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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 10:44

Un an après le texte ci-dessous, l'Argentine est en permanence secouée par les luttes paysannes où les grand propriétaires producteurs de soja OGM embarquent avec eux les petits producteurs. Que deviendra le pays ?

Le 1er mai 2007

Avec Carlos Fuentealba

Carte postale de Neuquén

 

  

A Neuquén, en Patagonie Nord, les enseignants, après cinquante-quatre jours d’une grève très dure viennent d’y obtenir (au prix de la mort de l’un d’entre eux, le 4 avril) un succès, fruit de l’engagement de toute une population. Diego le voyageur suit les routes de l’histoire ; son premier séjour à Neuquén se déroula voici trois ans environ (trois ans déjà). Arrivés par la route venant du nord en compagnie de quatre personnes, ils avaient quitté, à trois, la ville de Santiago du Chili en direction de Mendoza. José, le penseur de l’équipe, voulait suivre le chemin par lequel le jeune Pablo Neruda avait fui la dictature de son pays au cours des années 30. Avec José et Diego se trouvait Monsieur Pécuchet, son bras droit et à l’occasion cuisinier de talent. En descendant du bus à Mendonza, Argentine, ils ont croisé un homme en quête de compagnie pour aller, avec sa drôle de camionnette, jusqu’à Neuquén. Ils ont accepté la proposition car ils voulaient passer par cette ville afin d’atteindre la Patagonie Sud.

 

En arrivant à la confluence de deux rivières, el Río Limay et el Río Neuquén, qui donne el Río Negro, ils trouvèrent un parc pour stationner une nuit, un bref séjour qui laissa Diego avec trois frustrations : José refusa par manque de temps de visiter l’entreprise Zanon, Pécuchet préféra préparer un plat portugais (même s’il y eut du mal à trouver les ingrédients et en particulier l’huile d’olive de Siurana) qu’un plat local, et le chauffeur, Osvaldo Bayer, leur raconta pendant tout le trajet l’histoire de Severino di Giovanni, qui resta une énigme.

 

En conséquence, Diego se promit de revenir à Neuquén et il s’y retrouva le 28 avril 2007 au moment d’une lutte phénoménale conduite dans la région. Le terme «phénoménal» peut surprendre vu son absence d’écho en France, mais la Patagonie, c’est loin, l’écho des événements qui s’y déroulent n’a pas les relais de la guerre en Irak.

En sortant de l’aéroport international, le vendredi soir, Diego prit un bus pour un petit hôtel du centre ville. Le lendemain il put soigner sa première frustration : aller visiter l’entreprise Zanon. Bien sûr, auparavant il passa au siège de l’ATEN pour y rencontrer quelques syndicalistes en grande conversation, en particulier Marcelo Guagliardo, le secrétaire général, et Alejandro Garcia le responsable des rapports avec la presse. L’ATEN c’est l’Association des Travailleurs Enseignants de Neuquén. Comme partout, leur grève porte sur des revendications salariales. « Comme partout » car par définition, dans un monde où l’essentiel c’est d’accroître la productivité, les enseignants font figure de poids morts, incapables qu’ils sont de se plier à ce dogme (tout comme les coiffeurs). Faire disparaître les paysans reste une tâche relativement facile par rapport à l’organisation de l’exploitation moderne des enseignants ! Bref, la revendication a conduit à une grève générale qui dura cinquante-quatre jours, au blocage des routes, à l’assassinat par la police de Carlos Fuentealba (on n’invente pas un nom aussi prometteur). Après les manifestations monstres, avec le soutien très large des étudiants de l’Université nationale de la Comahue, ils préparent un autre rassemblement pour lundi. Dans cette ville de deux cent mille habitants, trente mille manifestants envahirent déjà la rue. Pour lundi, ils vont en doubler le nombre. En même temps, ils proposent majoritairement une rencontre avec les autorités pour ouvrir enfin des négociations (une augmentation salariale infime a été octroyée par le pouvoir). Qui sont les autorités ? Un gouvernement provincial, dont le parti est maître des lieux depuis quarante ans, et qui se prépare à garder le pouvoir, dans deux mois, au cours des nouvelles élections locales. Autant dire une mafia qui a décidé comme toutes les mafias du monde (et elles n’ont pas besoin de s’épauler) de provoquer de la violence pour susciter la peur et en appeler ensuite au soutien des défenseurs de l’ORDRE.

 

A la fin de 2001, l’Argentine a connu une révolution populaire suite à une crise économique colossale. Depuis, les forces dominantes ont reconstitué leurs avoirs sur le dos de la généralisation de la misère, sans pouvoir endormir totalement les piqueteros et autres autogestionnaires. A Neuquén, ils veulent faire sonner l’heure de la revanche de classe. Peut-on, en conséquence, négocier avec de telles autorités ? La première des conditions émises par les enseignants, c’est de pouvoir discuter avec le plus présentable de l’équipe de Jorge Sobisch (le nom du gouverneur) à savoir Carlos Silvestrini. Mais laissons les discussions ardues car c’est enfin l’heure du détour de Diego par l’usine Zanon.

