si les os de beaucoup de mes coreligionnaires sont condamnés à fumer les rivages de l’Orient, aucun des miens n'y moisira, nenni ! j'en réponds sur ma caboche que le régent de notre village esti­mait plus dure qu'un roc. Cordienne ! On vous ramènera tel quel celui que vous fûtes à l'honnête manante de qui vous êtes veuf, papa, toi, maîtresse, un dimanche, ou plutôt un jeudi, tu deviendras ma légitime en présence du maire et du curé ; notre graine ne sera pas bâtarde ; et quant à vous, citadin, vous le reverrez en corps et en âme, le pacant qui vous parle à cette heure, assez leste encore et toujours aussi content en dépit des coups que vous aurez reçus sur sa peau, là-bas, hors de France, à mille lieues d'ici, chez le Russien ou le Prussien...

Nous trinquâmes une dernière fois, et mes prunelles attendries l’escortèrent dans la rue, tandis que, très guilleret, enlaçant d'une main sa fraîche amoureuse qui soupirait sans cesse et soutenant de l’autre la marche chancelante de son vieux père, il s'éloignait en me criant de sa voix cordiale et sonore, où, comme un écho, vibrait déle heurt de futures batailles :

- Au revoir !

 

«  Où maintenant est-il, lui ? » Combien de fois ainsi m'interrogeai-je après le départ de ce serf déraciné de sa glèbe natale, et je suivais sur une carte géographique les mouvements signalés par les télégrammes du régiment d'infanterie légère dans lequel il avait été incorporé. Je sus d'abord que le choléra-morbus avait décimé sa brigade et que son bataillon avait perdu les trois quart de son effectif au point d'Inkermann après s'être emparé de la batterie des «sacs a terre. » Ensuite on m'annonça qu'au bastion Korniloff sa division avait été presque anéantie, mais que s'étant battu comme un lion, non loin des Anglais écrasés au Grand Redan, ainsi que nous sous Karabelnaïa, lui, mon représentant, avait survécu presque seul de sa compagnie à ce désastre exposé comme un échec sans importance par les généralissimes, et qu'il avait été cité pour sa belle conduite à l’ordre du jour. Enfin, selon un officier de zouaves, amputé des deux jambes, évacué récemment de Kamiesch sur Constantinople et de cette capitale sur Marseille, originaire de même que lui de Beaumont-de-Lomagne, chef-lieu de canton en Tarn-et-Garonne, il jouissait à cette époque-là d'une excellente santé ; de plus il avait profité de loisirs que le bombardement de Sébastopol laissait aux soldats des quatre nations alliés, pour apprendre dans les tranchées et sous la tente l’alphabet, l'écriture et le calcul. Les­ dépêches, alors assez bonnes, corroboraient les dires du rapporteur, à savoir que si plusieurs coups de chien étaient encore nécessaires pour en finir avec Mentchikoff, Pauloff, Todleben et leurs cosaques à peu près démoralisés par la chute du Mamelon Vert, on était certain cepen­dant d'enlever à bref délai les Ouvrages Blancs et la tour Malakoff, clé, d'après Lord Raglan et le général Amable Pélissier aussi, de toutes les positions ennemies ; en effet, ils furent pris d’assaut quelques semaines plus tard. Dès lors, en province ainsi qu'à Paris, chacun considéra la guerre comme terminée, et moi, n’ayant pu malgré mes démarches obtenir aucun autre renseignement sur l’intrépide fantassin auquel je m'intéressais tant, je m'attendais à le revoir bientôt sain et sauf, lorsqu'un matin, au marché de Montauriol en Quercy, je me rencontrai nez à nez avec son ancien et sa promise. Ils étaient bien changés tous les deux ; elle, vêtue de noir et très amaigrie, berçait en soupirant un poupon qui me frappa par sa ressemblance avec l’absent, et lui, le vieil homme, blanchi, courbé, brisé, cassé, s'appuyant sur une béquille, toussait, crachait, et s'arrêtait à chaque pas. En m'aperce-vant, ils frémirent de tous leurs membres, et tout transis reculèrent d'horreur.

- Hé bien ! jeunette, et vous, patriarche, leur demandai-je en les abordant très angoissé, comment ça va ?

- Mal, nous autres.

- Et lui ?

- Bernard !

- Oui.

- Jugez-en...

Et, lentement, ayant ôté de l’une de ses poches de sa noire veste de bure à queue tronquée une lettre graisseuse à moitié déchirée, il me la tendit en me regardant dans le blanc des yeux, et machinalement je la lus tout haut ;

«  ...  il s'est comporté comme pas un, nul ne me contredira. Tout le monde, en cette journée décisive où les boulets pleuvaient, pareils à des grêlons alors que la tramontane souffle sur nos belles vallées, admirait à l’envie ce vaillant batailleur dont vous aviez bien le droit de vous enorgueillir, ô papa Dombioz ! En a-t-il embroché des artilleurs et des fusiliers de Nicolas et d'Alexandre à la baïonnette ! A coups de crosse, quand la pointe de son yata-gan eut été faussée, il assomma quatre ou cinq canonniers à casquette plate sur leurs pièces fumantes, fendit en deux un colonel en tu-nique olive ornée d’épaulettes à graines d'épi-nards et commandant les grosses pièces qui nous dégueulaient de la mitraille à la figure. On l’applaudissait au fort du combat, et les vété­rans témoins de sa bravoure en étaient tota­lement abasourdis. Ils le comparaient au paladin Roland, à l’aîné des quatre fils d'Aymon, Renaud de Montauban, à Bayard, le chevalier sans peur et sans reproches, au capitaine de mousquetaires d'Artagnan, à Fanfan la Tulipe, à La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de la République, à Ney, le brave des braves, à Masséna, le favori de la Victoire, et, bref, à beaucoup d’autres aussi. Le fait est que si ces fameux guerriers furent autrefois dignes de louanges, il en méritait pour le moins autant qu'eux tous réunis, le batailleur, votre gars ! Soudain, il trébucha, glissa, s'abattit sur les genoux, et ceux qui chargeaient auprès de lui se penchèrent pour le relever. Il se redressa, superbe, en crachant du rouge, et, le premier de nous tous, se planta sur le para­pet de cette redoute meurtrière dont la possession nous valut la victoire. Hélas ! hélas ! hélas ! elle nous coûte fort cher, et si moi, qui vous écris tant bien que mal, de la main gauche aujourd'hui, je ne l'ai payée que du plus utile de mes bras, celui qui tient le manche de l’araire, beaucoup ne l'ont gagnée qu’au prix de leur vie, entre autres mon meilleur camarade, votre unique héritier, dont une bombe emporta la tête, et de qui la poitrine avait été déjà traversée par un biscaïen, nom de Dieu ! Soyez fiers de lui, vous le premier, ensuite les autres de nos vallons, car il est tombé sans biaiser et sans broncher, au champ d’hon-neur, cet aigle, ce lion qu’ici nous pleurons tous ! ..»

- Hé quoi ! m'écriai-je, effaré ; vraiment, est-ce possible ?

