Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:18
marylafon-.jpgEn attendant un texte de présentation voici une belle peinture représenant Mary-Lafon, peinture photographiée par Guy Roumagnac et qui se trouve dans les réserves du Musée Ingres.

Mary-Lafon, émotions

 

 

Au débat autour de Mary-Lafon qui vient de se tenir à Montauban j’ai eu le plaisir de rencontrer un descendant de sa famille par sa sœur, Monsieur Ders. Je ne vais pas faire un large compte-rendu (voir autre article) mais m’arrêter seulement sur un moment précis. Pour montrer la distance entre Jasmin qui a une belle statue à Agen, et Mary-Lafon largement oublié à Montauban, j’ai évoqué une peinture que j’ai eu le plaisir de découvrir un jour, dans la salle de réception de la Mairie de Montauban, où elle était en remplacement d’un autre tableau, car en fait elle est dans les réserves du Musée Ingres. Et voilà que monsieur Ders me montre une petite photo de la dite peinture qu’il a trouvé sur internet. Cette peinture m’avait marqué et je la retrouve comme dans mon souvenir sauf que je pensais l’avoir croisé en 1989 alors qu’en 1989, j’ai au contraire découvert qu’elle n’était plus en place, à un moment où je pensais la prendre en phot ! La mémoire nous joue de ces tours…

Et pour boucler la boucle, Norbert Sabatié m’apporta le livre que j’avais écrit entre 1983 et 1985, au sujet de Mary-Lafon. Surprise, en postface je retrouve la présentation que je fis du tableau… et après quelques corrections je vous l’offre ici :

 

« En entrant dans la salle, j'eus d'abord la tristesse de n'y voir que des têtes inconnues. Je n'ai rien contre les inconnus mais il y a des lieux où on préfère se rassurer à côté d'un ami. Contre toute prévision l’ami que je découvris au bout d'un moment n’était pas parmi les vivants, mais accroché sur un mur comme est accroché tout tableau de peinture.

Discrètement, pour ne pas paraître trop ignorant, je me suis approché du tableau et j’ai noté que le portraitiste, Tito Marzocchi de Belluci, était un nom aussi peu notoire[1] que celui de son modèle, mais que ce dernier, dans cette belle salle, avait vraiment fière allure.

Mary-Lafon s'y retrouve comme je l’ai découvert. Ma tristesse s'est alors envolée en un instant et je compris que je n'avais pas perdu ma journée. J’avoue que ce n’est que cinq mois plus tard que j'en découvrirai, l’importance. Je la raconterai dans mon prochain livre mais je retiens déjà que c'est bien ce 9 Octobre 1985 devant le portrait de Mary-Lafon que l’idée en germa[2].

Son front large et dégarni avait tout d'abord attiré mon attention. Quant à sa longue barbe 19ème siècle elle est comme la marque vivante de son combat : elle fait contraste avec l’état de son front. Le reste est plutôt sombre avec une main dans la poche et l’autre appuyée sur... un livre. Une plume significative traîne par hasard sur le tableau et achève de classer le personnage. Le dernier trait que j'ai retenu tient à son sourire. Je continue de penser qu'il s'agissait d’un sourire mystérieux, comme le sourire de quelqu'un qui vous a fait une belle farce. Au départ, on ne peut que le deviner car il est largement caché par la moustache et la barbe mais au bout du compte il tient le personnage tout entier. Sans ce sourire, Mary-Lafon dans sa pose, s'écroulerait. Il me faisait véritablement l’impression d'être présent et ses yeux qui n'avaient rien de ceux d'un rêveur, appuyaient cette sensation. Je ne veux pas exagérer les talents du portraitiste, je ne veux pas davantage lire toute une vie dans les lignes d’un sourire, mais tout le monde sait très bien (surtout dans notre monde de télévision) qu’une image c’est aussi une force d’être. Le fait que le portraitiste soit un Italien n’est pas pour m’enlever de l’idée la connivence féconde qu’il devait y avoir entre le peintre et son modèle ! »

 

18-12-2009 Jean-Paul Damaggio



[1] J’ai vérifié que même aujourd’hui sur internet il est peu présent.

[2] Je ne sais à quoi ce passage fait référence, sans doute un rapport avec les sans-culottes de Montauban , mon livre su ivant !

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:14

labeyrie 

Dans ses Mémoires Pierre Juquin place la candidature de Vincent Labeyrie aux législatives partielles de Tours en 1976, dans le contexte du PCF de l’époque. Il écrit :

« Sur ces entrefaites, une élection législative partielle est annoncée à Tours. Le secrétariat du parti décide de présenter Vincent Labeyrie, professeur à l’Université François-Rabelais, directeur d'un laboratoire d'écologie expérimentale et animateur d'un centre de formation de spécialistes de l’environnement. Vincent est mon conseiller en écologie. Son suppléant, le métallo Jacques Vigier, est maire de la commune cheminote de Saint-Pierre-des-Corps. Quelques dents grincent parmi les cadres du parti. Arrivé sur place pour mener la campagne, j'aggrave les réticences en choisissant le vert pour couleur et en plaçant des gros points verts comme signes de ralliement. Mais Vincent et Jacques font une belle campagne et, le 5 mai 1976, Georges Marchais vient les soutenir en promettant qu'un jour, arrivés au pouvoir, nous transformerons en musée national la salle où s'est tenu, en 1920, le congrès de Tours. Tout cela, suivi de quelques remous au Comité central. Georges Gosnat proclame son attachement indéfectible à la faucille et au marteau. François Billoux me demande plus d'esprit de responsabilité. Mais Georges me soutient résolument. »

Comme dans tout son récit Pierre Juquin privilégie le sommet à la base. En conséquence pas étonnant qu’il soit plus marqué par sa rencontre avec René Dumont entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1974, qu’avec son camarade Vincent Labeyrie dont on se demande s’il a lu les textes. C’est vrai, la reproduction du dialogue Juquin-Dumont dont Juquin dira qu’il l’a profondément transformé, est encore plus importante aujourd’hui qu’hier mais restons-en à Vincent qui évoquera cette campagne, dix ans après dans un article du mensuel M (mars 1987). Il a été invité à un Forum à Moscou par les amis de Gorbatchev et il écrit :

« J’avais quitté le labo pour aller en Moscou sans en faire tout un foin : mes collègues ne discutaient plus qu’exceptionnellement politique avec moi. Finie l’époque où, à Tours, en 1976, pratiquement tour le labo soutenait ma candidature aux législatives, comme un renouveau communiste, alliant le vert au rouge ; depuis, j’étais devenu un homme politiquement dépassé par fidélité abusive aux idéaux de ma jeunesse. Or, à mon retour du forum de Moscou, j’ai été accueilli par des : « racontes, racontes, dis-nous comment c’était ! » »

