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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 14:02

L’élection municipale de 1935

 

 

Quand j’ai ouvert le dossier « municipales de 1935 » pour Samazan, je n’avais rien lu sur la question mais j’avais ma  petite idée comme tout chercheur qui arrive en terrain inconnu. J’imaginais donc qu’en 1935, au moment où la gauche fait un tabac, le député, conseiller général du canton de Samazan (Mas d’Agenais) devait y être élu haut la main, avec même, éventuellement, une seule liste en présence.

J’aurais dû me méfier car avec Renaud Jean rien n’est ordinaire et ce fut le cas également des municipales de 1935.

Première découverte, il est absent de la composition du bureau de vote qui contrôle les opérations ! La voici :

M de Massoneau né le 24 février 1870

Dubrana Jean né le 7 décembre 1911

Labardin André né le 16 juin 1892

Destieu Albert né le 8 février 1902

 

On y trouve, deux représentants de sa liste (Destieu et Dubraba) et deux pour la liste adverse sauf que le sieur Labardin n’étant pas candidat il est peut-être simple citoyen.

 

Il y a donc deux listes et il y aura deux tours même si au soir du premier tour la liste de Renaud Jean est déjà sûre d’avoir la majorité.

 

La deuxième surprise vient de la présentation officielle des résultats. Sur toutes les autres feuilles à la colonne « qualifications » le bureau inscrit les titres politiques ou les professions. A Samazan, dans cette colonne apparaissent les étiquettes politiques ce qui apparaît logique pour une élection mais rare pour une municipale où souvent les candidats se disent apolitiques.

 

Troisième surprise, les candidats de la liste Renaud Jean se définissent par l’étiquette : anti-fasciste. Preuve, à l’échelle basique de la vie politique, comme dans ses discours à l’Assemblée (c’est la même chose pour lui) que l’obsession de l’heure pour Renaud Jean est l’anit-fascisme.

Les candidats de la liste adverse sont républicains, socialistes indépendants ou radicaux socialistes.

Voici les résultats :

Premier tour : Votants 243 majorité 122

Jean Renaud antifasciste 144 (élu)

Tronche André antifasciste 137 (élu)

Arpoulet henri antifasciste 130 (élu)

Destieu Albert antifasciste 129 (élu)

Ferrand Louis antifasciste 129 (élu)

De Massonneau Jean, Républicain 124 (élu)

Segas Gaston antifasciste 123 (élu)

Duffau Valmy antifasciste 123 (élu)

 

Contre Renaud Jean, l’adversaire majeur est donc un noble et on constate que les résultats sont très serrés. A une seule voix, au premier tour Renaud Jean se retrouve avec 7 élus sur 8 et comme le total est de 13 il reste quatre candidats pour le second tour parmi les survivants du premier tour :

Dubouil Gabriel antifasciste 119

Dupuy Guillaume antifasciste 118

Avelino Roger antifasciste 117

Dubrana Armand antifasciste 116

Birepinte Pierre socialiste indépendant 116

Casse Raoul antifasciste 115

Heraud Alfred (en fait Pierre) radical socialiste 112

Chapoulié Marcel socialiste indépendant 105

Claverie Gaston républicain 104

Terbière Louis radical socialiste 103

Tarbos Georges radical socialiste 101

Dubrana Jean radical socialiste 96

Laffite Raphaël radical socialiste 95

Carbonnel Albert socialiste 95

Coulomb Pierre radical 95

Baqué Marcel radical 92

Paponneau Louis humanitée communale 20

Divers 20.

 

Deuxième tour : 237 votent (un petit moins) pour quatre places

Héraud Pierre radical socialiste 116(élu)

Birepinte Pierre socialiste indépendant 115 (élu)

Avelino Roger antifasciste 115 (élu)

Dupuy Guillaume antifasciste 114 (élu)

 

Chapoulié Marcel socialiste indépendant 112

Dubouilh Gabriel antifasciste 111

Casse Raoul antifasciste 111

Teulière Pierre radical socialiste 98

Chaulet André communiste indépendant 27

 

Nous reviendrons sur quelques observations car voici déjà venue l’élection du maire le 19 mai 1935avec une nouvelle surprise. La séance du Conseil municipal est présidée par M de Massonneau qui installe les élus. Puis le doyen Heraud Pierre prend la présidence et Louis Ferrand est choisi comme secrétaire. Alors que dans toutes les élections qui vont suivre l’opposition retrouve ses trois voix, et les deux adjoints les 9 voix, Renaud Jean n’a que 8 voix ! Un de ses amis n’a pas voté pour lui ? Nous sommes plutôt dans le cas classique mais rare où le candidat juge moral de voter blanc !

Donc maire :

Renaud Jean 8 voix et Pierre Héraud 3.(un blanc)

Adjoint Destieu Albert 9, et Pierre Héraud 3

Deuxième adjoint : Segas Gaston 9, et Pierre Héraud 3

 

Contrairement à la situation dans d’autres départements, je n’ai pas eu accès aux caractéristiques concernant les élus (métier, lieu d’habitation, âge) et j’ai entrepris une recherche sur le recensement de 1936. Je n’y ai pas trouvé de Destieu Albert mais né en 1902 comme l’indique la composition du bureau de vote, je note que le plus proche voisin de Renaud Jean et donc premier adjoint de la commune n’est autre que Destieu Thomas qui doit être l’homme recherché, les prénoms usuels et officiels étant souvent différents.