- Oui, s'il faut en croire le maréchal de France ministre de la guerre, répliqua le vénérable paour en m'accusant d'un geste et d'un organe solennels ; oui, pour notre éternel malheur ! et moi, pour que ce petit à la mamelle pût porter le nom de son père enterré qui sait où, j'épousai pour la frime celle qui n'était pas encore la femme de mon brave garçon devant la loi ; mon fils est mort à la place vous-même auriez été tué s'il n'était pas parti pour vous. Au pauvre de périr afin que le riche vive ; en France, il en a toujours été comme ça ! Vous ne me devez rien, non, rien, vous, bourgeois, puisque vous nous avez acheté, soldé tout son sang ! ...

Et, m'ayant arraché des doigts le papier que j'y froissais, le vieillard, entraînant la veuve en deuil du vendu, passa farouche et menaçant à côté de moi. Percé de son regard aigu comme un poignard, je m'enfuis, emportant au cœur une blessure qui, s’étant depuis difficilement cicatrisée, se rouvrait toute grande et pour ne plus jamais se fermer, le jour où la nourrice de ma première-née à qui ma femme, qu'on désespérait de sauver, n'avait pu donner le sein, nous apprit en sanglotant qu'elle venait de perdre son propre enfant âgé de quatre mois et demi qu'elle avait sevré pour allaiter la nôtre et gagner de quoi subsister elle-même avec lui.

                                               octobre 1882. Léon Cladel



[1] En fait, Léon Cladel fut déclaré né le 15 mars 1835. L’histoire se passe donc en 1855.

[2] Il faut se souvenir qu’à cette époque ne partait au service militaire (7 années durant) que ceux qui tiraient au sort un nombre impair. Mais de tels malchanceux pouvaient s’acheter un remplaçant.

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 09:36

La fameuse croissance n’étant que la croissance du PIB. Cette dernière étant surtout devenue possible que par le développement de la marchandisation (des privatisations, des brevets pour le vivant comme les graines etc.), la décroissance doit d’abord être la décroissance de la marchandisation, titre d’une brochure à 5 euros, 64 pages, de Jean-Paul Damaggio ISBN : 2917154212. Ci dessous vous avez un chapitre de la brochure.

 

Carlos Slim : l’homme le plus riche du monde

 

En 2007 le roi Bill Gates a été détrôné de sa première place au classement de l’homme le plus riche du monde publié chaque année par la revue Fortunes. Qui a osé ce crime de lèse-majesté ? Ni plus ni moins qu’un Mexicain !

Ceci étant, de par son nom, on devine déjà que Carlos Slim, puisque c’est de lui qu’il s’agit, n’est qu’à moitié Mexicain. D’une famille aux origines libanaises, c’est au Mexique qu’en peu de temps, il a gravi les marches du podium. En 2006, il occupait la deuxième place mais cette fois c’est acquis, il est le premier ! Par quel mystère ? Par quel travail harassant ? L’étude de son cas pouvant nous éclairer sur la question de la croissance, nous allons nous y attarder.

A soixante sept ans, Carlos Slim est à la tête d’une fortune de cinquante trois milliards de dollars qui lui permettent de gagner chaque seconde environ mille dollars. Calculez donc combien il aura à la fin 2008 ! Pour donner un autre ordre de grandeur, sa fortune représente 8% du PIB du Mexique.

Pour la légende, les experts retiennent de son enfance qu’à l’âge de 12 ans, avec l’argent de son livret d’épargne, il acheta des actions de la Banque nationale de Mexico.

Il est devenu ingénieur ce qui lui laissa ce nom de profession en surnom, mais il a préféré ensuite être ingénieux qu’ingénier. Tout son travail consiste à gagner des parts de marché. Son mariage fut, de ce point de vue, une réussite, tout comme la joyeuse naissance de ses six enfants.

Les acquisitions de gros calibre ont commencé en 1981 avec l’achat de Cigatam qui, outre les gros cigares, est une entreprise qui produit la célèbre marque Malboro. Dans la lancée Carlos s’est spécialisée dans l’achat d’entreprises en déroute de n’importe quel secteur pourvu qu’elles soient bradées. L’histoire ne dit pas exactement ce qu’il est advenu de tels achats sauf pour les Ciments mexicains (Cemex) achetés vingt-six millions de dollars et qui valent mille fois plus : vingt six milliards de dollars.

En fait, l’essentiel s’est produit seulement en 1990. L’entrepreneur entreprenant, en accord avec le président du Mexique dont il n’est pas inutile de dire qu’il s’appelait Carlos Salinas de Gortari, acheta à bas prix la compagnie nationalisée de téléphone : Telmex. La Révolution française, par la vente des biens nationaux, construisit une bourgeoisie à sa mesure. La Contre-révolution conservatrice des années 80, par la vente des entreprises nationalisées, s’est fabriqué une bourgeoisie à sa mesure. La croissance de la fortune de Carlos Slim a un secret simple : la croissance de la marchandisation.

Comment sont nées les entreprises nationalisées avec pour premier cas celle du pétrole au Mexique, en 1936 ? D’une coïncidence ! La convergence d’intérêts des forces progressistes et capitalistes incita l’Etat à construire les infrastructures qui favorisaient le bien commun, et facilitaient le développement industriel. C’est vrai pour le téléphone, même si ça l’est moins pour les transports, puisque les voies ferrées construites souvent avec les subventions publiques appartenaient au départ, à des compagnies privées qui ont été parfois nationalisées.

Au tournant des années 80-90, le privé se mit en chasse d’entreprises nationalisées. Carlos Slim accéda donc ainsi à son propre royaume : la téléphonie mexicaine qu’il compléta par un quasi monopole en matière de téléphonie mobile avec America Movil. Il contrôle 90% du marché et fixe les tarifs qui sont les plus hauts de la région.

A partir de cette force acquise sur le marché mexicain, Carlos Slim a pu s’engager dans l’achat des entreprises nationalisées des autres pays d’Amérique latine. Il n’est absent que dans deux pays de cette région : la Bolivie et le Venezuela ! Au Pérou par exemple il est le propriétaire de Telmex et Claro.

Pendant que trois de ses enfants gèrent l’empire, le bon Carlos prend plaisir à voyager pour manger à la table d’illustres personnages. Il soigne tout particulière-ment ses relations avec les présidents des diverses républiques. Pas plutôt en place, Alan Garcia le Péruvien le reçoit à sa table. En Argentine, on ne sait s’il soutient Nestor Kirchner ou s’il prépare l’élection de l’épouse du président, Cristina Fernandez. Cependant, il n’oublie pas d’alimenter ses amitiés avec des intellectuels : Carlos Fuentes, par ailleurs ami du milliardaire vénézuélien Gustavo Cisneros, est un des membres notoires de sa cour.

Une telle puissance économique pourrait-elle, comme Berlusconi, aspirer à des fonctions politiques ? L’homme s’en défend : il préfère se présenter en soutien de TOUS les hommes politiques en vue, y compris au Mexique, le candidat de gauche malheureux à la dernière présidentielle, Lopez Obrador. Il y a trois fondations qu’il appuie et qui bénéficient de cinq milliards de dollars !

(Le chapitre étudie ensuite les fortunes des pays arabes). A suivre.

juin 2008 Jean-Paul Damaggio 

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 09:34

Article du Soir d’Algérie du 1 février 2005 http://www.lesoirdalgerie.com

 

Kabylie : Slimane Azem

Des gamins tapent dans un ballon de foot sur un terrain vague à flanc de précipice, les joues rouges de froid, la tête enfoncée dans des bonnets de laine. «Est-ce que tu sais qui est Slimane Azem ?», demande-t-on au gardien de but. «Dh’ khali, C'est mon oncle », répond-il. Les autres arrivent. On discute balle au centre.