Ce témoignage me paraît précieux à plus d’un titre. Il manifeste la modestie du personnage qui part « sans en faire un foin », l’enthousiasme de 1976 et, en retour, le virage du PCF refusant d’allier le vert et le rouge, puis enfin l’élan d’intérêt relancé par Gorbatchev. Imaginons un PCF qui aurait continué sur sa lancée de 1974, 1976 mais personne ne peut réécrire l’histoire. Oui, Vincent Labeyrie a porté comme un boulet sa fidélité abusive aux idéaux de sa jeunesse, une fidélité qui le trompera encore en voyant dans Gorbatchev le rénovateur possible. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’une question de personne mais de la force d’un système que la réalité fait trembler (Tchernobyl) mais qui à la première occasion crache à nouveau sur la réalité. Des moments comme la campagne de Tours, la campagne Juquin de 1988, la tentative gorbatchevienne montrent seulement qu’une autre histoire aurait été possible mais que faute de cette histoire, les communistes ont laissé l’écologie surtout aux bouffons et aux capitalistes ! Il est des moments où un seul homme est plus fort qu’un système mais il arrive aussi que le système soit plus fort qu’un seul homme. Vincent Labeyrie n’a jamais cherché à tout changer par lui-même d’où son installation, malgré tout, dans le système communiste. Il nous reste à prouver que son combat n’était pas inutile.

15-12-2009 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans ecologie décroissance
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:13

 

A l’initiative du PG, Alexis Corbières dirigeant de ce parti est venu le 10 décembre à Toulouse parler de la situation en Amérique latine (il y a eu aussi une présentation très utile et bien faite du cas palestinien, par un Palestinien). Il a tenu d’abord à bien montrer comment la décision de créer ce parti a aussi été influencée par l’observation des gouvernements sociaux-démocrates ailleurs qu’en France, ce qui montre que l’Internationalisme ce n’est pas seulement la solidarité de Français en faveur des exploités d’ailleurs, mais c’est tout autant les luttes d’ailleurs qui nous obligent à repenser les luttes en France.

La question remise ainsi dans le contexte actuel de l’Internationalisme, il en ressort que le PG a surtout des relations avec divers pays d’Amérique latine et Alexis Corbières peut témoigner, après des voyages sur place, de l’ébullition qui traverse la nouvelle gauche latino. Une intervention à la fois enthousiaste et équilibrée, un apport très utile à la réflexion politique générale. En effet, il ne s’agissait pas d’un débat initié par une association mais bien par un parti politique et les deux enjeux, s’ils peuvent se recouper ne sont pas les mêmes. Comment par exemple Ségolène Royal a-t-elle tenté de tirer vers elle la victoire de Michelle Bachelet à Santiago en 2006 ? Or cette victoire par la personnalité de l’élue (une femme divorcée, agnostique et socialiste), qui avait semblé rompre avec le passé, n’a, comme bilan de fin de mandat, que confirmé le passé ! Le Parti socialiste aspire à la création d’un parti unique avec son allié de vingt ans, la démocratie chrétienne.

Alexis Corbière a apporté des informations sur l’Uruguay (voir son blog), le Venezuela, le Brésil mais fidèle aux principes des rencontres du PG 31, il a largement laissé la parole à la salle, ce souci du débat honore les organisateurs. C’est d’ailleurs en réponse à une question qu’il apporta plus de précisions sur les élections chiliennes du dimanche suivant. Manifestement l’histoire du Chili est celle qui lui tient le plus à cœur et il en connaît les détails à travers films, livres et voyages. Il fait le portrait du milliardaire Sebastien Pinera qui avec la droite semble capable d’accéder au pouvoir. Il est frappant de constater l’engagement des hommes les plus riches des Amériques dans l’arène politique et à chaque fois, c’est le modèle Berlusconi qui est cité. Le candidat démocrate chrétien qui représente la Concertacion, est lui à l’image de la continuité en lui donnant même un visage plus à droite. D’où la crise du PS dont deux de ses anciens membres sont les deux autres candidats « qualifiés pour le scrutin ». Le PG soutient Jorge Arrate et la salle est d’ailleurs décorée avec des affiches de ce candidat. Le hasard fait que d’un côté une affiche représente Pepe Mujica vainqueur avec 51% en Uruguay et de l’autre Jorge Arrate dont Alexis Corbière espère qu’il puisse atteindre 10%. Je dis le hasard car les deux hommes ayant plus de 70 ans, ils représentent les luttes opposées de la gauche des années 70 : celles de la lutte armée des Tupamaros avec Pepe, et celle des luttes électorales avec Jorge. Un hasard paradoxal puisque Pepe, après l’abandon de la lutte armée, accède par les élections au pouvoir de son pays, alors que Jorge fidèle aux luttes électorales va rester loin de la victoire.

Alexis Corbières présente enfin le dernier candidat, un jeune, le fils du légendaire Miguel Henriquez, Mario Enriquez Ollimani (MEO). A l’écouter il semble plus à droite que le démocrate chrétien Frei alors qu’il a le soutien par exemple de l’écrivain Sepulveda. Pourquoi ce portrait ? Par exemple MEO a repris l’idée de Pinochet jamais réalisée visant à octroyer un accès à la mer aux Boliviens. Un clin d’œil lancé aux Pinochetistes ? Je ne suis pas sur place pour apprécier mais il me semble que les Pinochetistes ont un candidat clairement affiché et que moins qu’un clin d’œil c’est une prise de position courageuse car cette idée de justice n’est pas en fait très populaire. Plus grave, MEO veut aggraver la privatisation de la compagnie du cuivre ! Là, en effet, il s’agit d’une position peu à gauche mais Alexis Corbières pouvait en profiter pour la mettre en contradiction avec l’engagement écolo de MEO. Il ne dira rien de cet engagement. MEO est une épine dans le pied de la gauche : il est médiatique,  jeune, et porté par les combats sociaux nouveaux ce qui fait d’autant plus de Jorge Arrate le témoin d’un passé qu’il ne faut pas oublier (il a inscrit en fond de son affiche le nom d’Allende) mais qui est peu adapté aux défis d’aujourd’hui. Les deux candidats sont cependant face à un même problème : la fragilité de la coalition qu’ils conduisent et le résultat aux législatives et sénatoriales sera aussi important que le résultat de la présidentielle pour assurer la suite. Un accord entre Frei et Arrate (ce dernier a annoncé début décembre qu’au second tour il appelait à voter Frei) peut permettre le retour d’un élu communiste au parlement. MEO qui, a un moment, pensait pouvoir être présent au second tour est resté plus isolé.