Cette fois nous sommes dans l’ordre des choses : il est cultivateur, natif de Samazan, plus jeune que Renaud Jean mais doté lui aussi d’un seul garçon né en 1930.

Le deuxième adjoint ; Segas Gaston, a les mêmes caractéristiques : natif de Samazan en 1891 et il vit avec sa mère née à Bouglon.

Autres élus avec Renaud Jean :

Dupuy Guillaume, né en 1884 et propriétaire exploitant. Pas ou plus d’enfants avec eux..

Avelino Roger, né en 1897, natif de Montpouillan, propriétaire exploitant, un seul fils. Il vit avec la grand-mère.

Tronche André, né en 1879 à Fourgues, propriétaire exploitant, a une gouvernante pour s’occuper de la famille (une fille Segas) car il a la charge d’une nièce et de deux neveux (sans doute un effet de la guerre).

Arpoulet Henri né en 1894 est aussi propriétaire exploitant avec deux fills. Le beau-père né en 1868 à Sainte Marthe est présent avec, malgré ses 68 ans, le métier d’ouvrier agricole. La grand-mère née en 1851 complète la famille.

Casse Raoul né en 1899, même s’il est également propriétaire exploitant, est le seul à habiter au village. Il a quatre enfants né en 1927, 30, 32 et 33.

Parmi les non élus : Dubouy Gabriel né en 1887 à Samazan est également propriétaire exploitant mais se distingue par la présence de trois enfants.

 

Ceci étant pour ce que j’ai pu noter, la liste adverse se trouve avec le même profil social de candidats. Par exemple le candidat au poste de maire, Heraud Pierre est né à Samazan en 1871 où il est propriétaire exploitant avec sa femme et son fils célibataire de 33 ans. Idem pour Laffite Raphaël, Coulomb Pierre ou Baqué Marcel.

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 13:57

Hugo à La HavaneAu sujet de Victor Hugo à La Havane

 

Cuba, Victor Hugo, Maxime Vivas, voilà d’entrée un mélange détonnant. Pas surprenant ensuite si à Toulouse AZF explose ! Le livre a beau être mince (52 pages) il n’en demeure pas moins que le voyage culturel qu’il impose vaut son eldorado et je l’écris en tant que lecteur et non en tant qu’éditeur qui, s’il avait le souci de gagner de l’argent ferait autre chose (étant instit retraité, c’est plus sûr pour vivre).

En tant que lecteur, car depuis longtemps je suis un passionné des Amériques ce qui explique que je termine un livre sur « l’Américain » Wajdi Mouawad (j’ai écrit le mot américain entre guillemets car il est malheureusement pris pour habitant des USA et non habitant d’un continent, comme Européen).

Maxime Vivas montre comment une route a été ouverte entre France et Cuba et plus largement France et Amérique latine, or je peux témoigner du rôle majeur de Victor Hugo sur ce point. Un Péruvien m’expliqua une fois que sa plus grande lecture fut Les Misérables (c’est vrai un autre pris plutôt en référence Fernandel).

En 2009 repenser à cette double histoire, des latinos installés à Paris et la littérature française en place aux Amériques, devient plus vital, à mon sens, quand nous vivons l’effet inverse. Pour mille raisons, depuis 1945 environ, l’art va plus dans le sens Amériques-Europe que l’inverse, ce qui constitue un type nouveau d’apport à la culture européenne (je pense au jazz, au polar, à la BD etc.). Et dans le mouvement, les USA sont seulement une part de l’échange.

D’où cette question : comment s’est constitué l’art des Amériques et celui de Cuba plus particulièrement ? Par la position de l’île, la France était destinée à jouer un grand rôle. Elle se différenciait positivement à la fois du colonisateur espagnol et nord-américain, elle a eu longtemps une paysannerie très puissante, et une culture comme référence. Admirateur du peintre équatorien Osvaldo Guayasamin qui eut son pied à terre dans la Cuba révolutionnaire, j’ai pu constater comment, lui comme d’autres, s’imprégna autant de la vie locale que d’éléments de culture française (sans oublier ses origines amérindiennes).

Donc la rencontre mise en lumière par Maxime Vivas entre José Marti admirateur de la France et Hugo écrivant pour Cuba, va au-delà de l’histoire cubaine, elle concerne les Amériques plus largement. Je n’ai pas cité Wajdi Mouawad par hasard. Il est Québécois (entre autre) un coin des Amériques qui parle encore français… et dont une part des intellectuels imaginent un Cubec (conjonction de Cuba et Québec). C’est une autre piste pour suivre autrement le croisement sur lequel Maxime Vivas s’est appuyé pour présenter Hugo.

Et à parler de Hugo comment ne pas observer à partir des deux lettres publiées, qu’à un moment (j’ai envie de dire après 1851) Hugo était capable de devenir TOUT Hugo en quelques lignes écrites. Les Editions La Brochure ont un autre livre contentant deux textes de Hugo concernant des proscrits de 1851 et j’ai été frappé par la manifestation chez l’écrivain des mêmes soucis, des mêmes approches et des mêmes références.

Bref, en lisant le livre de Maxime, Cuba (je préfère écrire Cuba que La Havane) sort de schémas convenus et médiocres.

22-09-2009 Jean-Paul Damaggio

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 13:55

 

Renaud Jean natif de Samazan, Lot-et-Garonne en 1887 apparaît donc pour la première fois dans le recensement de 1891. Déjà en 1886 son père est indiqué vivant chez ses beaux-parents avec sa femme au lieu-dit indiqué Coussan. En fait, le lieu-dit changera parfois de nom mais restera le même à savoir Jeandouilley (parfois ce sera Latapie). Nous pouvons supposer que Jean Jean a fait un « bon mariage » puisqu’il vient vivre chez ses beaux-parents propriétaires et cultivateurs[1]. Sur les recensements les métayers sont clairement indiqués, avec le nom des propriétaires et sont très nombreux.