 

La grève lancée par les enseignants et l’agitation qui s’en suit, seraient une lutte sociale destinée à l’oubli organisé par les moyens d’aliénation (de communication dit-on), s’il n’y avait pas Zanon. Dans cette usine de céramique, les patrons, en 2001, décidèrent de faire les valises (sans payer des retards importants de salaire). Après deux mois de surveillance devant les portes, pour empêcher les machines de sortir, les ouvriers décidèrent de les franchir (les portes) pour occuper illégalement le lieu. Puis, d’une illégalité à l’autre, ils relancèrent la production et voilà comment Zanon devint une des deux cents entreprises récupérées d’Argentine. Si ailleurs le temps usa les expériences (le temps et les adversaires), ici à Neuquén l’entreprise passa de trois cent cinquante à quatre cents soixante-dix ouvriers et son autogestion ne fit que se renforcer jusqu’à cette décision humoristique : rebaptiser l’usine. En ce 21 avril 2007, Diego entre dans la Fasinpat et vous comprendrez l’humour : Fabrica Sin Patrone (usine sans patron). Ce voyage étant béni des dieux (je ne dis pas lesquels), Diego put assister à deux phénomènes extraordinaires : le désespoir provenant de l’incendie d’un atelier (mercredi dernier) et l’espoir provenant de l’inauguration de nouveaux ateliers résultats d’investissements colossaux. Pour les ignorants de la fabrication de céramiques (j’en suis), disons que c’est comme pour la fabrication des gâteaux, mais en plus sévère : il n’est pas bon, pour rester vivant, d’être en même temps au four et au moulin. Entre l’an 2000 et l’occupation de l’usine, dix salariés furent victimes d’accidents du travail mortels. Cet incendie est venu rappeler les risques du métier même autogéré. D’où la volonté commune d’engager un million de pesos (à présent un dollar vaut trois pesos) pour moderniser des secteurs restés sans travaux depuis vingt ans. Le propriétaire ne va-t-il pas s’en réjouir en pensant au jour où il reprendra possession des lieux ? Fasinpat a un statut incertain rattaché, plus ou moins, au statut des coopératives. Pour le moment, la production avoisine mensuellement quatre cent mille mètres carrés de céramiques.

Il est évident que le gouverneur n’aime pas du tout le genre de publicité que ces acharnés de l’autogestion font à sa ville et sa région. De films en documentaires, les visiteurs n’arrêtent pas d’alimenter un tourisme peu orthodoxe. A propos de film, ce soir un festival de cinéma israélien va nous régaler de quelques beautés. Mais tout d’abord, Diego veut soigner sa deuxième frustration en goûtant enfin la cuisine de Patagonie. C’est sûr, il n’aurait pas dû demander une bonne adresse de restaurant à Alberto Esparza car aussitôt, en guise de réponse, celui-ci l’invita chez lui pour saisir la dimension populaire authentique de la cuisine locale. Après avoir confronté les impératifs de leurs emplois du temps, rendez-vous fut fixé au lendemain dimanche, vers treize heures, chez lui. D’ici là, Diego va se contenter de quelques empanadas et pommes, même si ce n’est pas tout à fait la bonne saison pour ce fruit (les plus belles pommes du pays sont produites ici). En cet automne austral, aux froides nuits, il faut attendre encore un mois.

Pour occuper une journée largement entamée, Diego acheta la presse locale, Pagina 12, comme journal national et Río Negro comme journal local. Avec Página 12 il pensait éclaircir le mystère Osvaldo Bayer car depuis son premier voyage il a découvert (en particulier au Festival latino de Toulouse) que le modeste chauffeur est en réalité un des intellectuels les plus surprenants du pays. Historien et cinéaste, journaliste et pamphlétaire, son nom sonne allemand au milieu de noms italiens. Comme il participe très souvent, le samedi, à la rubrique contratapa de Página 12 Diego espérait, en ce 21 avril, le retrouver mais à la place il a lu Sandra Russo analysant l’évolution médiatique du pays. Cette carte postale étant déjà très longue, je laisse les considérations sur la télévision argentine pour vous offrir la conclusion : « Il y a peu de temps, ils tuèrent un instituteur. Un homme bon. Un homme qui aimait son travail parce qu’il croyait que l’éducation rend aux gens, leur identité. Telle est l’éducation dans un pays civilisé : elle est une consistance, une cause. Sans doute la plus sensée de toutes celles qui peuvent exister.»

 