Une autre question a porté sur le rôle des militaires d’aujourd’hui aux Amériques. Parler des militaires, c’est parler des USA et je suis d’accord pour dire avec Alexis Corbière que nous ne sommes plus en 1960 et 1970. Le cas du Honduras a été évoqué où la répression a été vive mais les militaires ont aussitôt confié le pouvoir aux civils qui ont aussitôt organisé des élections pour se donner une fausse légitimité. La tendance dominante pousse les militaires à rester dans les casernes, la classe dominante les ayant remplacés par le matraquage médiatique.

Un participant a tenu à défendre un courant devenu classique dans la gauche : sous prétexte de lutte contre l’impérialisme US, il faut se féliciter du monde multipolaire qui naît grâce à la Chine, l’Iran etc., et c’est ainsi que Chavez lui-même engage sous la bannière de la révolution Poutine, Ahmadinedja, la Chine ou Daniel Ortega du Nicaragua. Ceux qui condamnèrent « le communisme d’état » le couvrent de fleurs quand il prend les couleurs d’une Chine qui serait en train de faire le bonheur de l’Afrique ! Alexis Corbière s’est démarqué d’une telle philosophie mais il semble qu’au PG le débat ne soit pas terminé sur ce point. Un des points pratique à trancher, c’est l’appel de Chavez en faveur d’une Cinquième Internationale, appel que le PG ne semble pas rejoindre lui préférant, sur le plan international, la création de Forum des forces de gauche.

Pour ma part, j’ai tenu à rappeler qu’à parler des Amériques, le soutien aux gauches en mouvement ne pouvait se faire qu’en l’accompagnant d’une mise en garde à propos des droits des femmes, le cas du « droit à décider de leurs corps » étant symbolique, droits qui non seulement n’avancent pas mais reculent dans un contexte où la sexualité des jeunes filles devient de plus en plus précoce avec les drames qui s’en suivent. Alexis Corbière a alors rappelé le cas de l’Uruguay où le président sortant apposa son véto à une loi progressiste accepté par les assemblées donc, un des critères, pour juger de la politique du nouveau président, sera de vérifier si la loi est relancée et si cette fois, le député qui hier défendait la loi, continue de la défendre en tant que président.

13-12-2009 Jean-Paul Damaggio

Note 28-12-2009 : Comme indiqué dans l'article de ce blog "Sepulveda et les élections chiliennes" je dois préciser qu'en fait l'écrivain a soutenu Jorge Arrate et non MEO comme me le fit croire ce lien d'un homonyme :

http://www.luis-sepulveda.com/2009/09/13/proclamacion-de-marco-enriquez-ominami/

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans amériques
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:12

Débat sur la question : « qu’est-ce que l’élection régionale ? »

Voici les premiers mots de l’exposé des motifs de la loi sur la réforme des collectivités territoriales qui me paraissent exemplaires du discours politique actuel : le mensonge, rien que le mensonge, toujours le mensonge..

 

« Rompant avec sa tradition centralisatrice, la France a engagé, voilà près de trente ans, une mutation profonde de son mode d’organisation institutionnelle et administrative. Établie par le général de Gaulle dès les années 1960, la nécessité d’entreprendre la décentralisation s’est concrétisée en 1982 avec l’impulsion décisive des lois Defferre. »

 

La tradition centralisatrice

L’idéologie dominante a réussi à faire croire en France que la tradition centralisatrice était l’œuvre de la Révolution ou celle de la République, alors qu’elle est l’œuvre des Empire ayant gangréné la « République autoritaire ». Il y a toujours eu bataille au sein de la République qui n’a jamais été « une et indivisible » et celle de Sarkozy s’inscrit totalement dans la tradition de la république autoritaire, c’est-à-dire celle qui centralise… comme le démontre la loi sur la réforme des collectivités territoriales. Il serait trop long ici de faire une démonstration appuyée, une démonstration peu fréquente à gauche tellement elle est sur la défensive mais je ne manquerai pas d’y revenir tout au long du débat sur la dite loi.

 

Etablie par le Général de Gaulle

Je n’avais pas lu cet « argument » quand sur le site j’ai donné des éléments de la bagarre de 1969 qui a abouti à ce que les Français repoussent la régionalisation en disant non au référendum. Le référendum de 1969 avait une logique propre à de Gaulle et de laquelle il ne s’est jamais séparé depuis ses premiers écrits autour de 1924 : imposer des débats politiques clairs qui en finissent avec les tricheurs du « ventre mou » de la France habitués à dire blanc quand ils faisant noir, et à dire noir quand ils faisaient blanc. Donc le projet de 1969 était cohérent : en même temps qu’il instituait la région, il marginalisait le Sénat, faisant en sorte par exemple qu’en l’absence du président ce soit le premier ministre qui le remplace, or, de Gaulle, c’est donc le président du sénat qui deviendra président de la république. Ce jour là ce fut sans doute pour de Gaulle la défaite de sa vie : devoir laisser la place à son pire adversaire car pour lui un adversaire comme Mitterand en 1965 c’était un adversaire politique tandis que le sénateur Poher c’était un conservateur qui n’osant AFFICHER son rôle devenait un adversaire dans son propre camp.

 

Impulsion décisive des lois Defferre

Placer là Defferre c’est montrer que le projet de réforme des collectivités territoriales c’est un projet consensuel et écrire « impulsion » c’est même faire un cadeau justifié au PS. Moins qu’un mensonge, il s’agit là d’un éloge hypocrite dont ne bénéficiera pas Chevènement par exemple (il suffit de se reporter aux débats parlementaires de 1982). Dans le débat viendra cette question : pourquoi une telle stratégie du mensonge ?

 

La nécessaire manipulation de l’opinion

Les exemples sont légions : la loi sur le retraites a été présentée comme une loi de défense de la retraite par répartition alors qu’il s’agissait d’enterrer ce principe. Le cœur du drame est au sein de cette mutation : alors que hier les conservateurs avaient pour fonction de conserver, ils doivent aujourd’hui imposer des CHANGEMENTS qui ne sont pas des changements de façade mais des reculs historiques. Donc ils doivent en même temps convaincre l’électorat conservateur que rien ne change (ce qui est faux) et l’électorat démocrate que le changement va dans le bon sens. Ils partent d’un constat : l’électeur est figé soit du côté droit, soit du côté gauche donc comment ne pas le heurter ? Il s’agit par exemple de supprimer les communes sans heurter ceux qui veulent leur conservation (ils peuvent être de droite ou de gauche) et sans heurter ceux qui veulent les changer (ils peuvent être de droite ou de gauche) d’où une gymnastique qui répète bien sûr que les communes sont renforcés par les mesures prises depuis trente ans. Et pendant que l’opinion débat de fausses oppositions entre communes et intercommunalités, le train des mesures essentielles qui sont financières passent inaperçues.