 

En 1891, la famille est composée du père Georges Castaing âgé de 62 ans, sa femme Anne Vimier 60 ans, le gendre Jean Jean né en 1857, son épouse Anne et le petit-fils de la maison dont le prénom est indiqué Jean-Renaud qui a 3 ans.

Si par la suite il s’appellera Jean Jean, il est important de vérifier ici que le prénom qu’il se donnera plus tard ne vient pas de nulle part. Sur la commune il existe aussi une famille qui s’appelle Jean Jean avec Jean comme prénom ! Donc l’homme s’appelle Jean Jean Jean !

 

En 1901 Castaing Georges est toujours là du haut de ses 72 ans mais sa femme est décédée. Les voisins Chaulet Georges et Dupuy Jacques sont aussi des cultivateurs.

 

En 1906 cette fois Castaing Georges, décédé, est remplacé par le père de Jean Jean, donc, le petit Renaud voit arriver son grand-père paternel sur la ferme. Il est déclaré né à Bauziac en 1822. Il a donc 84 ans et encore de beaux jours devant lui comme nous allons le vérifier. Jean Jean serait né à Sainte Marthe, sa femme Anne Castaing est bien sûr née en 1861 à Samazan.

 

En 1911 la famille est indiqué à Jeandouilley et comprend : Jean Jean, sa femme, son fils né en 1887 et le grand-père né en 1822 mais à Bouchet (changement du lieu de naissance !). Il approche les quatre-vingt dix ans et va disparaître peu après. Renaud Jean a donc connu son grand-père paternel jusqu’à l’âge de 24 ans ce qui est important.

 

Pour la première et unique fois, en 1921, la famille Jean Jean a un domestique né en 1903 qui vient de Veyries. Le fils n’est plus là. Marié puis député il vit avec sa femme à Paris où elle enseigne. C’est un paradoxe, le député, puis le conseiller général et maire du village n’habite pas en fait sur sa commune !

 

En 1926 Jean Jean et sa femme sont seuls et c’est le moment où le lieu-dit est appelé Latapie.

En 1931 Pour le père Jean Jean né en1857 nous trouvons un nouveau lieu de naissance : Fourgues. Comme pour son père le recensement indique un doute sur ce point important ! Il est toujours chef cultivateur avec sa femme née à Samazan.

En 1936, toujours à Jeandouilley vit Anne née à Samazan en 1861 qui est chef de ménage propriétaire et son fils Renaud Jean indiqué député. Depuis 1911 c’est le premier retour de Renaud Jean sur les documents du recensement. Est-il plus présent auprès de sa mère veuve qui a 75 ans ?

22-09-2009 Jean-Paul Damaggio



[1] Dans son livre Gérard Belloin indique : « Lorsqu’il voit le jour son père est métayer… » et il s’appuie sur un article de Renaud Jean qui parle d’achat de terres. En réalité il s’agit d’achats de quelqu’un qui est petit propriétaire et qui doit faire des efforts pour s’agrandir. Comme le grand-père maternel, de qui viennent les terres, n’a eu qu’une fille, Anne, mère de Renaud Jean fils unique, il n’y a pas partage au décès de la famille Castaing.

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24 août 2009 1 24 /08 /août /2009 13:50

  Sous le titre « Obama perd de son assurance sur la couverture maladie » la journaliste de Libération, Alexandra Geneste propose le 13 août un tableau partisan de l’action des Républicains contre le projet Obama. A la lecture de ce texte, j’en suis tombé le cul parterre d’où l’envie de reprendre la plume pour compléter les judicieuses remarques de Ch. Berthier.  

J’avais cru que nos quotidiens s’en tiendraient, pour évoquer le sujet, à la bataille parlementaire, or, voilà que non, ils descendent dans la rue et quelle rue !

L’intervention des riches lobbies de l’industrie pharmaceutique a mis en place une campagne mensongère et des relais citoyens qui tiennent compte de sa défaite aux présidentielles nord-américaines. Elle porte le fer au plus près des habitants, comme Obama l’avait fait pour gagner un à un les soutiens nécessaires. Sauf que si cette bataille est en cours, c’est qu’il existe des forces tout aussi importantes qui soutiennent le projet ! La journaliste de Libération n’a rien à dire sur ce point par plus qu’elle ne fait l’inventaire des liens entre Républicains et lobbies.

Des milliers de manifestants à Washington, et à présent des interventions dans des centaines de villes, vont répétant que cette réforme ne peut plus attendre. Un site internet est né du côté gouvernemental (celui que donne Libé) mais aussi du côté des citoyens :

http://www.hr676.org/

Ce site donne à la fois le texte du projet de loi, des « fliers » (je ne savais pas d’où venait ce mot en vogue chez nous) pour défendre le projet, des questions réponses qui montrent jusqu’où l’adversaire va, pour susciter le mécontentement. Cette semaine, sur l’hebdo US Today, Nancy Pelosi (première femme présidente du Congrès) et Steny Hoyer (le responsable du groupe du Parti démocrate), publient un texte pour rappeler les raisons et les moyens du projet. Les Démocrates sont à l’offensive autant que les Républicains et ils marquent des points avec une nouvelle Commission du Congrès qui se range du côté de la réforme.