«On est fier de lui, ici», dit un des joueurs. «On devrait étudier ses textes», rétorque un autre en désignant la direction de cette école même où Slimane a usé ses fonds de culotte. On se souvient, ici comme ailleurs, que Slimane Azem a été et reste l'un des rares chanteurs kabyles qu'on peut écouter en famille. Ça lui confère déjà une place particulière. A la sortie du village vers la montagne, un cube campe lourdement sur la roche. Sur la façade peinte en vert, une inscription verticale : «Coiffure». En contrebas, un autre bâtiment est niché au cœur des oliviers. C'est la demeure des Azem. Slimane est né dans une masure au toit en terre. C'était la façon de faire de l'époque. Une architecture ingénieuse et inédite : de la terre, du schiste et des rondins de bois d'olivier et de frêne. Dans les années 1940, les premières maisons en dur apparaissent, tranchant avec l'architecture de survie aussi vieille que ce village qui semble tendre une embuscade à la Kouiret, cette montagne du massif du Djurdjura sur laquelle les maisons ont l'air d'avoir poussé plutôt que construites. Sous la maison des Azem qui délimite le village vers Taguemount Naït Ergane, des olives sèchent en tas noirs et juteux sur le bord de la route. C'est la saison de la cueillette. On peut le savoir en observant les nuées d'étourneaux qui planaient au-dessus des oliviers. Etalée en amont entre deux rochers, Agouni Gueghrane est hors du temps. Le nom de ce village qui tutoie les nuages signifie «La plaine aux quilles» mais nul ne saurait en donner une explication définitive. On y joua, dans les limbes, au jeu de quilles. Il s'y tenait des concours de lancers de javelots. Trois traits distinguent Agouni Gueghrane. La première est ancienne, c'est la place du village. Elle fut pendant longtemps, dit-on sans quelque fierté, la plus grande de Kabylie. La deuxième est, elle, toute récente, c'est la décharge sauvage qui menacerait l'écosystème si elle n'est pas stoppée nette et vite. La troisième, enfin, intemporelle, c'est d'être le hameau natal de Slimane Azem. Arab Akli a 86 ans. Enfin, il est présumé les avoir. Si les yeux lui jouent des tours, l'esprit, lui, est intact. Il se souvient de ce camarade d'enfance des Nat Waali. A l'école d'Agouni Gueghrane construite en 1913, ils ont fréquenté tour à tour la classe de M. Halet, puis celle de M. Casavous et, enfin, celle de M. Si Ahmed. Ils ont fait le berger côte à côte. Ce n'est pas une légende forgée après coup : son camarade taillait des flûtes dans le roseau et aimait leur arracher ces sons qui ressemblent à l'écho des pierres qui roulent du haut de la montagne. Un son âpre, lancinant, comme tenu en apesanteur. Un son qui ressemble à l'entrechoquement de ces pierrailles qui descendent à pic du Corbeau et du Piton, ces rochers dressés comme deux menhirs entre lesquels Agouni Gueghrane est posté en embuscade. Après l'école, Slimane descend vers la plaine pour chercher du travail. Il dégotte un boulot dans une exploitation agricole de Staouéli. Quand il revient à Agouni Gueghrane, une guitare dans ses bagages, il est déjà cet artiste audacieux qui s'apprête à moderniser la poésie kabyle et à déclencher la résurrection de l'identité berbère dont il est aujourd'hui un des pères fondateurs. Rares les artistes qui ne se réclament pas de lui. Comme on en trouve désormais presque partout en Kabylie gagnée par la fièvre de la représentation, trois grands portraits sont suspendus sur la place du village. Un représente Matoub, l'autre Abchiche Bélaïd, musicien et choriste de Slimane Azem qui a fini, par chanter de ses propres ailes, et Slimane lui-même. Sur le mur gondolé du café de la place, deux photos sont punaisées. L'une représente les joueurs de la JSK, sagement alignés comme des écoliers pour une pose de fin d'année. L'autre est un portrait de Slimane Azem découpé dans un calendrier, lui-même repiqué d'une pochette de disque. Le café est une illustration de l'univers nostalgique de la poésie de Slimane Azem funambulant sur le fil d'un tesson de verre entre l'ancestralité incarnée par l'ouate de la vie à Agouni Gueghrane et l'exil, symbolisé par la transhumance à travers les cafés, lieu d'attente, d'expectative, stations étranges pour étrangers. Agglutinés autour de tables noyées dans la fumée, joueurs et spectateurs s'adonnent avec une passion bruyante aux dominos, gestes confondus. Au moins trois générations de joueurs de dominos s'affrontent en tournois. Slimane était, nous confie Akli Arab qui tenait à nous offrir le café dans le cœur battant du village, un «enfant bien élevé» et un « bon élève ». Saïd Aliche, un septuagénaire retraité au verbe châtié, se souvient de cette année - ce devait être en 1946 - où, enfant en guenilles, il a vu arriver Slimane «avec Jacqueline et sa traction avant» brillant comme un soleil de cette célébrité qu'il commençait à avoir en France. Akli Arab complète : «Il avait fait entrer alors la première tamachint alaghna, (machine à chanson, tourne-disques)» et il a chanté à Afir à moins que ce ne soit au café de Bouhnik » A 44 ans, Larbi Naât Wali a deux raisons majeures de chérir Slimane Azem. Il est de la même famille que lui et, comme son illustre ainé, il fait dans la chanson. Mais il sait qu'il lui reste à gagner un prénom. C'est dur de partager le patronyme d'un géant. «Slice est le patrimoine de toute la Kabylie», relativise-t-il. Que Agouni Gueghrane lui doive sa renommée, c'est évident. Trois fourgons sur cinq qui font la navette avec les Ouadhias écoutent du Slimane en boucle. Depuis sa mort en exil, Slimane Azem est célébré quasiment comme un marabout. Une véritable Slimania s'est emparée du monde artistique et militant kabyle, qui souvent ne fait qu'un. Ce culte voué à Slimane Azem est justifié au moins par son génie novateur de musicien qui a su élever au rang de genre musical les frustes accords de nos montagnes. Il est justifié aussi par sa grande qualité de poète aux images de fabuliste, pionnier dans la contestation. Il est justifié enfin par la réappropriation par le mouvement berbère des figures de son patrimoine. Slimane est parti. Il a pérégriné, guitare et nostalgie de tamurthiw, Agouni Gueghrane, en bandoulière, de ville en ville, dans l'exil. Il est mort en France. Il est enterré en France sans jamais être revenu dans ce village comme figé entre ciel et terre, entre avant et après, qui était pour lui le refuge ultime. Il n'est pas revenu, privé du bercail pour de sombres histoires d'interprétation de ses actes et de ses chansons. Peut-être qu'un jour il faut mettre un terme à ce malentendu et rendre à la terre qui l'a vu naître, un homme qui l'a tellement aimée que, même s'il en est loin, elle se confond avec lui. Areski .Metref

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 09:29

Slimane AzemA paraître fin septembre 2008 : Slimane Azem, Le peuple en chansons. Une brochure de 82 pages pour établir un pont entre notre société et ce chanteur kabyle. En attendant voici un écho d’un concert.