 

La démocratie

Voici la suite de l’exposé des motifs de la loi sur la réforme des collectivités locales :

« Le bilan de cette évolution, qui était absolument nécessaire, est indiscutable. Elle a contribué à la vitalité de notre pays, renforcé les libertés locales, libéré l’énergie des territoires et consacré une nouvelle forme de gestion publique, plus proche des citoyens. »

Le discours politique actuel adore les adjectifs « nécessaire » et indiscutable ». Fondamentalement la politique c’est le droit de choisir mais en fait nous sommes dans un contexte où tout devient nécessaire et tout ce qui se fait, présente un bilan tellement positif qu’il devient indiscutable ! Après le mensonge, la tautologie ! Dans les deux cas il s’agit de vider tout mot de son sens pour mieux faire avancer le non-sens du système actuel.

 

La fin de la démocratie

La crise de la démocratie est telle que le risque s’aggrave de voir les effets pris pour les causes. Les effets je veux dire le comportement d’électeurs, mentionnés pendant le débat, qui acceptent de voter y compris pour des personnes condamnées par les tribunaux ! En réalité ils nous rappellent ainsi que la démocratie n’est rien sans les moyens de la démocratie et donc la cause des dérives vient du recul des moyens, par exemple, le recul des moyens médiatiques. Alors que la politique devient une affaire de marketing (le marketing politique étant d’ailleurs comme je l’ai démontré dans une brochure la caution du marketing en général) la présence sérieuse d’émissions politiques recule. Le passage d’une colonne vertébrale politique repérable (communes, départements, nation) à une autre très floue (intercommunalité, région, europe) ne va rien arranger d’autant que les forces politiques semblent négliger l’essentiel, la construction d’une démocratie authentique (je ne dis pas démocratie participative car j’ai horreur des oxymores).

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans régions - régionales
commenter cet article
18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:06

Voilà que je tombe sur un article que j’avais publié en Août 1990 dans la revue M. Vingt ans après il me semble conserver quelque intérêt. Je le reprends.

 

D'Almirante à Bossi en 1990

 

Trois témoins littéraires de la montée du fascisme en Italie

Pirandello, né en 1867 en Sicile, est de la première génération, témoin du fascisme. Le 3 décembre 1931, en plein sanctuaire fasciste, il en appelle à la mort de la rhétorique au cours d’un discours en 1’honneur de Verga. Face au «style des mots», il préfère «le style des choses». Verga contre D'Annunzio qui déjà en 1900 hantait les cabarets parisiens en s'accompagnant de nos futurs héros du fascisme national. Pirandello le dit clairement: « On revient à Giovanni Verga... le plus "antilittéraire" des écrivains.» Façon de dire qu'on va oublier D'Annunzio. Et pourtant, Pirandello qui travailla pour «atteindre au secret plus profond de l’humour» de Cervantès à partir de son Don Quichotte, qui va avoir le prix Nobel en 1934, est depuis 1925 «un compagnon de route» de Mussolini ![i]

Borgese, d'une autre génération (Sicilien né en 1882) avait dû, en 1931, s'exiler aux USA où il écrira un livre décisif : Goliath ou la montée du fascisme (adroitement republié dès 1986 par les Editions Desjonquières dans la traduction partielle d'Etiemble)[ii]. Il écrit dans la préface: «Nulle comparaison n’est possible entre la signification du fascisme et celle du communisme, qu'on aime ou qu'on abhorre celui-ci. Le communisme progresse en effet dans la direction que donnèrent à l’esprit humain les idées du XIXème siècle et celles des siècles antérieurs ; c'est un développement des révolutions anglaise, américaine et française. Le fascisme, lui, est une nouveauté : c'est simple justice que de reconnaitre à Mussolini le droit à cette vantardise. A l’en croire, le fascisme serait, et jusqu'à nouvel ordre, la marque distinctive du XXème siècle, ou, pour le citer, une civilisation nouvelle. » Et plus loin, Borgese caractérisera le fascisme par ce mot: une involution. Pourtant, Borgese était non-marxiste!

Primo Levi, d'une autre génération (né à Turin en 1919) était, en janvier 1941, dans un autre état d'esprit. Il écrit dans le Système Périodique[iii] «Ni en nous, ni dans notre génération, que nous fussions "aryens" ou "juifs", l’idée qu'on devait et pouvait résister au fascisme n’avait encore fait son chemin. Notre résistance d’alors était passive, elle se limitait au refus, à 1’isolement, à la volonté de ne pas se laisser contaminer. Le grain de la lutte active n’avait pas survécu jusqu'à nous. Il avait été étouffé quelques années plus tôt avec l’ultime coup de faux qui avait relégué en prison, en déportation, en exil ou au silence les derniers acteurs et témoins turinois : Einaudi, Ginzburg, Monti, Vittorio Foà, Zini, Carlo Levi. Ces noms ne nous disaient rien, nous ne savions presque rien d’eux, le fascisme, autour de nous, n’avait pas d’antagonistes. Il fallait recommencer à partir de rien, "inventer" un antifascisme à nous, le créer à partir du germe, des racines, de nos racines. » Et pourtant, Levi était juif et antifasciste de la première heure !

Ces trois témoignages pour tenter de prouver, à l’encontre de ceux qui ne connaissent que 1933, l’Allemagne et Hitler, qu'il faut regarder vers l’Italie pour réfléchir à l’extrême-droite. Aussi qu'observons aujourd'hui ?

 

Elections italiennes en 1989-1990

Apres les dernières élections, parlant du MSI, à qui notre FN a pris le symbole de la flamme, Le Corriere della Sera titrait : « L'anticommunisme ne paye plus ». En effet, comme le montre les résultats, le MSI a été avec le PCI, les Verts, et l’extrême-gauche, le perdant des Elections administratives de mai dernier. Pourquoi et comment ? La mort du chef, Giorgio Almirante ? Les dernières évolutions moins droitières du secrétaire général actuel Pino Rauti ? Une situation italienne moins tendue par les problèmes de l’immigration ? Les dirigeants du MSI s’accordent à dire : dans le Nord, leurs voix sont allées vers Les Ligues et au Sud, elles ont rejoint les abstentionnistes. Mais qui sont Les Ligues ?