Mon souci n’est pas ici de défendre la réforme mais d’indiquer seulement qu’une bataille populaire fait rage dans les deux camps, une bataille historique au regard des efforts passés.

Que dit Nancy Pelosi ? Alors que l’adversaire parle d’atteinte au droit de choisir, elle répond que, tout au contraire, il s’agit enfin de pouvoir donner à chacun le droit de choisir entre une assurance privée, et une assurance publique NATIONALE ! Il faut, ajoute-t-elle, que chaque Américain puisse être assuré, même s’il perd son travail. Elle a employé le mot « anti-américains » pour désigner les adversaires de la réforme, et aussitôt les tensions sont montées d’un cran.

  Médecine préventive et médecine curative  

Aux USA la médecine préventive est le parent pauvre du secteur médical qui préfère intervenir après la maladie qu’avant, sous prétexte d’économie (où en est notre médecine du travail ?). Or, et c’est un des milliers de faits que les adversaires de la réforme nient, l’obésité par exemple, ce problème national, a besoin d’actions préventives, et parmi elles, le gouvernement prépare une taxe contre les produits sucrés, taxe qui en retour alimenterait le budget de la Sécurité sociale. Ceci étant, le projet reste loin de la création d’une politique gratuite de dépistage du cancer du sein par exemple. Pourquoi ? Toujours au nom de la liberté qui a bond dos !

Face à la menace de grippe le vaccin fait figure de mesure préventive tandis que les anti-virus servent à soigner, souvent quand le virus s’est propagé. Chaque médecine à son rôle suivant les situations, mais aux USA la seconde domine toujours.

Le dur débat autour de la loi permet donc d’aborder globalement les questions. Prenons le cas de l’assurance des médecins contre les erreurs médicales. Le montant de cette assurance augmente de façon faramineuse, le médecin reporte sur les patients le prix de cette assurance. Au bout d’un moment, le patient est à chaque fois la vache à lait, ce qui laisse en bonne santé… les assurances privées. En France, le Crédit Agricole, que je connais bien, est devenu, comme les autres banques… une assurance. Et nous sommes loin du cas des USA !

15-08-2009 Jean-Paul Damaggio

  P.S. J’ai écrit au moment de l’élection d’Obama que je surveillerai l’autre grande réforme qu’il a en projet, la légalisation de 10 millions de sans-papiers. La promesse tient toujours de déposer le projet de loi avant la fin de l’année 2009 avec en perspective une autre lutte sociale décisive en 2010. Obama vient de réitérer cette promesse à la rencontre entre lui, le président du Mexique et le premier ministre de Canada, ces deux derniers témoignant de leurs positions très conservatrices.  

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 17:23

Cet article m'a été aimablement communiqué par le président des Amis de Renaud Jean André Larralde. Il est issu de l'almanach de la voix paysanne de 1930. Il démontre s'il en était besoin que Renaud Jean était un écrivain.

Une « louée » en Beauce

 

Dans le .train qui m'emportait vers Patay, je songeais à la belle description de Zola : « Sous le ciel vaste, à perte de vue, des lieues de cultures, une moisson géante... sans qu’on aperçoive ni un coteau ni une maison, ni un arbre... et pour horizon, une ligne nette et ronde comme une mer... »

Rien de la monotonie désespérante d’après la moisson. Juin pare la Beauce d’une beauté calme et puissante. L'escourgeon, mûri déjà, courbe vers la terre ses épis hérissés ; par endroits, les moissonneuses ont ouvert de larges brèches dans ses tiges jaunes et serrées. Le seigle pâlit. Les avoines courtes, les blés plus tardifs emprisonnent de leur vert sombre les claires traînées des céréales précoces. Presque pas de fermes isolées. De distance en distance, un gros bourg avec ses. toits d'ardoise...

En Beauce, la culture est devenue une véritable industrie. Le. propriétaire foncier ne prend aucune part à l’exploitation. Il cède ses terres . et les bâtiments qui en dépendant à un fermier, qui s'entoure de nombreux domestiques. Ceux-ci n’ont que bien peu de chances de s’évader un jour du salariat. Dans la plupart des régions de la France, où le travail conserve sa forme familiale, il suffit à un domestique de posséder les avances de la première année pour prendre une métairie. En Beauce, le propriétaire ne fournit pas le cheptel. Comment un valet pourrait-il économiser les sommes nécessaires, surtout aux cours actuels des bêtes et de l' outillage ?

Profitant de la louée de la Saint-Jean, qui amène à Patay des centaines et des centaines de domestiques, nos camarades y ont organisé une réunion. L’entreprise est risquée. Personne dans la place pour la publicité indispensable. Le département tout entier est sous l’emprise du capitalisme terrien. Les salariés agricoles n'ont même pas été capables d'y créer un commencement de syndicat...

Sous la halle aux piliers métalliques, les valets se pressent en une foule compacte. Ils sont là, un millier peut-être, apportant au marché la seule richesse dont ils disposent : leurs bras. Ils vont se louer pour quatre mois, jusqu’à la fin octobre. Puis, à la louée d'automne, ils passeront un nouveau contrat jusqu'à la Saint-Jean de l’année prochaine.

Et la coutume veut, à cause des travaux plus durs, qu'ils gagnent dans la première période, la même somme que dans les huit mois d'hiver et de printemps. Ils sont presque tous du pays. Seul, un Breton, tenant par la main sa femme à coiffe blanche, jette dans cette foule une note étrangère. Sur la place, par petits groupes, les fermiers se concertent. On les reconnaît à leur teint, moins brûlé, chapeau qu'ils portent, à leur regard plus assuré. Leurs femmes sont parées de sautoirs en or. Ils sont venus de très loin, parfois, en automobile.