Diego ne va pas davantage vous raconter le film israélien de Avi Sesher présenté par le Cercle Hébraïque de la ville : Sof Haolam Smola qu’ils traduisirent en espagnol : Fin del mundo a la izquiera. Peut-être un film adapté à la situation française telle qu’elle sera traduite par le vote aux présidentielles ! L’action se passe en 1969 et permet une confrontation heureuse entre Juifs venant d’Inde et Palestiniens. En ce dimanche il aurait eu envie de s’installer dans le musée des beaux-arts de la ville après le repas populaire chez Alberto (vous saurez plus tard la recette d’une soupe et d’une entrée : el caldillo de Almejas et le panqueque de manzana). Mais Alberto lui avait préparé une visite originale de son univers aux rues extrêmement quadrillées. Il avait deviné que Diego était hanté par Osvaldo et il voulut lui montrer comment, à chaque coin de rue, la Patagonie rebelle, qu’il honora tant et plus, y était vivante, vivante, vivante. Oui, c’est un vieux de la vieille Osvaldo, un patriarche, un survivant, un clairvoyant aussi. Né en 1927, il fête en conséquence ses quatre-vingt ans cette année. D’après Alberto, intarissable sur le sujet, pour bien sourire sur les photos, il ne dit pas « whisky » mais une formule moins neutre : « salud y anarquía » (santé et anarchie mais en français ça ne donne pas le même mouvement des lèvres). Quant à la célèbre histoire de Severino di Giovanni, ce n’est pas une histoire inventée. Fusillé comme anarchiste, le premier février 1931, cet homme fut dispensé de participation aux merveilles des combats de 1936 (la même année, au Mexique, c’était la première nationalisation du pétrole, et Diego raconta à Alberto, le 36 de chez nous, en Europe) mais pas sa femme, dont la légende est plus considérable encore. Elle se prénommait América ! América, n’est-ce pas beau ? América Scarfo est décédée à 93 ans en 2006 et les poètes la chantèrent souvent. Son ultime rêve, son dernier vœu, Osvaldo eut le bonheur de l’aider à le réaliser. Du temps de la présidence de Carlos Menem, elle voulut enfin récupérer les lettres d’amour de Severino volées par la police en 1930. Bayer alla alors d’un bureau à un autre et jusqu’au Ministre de l’intérieur qui était le seul à pouvoir autoriser une telle aventure. Le ministre s’appelait Carlos W. Corach et à la surprise d’Osvaldo et d’América, il accepta de les recevoir et signa les documents donnant enfin accès aux lettres d’amour conservées plus soigneusement qu’un secret militaire. En sortant du bureau du ministre, celui-ci indiqua à Bayer : « N’oublie pas, Bayer, que je m’appelle Carlos W. Corach. Carlos comme Carlos Marx et W. pour Wladimiro Lenin ». Alors souriant, dans sa belle barbe blanche, Osvaldo lui répondit : « On dirait pas ! ».

L’ami José de 2003 (on l’appelait plutôt Pepe) aurait aimé cette anecdote, et si j’avais pu la lui raconter, il aurait même arrêté son voyage à Neuquén, il aurait recommencé à se soigner et serait sans nul doute encore vivant parmi nous.

 

Alberto laissa Diego à son hôtel avec dans la tête mille rêves de fêtes et un livre pour lui faciliter le retour. Patagonia rebelde occupera tout le temps du voyage en avion. Encore une fois cependant, Diego quitta trop vite le mate (boisson typique), San Martin, l’avenida de la República italiana mais au moins, il avait les réponses qu’il cherchait. Et surtout il savourait cette victoire assez rare, d’une belle grève. C’est Silvia Venero qui fut chargée d’annoncer la décision majoritaire de reprise du travail le lundi 30 avril suite à l’accord conclut avec le ministère qui fait passer le salaire de 600 à 1200 pesos (avec hausse proportionnelle pour les retraités) et permet l’embauche de 400 auxiliaires. Sans oublier le paiement d’une pension et d’une assurance vie à la veuve de Carlos Fuentealba. L’ami Diego me laissa dubitatif sur un seul point : le lieu de la négociation était un temple évangélique. Il me laissa dubitatif car au même moment les religieux du pays venaient d’appuyer fermement la décision d’une juge interdisant la pilule du lendemain pour les jeunes filles sous prétexte qu’il s’agissait d’une forme d’avortement. La décision venait d’être prise en Terre du Feu, à Ushuaia, et n’était rien d’autre que la traduction de discours de fanatiques religieux. La ministre tenta d’expliquer que la pilule, plutôt que de provoquer des avortements, en empêche plus d’un, mais à quoi bon expliquer à des fanatiques religieux … Nous aurons l’occasion de revenir sur le sujet.

 

J’ai admiré le compte-rendu que Diego me fit des manifs du 1er  mai et en particulier de la rencontre émouvante sur la nationale 22, à 35 kilomètres de Neuquén, là où il fut décidé de rendre hommage à Carlos le martyr de la lutte. Le policier qui décida de l’abattre passait le même jour devant les juges. Sera-t-il sérieusement condamné ? Jean-Paul Damaggio

 

 

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 10:37

Harari-BiroLe décès de Clément Harari

 

Clément Harari, acteur de théâtre puis de cinéma vient de décéder. Au cours de sa vie il croisa dans le Gers Max Biro et ils se racontèrent leur vie. Max décida de publier le récit de la jeunesse de l’artiste et c’est devenu, publié aux Editions la Brochure : La jeunesse de Calmoun, format A5, couverture couleur (une peinture de Max) 144 pages, 12 euros. ISBN : 978-2-917154-11-3

Nous vous offrons ici le premier chapitre de ce livre.

 

" Brahim conduisait une vieille Hillman des années 50, pas trop pourrie, poussive, un peu cabossée, rouillée, petite pour un taxi.

Il allait vers l'aéroport.

Le mois précédent, il avait trouvé un américain, l'avait transporté, 15 jours, avait rendu services, hôtel, restau, kif, putes : «une fille de la bonne société, 17 ans, pas cher»... « Un petit jeune, non ? »

Il avait payé ses retards de loyer avec le plumage du pigeon.

Brahim arrivait vers la station de taxis de l'aéroport.

Il vit, son prochain client.

«OUI BON ! Yom saïd».