Il est jeune, il est beau, il présente bien et s'appelle Umberto Bossi. Il est le leader de la Ligue Lombarde, le mouvement qui vient d'être 1’incontestable vainqueur des dernières élections, associé à d’autres ligues régionales. Que veut ce mouvement ? Schématiquement : plus d'autonomie pour les régions chics (donc d’abord Milan, la ville de Berlusconi et Craxi) qui ne doivent plus payer pour aider les «incapables » du Sud. Quel est son électorat? Bien sûr, avant tout, des gens du Nord (jusqu'à 20% à Milan et 5% au niveau national), mais un électorat disparate. Les analystes déclarent: « des ouvriers, des membres des professions libérales, des étudiants, des employés, des petits entrepreneurs, des gens qui ont toujours rejeté la politique comme d'autres qui furent membres de partis traditionnels. Ils se définissent comme démocrates-chrétiens rebelles, communistes repentis etc. ».

Apres les élections du mois de mai, les Italiens durent revenir aux urnes en juin 1990 pour le référendum sur les pesticides et la chasse. Ce referendum va amplifier les résultats des élections administratives par un phénomène nouveau en Italie. Les partisans du Non au rejet des pesticides et à la limitation plus ou moins importante du droit de chasse, vont l’emporter grâce à l’abstention. Et Norberto Bobbio dans un éditorial de La Stampa va expliquer que l’abstentionnisme des électeurs n’est que la marque de l’abstentionnisme de la direction de la classe politique. Pour comprendre, il faut savoir que le résultat du référendum d'initiative populaire lancé par les Verts ne pouvait être validé, à cause d’une loi nouvelle, que si plus de 50% des électeurs se déplaçaient. Plutôt que d'appeler à voter Non, les adversaires du référendum ont poussé à l’abstention, renforçant ainsi les phénomènes qui discréditent la classe politique qu'ils représentent ! Et ils ont gagné ! L'abstentionnisme de la classe politique dénoncé par Bobbio, c’est le refus de décider en dehors des consensus. «Les Lombard » ne pouvaient que se réjouir, et de la défaite des Verts, et de la façon dont cette défaite a été acquise.

 

Conclusion

La montée de 1'extrême-droite me parait être aujourd'hui 1’indicateur majeur d'abord d’un mal politique, celui de notre système démocratique. Il est par là-même 1’indicateur d’un mal social, d’une crise économique (en Italie aussi les problèmes de l’immigration apparaissent) mais gare aux simplismes. Si l’extrême-droite a une histoire, il serait triste de la réduire à un groupe de revanchards. Si elle pousse sur les lieux de misère, il serait grave, une fois de plus, de la réduire à un mécanisme (la misère et le désespoir jettent le citoyen dans les bras du chef), mécanisme que Marx lui-même a montré, dans un autre contexte il est vrai, pour expliquer Juin 1848. En ces quelques lignes, je n’ai donné que quelques informations sans suggérer de perspectives pour combattre le fascisme. Peut-être en suis-je à l’état de Primo Levi en 1941 ? Un des axes que pourtant je pense juste de mettre en avant est la lutte par l’humour. J’ai envie de renvoyer au point de départ de mon article et donc à Pirandello. Le Pen manie la rhétorique comme le lui a appris D'Annunzio (par 1'intermédiaire de ses conseillers, j'en conviens). Il est le champion du «bon» mot. Et aux bons mots, les bons remèdes. Pour disqualifier la droite, il lance que leur union pour la France est une union pour la frime. Aussitôt les télés, des journaux sautent sur 1’expression. Si Le Pen passe bien à L'Heure de Vérité, c'est que l’émission passe bien pour les « vérités » de Le Pen. Ce n’est pas Le Pen qu'il faut interdire de télé, mais des émissions qui, par leur essence, servent la rhétorique de Le Pen. Je crois que nous ne remercierons jamais assez Le Pen pour les efforts d’intelligence auxquels il nous pousse. Efforts d’analyse des médias, de la démocratie, de l’identité et que sais-je encore ! Dans le cadre de tels efforts, « ce que vaut une ombre, l'humoriste le sait bien». Mais à ce jeu, il est vrai, Le Pen peut finir par gagner. Comme le disait un Italien après la défaite de son équipe en demi-finale du Mondiale : ce n’est pas 1'Argentine qui a gagné, mais 1'Italie qui a perdu !



[i] Pirandello, Ecrits sur le théâtre et sur la littérature, Folio

[ii]A. Borgese, Goliath où la montée du fascisme, Ed. Desjonquieres.

[iii] Primo Levi, le Système Périodique, Albin Michel

 

Commentaire : J’avais souhaité attirer l’attention sur le phénomène des Ligues qui depuis n’a fait que se confirmer, permettant à Berlusconi de fédérer le MSI recomposé et les Ligues très composées alors que Le Pen est resté coincé. Est-ce en Italie le fascisme d’aujourd’hui ? Pour répondre il faudrait poursuivre l’analyse.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans italie
commenter cet article
17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 23:52

Nous reprenons du site ci-dessous la référence à Mary-Lafon que nous complèterons avec la liste de toutes ses oeuvres. JPD 

http://www.appl-lachaise.net/appl/article.php3?id_article=2458

Lieu de la tombe : 53eme division (5e ligne, U, 14)

lundi 13 juillet 2009.

Jean-Bernard Mary-Lafon voit le jour à La Française, dans le Tarn et Garonne en 1810. Littérateur, auteur dramatique et historien. Il fait ses études à Montauban. En 1830, il se rend à Paris et se voue entièrement à la culture des lettres. Il débute en 1833 par des articles dans la « France Littéraire » En 1834, il écrit dans le « Journal de l’Institut historique » Il fait paraître successivement des vers, des romans, des pièces de théâtre, des ouvrages d’histoire littéraire ; il obtient quelques succès académiques. Il devient membre de la société des antiquaires de France et conservateur de la bibliothèque de Montauban. Jean- Bernard Mary-Lafon a publié de nombreux ouvrages dont :

En 1835 : Sylvio ou le boudoir (recueil de vers), En 1836 : La jolie royaliste (roman), En 1837 : Histoire d’Angleterre, avec M. N. Boreau, En 1838 : Bertrand de Born (roman), En 1841 : Tableau historique et comparatif de la langue parlée dans le Midi de la France et connue sous le nom de langue romano-provençale, En 1841-1844 : Histoire politique, religieuse et littéraire du midi de la France (en 4 volumes)

En 1842 : Le Maréchal de Montluc (drame en trois actes et en vers ; représenté à l’Odéon), En 1845 : Le Chevalier de Pomponne (comédie en trois actes et en vers ; représentée à l’Odéon), En 1846 : L’Oncle de Normandie (comédie en trois actes et en vers ; représentée à l’Odéon).