Maintenant, ils longent la halle, se perdent dans la masse des hommes à casquette, cherchant à deviner, d'après la carrure de leurs épaules, la largeur de leur poitrine, la robustesse de leurs membres, les dimensions de leurs mains et de leurs pieds, la résistance à la fatigues des valets qu'ils vont embaucher. .On dirait des maquignons tournant autour de bêtes convoitées. Un camarade, ancien valet de ferme, me contait tout à l’heure que son premier maître, le jour de la louée, avait tâté les muscles de ses bras. Et, comme il hésitait, la mère du gamin faisait valoir les qualités de sa progéniture : « Il n'est pas grand, disait-elle, mais il est angleux (nerveux) ».

J'aurais voulu entendre débattre un marché. Mais on parle à voix base sur le foirail aux hommes Rien de ces discussions bruyantes, accompagnées de grands coups frappés sur les mains, de feintes indignations, de ruptures théâtrales qui rendent si pittoresque la vente des bestiaux. Patrons et valets marchandent sur les prix sans qu'il en puisse parvenir le moindre écho jusqu'aux oreilles indiscrètes. Et l’affaire se termine à l’auberge, le verre en main...

Viendront-ils à notre réunion ? Il leur faudrait pour cela défiler en plein jour, sous les  yeux des patrons et des autorités. Oseront-ils ?...

Ils osent. Ils arrivent par petits paquets. Ils sont trois cents. Je les entretiens de leurs misères, de leur pauvre vie de demi esclaves, dehors par tous les temps, couchant avec les bêtes, de la guerre qui rôde autour des rescapés. Ce désir de la terre qui poussa leurs ancêtres, fourche en main, à l’assaut des châteaux, serait-il chez eux à demi endormi ?... Allons donc ! Les voila qui s'animent, qui prennent confiance, qui applaudissent. Ils briseront leurs chaînes quelque jour.

Renaud Jean.

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22 août 2009 6 22 /08 /août /2009 17:19

Olympe de Gouges dans L’Humanité

 

Par un article de Geneviève Fraisse, un portrait d’une page vient de rappeler aux lecteurs de l’Humanité l’histoire d’Olympe de Gouges sous le titre : « Olympe de Gouges, sa place est au Panthéon ! ». Le titre trahit un peu l’article puisque la question du Panthéon est seulement évoquée en conclusion par cette phrase : « Depuis vingt ans, les féministes réclament l’entrée d’Olympe de Gouges au Panthéon, monument des grands hommes. Il est sûr que sa Déclaration des droits de la femme est non seulement un geste historique remarquable, mais aussi l’invitation à une pensée rigoureuse de l’universel. »

 

De cet article je retiens plutôt cette phrase au sujet du fait qu’Olympe de Gouges se « réclame du centre et non de la gauche radicale : « C’est un paradoxe désormais bien connu que les plus révolutionnaires ne sont pas les plus féministes. C’est vrai pour aujourd’hui comme pour hier ; je sais ne pas plaire en écrivant cela. »

 

En conséquence, et si la radicalité politique d’Olympe de Gouges c’était plus une pensée rigoureuse de la politique qu’une pensée rigoureuse de l’universel ? Pour le dire autrement : plutôt que de noter d’un côté la grandeur de sa déclaration des droits de la femme et de l’autre sa position centriste, l’essentiel n’est-il pas, pour étudier Olympe, de voir comment elle articulait ces deux positions ? L’intérêt d’une telle étude permettrait de comprendre sans doute pourquoi persiste encore le fossé entre révolutionnaires et féministes (je suis d’accord avec G. Fraisse) et inciterait à repenser globalement le politique.

 

C’est à cette question que les Editions La Brochure ont décidé de s’attaquer en publiant déjà deux ouvrages au sujet de la Montalbanaise : ses deux premiers écrits politiques, et trois textes qui la présentèrent en 1860, 1900 et 1926[1].

Dans l’introduction au premier, René Merle note bien la question pour les textes de 1788 : « Olympe n’en préconise pas moins l’entente entre les Ordres et non l’affrontement. Les premiers signes avant-coureurs de la révolte sociale lui font deviner combien serait tragique un affrontement civil. » Nous sommes à ce moment loin de la déclaration des droits de la femme de 1791 mais déjà le positionnement politique est ferme et double chez elle : du côté du peuple mais pas au prix de risquer la guerre : le politique comme art du possible ?

Dans le court texte de Raoul Verfeuil, Montalbanais comme Olympe, qui fut en 1920 fondateur du parti communiste d’où il est exclu deux ans après (exclu par là même de la mémoire communiste), il trace un portrait d’Olympe en trois chapitres : l’écrivain, la révolutionnaire, la féministe. Bien sûr Verfeuil retrouve en elle son idéal personnel du révolutionnaire : personne « au grand cœur », « désintéressée », « généreuse », « patriote », « courageuse ». Il conclut ainsi : «J’ai montré qu’elle n’avait pas toujours déraisonné comme certains le laissent entendre : à plusieurs reprises, elle fit même preuve d’un sens politique avisé. Nous allons voir maintenant qu’elle eut des hardiesses d’opinions peut-être téméraires à l’époque, mais qui, obscurément, ont peut-être contribué pour une part, comme je l’indique au début de ces pages, à la naissance et au développement du féminisme d’aujourd’hui. »

 

Tout comme il me paraît fondamental de lier chez Olympe sa modération politique et ses engagements novateurs, il ne faut pas rompre le lien entre sa position féministe et son sens du politique. Pour dire que la question est permanente : Geneviève Fraisse parle de sa dénonciation de l’esclavage qui suscita en effet la contre-offensive des « négriers »… alors que la pièce de théâtre est d’une grande modération !

Pour le moment j’étudie l’importante postérité d’Olympe de Gouges en Amérique latine et je constate qu’on y braque, après la France, les projecteurs sur la féministe. Lire Olympe GLOBALEMENT c’est peut-être une façon de redonner un sens social au féminisme, et donc à la politique des démocrates. 15-08-2009 Jean-Paul Damaggio


 


[1] Olympe de Gouges, Lettre au Peuple et Remarques patriotiques, introduction René Merle, 2009, 106 pages 2009, 10 euros.

Mary-Lafon, Edouard Forestié, Raoul Verfeuil, Trois présentations d’Olympe de Gouges, 148 pages, 2009, 15 euros

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 15:37


Le prochain livre publié par les Editions La Brochure est un nouveau livre de Maxime Vivas, Victor Hugo à La Havane, un livre de 52 pages au prix de 5 euros où l'auteur met en situation, de belle manière, deux lettres de Hugo au sujet de Cuba. Le livre sera disponible à partir du 4 septembre 2009. Nous ne manquerons pas d'y revenir. Il pourra être commandé à votre libraire (le livre sera répertorié sur Electre) ou à l'éditeur :

jean-paul.damaggio@wanadoo.fr

Nous y reviendrons.

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 15:13

Nous avons bien connu Noël Arnaud qui sous le pseudo de Léon Dunara a été mis à contribution malgré lui dans un bochure de nos éditions. Exécuteur testamentaire de Boris Vian il ne manqua jamais d'activité et comme il lui arriva de nous conter cette histoire du poème d'Eluad Liberté, voici la reprise de cette lettre en hommage au personnage.

Noël Arnaud à Anne Egger

Penne, le 10 mars 1997

Chère Anne,

Je vois venir une espèce de Barbe-Bleue qui s'appelle Lucien Scheler et qui a une tendance irrépressible à s'approprier tout ce qui passe à sa portée. En bon stalinien, il a fait croire à la municipalité de Saint-Denis qu'il lui faisait don du manuscrit original du poème Liberté d'Éluard, alors qu'il s'agissait d'une des très nombreuses copies écrites par Éluard qui passait une bonne partie de ses matinées (et il se levait très tôt) à recopier les manuscrits de ses poèmes pour les fourguer aux amateurs. La copie de Saint-Denis est donc " originale " en ce sens qu'elle est de la main d'Éluard. Seulement - ce qu'ignorait Lucien Scheler - le poème Liberté n'a reçu son titre définitif que chez notre admirable imprimeur de la Butte aux Cailles, Lucien Cario, et en ma présence, son titre étant jusque-là - et le manuscrit le prouve - non pas ce qu'on a raconté, et Scheler notamment, mais un titre il faut le reconnaître un peu faiblard : Une seule pensée, à telle enseigne qu'on peut se demander si ce poème aurait eu le même retentissement si Éluard avait conservé le titre primitif.

Pareillement, Lucien Scheler n'a jamais possédé le dessin original et bandant et en couleur d'Éluard avec la dédicace précise à Péret, dessin publié dans Dragée Haute n° 8 dont Bodson ou vous-même avez fait une photocopie couleur assez réussie. Oui je possède encore le dessin (et aussi le manuscrit de Liberté). Il suffisait au stalinien Scheler de voir son nom imprimé deux fois (oui, deux fois !) dans la brève légende du dessin imitant le dessin original d'Éluard à Péret, pour se rengorger. Pourquoi voudriez-vous que j'aie " quelque chose à dire " (comme vous dites) à ce sujet ? La seule chose que je puis vous dire, c'est que je m'en fous. Que les universitaires débloquent, ce ne serait pas la première fois, alors, hein ?

Votre lettre du 18 janvier est parvenue à Penne alors que j'étais hospitalisé, et ma femme aussi, c'est-à-dire à un moment particulièrement difficile. D'où mon retard à vous répondre. J'ai du reste le sentiment que votre lettre du 18 janvier 1997 et celle du 10 décembre 1996 avaient été précédées d'une autre que je ne retrouve pas, mais à laquelle j'avais donné quelque suite - que bien entendu, je ne retrouve pas non plus. Je lis dans votre lettre de décembre : " Bien entendu et si vous le désirez, je peux encore intégrer vos petites choses dessinées ou collées de Breton, Péret ou autres poètes ". Mais je ne désire rien du tout, et pourquoi voulez-vous que ce soit de " petites choses ". C'est un jugement de valeur un peu hâtif, vous ne pensez pas ? Encore une fois, je ne suis pas demandeur, et si vous publiez un livre (une thèse ?) incomplet d'une soixantaine d'illustrations dues à ces poètes (mais aussi à ces peintres) surréalistes, cela ne regarde que vous, et personnellement je m'en balance.