 

Slimane Azem, le peuple en chansons

 

Le lieu, un village. L’association qui organise : un certain bout du monde. Sur scène Origines Controlées. Il s’agit de chansons de l’immigration algérienne. La vedette est décédée depuis 1983 et sa tombe se trouve à une dizaine de kilomètres, à Moissac, Tarn-et-Garonne. Elle s’appelle Slimane Azem. S’il avait été là, en ce 6 juin 2008, il aurait ouvert de grands yeux. Comment un public aussi divers peut-il vibrer à sa musique, à ses mélodies ? Pourtant, cheveux blancs et noirs, peaux blondes et sombres, tout le monde danse. Sur des paroles en kabyle ! Bien sûr avec Slimane, on retrouve la grande famille des chanteurs kabyles d’Aït Menguellet à Idir en passant par l’inévitable Matoub Lounès.

La première fois que j’ai entendu parler de Aït Menguellet c’était en 1992 dans un journal algérien, sous la plume d’un journaliste qui comme beaucoup d’autres trouvera ensuite refuge en France : S.A.S. Il racontait un stade plein, 10 000 personnes pour un concert dont les recettes devaient venir en aide aux habitants pour améliorer l’accès à l’eau. Depuis, à suivre ce filon, je retrouve à chaque pas le peuple en chansons.

Mouss et Hakim, les deux chanteurs du groupe Origines Contrôlées, ne diront pas autre chose : Slimane Azem était le chanteur que leurs parents écoutaient sans cesse. Le père maçon leur avait appris un proverbe : ou tu travailles à l’école ou ça sera la pelle et la pioche pour vous ! Et finalement ils chantent le peuple debout, le peuple cultivé même s’il était illettré.

 

Slimane Azem est un homme à l’histoire tourmentée. Fils de paysans, paysan lui-même, il deviendra à un moment propriétaire d’un café à Paris où il chantera pour les siens, pour sa grande famille. Depuis longtemps, il composait, écrivait, chantait mais grâce au café (comme d’autres qui bénéficièrent du café-concert) il peut atteindre un public plus large, toujours plus large jusqu’à la scène de l’Olympia.

 

A Garganvillar le public aura droit à deux chansons de Slimane : Le bœuf et la carte de résidence. La première est une fable d’un admirateur de La Fontaine. Car ainsi vont les cultures : dans un magnifique village de Kabylie un homme à l’école coloniale s’enthousiasme pour le fabuliste français et se sert de ce savoir pour broder sur sa culture populaire qu’il transporte en France !

 

Car les deux chanteurs d’aujourd’hui le répètent partout : quand ils chantent ce répertoire ils chantent une part de la France qui n’a jamais été seulement de langue française. Et si le Kabyle s’ajoute au breton et à l’occitan (Idir a beaucoup chanté avec Alan Stivel) vive la France. Combien de fois Slimane s’est mis à écrire une chanson sur le bon mot d’un de ses amis ? Il portera toujours avec lui son Algérie qu’il chante sans cesse, mais il chante de France et la plupart des immigrés qui s’identifient à lui, qui se retrouvent en lui, sont en France et Français.

 

Et dans ce village de France où le public danse au son de l’accordéon comme au son de djerbouka c’est pas un club de tourisme qui propose un détour folklorique. C’est la vie d’aujourd’hui, la fête forte des rythmes de partout. Mouss aime le répéter : le bal musette dont Garganvillar est un haut lieu, n’est que la rencontre entre une musique populaire d’Auvergne et des accordéonistes italiens. Cette identité de la France enfermée dans un troisième âge historique est elle aussi un croisement. Ne disons pas un mélange car quand on mélange on se perd et le peuple n’a pas à se perdre. Le mélange c’est la culture coca (light ou pas) forme bien connue de cocalisation, c’est le poulet pour tous forme achevée de la gastronomie perdue. Le peuple de partout avait auparavant sa gastronomie même si comme pour le jeune Slimane elle était surtout faite seulement de figues ou d’orge. Ce concert d’un soir je vous propose de le déguster avec un texte d’un écrivain rare Areski Metref qui tient chronique dans le Soir d’Algérie (il fut à Politis pendant toute une époque) et qui publia un texte hautement beau sur Slimane Azem vu cette fois de son pays. 6 juin 2008 Jean-Paul Damaggio

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 09:44

Un an après le texte ci-dessous, l'Argentine est en permanence secouée par les luttes paysannes où les grand propriétaires producteurs de soja OGM embarquent avec eux les petits producteurs. Que deviendra le pays ?

Le 1er mai 2007

Avec Carlos Fuentealba

Carte postale de Neuquén

 

  

A Neuquén, en Patagonie Nord, les enseignants, après cinquante-quatre jours d’une grève très dure viennent d’y obtenir (au prix de la mort de l’un d’entre eux, le 4 avril) un succès, fruit de l’engagement de toute une population. Diego le voyageur suit les routes de l’histoire ; son premier séjour à Neuquén se déroula voici trois ans environ (trois ans déjà). Arrivés par la route venant du nord en compagnie de quatre personnes, ils avaient quitté, à trois, la ville de Santiago du Chili en direction de Mendoza. José, le penseur de l’équipe, voulait suivre le chemin par lequel le jeune Pablo Neruda avait fui la dictature de son pays au cours des années 30. Avec José et Diego se trouvait Monsieur Pécuchet, son bras droit et à l’occasion cuisinier de talent. En descendant du bus à Mendonza, Argentine, ils ont croisé un homme en quête de compagnie pour aller, avec sa drôle de camionnette, jusqu’à Neuquén. Ils ont accepté la proposition car ils voulaient passer par cette ville afin d’atteindre la Patagonie Sud.

 

En arrivant à la confluence de deux rivières, el Río Limay et el Río Neuquén, qui donne el Río Negro, ils trouvèrent un parc pour stationner une nuit, un bref séjour qui laissa Diego avec trois frustrations : José refusa par manque de temps de visiter l’entreprise Zanon, Pécuchet préféra préparer un plat portugais (même s’il y eut du mal à trouver les ingrédients et en particulier l’huile d’olive de Siurana) qu’un plat local, et le chauffeur, Osvaldo Bayer, leur raconta pendant tout le trajet l’histoire de Severino di Giovanni, qui resta une énigme.

 

En conséquence, Diego se promit de revenir à Neuquén et il s’y retrouva le 28 avril 2007 au moment d’une lutte phénoménale conduite dans la région. Le terme «phénoménal» peut surprendre vu son absence d’écho en France, mais la Patagonie, c’est loin, l’écho des événements qui s’y déroulent n’a pas les relais de la guerre en Irak.