En 1846 : Jonas dans la baleine (roman) En 1852 : Rome ancienne et moderne En 1856 : La course au mariage (comédie en un acte et en vers) En 1856 : Les aventures du chevalier Jaufre et de la belle Brunissandre En 1859 : Mœurs et coutumes de la vieille France (recueil de contes et nouvelles) En 1860 : Mille ans de guerre entre Rome et les Papes En 1860 : La Dame de Bourbon En 1861 : Pasquin et Marforio (histoire satirique des papes) En 1862 : Le Maréchal de Richelieu et Mme de Saint-Vincent En 1862 : Histoire d’une ville protestante En 1863 : La Bande mystérieuse En 1863 : La Peste de Marseille En 1864 : La France ancienne et moderne (avec gravures) En 1865 : Histoire d’Espagne depuis les premiers temps En 1870 : Fleurs du Midi ; Mes primevères (...)

Jean-Bernard Mary-Lafon a pris part à la rédaction du Musée des familles, de la Revue indépendante, du Moniteur, de l’Histoire des villes de France, du Moyen-Age et la Renaissance, etc...

Jean-Bernard Mary-Lafon s’est éteint en 1884. Il repose dans la 53e division.

 

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
commenter cet article
17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 23:34

jean-paul-lafon.jpgMary-Lafon, historien fantaisiste ?

 

Le récit de Mary-Lafon de 1860, réédité par les Editions La Brochure, et qui concerne Olympe de Gouges, est un bel exemple de la conception de l’histoire chez cet écrivain. C’est aussi une raison qui me poussa à le choisir pour présenter ce polygraphe montalbanais à un public très attentif. En conséquence, quand un participant rappela les limites de l’historien qui prenait un peu ses aises avec les faits, comment ne pas prendre en considération cette observation ?

Mary-Lafon était un historien de son époque, c’est-à-dire un historien romantique. Plus romantique qu’historien alors que Michelet aurait été plus historien que romantique ? Pour répondre, il s’agit d’abord de rappeler ce qu’est l’historien : un chercheur qui s’appuie sur des sources pour produire des analyses. La question clef est celle des sources. Quand Mary-Lafon annonce aux habitants du Tarn-et-Garonne en 1860, dans le journal local, qu’Olympe de Gouges est la « bâtarde » du poète Lefranc de Pompignan fait-il œuvre d’historien ? Non si on s’en tient aux sources écrites puisque par définition ce fait n’existe pas. Oui si on prend au sérieux son travail à partir de la mémoire populaire (celle de sa grand-mère). Depuis 1860 tout confirme l’information apportée par Mary-Lafon et il fait donc œuvre d’historien sur ce point. Ensuite, c’est vrai, il met en scène de façon théâtrale, cette révélation et là il est romantique. Il invente une rencontre entre Lefranc de Pompignan sa mère et Olympe au cours de laquelle celle-ci décide de se marier avec son plus vieux prétendant très riche, car son père non officiel a refusé de lui donner la dot qu’il aurait donné à sa fille légitime. Par la suite, Edouard Forestié qui travaille avec des documents ne découvre pas la pièce qui permettrait de prouver qu’Aubry avait 60 000 livres. Sur ce point rien n’est sûr même aujourd’hui.

Par contre ce qui est sûr c’est que Mary-Lafon avait une grand-mère totalement extraordinaire, une correspondante de Rousseau, au cœur des débats politiques de son temps et que c’est elle qui éleva le petit Mary-Lafon jusqu’à l’âge de ses quinze ans. Née en 1750 et morte en 1824 quand Mary-Lafon avait quatorze ans, sa mémoire personnelle est-elle digne d’intérêt ? Quand en 1829 Mary-Lafon part à travers tout le Midi pour collecter des éléments de la langue d’oc, fait-il œuvre d’historien ? Quand il s’installe dans les archives du Vatican pour écrire son histoire de Rome est-il vraiment un romantique ? Les historiens n’ont-ils pas la fâcheuse habitude de croire que la discipline historique commence avec eux ? Mary-Lafon a été un linguiste et son immense travail de traduction des Troubadours ne nécessitait-il pas un effort minutieux ? Peut-être un jour aurais-je le plaisir de comparer la traduction de la Croisade contre les albigeois selon Gougaud et selon Mary-Lafon, et là je pourrais vérifier jusqu’à quel point le lyrisme emporta l’écrivain loin de la réalité.

Je l’ai démontré dans le livre que j’avais publié en 1985, Mary-Lafon aimait jouer les fantaisistes. Pour son premier manuscrit qu’il porta à un éditeur, il plaça une ficelle discrète pour l’aider à vérifier s’il serait seulement ouvert, et quand il reprit le livre il constata que le refus ne pouvait être motivé, le livre n’ayant pas été lu alors il arracha la couverture, et présenta le texte comme une traduction d’un auteur italien important. L’éditeur lu alors le livre et le trouva digne de publication. La supercherie ne fut révélée qu’après l’impression. Fantaisiste, humoriste, Mary-Lafon avait rêvé d’écrire des comédies (il en écrira) et ce trait de caractère comme sa défense acharnée du Midi n’était pas pour lui faire des amis. De plus il était d’une sincérité et d’une générosité désarmante. Me suis-je éloignée de la question cruciale : jusqu’à quel point était-il historien ? Pas de mon point de vue : même parmi les plus grands historiens qui travaillent avec des sources et inscrivent cinquante notes en bas de page, il s’en trouve beaucoup qui, dans les sources, ne retiennent que ce qu’ils cherchent ! Mary-Lafon jouait carte sur table et révéla à ceux qui prirent la peine de le lire, un monde qu’il fut le seul à faire connaître. Il est… une source unique pour l’historien d’aujourd’hui. Vingt cinq après l’avoir étudié je constate que ce que j’ai appris chez lui je ne l’ai appris chez personne d’autre. Bref, Mary-Lafon mérite mieux que sa plaque sur une rue de Montauban, même s’il a fait créer lui-même cette rue. A suivre. 18-12-2009 Jean-Paul Damaggio

 

 

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
commenter cet article
17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 21:59

Incroyables élections chiliennes

 

Après le vote en Bolivie et Uruguay, les dernières élections chiliennes étaient attendues comme un test décisif pour ceux qui analysent l’évolution aux Amériques. Disons-le d’entrée, les résultats dépassent toutes les désespérances prévues !