La non-spécialisation dans le Surréalisme, certes, mais c'est un tout petit bout de l'héritage de Dada qui, lui, allait beaucoup plus loin dans le " mélange des genres ". Le Surréalisme a mené, souvent parallèlement, la poésie et la peinture (et aussi la politique révolutionnaire), mais cela est difficilement compris par les universités françaises, sauf rares et récentes exceptions, alors que c'est une évidence (pédagogique) dans les universités allemandes et américaines depuis fort longtemps. C'est reconnaître, et je m'exécute volontiers, que vous avez choisi un sujet intéressant, mais il me semble que vous avez quelque propension à croire à l'absolu pouvoir des universitaires, à l'obligation de répondre à leurs questions avec un profond respect, et là vous vous égarez. François Caradec - dont vous lisez peut-être en ce moment le Raymond Roussel revu et augmenté - répliquait à une universitaire - par ailleurs plutôt sympathique - qui s'imaginait en droit d'exiger des documents et des informations qu'il ne lui donnerait rien si elle le prenait sur ce ton. Vous devez bien supposer que nous ne nous inclinons pas devant les "autorités", et l'université, ici comme ailleurs, participe, que vous le vouliez ou non, de la police des moeurs. Beaucoup d'universitaires, et spécialement ceux appartenant au Collège de 'Pataphysique, en ont heureusement conscience et adoptent une attitude discrète et nécessairement policée.

Je ne vous encourage pas moins à poursuivre vos utiles travaux dont je goûterai les fruits avec plaisir si Faustroll me permet d'en attendre le mûrissement (car vous en mettez du temps, fichtre).

Croyez-moi votre attentif et souriant

Noël ARNAUD

 

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 15:11

Le mot santé aux Amériques n’a pas le même sens qu’en Europe et il est peut-être bon de commencer par cette précision avant de se lancer dans une modeste approche du sujet.

Michael Steele président administratif du Parti Républicain rappelle surtout que la santé est « le cinquième de l’économie américaine ». Sur ce point il ne se différencie pas des meilleurs défenseurs d’un système de Sécurité sociale comme Michael Moore qui rappela pendant la campagne que cette réforme était une nécessité d’ordre économique car la mauvaise santé des Etasuniens pénalisait l’efficacité économique des entreprises.

Modèle économique et système de santé

Là où naît une différence notable c’est quand M. Steele précise : « Faites entendre votre voix avant que les démocrates d’Obama ne nationalisent un cinquième de l’économie américaine.»

L’exagération est un procédé politique classique sauf que da ce cas il frise le mensonge tellement le projet « des démocrates d’Obama » sont modestes face à l’ampleur de la tache.

C’est seulement avec le XXe siècle qu’est née l’idée chez des humains de quelques sociétés assez riches, de soigner sa santé. Aussitôt deux stratégies apparurent sur la base de deux traditions : l’anglo-saxonne où les gens sont assez habitués aux dons (confiance dans la communauté et la famille), et la française où la coutume est plutôt de passer par l’Etat (confiance dans la juste répartition suscitée par l’Etat). Au Québec cette différence de comportement a été vérifiée dans les deux communautés. 

Dans ce contexte le système de santé naît aux USA surtout en 1935 (Social Insurance Act) quand la philanthropie ne pouvait plus faire face à la crise sociale profonde et que les luttes des travailleurs appelaient à la création de la Sécurité sociale qui fut une promesse de la campagne électorale de 1934. Par la suite les réformes se succédèrent dans le même sens : 1939, 1952, 1954, 1956 et 1958. Avec les années 60 le système fait encore un bon en avant grâce à deux programmes en direction des personnes âgées et des pauvres (Medicare et Medicaid).

Avec les années 90 vont se produire les reculs classiques dans les économies capitalistes : moins de couverture pour des cotisations plus élevées. En l’an 2000, 14% de la population n’a plus de couverture, 72% bénéficient d’une couverture privée et 24 % d’une couverture publique.

Là où est le problème économique c’est quand les observateurs notent que l’augmentation pharamineuse des dépenses n’entraînent pas une amélioration de la santé. Le système est considéré inefficace. Par quel mystère « les lois du marché » échouent-elles ?

Pour simplifier trois agents économiques interviennent : les médecins, l’industrie pharmaceutique et médicale, et les assurances. L’industrie veut gagner toujours plus, les assurances en profitent pour dire que face à de telles augmentations elles doivent augmenter les cotisations etc. Pendant les années 90 le problème majeur qui surgit n’est pas la défaillance globale du système de santé mais la défense des intérêts des malades. Pour ne pas risquer un procès, les médecins multiplient les analyses, les laboratoires cherchent aussi à se couvrir, bref, l’intérêt du malade devient un facteur d’inflation considérable sans que le système global puisse en bénéficier.

Sous quelque angle que vous preniez le problème, le développement du privé est un développement économique (nous en savons quelque chose en France même si les conditions sont totalement différentes) plus qu’une question de santé. Et je tiens à le noter en passant, il ne faut pas croire un seul instant en la passivité des citoyens étasuniens. La lutte pour la défense des intérêts des malades n’est une face de la lutte générale qui fut traduite par des tentatives de réformes comme de Clinton en 1994 qui faisait suite à une promesse de campagne de 1993. Cet échec est-il annonciateur d’un nouvel échec en 2009 ?