 

Sur le trottoir, un homme, sa valise ouverte, laissant les chemises, une trousse de toilette se répandre dans la poussière, les papiers gras et les mégots.

L'homme avait une soixantaine d'années, pas grand, plutôt gros, rouge de teint, ce rouge des rouquins, teint immuable quand les cheveux sont devenus blancs, une petite barbiche de docteur de Western, un short.

Il était accompagné d'une femme pas très jeune non plus, habillée de clair, très hiératique, irritée de la maladresse de son mari, une femme qui avait été belle, très belle.

 

Brahim planta son taxi là, courut, prit les choses en main, aida à remplir la valise, la referma à peu près.

«Come on, taxi, not expensive, come on, come on».

La femme fit oui de la tête, l'homme reprit la direction des opérations : “Garden city !”

«Garden city OK...». Brahim ouvrit les portes, cérémonieux, rassurant, jeta les deux bagages dans le coffre.

Il allait démarrer.

Un flic l'accroche, «à la queue, tu maraudes, YA 'ars Décharge tes clients vite, vite ! »

« Va te faire enculer».

Des cris, du bruit, une bagarre, le flic s'en va.

Brahim démarre... Brahim à haute voix « Bon pigeon » et souriant, «Hôtel, Sir, GOOD HOTEL ?»

«Garden city !»

«Seventeen kilometers to Cairo Mister, Heliopolis Great circulation, modern, Egypt ! Great country ! Tomorrow, with me, look, beautiful palace !»

 

Le bruit rendait fou Harari, il avait vu le désert, il y a trente ans, ici.

Du taxi, il ne voyait pas l'Egypte de son enfance. L'Egypte n'avait récolté que des moissons de voitures rouillées, embouteillées, et un bruit de cataracte de klaxons.

Le taxi traversait Héliopolis à lentes séquences de routes et de ralentissements, d'arrêts.

Ils passèrent devant une synagogue délaissée.

Le Baron Empain avait dit :

« Je veux être enterré au Paradis terrestre ».

Ici ! Qu'est devenu le Paradis terrestre ?

«Beautiful Egypt, you understand ?»

Harari écoutait cette langue de cuisine et d'aéroport, qui envahit le monde et se limite aux échanges de touristes et aux changes occultes de dollars.

«Mon brave. Te fatigues pas en Anglais ....... Je suis né ici».

Brahim dans sa surprise freina, le conducteur qui le suivait à quinze mètres dans une guimbarde, se mit en travers pour l'éviter et injuria Brahim :

«Qu'une datte noire entre dans le cul de ta mère, la fille de chienne en chaleur, par devant et par derrière ! »

Toute l'adolescence d'Harari l'envahissait à écouter les deux conducteurs.

Les deux voitures se bloquaient côte à côte, feu rouge exceptionnellement respecté ou accident en aval.

Harari baissa la vitre : « Ne t'en fais pas c'est ma faute haak 'aleya».

«Walla» «tu es vraiment Egyptien !»

«Je m'appelle Harari, Clément Harari, ils disent en Europe, ici Calmoun, Calmoun Harari, j'étais le jeune Calmoun, comme ton père et le père de ton père et de son père, aussi loin que tu veux, en djellaba.»

Que reste t'il du petit Calmoun dans ce vieil Harari ?

Il se revoit enfant, sur le balcon de la maison de ses parents à Héliopolis, le balcon d'en face était tout proche, de la rue montait une clameur.

Il voyait comme hier, la foule, les drapeaux rouges, le fleuve à ses pieds de petit garçon de cinq ans, les grands tissus qui flottaient.

Il serrait sa petite main sur la peinture écaillée noire de la fonte ouvragée, un cri que dans un premier temps, on ne distinguait pas dans la clameur, était scandé puis psalmodié : «Saad, Saad».

Toute sa vie le sentiment de fraternité et d’exaltation monterait en lui lors des mouvements populaires, viendrait comme un écho de ce jour, première scène d'un immense opéra, il se raccrocherait, emporté par les flots, parcelle infime !

Fraternité envahissante ressentie, côte à côte, amour romantique, il le cherchera, donnant à sa raison les raisons raisonnables, nostalgie.

Sa mère, les cheveux gris tirés en chignon bien serré, robe bien coupée, moderne, occidentale ou bien jupe et corsage blanc repassé, légèrement empesé, sa mère venait le prendre par la main et le faisait rentrer, dans la grande salle à manger, fermait la fenêtre de la rue.

Elle n'aurait pas pensé révolution, elle ne savait pas ce que c'était.

C'était incongru ce ronflement de la foule, du peuple, alors elle le faisait rentrer.

 

C'était une famille ouverte, allant vers le progrès, mais elle cuisinait pour tous dans une cuisine, petit recoin, sur des réchauds à mèche, orientaux.

Cette femme, pondait tous les deux ans, régulièrement un petit Harari, heureuse pour un garçon, supportant le coup du sort pour une fille !

Comment aurait-elle pu savoir ce qu'étaient ces fleuves d’espérance et de colère se brisant sur le protectorat britannique.

Elle ne savait pas se servir de l'argent, confondait les pièces. Elle ne sortait pas.

Elle ne faisait pas le marché.

Elle vivait une vie parallèle avec les autres femmes de la famille. Elle allait au temple, le samedi, séparée des hommes.