Contrairement aux commentateurs habituels commençons par les élections législatives et sénatoriales en rappelant que les dites élections se déroulent dans le cadre binominal mis en place par Pinochet. Oui, madame Bachelet, même vous, après vingt ans de gestion du pays par la Concertación (alliance PS et Démocratie Chrétienne) vous n’avez pas souhaité envoyer au diable la « Constitution » de la dictature ! Donc, vu le système, la Concertación s’est allié avec la gauche pour les législatives ce qui permet au Parti Communiste Chilien de crier victoire : il a trois élus, les trois premiers depuis 1973 (Guillermo Teillier, Lautaro Carmona, Hugo Gutiérrez). Oui, mais à quel prix ? Nous le verrons plus loin… Pour les législatives, dans ces conditions la droite à 43,4% et la Concertación plus la gauche 44,4%. Pourquoi désespérer alors ? Côté sénatoriales, la droite contrôle depuis toujours. Après ce détour voyons les présidentielles.

Le super milliardaire, Sebastián Piñera[1] crie victoire avec 44% au premier tour et c’est déjà énorme. Il n’est pas le premier milliardaire des Amériques à se lancer dans la bagarre politique (voir le cas du maire de Buenos Aires, l’Equateur, la Bolivie…) mais il est le premier à rappeler la force de frappe de la droite sociale. Je sais, l’expression « droite sociale » peut choquer ceux qui pensent que par définition la droite ne peut pas être sociale. Sauf que quand la gauche développe des politiques d’assistance comme critère de politique sociale, elle fait le lit où elle meurt. Ce n’est pas une surprise si les études les plus sérieuses sur la droite sociale sont italiennes et si Sebastián Piñera est appelé le Berlusconi chilien. Le fascisme est la version la plus « aboutie » de la droite sociale et Pinochet en a fait sa référence : une classe ouvrière sous contrôle à qui on distribue des caramels. Sebastián Piñera a promis la création de un million d’emplois et nous savons qu’il s’agit seulement d’une promesse mais quand la démocratie fait faillite, les citoyens aiment se rattacher à ce mirage.

Car c’est incontestable, la victoire de Sebastián Piñera n’est rien d’autre que la manifestation la plus spectaculaire de l’échec de la Concertación qui obtient son score le plus ridicule depuis vingt ans. Son candidat, Eduardo Frei Ruiz-Tagle[2], a été président élu au premier tour en 1993 avec 58% et il arrive seulement à 29%. Or les manœuvres n’ont pas manqué pour l’aider. Michelle Bachelet a tout fait pour lui transférer le soutien populaire dont elle bénéficiait. Une décision de justice intervenue le 8 décembre et déclarant que le père de Eduardo Frei Ruiz-Tagle avait été assassiné par le pouvoir de Pinochet aurait dû lui donner un coup de pouce. Or Eduardo Frei Montalva, président avant Allende a été un soutien clair au coup d’Etat, un soutien affiché sans cesse jusqu’au début de l’année 1980 quand il découvrit que l’armée n’avait absolument pas l’intention de redonner le pouvoir aux civils. En conséquence Eduardo Frei a en effet été assassiné par Pinochet mais son fils pouvait-il en déduire, en fin de campagne électorale 2009, que cette mort était un tournant de l’histoire du Chili ? Il déclara de manière abusive parlant de la mort de son père : « Il y a eu un avant et un après. On n’avait jamais attenté à la vie d’un président. Ce fut un magnicide. » (Dans la Nación 8 décembre 2009). C’est vrai Allende n’a pas été tué par Pinochet… il s’est suicidé !

A qui a profité cet échec lamentable de la Concertación ? Très peu à la droite malgré son succès et très peu à la gauche malgré son alliance avec la Concertación ! Elle était représentée par Jorge Arrate[3] qui, sur certaines de ses affiches, avait inscrit en gros : Allende. Pour le Parti de Gauche en France, l’expérience chilienne était de la plus haute importance. Tout comme Ségolène Royal symbolise le PS chilien en voie d’union avec le centre, Mélenchon représente l’union de la frange de gauche du PS s’unissant avec le PC. Résultat : 6,4% malgré une campagne courageuse alors que le candidat PC de 2005, Thomas Hirsch, avait réalisé 5,4%. Et bien sûr l’appel à voter Concertación au second tour a été lancé bien avant le premier. Mais alors où sont passés les voix perdus par la Concertación ?

Elles ont été récupérées par un mouvement autour d’un autre dissident du PS, Enríquez-Ominami, qui aux présidentielles a obtenu 20% et vu le système 4,55% aux législatives. Ce mouvement espéra un temps arriver au second tour car dans ce cas, les sondages le donnaient le plus capable d’unifier les anti-Piñera. Ce mouvement est ambiguë[4] en unifiant des valeurs économiques de droite et des réformes sociétales de gauche (comme l’écologie) mais son leader, le fils de Miguel Enríquez le dirigeant du MIR du temps d’Allende assassiné par Pinochet (d’où la volonté de classer Frei parmi les opposants à Pinochet), Marco Enríquez-Ominami, est un homme médiatique, jeune qui a su créer la surprise. Je l’ai évoqué sur ce site à propos de Luis Sepulveda. Son électorat fera le second tour en conséquence ses réactions le soir du premier tour ont été étudiées à la loupe. Il a renvoyé dos à dos les deux candidats restant, en indiquant qu’il n’était pas question pour lui de choisir. « La vieille politique espère recevoir des signaux qu’elle ne recevra pas. Le Chili devra choisir le 17 janvier entre deux projets qui sont plus du passé que de l’avenir. Ils ne sont pas le changement, ils ne sont pas le futur. Frei et Piñera se ressemblent beaucoup. » Bien sûr, il va être accusé par la gauche d’avoir fait gagner Piñera si celui-ci l’emporte[5] mais il a averti par avance que s’il y a échec de la Concertación, elle ne devra s’en prendre qu’à elle-même. On peut supposer que la gifle reçue par les 79 candidats de son parti aux législatives, gifle produite par le partage du pouvoir entre droite et Concertación, ne va pas inciter à voter pour le « moins pire ».

 

Bilan : une droite à l’offensive, une gauche sans horizon, et une nouveauté possible mais qui se cherche et qui est prise au piège institutionnel. Bien sûr, du côté de la gauche, les trois élus du PC sont présentés comme le début de la reconquête. Bien sûr, d’autres rappellent que la révolution viendra des mouvements sociaux. Le Chili est un laboratoire et l’expression de son peuple, comme souvent à travers l’histoire, m’apparaît plutôt comme l’annonce de temps difficile pour des espérances capables d’unifier les luttes du passé et celles de l’avenir. Nous ne sommes pas le 12 septembre 1973 mais pas loin. 14-12-2009 Jean-Paul Damaggio

 



[1] Cet investisseur est devenu puissant avec les privatisations et aujourd’hui il contrôle les secteurs aéronautiques et médiatiques, avec une équipe de foot à la clef. Forbes chiffre sa fortune à mille millions de dollars (un milliard pour le dire à la mode fançaise).