 

Modèle économique et définition de la liberté

La liberté made in USA c’est mettre en avant la question du choix avant celles des conditions du choix. Chacun doit pouvoir choisir son médecin, son hôpital sans que l’Etat ne vienne y mettre son nez. Sauf qu’ils sont des millions à ne plus pouvoir choisir faute de l’argent qui assure le choix ! Le contexte de 2009 ne change rien pour les adversaires de toute réforme comme les assurances privées ou les associations de médecin. Elle change beaucoup de données pour les défenseurs du projet qui sont très majoritaires dans la société (comme en 1993 les sondages indiquent un soutien de 75%) car la crise accentue les tensions et les drames. Quand la santé est une question économique, toute crise économique frappe férocement le secteur de la santé ! Le slogan bien connu « c’est mon choix » se transforme en Bérézina pour des millions d’Etasuniens qui, ayant perdu leur emploi, ont perdu aussi la couverture sociale provenant de l’entreprise. Et dans cette crise, paradoxe du système, ceux qui sont les plus forts (par exemple les salariés de l’automobile) vont se défendre mieux que les plus faibles. Le terme de solidarité n’a strictement aucun sens dans ce système et le but de la réforme d’Obama n’est pas d’entreprendre un virage pour l’y introduire. Il s’agit seulement de contrôler les dépenses et ne tombons pas dans un simplisme classique : diminuer les dépenses c’est diminuer les soins. Nous connaissons en France et dans le monde la bataille des génériques. Ce n’est pas le prix du médicament qui en fait la qualité, ce n’est pas le prix du matériel médical qui en fait la qualité etc. Diminuer les dépenses c’est contrôler les honoraires des médecins, les prix des médicaments etc. Et la réforme d’Obama peut avoir des répercussions positives en France quand on se souvient que le prix du matériel médical est surtout fixé par les USA. Leur diminution serait un gain commun. Bref, M. Steele quand il parle des démocrates d’Obama sait ce qu’il dit : il compte sur la défection de quelques démocrates pour empêcher les modestes mesures prévues ou pour les vider de leur sens en particulier dans la négociation la plus ardue, celle avec les immenses compagnies d’assurances. Des républicains seraient favorables à des coopératives locales de sécurité sociale car ils ont pu remarquer que toute régionalisation du système est la garantie d’une atomisation qui ne fait pas le poids ensuite face au lobby de l’industrie pharmaceutique. C’est là aussi une des leçons d’une réforme du système de santé mexicain (sur ce point comme sur d’autres c’est les USA qui donnent le la en Amérique latine) qui en décentralisant la sécurité sociale l’a offert aux adversaires de la dite sécurité sociale.

Pour suivre ce rapide tour d’horizon il serait bien que les médias informent sur les manifestations populaires nord-américaines qui se produisent et vont se produire autant que sur les manœuvres des lobbies et discussions de Congrès. Mais je rêve.
10-09-2009 Jean-Paul Damaggio

 

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 15:10

Une part du siècle

 

Duras. Je quitte l’autoroute à la sortie qui indique Duras, je tombe sur un rond-point qui annonce les vignerons du marmandais, je laisse la ville de Marmande, pour le sens opposé, et quelques mètres plus loin je tourne à droite en direction d’un village étrange, étrange car l’imposante église sert de centre comme nulle part ailleurs, j’en fais le tour, je redescends un peu pour me garer enfin devant le cimetière.

A pied, je remonte vers le village, le corbillard me double suivi de trois voitures qui transportent sans doute la famille de la défunte, l’une venant du 75 et l’autre du 33. Devant l’église, ladite famille s’élargit à une part importante et plutôt âgée de la population villageoise.

Je suis là pour l’enterrement d’une part du siècle passé ! Le siècle présent se voit très bien autour de la place avec un relais poste, qui remplace le vrai bureau de poste, en face de l’église on devine encore sur un panneau repeint, l’enseigne de l’ancien café, rendez-vous classique des hommes le dimanche, et enfin un modeste monument aux morts à l’histoire peu ordinaire.

La dame qu’on enterre était née en 1910 et avait encore bon pied bon œil quelques heures avant ce 5 août 2009. Elle était une conscience du village, un témoin qui fut  professeur mais, j’ai envie de dire, pas prof par métier ou vocation, mais prof par devoir social. Elle n’a jamais eu devant elle seulement des élèves mais toute une société, et en premier lieu celle de sa proximité, celle de sa commune. Les enseignants de son siècle étaient arrivés à la pédagogie par un rêve, celui de la lumière capable de faire reculer les ténèbres. Depuis, surprise, que de clairs-obscurs !

C’était pas son prénom officiel mais on l’appelait Lucienne, et, pendant l’office, un homme rappelle brièvement sa vie pour dire qu’elle succéda à son père au Conseil municipal en 1971 où elle resta jusqu’en 1989 et que là, elle sut se montrer énergique pour défendre les habitants. On lui confia la mission de fleurir la tombe d’un maire précédent qu’elle admira jusqu’à son dernier souffle. Une mission de femme diront certains ! Fait moins « féminin » elle voyageait beaucoup et elle faisait profiter de ses plaisirs touristiques les habitants du village par des diaporama.

Lucienne était encore une « mademoiselle », et comme elle, j’en ai connu d’autres enseignantes qui oublièrent leur vie pour le savoir à partager avec tous. J’insiste, c’était une part de son siècle.

 

Pendant que le corbillard la ramenait à sa dernière demeure, j’étais déjà sur le chemin du retour, j’avais allumé la radio et mystère, l’émission de France Culture évoquait une femme qui fut une part de son siècle, une femme de nulle part et de partout à la fois, une femme de combat dont j’ai vu les films sans jamais lire les livres, une femme témoin, une conscience de son pays, une femme qui s’offrit comme nom de plume, pour une fois au moins s’accrocher à du solide, un village du Lot-et-Garonne, Duras. Si Lucienne avait été écrivain, elle aurait eu comme nom Lucienne Samazan.

5-08-2009 Jean-Paul Damaggio

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