En sortant de l’aéroport international, le vendredi soir, Diego prit un bus pour un petit hôtel du centre ville. Le lendemain il put soigner sa première frustration : aller visiter l’entreprise Zanon. Bien sûr, auparavant il passa au siège de l’ATEN pour y rencontrer quelques syndicalistes en grande conversation, en particulier Marcelo Guagliardo, le secrétaire général, et Alejandro Garcia le responsable des rapports avec la presse. L’ATEN c’est l’Association des Travailleurs Enseignants de Neuquén. Comme partout, leur grève porte sur des revendications salariales. « Comme partout » car par définition, dans un monde où l’essentiel c’est d’accroître la productivité, les enseignants font figure de poids morts, incapables qu’ils sont de se plier à ce dogme (tout comme les coiffeurs). Faire disparaître les paysans reste une tâche relativement facile par rapport à l’organisation de l’exploitation moderne des enseignants ! Bref, la revendication a conduit à une grève générale qui dura cinquante-quatre jours, au blocage des routes, à l’assassinat par la police de Carlos Fuentealba (on n’invente pas un nom aussi prometteur). Après les manifestations monstres, avec le soutien très large des étudiants de l’Université nationale de la Comahue, ils préparent un autre rassemblement pour lundi. Dans cette ville de deux cent mille habitants, trente mille manifestants envahirent déjà la rue. Pour lundi, ils vont en doubler le nombre. En même temps, ils proposent majoritairement une rencontre avec les autorités pour ouvrir enfin des négociations (une augmentation salariale infime a été octroyée par le pouvoir). Qui sont les autorités ? Un gouvernement provincial, dont le parti est maître des lieux depuis quarante ans, et qui se prépare à garder le pouvoir, dans deux mois, au cours des nouvelles élections locales. Autant dire une mafia qui a décidé comme toutes les mafias du monde (et elles n’ont pas besoin de s’épauler) de provoquer de la violence pour susciter la peur et en appeler ensuite au soutien des défenseurs de l’ORDRE.

 

A la fin de 2001, l’Argentine a connu une révolution populaire suite à une crise économique colossale. Depuis, les forces dominantes ont reconstitué leurs avoirs sur le dos de la généralisation de la misère, sans pouvoir endormir totalement les piqueteros et autres autogestionnaires. A Neuquén, ils veulent faire sonner l’heure de la revanche de classe. Peut-on, en conséquence, négocier avec de telles autorités ? La première des conditions émises par les enseignants, c’est de pouvoir discuter avec le plus présentable de l’équipe de Jorge Sobisch (le nom du gouverneur) à savoir Carlos Silvestrini. Mais laissons les discussions ardues car c’est enfin l’heure du détour de Diego par l’usine Zanon.

 

La grève lancée par les enseignants et l’agitation qui s’en suit, seraient une lutte sociale destinée à l’oubli organisé par les moyens d’aliénation (de communication dit-on), s’il n’y avait pas Zanon. Dans cette usine de céramique, les patrons, en 2001, décidèrent de faire les valises (sans payer des retards importants de salaire). Après deux mois de surveillance devant les portes, pour empêcher les machines de sortir, les ouvriers décidèrent de les franchir (les portes) pour occuper illégalement le lieu. Puis, d’une illégalité à l’autre, ils relancèrent la production et voilà comment Zanon devint une des deux cents entreprises récupérées d’Argentine. Si ailleurs le temps usa les expériences (le temps et les adversaires), ici à Neuquén l’entreprise passa de trois cent cinquante à quatre cents soixante-dix ouvriers et son autogestion ne fit que se renforcer jusqu’à cette décision humoristique : rebaptiser l’usine. En ce 21 avril 2007, Diego entre dans la Fasinpat et vous comprendrez l’humour : Fabrica Sin Patrone (usine sans patron). Ce voyage étant béni des dieux (je ne dis pas lesquels), Diego put assister à deux phénomènes extraordinaires : le désespoir provenant de l’incendie d’un atelier (mercredi dernier) et l’espoir provenant de l’inauguration de nouveaux ateliers résultats d’investissements colossaux. Pour les ignorants de la fabrication de céramiques (j’en suis), disons que c’est comme pour la fabrication des gâteaux, mais en plus sévère : il n’est pas bon, pour rester vivant, d’être en même temps au four et au moulin. Entre l’an 2000 et l’occupation de l’usine, dix salariés furent victimes d’accidents du travail mortels. Cet incendie est venu rappeler les risques du métier même autogéré. D’où la volonté commune d’engager un million de pesos (à présent un dollar vaut trois pesos) pour moderniser des secteurs restés sans travaux depuis vingt ans. Le propriétaire ne va-t-il pas s’en réjouir en pensant au jour où il reprendra possession des lieux ? Fasinpat a un statut incertain rattaché, plus ou moins, au statut des coopératives. Pour le moment, la production avoisine mensuellement quatre cent mille mètres carrés de céramiques.

Il est évident que le gouverneur n’aime pas du tout le genre de publicité que ces acharnés de l’autogestion font à sa ville et sa région. De films en documentaires, les visiteurs n’arrêtent pas d’alimenter un tourisme peu orthodoxe. A propos de film, ce soir un festival de cinéma israélien va nous régaler de quelques beautés. Mais tout d’abord, Diego veut soigner sa deuxième frustration en goûtant enfin la cuisine de Patagonie. C’est sûr, il n’aurait pas dû demander une bonne adresse de restaurant à Alberto Esparza car aussitôt, en guise de réponse, celui-ci l’invita chez lui pour saisir la dimension populaire authentique de la cuisine locale. Après avoir confronté les impératifs de leurs emplois du temps, rendez-vous fut fixé au lendemain dimanche, vers treize heures, chez lui. D’ici là, Diego va se contenter de quelques empanadas et pommes, même si ce n’est pas tout à fait la bonne saison pour ce fruit (les plus belles pommes du pays sont produites ici). En cet automne austral, aux froides nuits, il faut attendre encore un mois.

Pour occuper une journée largement entamée, Diego acheta la presse locale, Pagina 12, comme journal national et Río Negro comme journal local. Avec Página 12 il pensait éclaircir le mystère Osvaldo Bayer car depuis son premier voyage il a découvert (en particulier au Festival latino de Toulouse) que le modeste chauffeur est en réalité un des intellectuels les plus surprenants du pays. Historien et cinéaste, journaliste et pamphlétaire, son nom sonne allemand au milieu de noms italiens. Comme il participe très souvent, le samedi, à la rubrique contratapa de Página 12 Diego espérait, en ce 21 avril, le retrouver mais à la place il a lu Sandra Russo analysant l’évolution médiatique du pays. Cette carte postale étant déjà très longue, je laisse les considérations sur la télévision argentine pour vous offrir la conclusion : « Il y a peu de temps, ils tuèrent un instituteur. Un homme bon. Un homme qui aimait son travail parce qu’il croyait que l’éducation rend aux gens, leur identité. Telle est l’éducation dans un pays civilisé : elle est une consistance, une cause. Sans doute la plus sensée de toutes celles qui peuvent exister.»

 

Diego ne va pas davantage vous raconter le film israélien de Avi Sesher présenté par le Cercle Hébraïque de la ville : Sof Haolam Smola qu’ils traduisirent en espagnol : Fin del mundo a la izquiera. Peut-être un film adapté à la situation française telle qu’elle sera traduite par le vote aux présidentielles ! L’action se passe en 1969 et permet une confrontation heureuse entre Juifs venant d’Inde et Palestiniens. En ce dimanche il aurait eu envie de s’installer dans le musée des beaux-arts de la ville après le repas populaire chez Alberto (vous saurez plus tard la recette d’une soupe et d’une entrée : el caldillo de Almejas et le panqueque de manzana). Mais Alberto lui avait préparé une visite originale de son univers aux rues extrêmement quadrillées. Il avait deviné que Diego était hanté par Osvaldo et il voulut lui montrer comment, à chaque coin de rue, la Patagonie rebelle, qu’il honora tant et plus, y était vivante, vivante, vivante. Oui, c’est un vieux de la vieille Osvaldo, un patriarche, un survivant, un clairvoyant aussi. Né en 1927, il fête en conséquence ses quatre-vingt ans cette année. D’après Alberto, intarissable sur le sujet, pour bien sourire sur les photos, il ne dit pas « whisky » mais une formule moins neutre : « salud y anarquía » (santé et anarchie mais en français ça ne donne pas le même mouvement des lèvres). Quant à la célèbre histoire de Severino di Giovanni, ce n’est pas une histoire inventée. Fusillé comme anarchiste, le premier février 1931, cet homme fut dispensé de participation aux merveilles des combats de 1936 (la même année, au Mexique, c’était la première nationalisation du pétrole, et Diego raconta à Alberto, le 36 de chez nous, en Europe) mais pas sa femme, dont la légende est plus considérable encore. Elle se prénommait América ! América, n’est-ce pas beau ? América Scarfo est décédée à 93 ans en 2006 et les poètes la chantèrent souvent. Son ultime rêve, son dernier vœu, Osvaldo eut le bonheur de l’aider à le réaliser. Du temps de la présidence de Carlos Menem, elle voulut enfin récupérer les lettres d’amour de Severino volées par la police en 1930. Bayer alla alors d’un bureau à un autre et jusqu’au Ministre de l’intérieur qui était le seul à pouvoir autoriser une telle aventure. Le ministre s’appelait Carlos W. Corach et à la surprise d’Osvaldo et d’América, il accepta de les recevoir et signa les documents donnant enfin accès aux lettres d’amour conservées plus soigneusement qu’un secret militaire. En sortant du bureau du ministre, celui-ci indiqua à Bayer : « N’oublie pas, Bayer, que je m’appelle Carlos W. Corach. Carlos comme Carlos Marx et W. pour Wladimiro Lenin ». Alors souriant, dans sa belle barbe blanche, Osvaldo lui répondit : « On dirait pas ! ».

L’ami José de 2003 (on l’appelait plutôt Pepe) aurait aimé cette anecdote, et si j’avais pu la lui raconter, il aurait même arrêté son voyage à Neuquén, il aurait recommencé à se soigner et serait sans nul doute encore vivant parmi nous.

 

Alberto laissa Diego à son hôtel avec dans la tête mille rêves de fêtes et un livre pour lui faciliter le retour. Patagonia rebelde occupera tout le temps du voyage en avion. Encore une fois cependant, Diego quitta trop vite le mate (boisson typique), San Martin, l’avenida de la República italiana mais au moins, il avait les réponses qu’il cherchait. Et surtout il savourait cette victoire assez rare, d’une belle grève. C’est Silvia Venero qui fut chargée d’annoncer la décision majoritaire de reprise du travail le lundi 30 avril suite à l’accord conclut avec le ministère qui fait passer le salaire de 600 à 1200 pesos (avec hausse proportionnelle pour les retraités) et permet l’embauche de 400 auxiliaires. Sans oublier le paiement d’une pension et d’une assurance vie à la veuve de Carlos Fuentealba. L’ami Diego me laissa dubitatif sur un seul point : le lieu de la négociation était un temple évangélique. Il me laissa dubitatif car au même moment les religieux du pays venaient d’appuyer fermement la décision d’une juge interdisant la pilule du lendemain pour les jeunes filles sous prétexte qu’il s’agissait d’une forme d’avortement. La décision venait d’être prise en Terre du Feu, à Ushuaia, et n’était rien d’autre que la traduction de discours de fanatiques religieux. La ministre tenta d’expliquer que la pilule, plutôt que de provoquer des avortements, en empêche plus d’un, mais à quoi bon expliquer à des fanatiques religieux … Nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet.

 

J’ai admiré le compte-rendu que Diego me fit des manifs du 1er  mai et en particulier de la rencontre émouvante sur la nationale 22, à 35 kilomètres de Neuquén, là où il fut décidé de rendre hommage à Carlos le martyr de la lutte. Le policier qui décida de l’abattre passait le même jour devant les juges. Sera-t-il sérieusement condamné ? Jean-Paul Damaggio

 

 

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 09:37

Harari-BiroLe décès de Clément Harari

 

Clément Harari, acteur de théâtre puis de cinéma vient de décéder. Au cours de sa vie il croisa dans le Gers Max Biro et ils se racontèrent leur vie. Max décida de publier le récit de la jeunesse de l’artiste et c’est devenu, publié aux Editions la Brochure : La jeunesse de Calmoun, format A5, couverture couleur (une peinture de Max) 144 pages, 12 euros. ISBN : 978-2-917154-11-3

Nous vous offrons ici le premier chapitre de ce livre.

 

" Brahim conduisait une vieille Hillman des années 50, pas trop pourrie, poussive, un peu cabossée, rouillée, petite pour un taxi.

Il allait vers l'aéroport.

Le mois précédent, il avait trouvé un américain, l'avait transporté, 15 jours, avait rendu services, hôtel, restau, kif, putes : «une fille de la bonne société, 17 ans, pas cher»... « Un petit jeune, non ? »

Il avait payé ses retards de loyer avec le plumage du pigeon.

Brahim arrivait vers la station de taxis de l'aéroport.

Il vit, son prochain client.

«OUI BON ! Yom saïd».

 

Sur le trottoir, un homme, sa valise ouverte, laissant les chemises, une trousse de toilette se répandre dans la poussière, les papiers gras et les mégots.

L'homme avait une soixantaine d'années, pas grand, plutôt gros, rouge de teint, ce rouge des rouquins, teint immuable quand les cheveux sont devenus blancs, une petite barbiche de docteur de Western, un short.

Il était accompagné d'une femme pas très jeune non plus, habillée de clair, très hiératique, irritée de la maladresse de son mari, une femme qui avait été belle, très belle.

 

Brahim planta son taxi là, courut, prit les choses en main, aida à remplir la valise, la referma à peu près.

«Come on, taxi, not expensive, come on, come on».

La femme fit oui de la tête, l'homme reprit la direction des opérations : “Garden city !”

«Garden city OK...». Brahim ouvrit les portes, cérémonieux, rassurant, jeta les deux bagages dans le coffre.

Il allait démarrer.

Un flic l'accroche, «à la queue, tu maraudes, YA 'ars Décharge tes clients vite, vite ! »

« Va te faire enculer».

Des cris, du bruit, une bagarre, le flic s'en va.

Brahim démarre... Brahim à haute voix « Bon pigeon » et souriant, «Hôtel, Sir, GOOD HOTEL ?»

«Garden city !»

«Seventeen kilometers to Cairo Mister, Heliopolis Great circulation, modern, Egypt ! Great country ! Tomorrow, with me, look, beautiful palace !»

 

Le bruit rendait fou Harari, il avait vu le désert, il y a trente ans, ici.

Du taxi, il ne voyait pas l'Egypte de son enfance. L'Egypte n'avait récolté que des moissons de voitures rouillées, embouteillées, et un bruit de cataracte de klaxons.

Le taxi traversait Héliopolis à lentes séquences de routes et de ralentissements, d'arrêts.

Ils passèrent devant une synagogue délaissée.

Le Baron Empain avait dit :

« Je veux être enterré au Paradis terrestre ».

Ici ! Qu'est devenu le Paradis terrestre ?

«Beautiful Egypt, you understand ?»

Harari écoutait cette langue de cuisine et d'aéroport, qui envahit le monde et se limite aux échanges de touristes et aux changes occultes de dollars.

«Mon brave. Te fatigues pas en Anglais ....... Je suis né ici».

Brahim dans sa surprise freina, le conducteur qui le suivait à quinze mètres dans une guimbarde, se mit en travers pour l'éviter et injuria Brahim :

«Qu'une datte noire entre dans le cul de ta mère, la fille de chienne en chaleur, par devant et par derrière ! »

Toute l'adolescence d'Harari l'envahissait à écouter les deux conducteurs.

Les deux voitures se bloquaient côte à côte, feu rouge exceptionnellement respecté ou accident en aval.

Harari baissa la vitre : « Ne t'en fais pas c'est ma faute haak 'aleya».

«Walla» «tu es vraiment Egyptien !»

«Je m'appelle Harari, Clément Harari, ils disent en Europe, ici Calmoun, Calmoun Harari, j'étais le jeune Calmoun, comme ton père et le père de ton père et de son père, aussi loin que tu veux, en djellaba.»

Que reste t'il du petit Calmoun dans ce vieil Harari ?

Il se revoit enfant, sur le balcon de la maison de ses parents à Héliopolis, le balcon d'en face était tout proche, de la rue montait une clameur.

Il voyait comme hier, la foule, les drapeaux rouges, le fleuve à ses pieds de petit garçon de cinq ans, les grands tissus qui flottaient.

Il serrait sa petite main sur la peinture écaillée noire de la fonte ouvragée, un cri que dans un premier temps, on ne distinguait pas dans la clameur, était scandé puis psalmodié : «Saad, Saad».

Toute sa vie le sentiment de fraternité et d’exaltation monterait en lui lors des mouvements populaires, viendrait comme un écho de ce jour, première scène d'un immense opéra, il se raccrocherait, emporté par les flots, parcelle infime !

Fraternité envahissante ressentie, côte à côte, amour romantique, il le cherchera, donnant à sa raison les raisons raisonnables, nostalgie.

Sa mère, les cheveux gris tirés en chignon bien serré, robe bien coupée, moderne, occidentale ou bien jupe et corsage blanc repassé, légèrement empesé, sa mère venait le prendre par la main et le faisait rentrer, dans la grande salle à manger, fermait la fenêtre de la rue.

Elle n'aurait pas pensé révolution, elle ne savait pas ce que c'était.

C'était incongru ce ronflement de la foule, du peuple, alors elle le faisait rentrer.

 

C'était une famille ouverte, allant vers le progrès, mais elle cuisinait pour tous dans une cuisine, petit recoin, sur des réchauds à mèche, orientaux.

Cette femme, pondait tous les deux ans, régulièrement un petit Harari, heureuse pour un garçon, supportant le coup du sort pour une fille !

Comment aurait-elle pu savoir ce qu'étaient ces fleuves d’espérance et de colère se brisant sur le protectorat britannique.

Elle ne savait pas se servir de l'argent, confondait les pièces. Elle ne sortait pas.

Elle ne faisait pas le marché.

Elle vivait une vie parallèle avec les autres femmes de la famille. Elle allait au temple, le samedi, séparée des hommes.

Elle venait d'Alep, ils n'étaient que des Juifs si semblables et si différents des Arabes.

Tout petit enfant avec les Teffilims, et le Talet, toutes les fêtes, toutes, venaient, Pourim, Yom Kippour, Pessah, Souccoth.

 Sa mère l'avait mené jusqu'à la table, ses frères et sœurs tous plus vieux, six, étaient déjà assis.

Son père avait une assiette, symbolique, mais repérait un morceau, et le piquait, seigneurial, chez l'un ou chez l'autre. La mère durant le repas, servait le repas debout toujours debout, derrière son monde, attentive, invisible, présente.

La table était chargée de plats différents aux préférences de chacun, des fils d'abord, mais les filles étaient à l'assaut de leur égalité.

Youssef, appelait la bénédiction de l'Eternel sur la famille, au Shabbat, tous les jours goûtait dans le silence, un premier morceau regardant sa femme, sentencieux oracle, disait : «bien, un peu trop de sel».

Elle ? Elle avait l'impression d'avoir perdu son honneur. Il goûtait alors le riz, le riz quotidien, le Maréchal des aliments. S'il semblait être satisfait, elle retrouvait son active sérénité.

Toujours inflammable, elle se mettait à se plaindre, se lamentant, «Pourquoi es-tu mon mari ? », elle se dirigeait vers la fenêtre, menaçait de se jeter, pour mettre fin à une si terrible vie, puis dans l'indifférence générale, après une scène de vingt minutes, pleine d'imprécations, de lamentations, retournait comme si de rien n'était à ses travaux.

Lors du mariage, le beau-père n'avait-il pas dit la formule rituelle : «Prends la, elle sera esclave en ta cuisine».

 

 

La politique entrait le long de ces repas, le père au courant du moindre fait, en dissertait avec les aînés, garçons et filles, s'opposait ou approuvait les interventions de ses amis invités, mais d'une manière à la fois éloignée partiale et passionnée, ou tel un sage talmudiste serein et désincarné.

L'enfant savait qui était président du conseil en France, quel était le premier port exportateur de riz (Rangoon), ce que faisait la chambre bleue horizon, ce que fut la première révolution russe de 1905, qui était Bêla Kun, l'éphémère dictateur rouge Magyar.

Mais bientôt, la famille quitta Le Caire. "

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 09:32

Discours imaginé de Sarkozy à Montauban le 28 juillet 2008[1]

 

En cette année 2008 le Tarn-et-Garonne fête le Bicentenaire de sa naissance. Le hasard a voulu qu’un des habitants de ce département tardif (J-B Pérès) écrive en 1835 : Comme quoi Napoélon n’a jamais existé (texte disponible sur internet). Alors comment a-t-il pu créer le TetG ? En conséquence, Léon Dunara, un écrivain vivant ses derniers jours, décida d’écrire : Le Tarn-et-Garonne n’a jamais existé, Editions La Brochure, 82 pages, 5 euros ISBN : 978-2-917154-15-1

Comme Nicolas Sarkozy va venir fêter l’événement il a imaginé le discours de circonstance que nous vous offrons ici.

 

 

 « La France qui, par-delà ses différences, ne cessede délivrer à tous les hommes un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect, a souvent été détournée de sa vocation. En cette ville de Montauban, je veux répéter que beaucoup de crimes intérieurs ont détruit les libertés locales, pour faire de Montauban en Bretagne la sœur jumelle de Montauban en Quercy, comme beaucoup de crimes coloniaux ont été commis au nom de la France, alors qu’il s’agissait d’une trahison de la France.

Les crimes qui ont été commis étaient dictés par le sectarisme et par le fanatisme dont la population de cette ville a fait les frais pendant les guerres de religion et après, quand le sentiment religieux a été instrumentalisé pour servir de prétexte à d'autres objectifs que la construction de notre pays.

Tous ces excès, toutes ces dérives doivent-ils nous amener à condamner la France ? Non, bien sûr : le remède serait pire que le mal. En tant que chef d'un Etat dont la politique repose sur l’amour de la France, j’ai été obligé de dire : la France on l’aime ou on la quitte. Je n’ai pas à exprimer ma préférence pour l’Occitanie, le Dauphiné, la Normandie ou la Bretagne. Je dois respecter toutes les Régions, garantir que chacun puisse librement y vivre dans la dignité. Et j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation. Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. Et dans chaque civilisation, il y a aussi quelque chose d’universel, quelque chose qui la relie à toutes les autres civilisations.

Montauban la protestante a su faire la paix avec Montauban la catholique pour prouver que la France est le pays qui a su organiser la paix civile. Malgré la Révolution qui voulut privilé-gier un temps Cahors la catholique, Montauban sut attendre son heure paisiblement et en fut récompensée par le juste geste de l’empereur Napoléon.

Depuis que la civilisation est apparue face à la barbarie, depuis que les relations entre les hommes ont cessé d'être exclusivement fondées sur la brutalité et sur la violence, depuis que par un effort toujours recommencé sur lui-même l’Homme a cherché, sans toujours y parvenir, à domestiquer ses instincts, les civilisations se rencontrent, dialoguent, échan-gent, se fécondent les unes les autres. Aussi, je veux relancer ici, sur les bords du Tarn, en cette ville courageuse que Madame la députée-maire a su hisser au rang de symbole de l’histoire, un appel en faveur de la paix. Montauban l’Occitane le mérite. Madame la députée-maire n’a-t-elle pas démontré dès 2001 qu’un candidat à un poste électoral pouvait marginaliser les extrêmes et plus particulièrement le Front national ? C’est là une œuvre de paix ! Mérite qui n’est pas moins grand que celui du Président du Conseil général dont je salue ici les qualités politiques.

Mais il n'y a pas de civilisation qui ne soit le produit d'un métissage. Et quel plus grand métissage que celui né sur la terre occitane ? Comment ne pas rêver à des liens entre Occitans et Indiens des Amériques[2] ? Comme l’indiqua de très belle manière le chef indien Seattle : « Nous savons au moins ceci : que la terre n’appartient pas aux hommes, ce sont les hommes qui appartiennent à la terre ». Je me plais donc à répéter ce que j’ai dit ailleurs[3] : « L'Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. Il n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. »

Il ne s’agit pas de chercher à imposer un modèle unique de civilisation. Ce serait répéter une fois de plus l’erreur tragique qui dans le passé a provoqué tant de malheurs. Ce serait nier les identités. Ce serait susciter non la paix et la fraternité mais la violence, la guerre et le terrorisme car rien n’est plus dangereux qu’une identité blessée, qu’une identité humiliée.

Si la globalisation provoque tant de critiques, tant de crispations, tant de rejets, c’est d’abord parce qu’elle est trop souvent ressentie comme une menace pour les identités. Oui, la vie de l’homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’homme de consommer pour être heureux. Chaque communauté doit défendre son identité et la défense de l’identité occitane ne peut faire ombre à l’identité nationale. Cessons de montrer du doigt le communautarisme d’où viendra notre renais-sance nationale.

Une politique de civilisation, c’est une politique de la diversité communautaire, c’est une politique qui fait du respect de la diversité des opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel. Car la diversité ce n’est pas seulement une valeur occidentale. C’est une valeur commune à toute civilisation. Une politique de civilisation c'est une politique qui reconnaît tous les hommes et tous les peuples égaux en droits, en devoirs et en dignité, c'est une politique qui place la vie au-dessus de tout. C’est une politique des intérêts vitaux de l’humanité. C’est une politique de responsabilité vis-à-vis des générations futures, vis-à-vis de la planète. Et au nom de cette responsabilité, qui n’a que faire du ridicule baromètre des sondages ou de résultats d’élections municipales, je vous annonce – et c’est ici le lieu ou jamais -  que mon mandat sera celui de la réflexion sur les départements.

Si la France centraliste a refusé de respecter sa propre diversité, il est temps à présent de tour-ner la page de tant d’années infécondes pour le développement de la paix générale.

Vous le savez j’ai chargé Jacques Attali d’un rapport sur la libération de la croissance. Y a-t-il lieu plus approprié que cette célébration d’un bicentenaire de département, pour annoncer les mesures à mettre en œuvre pour profiter, du dit rapport, qui propose, en dix ans, d’en finir avec les départements, au bénéfice des Régions et des Intercommunalités ?

Décision 260 indique le rapport à des journalistes qui oublient de commenter la décision 259 !

         Monsieur le Président du Conseil général vous le savez mieux que quiconque, la France ne se réforme pas sans dialogue. Voilà pourquoi je suis contre la suppression pure et simple des départements. Le rapport Attali indique : « L’objectif est de constater à dix ans l’inutilité du département, afin de clarifier les compéten-ces et réduire les coûts de l’administration territoriale ». Nous allons changer la France et donc, dans dix ans, nous ferons le point.

Seulement à ce moment là, la réalité nous dira si oui ou non le département conserve un rôle.

Je puis vous assurer que dans tous les cas, Montauban sera traitée avec dignité. Dans le développement de la région toulousaine que je salue, Montauban pourra enfin jouer son rôle de ville authentique. Débarrassée de cette fonction préfectorale qui en bride l’ingéniosité, elle va donner libre cours aux mesures de justice qui firent son identité. Justice envers toutes les religions, justice envers toutes les classes sociales. Car la justice, nous la devons à tous les peuples opprimés, à tous les exploités, à tous ceux qui souffrent de ne pas voir reconnue leur dignité d’être humain, nous la devons à toutes les femmes, à tous les enfants martyrisés dans le monde, si nous voulons pouvoir vivre en paix sur cette Terre, si nous voulons pouvoir arracher du cœur des hommes le ressentiment et la vengeance.

Si disparition des départements il y aura, ce sera pour ces grandes causes là ! Et quand je dis que la justice nous la devons à toutes les femmes comment ne pas saluer ici la plus grande de toutes, celle qui comprit avant tout le monde les mesures à prendre pour la justice. Vous avez reconnu la grande Olympe de Gouges qui paya de sa vie une opinion aujourd’hui partagée : il était futile de guillotiner les rois, quand il était utile de donner des droits aux femmes.

Montauban inventa le fameux tissu appelé cadis de Montauban, développa une industrie florissante et originale avec cinq mille ouvriers, puis, devenue préfecture, même si c’était indispensable en son temps, elle y perdit sa vocation.

Le projet, que je vous appelle tous à mettre en œuvre avec le gouvernement, fait peur aux frileux qui veulent bloquer le changement. Comme les Montalbanais de 1808 nous ne nous inclinons pas devant l’histoire, nous la changeons !

Vive Montauban et le Tarn-et-Garonne.

Vive une France future sans départements.

Vive la France du féodalisme enfin positif ! »

Sarkozy revu et corrigé par Léon Dunara.

 



[1] Inspiré du discours de Ryad, Arabie Saoudite, Janvier 2008.

[2] Sarkozy n’a sans doute pas été informé qu’il n’y avait pas besoin de lui pour créer une telle association, voici presque vingt ans, sous le nom d’Ok-OC.

[3] J’insiste, la phrase est reprise du discours de Ryad comme, à la surprise de lecteurs, la plus grande partie de ce discours.

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