Elle venait d'Alep, ils n'étaient que des Juifs si semblables et si différents des Arabes.

Tout petit enfant avec les Teffilims, et le Talet, toutes les fêtes, toutes, venaient, Pourim, Yom Kippour, Pessah, Souccoth.

 Sa mère l'avait mené jusqu'à la table, ses frères et sœurs tous plus vieux, six, étaient déjà assis.

Son père avait une assiette, symbolique, mais repérait un morceau, et le piquait, seigneurial, chez l'un ou chez l'autre. La mère durant le repas, servait le repas debout toujours debout, derrière son monde, attentive, invisible, présente.

La table était chargée de plats différents aux préférences de chacun, des fils d'abord, mais les filles étaient à l'assaut de leur égalité.

Youssef, appelait la bénédiction de l'Eternel sur la famille, au Shabbat, tous les jours goûtait dans le silence, un premier morceau regardant sa femme, sentencieux oracle, disait : «bien, un peu trop de sel».

Elle ? Elle avait l'impression d'avoir perdu son honneur. Il goûtait alors le riz, le riz quotidien, le Maréchal des aliments. S'il semblait être satisfait, elle retrouvait son active sérénité.

Toujours inflammable, elle se mettait à se plaindre, se lamentant, «Pourquoi es-tu mon mari ? », elle se dirigeait vers la fenêtre, menaçait de se jeter, pour mettre fin à une si terrible vie, puis dans l'indifférence générale, après une scène de vingt minutes, pleine d'imprécations, de lamentations, retournait comme si de rien n'était à ses travaux.

Lors du mariage, le beau-père n'avait-il pas dit la formule rituelle : «Prends la, elle sera esclave en ta cuisine».

 

 

La politique entrait le long de ces repas, le père au courant du moindre fait, en dissertait avec les aînés, garçons et filles, s'opposait ou approuvait les interventions de ses amis invités, mais d'une manière à la fois éloignée partiale et passionnée, ou tel un sage talmudiste serein et désincarné.

L'enfant savait qui était président du conseil en France, quel était le premier port exportateur de riz (Rangoon), ce que faisait la chambre bleue horizon, ce que fut la première révolution russe de 1905, qui était Bêla Kun, l'éphémère dictateur rouge Magyar.

Mais bientôt, la famille quitta Le Caire. "

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 10:32

Discours imaginé de Sarkozy à Montauban le 28 juillet 2008[1]

 

En cette année 2008 le Tarn-et-Garonne fête le Bicentenaire de sa naissance. Le hasard a voulu qu’un des habitants de ce département tardif (J-B Pérès) écrive en 1835 : Comme quoi Napoélon n’a jamais existé (texte disponible sur internet). Alors comment a-t-il pu créer le TetG ? En conséquence, Léon Dunara, un écrivain vivant ses derniers jours, décida d’écrire : Le Tarn-et-Garonne n’a jamais existé, Editions La Brochure, 82 pages, 5 euros ISBN : 978-2-917154-15-1

Comme Nicolas Sarkozy va venir fêter l’événement il a imaginé le discours de circonstance que nous vous offrons ici.

 

 

 « La France qui, par-delà ses différences, ne cessede délivrer à tous les hommes un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect, a souvent été détournée de sa vocation. En cette ville de Montauban, je veux répéter que beaucoup de crimes intérieurs ont détruit les libertés locales, pour faire de Montauban en Bretagne la sœur jumelle de Montauban en Quercy, comme beaucoup de crimes coloniaux ont été commis au nom de la France, alors qu’il s’agissait d’une trahison de la France.

Les crimes qui ont été commis étaient dictés par le sectarisme et par le fanatisme dont la population de cette ville a fait les frais pendant les guerres de religion et après, quand le sentiment religieux a été instrumentalisé pour servir de prétexte à d'autres objectifs que la construction de notre pays.

Tous ces excès, toutes ces dérives doivent-ils nous amener à condamner la France ? Non, bien sûr : le remède serait pire que le mal. En tant que chef d'un Etat dont la politique repose sur l’amour de la France, j’ai été obligé de dire : la France on l’aime ou on la quitte. Je n’ai pas à exprimer ma préférence pour l’Occitanie, le Dauphiné, la Normandie ou la Bretagne. Je dois respecter toutes les Régions, garantir que chacun puisse librement y vivre dans la dignité. Et j’ai le devoir aussi de préserver l’héritage d’une longue histoire, d’une culture, et, j’ose le mot, d’une civilisation. Dans le fond de chaque civilisation, il y a quelque chose de religieux, quelque chose qui vient de la religion. Et dans chaque civilisation, il y a aussi quelque chose d’universel, quelque chose qui la relie à toutes les autres civilisations.

Montauban la protestante a su faire la paix avec Montauban la catholique pour prouver que la France est le pays qui a su organiser la paix civile. Malgré la Révolution qui voulut privilé-gier un temps Cahors la catholique, Montauban sut attendre son heure paisiblement et en fut récompensée par le juste geste de l’empereur Napoléon.

Depuis que la civilisation est apparue face à la barbarie, depuis que les relations entre les hommes ont cessé d'être exclusivement fondées sur la brutalité et sur la violence, depuis que par un effort toujours recommencé sur lui-même l’Homme a cherché, sans toujours y parvenir, à domestiquer ses instincts, les civilisations se rencontrent, dialoguent, échan-gent, se fécondent les unes les autres. Aussi, je veux relancer ici, sur les bords du Tarn, en cette ville courageuse que Madame la députée-maire a su hisser au rang de symbole de l’histoire, un appel en faveur de la paix. Montauban l’Occitane le mérite. Madame la députée-maire n’a-t-elle pas démontré dès 2001 qu’un candidat à un poste électoral pouvait marginaliser les extrêmes et plus particulièrement le Front national ? C’est là une œuvre de paix ! Mérite qui n’est pas moins grand que celui du Président du Conseil général dont je salue ici les qualités politiques.

Mais il n'y a pas de civilisation qui ne soit le produit d'un métissage. Et quel plus grand métissage que celui né sur la terre occitane ? Comment ne pas rêver à des liens entre Occitans et Indiens des Amériques[2] ? Comme l’indiqua de très belle manière le chef indien Seattle : « Nous savons au moins ceci : que la terre n’appartient pas aux hommes, ce sont les hommes qui appartiennent à la terre ». Je me plais donc à répéter ce que j’ai dit ailleurs[3] : « L'Homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner. Il n’est pas sur Terre pour haïr mais pour aimer. »

Il ne s’agit pas de chercher à imposer un modèle unique de civilisation. Ce serait répéter une fois de plus l’erreur tragique qui dans le passé a provoqué tant de malheurs. Ce serait nier les identités. Ce serait susciter non la paix et la fraternité mais la violence, la guerre et le terrorisme car rien n’est plus dangereux qu’une identité blessée, qu’une identité humiliée.

Si la globalisation provoque tant de critiques, tant de crispations, tant de rejets, c’est d’abord parce qu’elle est trop souvent ressentie comme une menace pour les identités. Oui, la vie de l’homme n’a pas qu’une dimension matérielle. Il ne suffit pas à l’homme de consommer pour être heureux. Chaque communauté doit défendre son identité et la défense de l’identité occitane ne peut faire ombre à l’identité nationale. Cessons de montrer du doigt le communautarisme d’où viendra notre renais-sance nationale.

Une politique de civilisation, c’est une politique de la diversité communautaire, c’est une politique qui fait du respect de la diversité des opinions, des cultures, des croyances, des religions un principe universel. Car la diversité ce n’est pas seulement une valeur occidentale. C’est une valeur commune à toute civilisation. Une politique de civilisation c'est une politique qui reconnaît tous les hommes et tous les peuples égaux en droits, en devoirs et en dignité, c'est une politique qui place la vie au-dessus de tout. C’est une politique des intérêts vitaux de l’humanité. C’est une politique de responsabilité vis-à-vis des générations futures, vis-à-vis de la planète. Et au nom de cette responsabilité, qui n’a que faire du ridicule baromètre des sondages ou de résultats d’élections municipales, je vous annonce – et c’est ici le lieu ou jamais -  que mon mandat sera celui de la réflexion sur les départements.

Si la France centraliste a refusé de respecter sa propre diversité, il est temps à présent de tour-ner la page de tant d’années infécondes pour le développement de la paix générale.

Vous le savez j’ai chargé Jacques Attali d’un rapport sur la libération de la croissance. Y a-t-il lieu plus approprié que cette célébration d’un bicentenaire de département, pour annoncer les mesures à mettre en œuvre pour profiter, du dit rapport, qui propose, en dix ans, d’en finir avec les départements, au bénéfice des Régions et des Intercommunalités ?

Décision 260 indique le rapport à des journalistes qui oublient de commenter la décision 259 !

         Monsieur le Président du Conseil général vous le savez mieux que quiconque, la France ne se réforme pas sans dialogue. Voilà pourquoi je suis contre la suppression pure et simple des départements. Le rapport Attali indique : « L’objectif est de constater à dix ans l’inutilité du département, afin de clarifier les compéten-ces et réduire les coûts de l’administration territoriale ». Nous allons changer la France et donc, dans dix ans, nous ferons le point.

Seulement à ce moment là, la réalité nous dira si oui ou non le département conserve un rôle.

Je puis vous assurer que dans tous les cas, Montauban sera traitée avec dignité. Dans le développement de la région toulousaine que je salue, Montauban pourra enfin jouer son rôle de ville authentique. Débarrassée de cette fonction préfectorale qui en bride l’ingéniosité, elle va donner libre cours aux mesures de justice qui firent son identité. Justice envers toutes les religions, justice envers toutes les classes sociales. Car la justice, nous la devons à tous les peuples opprimés, à tous les exploités, à tous ceux qui souffrent de ne pas voir reconnue leur dignité d’être humain, nous la devons à toutes les femmes, à tous les enfants martyrisés dans le monde, si nous voulons pouvoir vivre en paix sur cette Terre, si nous voulons pouvoir arracher du cœur des hommes le ressentiment et la vengeance.

Si disparition des départements il y aura, ce sera pour ces grandes causes là ! Et quand je dis que la justice nous la devons à toutes les femmes comment ne pas saluer ici la plus grande de toutes, celle qui comprit avant tout le monde les mesures à prendre pour la justice. Vous avez reconnu la grande Olympe de Gouges qui paya de sa vie une opinion aujourd’hui partagée : il était futile de guillotiner les rois, quand il était utile de donner des droits aux femmes.

Montauban inventa le fameux tissu appelé cadis de Montauban, développa une industrie florissante et originale avec cinq mille ouvriers, puis, devenue préfecture, même si c’était indispensable en son temps, elle y perdit sa vocation.

Le projet, que je vous appelle tous à mettre en œuvre avec le gouvernement, fait peur aux frileux qui veulent bloquer le changement. Comme les Montalbanais de 1808 nous ne nous inclinons pas devant l’histoire, nous la changeons !

Vive Montauban et le Tarn-et-Garonne.

Vive une France future sans départements.

Vive la France du féodalisme enfin positif ! »

Sarkozy revu et corrigé par Léon Dunara.

 



[1] Inspiré du discours de Ryad, Arabie Saoudite, Janvier 2008.

[2] Sarkozy n’a sans doute pas été informé qu’il n’y avait pas besoin de lui pour créer une telle association, voici presque vingt ans, sous le nom d’Ok-OC.

[3] J’insiste, la phrase est reprise du discours de Ryad comme, à la surprise de lecteurs, la plus grande partie de ce discours.

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 10:29

Valse du hérissonLa valse du hérisson

 

Par un hasard de la vie, Démocrite fut invité à tenir chronique quotidienne sur un journal courant 2007. Il a rassemblé les textes en question, publiés par les Editions La Brochure sous le titre d’une des chroniques, celle que nous vous offrons. La Valse du hérisson, 164 pages, 15 euros, ISBN : 978-2-917154-13-7

 

 

Et voilà, c’est reparti, sur nos routes empoussiérées, se dodelinent ces petites bêtes non pas à poils ni à plumes mais à piquants que l’on nomme communément hérissons. Mâles ou femelles, petits ou grands, ces grands pourfendeurs de couleuvres, insectes et autres viscosités rampantes ont le chic et le choc pour surgir du bas-côté sous nos roues crantées.

Immanquablement le résultat ressemble à une bouillie informe d’où émerge de ci de là, un museau, une patte figée dans la mort motorisée. Je n’ai pas de tendresse particulière pour ces animaux, si ce n’est que je tente de les respecter pour leur contribution à Dame Nature et que je regrette profondément que leurs pas menus les portent systématiquement sur nos départementales asphaltées à leurs risques et périls. Le péril est bien souvent le lot de ces charmantes bestioles. Par ailleurs, je ne résiste pas au plaisir d’un audacieux parallèle entre cette existence vouée à la recherche d’insectes et à la nôtre tout aussi périlleuse quand à la somme des dangers qui nous guettent sans cesse : guerres, maladies, accidents, tromperies et autres inventions dont l’Homme a le secret. Nous passons tellement de temps à vouloir traverser la vie avec nos aveugles passions que nous avons parfois du mal à voir le transport qui nous écrasera au mitant du parcours. Notre besoin affiché de battre sans cesse des records de vitesse, de richesse, de pouvoir nous fait oublier le sens même d’une vie trop souvent ternie par les vicissitudes du quotidien.

Pareil au hérisson qui s’empresse de traverser sans se soucier du monstre métallisé qui se présente au loin, nous avons une propension extraordinaire à courir après notre perte sans jamais prendre le temps de regarder à droite, à gauche avant de nous engager. Le hérisson signe une fois sur deux sa perte ! Puissions-nous ne pas faire de même et nous préserver de toute illusion quand il s’agit de traverser le gué ! Puissions-nous montrer autre chose que nos piquants pour exister !

J’ai ramassé le cadavre du hérisson mort devant mon portail, et pour ne pas laisser au bord de la route ceux qui n’osent franchir le pas, je vous invite à construire un monde où personne ne sera écrasé, écarté, oublié en chemin. 

Cet hérisson a cessé de vivre et n’a pu se défendre malgré ses piquants et ses pattes étaient mues d’une dernière pulsion à son agonie. Gageons que les hommes et les femmes que nous côtoyons chaque jour se choisiront enfin un autre destin et qu’ils refuseront l’inéluctable pour ne pas être un jour… au bord d’une route !

Les violons jouaient un air joyeux de Johann Strauss, une valse, je crois ! Et nous nous souvenons de cette autre guerre…

Le 5 mai 2007

 

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 15:49

Maxime Vivas : Chroniques littéraires et impertinentes sur radio Mon païs, Editions La Brochure, 122 pages, 10 euros, ISBN 2917154199. Voici une de ses chroniques :

 

Georges Coulonges nous a quittés.

 

Georges Coulonges est décédé jeudi 12 avril 2003 chez lui, dans le Lot à 80 ans. Ce fils d’un cheminot et d’une enseignante était autodidacte en raison de la guerre (il voulait être instit, il fut résistant). Bourré d’humour, il racontait ses rapports avec la religion et avec le sport en deux boutades : adolescent je me suis séparé de Dieu. "En bons termes" ! « C’est en découvrant le vélo que j’ai compris que je suis fait pour pratiquer l'effort assis ».

Il a écrit des chansons pour Patachou (la Musique), Tino Rossi, Nana Mouskouri, Luis Mariano, Gloria Lasso, Annie Cordy, Juliette Gréco (la Fête aux copains), Isabelle Audret et Francesca Solleville. Avec Francis Lemarque, il écrit Paris populi (enregistrée par Serge Reggiani). Il a eu comme interprète Michel Delpech, Marcel Amont, Serge Lama, Michel Legrand, Jacques Martin, Mireille Mathieu, Nicoletta, Sacha Distel, Bourvil et surtout, Jean Ferrat.

Au début des années 60, à 38 ans, Georges Coulonges écrit son premier roman, le Général et son train, refusé par tous les éditeurs de Paris. Pourtant deux ans plus tard, le manuscrit est accepté par Calmann-Lévy. Coulonges découvre, que lors de sa première présentation, le manuscrit n'avait pas été lu ! Son livre reçoit le Grand Prix de l'Académie de l'Humour des mains de Jules Romains. Deux ans plus tard, il publie "La Lune Papa", récompensé par le Prix Alphonse Allais. Une quinzaine suivront. Georges Coulonges avait rencontré un lectorat nombreux et fidèle. Il a écrit aussi des livres pour enfants et des pièces de théâtre. «Tout ce que Coulonges écrit est savoureux. Cela a du rythme. Il y a du soleil dans son style » disait Jean-Louis Barrault. Pour la télévision, il a notamment écrit au début des années 80 : Pause-Café, avec Véronique Jamot, qui pulvérisera les records d’audience (17 millions de téléspectateurs) et parviendra même à battre Dallas.

A Montauban et à Cahors, deux groupes scolaires portent le nom de ce défenseur opiniâtre de la laïcité. Ecoutons-le, pour bien le comprendre, répondre à un journaliste :

Question : « Vos héros sont toujours de petites gens ?

Réponse : J’ai horreur de ce terme. Mes héros sont des instituteurs, des médecins, des cheminots, des agriculteurs, une assistante sociale, des imprimeurs. Je vois là des gens qui, tous les jours, accomplissent leur tâche et élèvent leurs enfants. Ce n’est pas une petite chose et ce ne sont pas des petites gens. Il suffit de monter quelque peu dans l’échelle sociale pour constater qu’être en haut ne signifie pas être grand.

Question : On ne parle pas de vous dans les grands hebdomadaires. On ne vous voit pas sur les télés nationales. Pourquoi ?

Réponse : J’ai connu le succès dans les domaines de la télé, de la chanson, genres réputés mineurs pour ceux qui se targuent de représenter la Littérature française. Je ne vais jamais dans les réceptions, j’habite dans le Lot et j’ai aggravé mon cas en écrivant deux romans sur la Terre : aux yeux de la gent « parisianiste », à coup sûr, je suis un bouseux.

Question : Vous n’êtes même jamais passé chez Pivot.

Réponse : Pivot n’a jamais lu un seul de mes livres. S’il les avait lus, il m’aurait invité. »

***

Il se trouve que j’ai rencontré pour la première fois Georges Coulonges à Paris dans ma jeunesse. Je l’avais invité à une remise de cartes de la section syndicale CGT du centre de tri de Paris Brune dont j’étais alors secrétaire. Il était venu, il nous avait fait rire. Quand mon premier roman est sorti (dont le titre était «Paris Brune», justement), je le lui ai envoyé et il m’a aussitôt écrit un mot en retour. Ensuite, nous nous sommes revus et il me reparlait de ce centre de tri et de mon livre. Il avait tenu à être un des premiers signataires de la pétition que j’avais lancé pour une ouverture d’un vrai salon du livre à Toulouse sous l’égide du Centre Régional des Lettres. Il m’avait invité à passer le voir chez lui en me parlant de sa piscine où nous nous serions baignés ensemble. Je n’ai pas osé y aller, craignant d’apparaître comme un courtisan à la recherche d’un bienfait du maître. Je m’en veux aujourd’hui.

 

Allez, écoutons un chant d’amour qu’il a écrit pour les hommes du peuple : « Potemkine », une chanson qui fut interdite à la radio et à la télévision.           16 juin 2003

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30 mai 2008 5 30 /05 /mai /2008 15:45

En guise de présentation de nos éditions, un mot :

Une halte

 

 

Lire un livre c’est une halte dans la vie.

Avec les Editions La Brochure elle se veut particulière.

H pour Histoire

A pour Actualité

L pour Littérature

TE pour Témoignages.

 

Quatre collections pour un même projet :

-          des éditions sous forme de brochures comme en 1900

(donc à bas prix).

- des présences sur les lieux de l’action sociale.

- des débats organisés.

 

Les Editions La Brochure sont structurées à partir d’une association loi 1901. Leur seul moyen de diffusion : le bouche à oreille. Une lettre trimestrielle d’informations sera envoyée gratuitement à ceux qui en font la demande.

Renseignements :

Jean-Paul Damaggio, Editions La Brochure

82210 Angeville Tel : 05 63 95 95 30

jean-paul.damaggio@wanadoo.fr

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29 mai 2008 4 29 /05 /mai /2008 22:18
Après 16 mois d'existence, 16 participations à des rencontre publiques, et 16 publications diverses, les Editions La Brochure construisent leur propre blog pour faire connaître leur catalogue. Editions La Brochure 82210 Angeville Tel 05 63 95 95 30
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