[2] 2009, c’est exactement 20 ans après que Pinochet ait laissé le pouvoir au démocrate chrétien Patricio Aylwin et cinquante après la dernière victoire électorale de la droite.

[3] Ministre d’Allende, il fut aussi ministre de Aylwin et Frei et un des organisateurs de la droitisation du PS chilien, un passé dont il fit une auto-critique franche et sincère.

[4] Son histoire familiale lui donne des ancêtres d’extrême-gauche et de droite.

[5] Une victoire de la droite au Chili serait une porte d’entrée majeure pour un retour plus fort que jamais des intérêts US dans cette partie des Amériques. Le dirigeant de l’OEA, Insulza, qui avait espéré être candidat à la présidentielle, se trouvera avec une marge de manœuvre plus réduite encore.

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article
17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 21:44

bare-dessin.jpg
Brigitte Barèges dessin de Jean Brun
Régionales Tarn-et-Garonne : Coup de Théâtre

La Dépêche du 17-12-2009 annonce, sous la plume d’Alain Baute, « que depuis quelques semaines il se murmurait à Montauban que le radical Thierry Deville « préparait un coup ». Aussi, le courrier reçu hier par de nombreux acteurs du débat politique local a peu surpris. » N’étant pas parmi les dits acteurs j’apprends donc avec surprise que ce membre notoire du PRG rejoint Madame Barèges UMP pour les élections régionales. Avec surprise car voici peu de temps encore, il en était un virulent opposant. Cette évolution va faire des vagues dans la classe politique si on se souvient qu’en 2011 il y a des cantonales où la dernière fois Roland Garrigues, l’ancien maire de Montauban, avait affronté au premier tour le dit Deville qui avait refusé d’appliquer l’accord PS-PRG. Demain avec l’appui de la droite que fera-t-il ?

Les lecteurs de mon livre sur les élections régionales pourront trouver un élément d’analyse à propos du scrutin de 1998 quand j’indique : « Au sein du PRG, Jean-Michel Baylet pense que son parti est bien placé pour obtenir la présidence de la région (voir plus loin) et il imagine, un temps, être la tête de liste en Tarn-et-Garonne, pour ensuite accéder à cette fonction. Quand il décide de laisser sa place, le sortant Paul Couronne peut devenir candidat, tandis que beaucoup de militants penchent pour l’avocat montalbanais, Thierry Deville. Finalement Jacques Bouquet de Valence d’Agen occupe le poste. »

Thierry Deville « oublié » en 1998, en 2004, a donc décidé de ne plus se faire oublier. Les électeurs trancheront. 17-12-2009 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
commenter cet article
13 décembre 2009 7 13 /12 /décembre /2009 16:33

Coup dur pour les droits des femmes en Bolivie

J’ai fini par croiser Tania Nava militante de Catolicos para el derecho a decidir, sur l’utile site de BBC Mundo. Son association implantée dans presque tous les pays des Amériques indique par son nom une position très courageuse : s’affirmer catholique et favorable à la légalisation de l’avortement ou au respect de l’homosexualité. En conséquence elle subit les foudres du Vatican… et des médias en général. En Bolivie vient de se produire un événement nouveau que les forces de droite utilisent pour combattre le régime d’Evo Morales, événement plus facile à manipuler qu’une position d’appui à Catolicos para el derecho a decidir, événement qui ne doit pas pour autant empêcher la juste révolte des forces progressistes, comme celle de Tania Nava. De quoi s’agit-il ?

Dans les quartiers pauvres de El Alto le gouvernement iranien a offert la construction d’un hôpital dont il a demandé qu’il s’appelle : Hospital Republica Islamica de Iran. Cet hôpital vient d’être inauguré par les présidents des deux pays et qu’a t on découvert ce jour là sur les images télés ? Toutes les femmes présentes étaient couvertes d’un voile blanc ! Puis la surprise fit encore un bond en avant : le personnel médical féminin avait été soumis, à l’embauche, à une demande étrange : il fallait accepter de porter le voile pour travailler en ce lieu ! Un chantage facile en une zone pauvre, si bien que toutes les femmes embauchées acceptèrent de se vêtir conformément aux mœurs iraniennes.

Mais par « ingratitude » voilà que des employées s’insurgent à présent contre cet état de fait ! La directrice du personnel, une musulmane, Nadia Pou Mount, étonnée par la polémique, a d’abord tenté de donner une explication : l’hôpital est un morceau du territoire iranien, puis elle a renvoyé les journalistes vers le directeur, Masout Maleki Birjanti, le seul capable de tout expliquer. Bien sûr Tania Nava s’est insurgée en invoquant « les principes basiques des libertés et droits des femmes consacrés dans les conventions internationales du droit humain et encore plus dans la nouvelle constitution politique de l’état plurinational de Bolivie ». Et que dit le gouvernement bolivien ? Là-bas comme partout la gauche est aussitôt divisée. D’une part il s’agit du premier de trois hôpitaux prévus et il serait regrettable de fâcher l’Iran pour une simple question de droits des femmes ! Une partie de la gauche accuse donc l’opposition d’une manœuvre plutôt que de répondre. Une autre partie justifie l’utilisation du voile car comme il faut respecter les traditions des indigènes, il faut aussi respecter les traditions des autres peuples. Sur ce point aussi la réponse de Tania Nava est importante : « Si tout usage des traditions et coutumes est valide dans chaque pays du monde, il faudrait cependant les repenser pour que leur mise en pratique ne porte pas atteinte à la dignité des femmes ». Au gouvernement on annonce qu’à partir du 1er janvier les normes boliviennes seront appliquées sans pour autant préciser la nature des dites normes. Si par exemple le choix est donné aux femmes, il ne fera pas le poids face à la pression des autorités de l’hôpital qui pourront aisément décourager celles refusant le voile.

La communauté islamique Shia de Bolivie a été pratiquement la première à dénoncer la mesure imposée par la direction de l’hôpital. Pour elle, le port du voile dans un tel contexte « c’est anti-islamique et ça ne sert qu’à porter tort aux relations entre les musulmans et les autres croyants, tout comme au gouvernement d’Iran lui-même ». Il s’agit là d’une position « fanatique, machiste et éloignée de l’islam véritable ». Bref, il me paraît essentiel de bien inclure ce phénomène dans le contexte national et international des atteintes de plus en plus dramatiques portés aux droits des femmes.

13-12-2009 Jean-Paul Damaggio

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans féminisme
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche