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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 16:10

 

Au cours du débat sur les régionales une question est venue :combien de conseillers territoriaux aurions nous pour la Région ? Par un calcul mental savant je me suis trompé donc analysons la question à partir du cas du Tarn-et-Garonne. Conseillers généraux et régionaux constituent 37 personnes que je porte à 40 pour faciliter les calculs. Il y aurait donc 20 conseillers territoriaux soit 16 représentant des territoires et quatre à la proportionnelle. Les 16 territoires représentent presque les 16 intercommunalités, certaines étant cependant petites, seraient regroupées pour ne pas maintenir la sous-représentation des villes, les quatre élus à la proportionnelle pouvant être montalbanais au titre du rattrapage. Dans un département comme le nôtre où les élus PS-PRG arriveraient le plus souvent en tête avec sans doute une poussée UMP, les quatre élus à la proportionnelle représenteraient donc les partis battus : MoDem, Ecolos, PCF et peut-être extrême-gauche.

On observe donc que le plus souvent le président d’intercommunalité, remplacerait à la fois les maires, le conseiller général et le conseiller régional !

Pour descendre à l’échelon inférieur, l’intercommunalité Saint-Antonin/Caylus qui regroupe deux cantons semble dans la moyenne inférieure de la loi. Le maire de Varen qui dirige l’intercommunalité depuis plusieurs années est l’homme le plus connu sur tout le territoire. Il a toujours été battu aux cantonales sur son canton mais à l’échelle intercommunale il a une longueur d’avance. Il peut aisément battre les deux conseillers généraux (celui de Saint-Antonin et celui de Caylus) et devenir la référence sur le territoire. Il lui faut cependant un relais général à savoir un grand parti politique en l’occurrence le PS. S’il n’y a pas accord entre le PS et le PRG, chacun des deux partis présentant un candidat, il risque de ne plus être en tête contre un candidat UMP. Les négociations dans les deux camps UMP et PS-PRG vont aller bon train pour éliminer les candidats qui auraient été des soutiens au second tour mais qui deviennent des handicaps dans une élection à un tour avec victoire pour le vainqueur quel que soit son pourcentage. Si la «droite» est divisée alors la «gauche» peut l’être ou inversement. L’élection se jouera pour une bonne part avant le vote en fonction des candidatures retenues ! Les petits partis qui savent ne pas pouvoir arriver en tête, tenteront d’être présents partout pour gagner au moins au second service (par la proportionnelle).

Le Tarn-et-Garonne a été pour une part un lieu expérimental de ce mode de scrutin depuis 1988 date à laquelle le PS et le PRG se sont partagés les cantons pour arriver non pas en tête de tous les candidats mais en tête de la gauche. C’est ainsi que dans une triangulaire le conseiller général et maire communiste de Villebrumier arrivait en tête et pouvait gagner au second tour. A partir du moment où sur ce canton le PRG s’est retiré de la lutte, le candidat communiste est arrivé derrière le candidat PS qu’il a été appelé à soutenir au second tour, victoire de ce militant PS qui a pu ensuite battre le maire communiste dans sa commune ! Inversement, il y a des cantons où le PS aurait battu le PRG mais s’étant retiré il a laissé la victoire au PRG qui en a ensuite fait un mauvais usage comme sur le canton de Caussade où la droite a pu ainsi s’imposer.

Chaque mode de scrutin entraîne d’inévitables effets secondaires, le tout étant que les électeurs et électrices ne finissent pas par douter d’un système où ils ne sont que des pions.

Il n’y a pas besoin d’être sorciers pour savoir que l’actuel mode de scrutin des régionales a été mis au point par le PS pour son plus grand bénéfice, comme l’instauration des Conseillers territoriaux est mis au point par Sarkozy pour le bien de l’UMP. Mais au sein du PS comme de l’UMP tous les intérêts ne sont pas les mêmes. La discussion actuelle au sein de ces deux formations ne visent qu’un but : montrer qu’il faut défendre les 6000 élus pour garder leur confiance… en prévision du moment où il n’en restera que 3000, pendant que dans les faits, les 3000 déjà en place, ne cessent depuis des années de marginaliser les 6000. Globalement il s’agit pour l’UMPS de changer la classe politique : elle doit être moins l’émanation de la base et plus celle des autorités. La précédente avait ses défauts, la suivante en aura un seul : elle sera professionnelle dans le cadre d’une marchandisation de la politique soumise aux lois du marketing.
20-12-2009 Jean-Paul Damaggio

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 16:06

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Dans le livre que j’ai publié sur les Régionales j’ai rappelé que Brigitte Barèges, comme d’autres, avait souhaité marquer son entrée en politique par les Elections Régionales. Comme le montre la photo ci-contre extraite du Journal du Tarn-et-Garonne, elle se trouva en deuxième position sur une liste éphémère en 1998, liste rendue éphémère quand l’autre liste de droite accepta de récupérer Robert Lagrèze en bonne place. Brigitte Barèges se rattrapa de deux façons : elle put s’exprimer en 98 dans un meeting de la droite à Albias et elle fit son entrée en politique de la manière la plus classique, par les élections municipales. S’imposer par les municipales c’est s’imposer par la conquête d’un électorat. S’imposer par les autres élections c’est s’imposer par l’alignement sur une étiquette de parti. Chacun comprendra la nuance. Nous offrons ici, à titre de document, l’article non signé du Journal du Tarn-et-Garonne qui est le premier écrit présentant le phénomène Barèges. JP D.

« En politique, il y a ceux qui pensent mais ne le disent pas. Il y en a d’autres qui disent ce qu’ils pensent. Me Barèges, présente dans la salle des fêtes d’Albias samedi dernier a livré une véritable bataille verbale et de conviction à tous ceux qui voudraient se jouer de la démocratie. Fustigeant le quotidien local dont le sous-titre ne dupe personne, Me Barèges a demandé à tous de s’employer à combattre, sous toutes les formes républicaines possibles, dont la première d’entre elles le vote aux prochaines élections, le Seigneur de ce département. Elle n’a pas manqué de souligner le rôle important d’équilibre de l’opinion publique, que peut jouer le Journal du Tarn-et-Garonne. Un courage politique que n’ont pas manqué de remarquer les responsables départementaux tant du RPR que de l’UDF. A l’heure de la féminisation de la vie politique, Me Barèges se pose en future candidate potentielle. En tout cas, son discours a séduit toute la salle, peu habituée à voir une politicienne aussi percutante… et charmante à la fois ; les deux n’étant pas incompatibles. »

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 16:04

La seconde révolution darwinienne”

 

            Soirée du 26 avril 1996 au cercle Gramsci de Limoges avec Patrick TORT.

 

Dans la belle salle du Conseil Général, place des Carmes : on se félicitait d’abord...d’avoir trouvé la salle! Entraînés par l’habitude, certains étaient allés du côté de la Mairie. Mécanique implacable du comportement acquis!

C’est en effet pour écouter Patrick TORT (PT) nous parler de ces questions que nous étions réunis : la pensée de Darwin, peu lu, beaucoup évoqué, criminellement déformé parfois, a profondément révolutionné les sciences de la vie. Elle est, montre PT, vivifiante en sciences humaines et nullement réductible à la caricature rétrograde qu’on en a faite. D’une importance comparable à celles de Marx ou de Freud, que PT évoquera, elle établit selon lui un pont enfin solide entre le matérialisme et les exigences morales.

    Qui, mieux que Patrick TORT, était qualifié pour parler de Darwin? Claude GOBEAUX présente notre invité : directeur de l’énorme et très récent Dictionnaire du darwinisme et de l’évolution, il est la personne au monde qui a vécu “dans” Darwin et consacré sa recherche a explorer cette pensée complexe et généreuse, à combattre la sociobiologie, à dénoncer le “darwinisme social”. C’est en outre, nous en sommes fiers, un vieil ami du cercle Gramsci : Claude rappelle qu’en 1986, PT était venu nous montrer toute la “Misère de la sociobiologie”.           C’est à PT que l’on doit d’avoir fait débaptiser la rue Alexis Carrel à Limoges comme dans d’autres villes. Personnalité fascinante et chaleureuse,  PT a selon Claude un franc-parler qui lui a fait beaucoup d’ennemis. Son dictionnaire,  nous l’attendions depuis longtemps : l’Université, qui boude PT de façon ridicule, sera enfin bien obligée de l’accueillir.

 

PT “salue avec bonheur tous les amis du cercle Gramsci”. Il exprime son “profond respect pour ceux qui cherchent à rendre la philosophie populaire, la problématisation populaire(...) L’intention d’une université populaire (l’) habite depuis vingt ans”, et PT nous encourage.

Le Dictionnaire : lorsque PT l’a entrepris, beaucoup l’ont pris pour un fou... il n’était pas biologiste et ne publiait pas en anglais! Il s’agissait donc aussi pour lui de “défendre et illustrer la francophonie”, et d’ailleurs “les Anglo-Saxons n’ont pas grand’chose de neuf à dire sur Darwin”.

Pourquoi ce Dictionnaire? Il y a au sujet de Darwin “une gigantesque méprise historique et théorique”. Il fallait donc reconstituer la logique de Darwin d’abord, puis la pensée complexe de l’évolution, “rendre à Darwin ce qui est à Darwin”. En sciences humaines, on l’évoque sans l’avoir lu, on le montre tour à tour néomalthusien, impérialiste, victorien, eugéniste. Malentendu total, qui fait par exemple qu’aujourd’hui un homme bien intentionné comme Albert Jacquard en arrive à dénoncer la théorie de la sélection naturelle!

PT retrace la naissance du “noyau” du Dictionnaire en 1982-85 dans deux de ses principaux ouvrages, et sa lutte contre le “darwinisme social” issu des Etats-Unis, répercuté en France par le Figaro Magazine et la nouvelle droite. Il s’agissait pour ces gens de “rendre acceptables, en les naturalisant, des théories inégalitaires ou racistes”, et plusieurs fois les travaux de PT ont entravé leur succès.

PT évoque enfin rapidement les nouveautés présentes dans le Dictionnaire : le darwinisme russe, par exemple, était presque inconnu en Occident.

PT veut mettre en lumière deux faits :

1- “Darwin n’est pas l’abominable méchant qu’on s’imagine”.

2- Cette mauvaise interprétation du darwinisme a des causes historiques.

 1859 : Darwin publie sa théorie “de la descendance modifiée par le moyen de la sélection naturelle” et fait sensation. Il parle uniquement des végétaux et des animaux, mais dans le public la tentation d’interpréter, de transposer, d’appliquer à l’homme, est immédiate. C’est “l’emprise de l’idéologie dominante : la théorie se prêtait à...” Il faudra, dit PT, réfléchir à ce genre d’expressions.

En 1860, Spencer annonce la publication de son grand système. Il était depuis longtemps à la recherche d’une loi générale, d’une théorie globale du devenir biologique et social. Il s’agissait pour lui de découvrir une sorte de résultante, une loi de physique générale” applicable à ces domaines. Sous l’influence de l’embryologie de Von Baer, de la thermodynamique et de Lamarck, il formule sa loi d’évolution des agrégats, qui les fait passer, par différenciation, d’un stade d’homogénéité indéfinie et incohérente à un stade d’hétérogénéité définie et cohérente.

C’est, selon PT, “le système philosophique le plus puissant de l’Occident moderne”. Et c’est Spencer qui en est le créateur, non Darwin.

Darwin? Il parle de variations fortuites des organismes, avec sans doute un déterminisme, mais qu’il avoue ne pas connaître. Son œuvre a un succès de scandale dans une société qui est alors créationniste, et où domine l’idée d’une échelle fixe des êtres créés. L’Homme est le couronnement de la Création. L’idée qu’il pourrait simplement s’inscrire dans une série est donc ressentie comme une perte de privilège.

  Parler de l’homme, Darwin devait le faire ; par prudence théorique et par prudence personnelle, il en a longtemps retardé le moment et il faut replacer ce retard dans le contexte de la lutte pour la “conquête du pouvoir dans l’establishment scientifique” de l’époque. Poussé par ses amis, Darwin s’exprime sur l’homme douze ans plus tard.

   Entre temps, le spencérisme a gagné : doctrine philosophique de l’Angleterre victorienne, il se répandra en Amérique du Nord où Spencer deviendra “le maître à penser de tout un immense pays”. Les Etats Unis sont aujourd’hui avec le Japon “le pays où la doctrine spencérienne est la moins contestée”. Sous l’influence de Galton qui prône l’eugénisme, sous l’influence de “l’idéologie des gagneurs” de cette époque, se construit une pensée biologique soucieuse d’applications à la société. Apparaissent alors les idées de sélection artificielle des hommes, fondées sur la crainte d’une dégénérescence des races. “Tout cela se passe avant que Darwin n’ait pu dire un seul mot sur l’homme et la société.”

1871 : Dans La descendance de l’homme, Darwin consacre quelques chapitres à l’homme et à son évolution.

Que dit-il? Que la sélection naturelle sélectionne aussi des instincts, dont les instincts sociaux qui s’accompagnent du sentiment de sympathie : ce sentiment pour Darwin est appelé à s’étendre indéfiniment. Cette tendance évolutive, qu’il appelle civilisation, tend à dépasser les fontières créées par l’homme “entre lui là où il est et ses semblables là où ils sont”. C’est la naissance de l’éthique, sans saut ni rupture. La sélection naturelle sélectionne la civilisation qui s’oppose à la sélection naturelle. Cette formule de PT, il la commente lui-même en montrant qu’il s’agit d’un retournement dialectique ; que l’évolution produit à la fois chez l’homme intelligence et socialité avec leurs liens réciproques : grâce à la socialité l’homme devient intelligent, et cette intelligence il l’applique à la société, “autrement dit, l’éthique et l’intelligence voyagent ensemble, s’accroissent ensemble.” Il y a une évolution chez les animaux et les plantes, mais “à l’intérieur d’une société humaine civilisée, l’évolution devient autre.” Au lieu de l’élimination des malades, des infirmes, etc., la civilisation choisit le secours et l’assistance. C’est, dit Darwin, “la partie la plus noble de notre nature.” Et il ne s’agit pas chez lui d’un simple élan généreux (que confirment  ses déclarations anti-esclavagistes) : non, c’est par le degré d’institutionnalisation de l’altruisme que Darwin définit le niveau de civilisation. Cela est donc essentiel, c’est au coeur de sa pensée sur l’évolution humaine.

C’est ce que PT appelle “l’effet réversif” et qui permet de “penser la morale comme fait d’évolution (...) Car enfin, demande PT, sur quoi allons-nous fonder la morale? On n’a pas le choix. Ou bien c’est les Dix Commandements” ou bien c’est la reconnaissance de cet “impératif absolu : tout ce qui est humain est concerné par un processus évolutif (...) On passe d’un état A à un état B sans rupture, mais avec effet de rupture.”

 

Ici Patrick Tort, collant une bande de papier, construit un “anneau de Moebius” qu’il nous montre. Si avec un stylo, on en parcourt une face, on rencontre au bout du parcours le début du tracé: l’objet n’a qu’une seule face!

 

   C’est une métaphore de l’effet réversif : à quel moment “ça commence à se tordre? A aucun moment, on est toujours dans la torsion, c’est la torsion qui constitue le lieu” dit PT. “L’évolution s’applique à elle-même sa propre loi : c’est la naissance de l’éthique, la contradiction de la sélection A, par les effets de la sélection B” issue de A. “On peut donc asseoir la moralité sur un socle biologique”, le secours aux faibles, malgré les sociobiologistes, les eugénistes et les nazis, est certes “contre l’intérêt biologique mais pour l’avantage social”, et ce sont justement ces avantages qui gouvernent l’évolution humaine : elle a échappé aux intérêts biologiques. Passage de la nature à la culture, comme on dit ! “On n’a pas besoin de Dieu pour être moral” conclut PT.

 

Pendant ce temps, Claude a découpé l’anneau de Moebius au tiers de sa largeur. Le résultat est étonnant, très différent du découpage à mi-largeur: essayez. Mais cela n’a rien à voir avec notre sujet, Claude range son anneau et se remet à écouter sérieusement.

   PT évoque ensuite Lalande, “le seul Français qui se soit attaqué au spencérisme” pour poser le problème des rapports de la morale et du déterminisme : on peut toujours réduire un acte moral à une série de petits intérêts, mais alors... cet acte cesse d’être moral! Ce sentiment intuitif du bien, qu’on éprouve en le faisant, d’où vient-il? Doit-on en revenir au religieux? Non : la morale, le sentiment de transcendance, sont pour PT des faits d’évolution. Le relais de Darwin doit ici être pris par Freud et sa théorie de la sublimation. Nous avons aujourd’hui les armes pour cela. La morale ne doit plus être isolée des sciences et livrée à l’irrationnel.

  On a reproché à Darwin de s’être inspiré de Malthus : il est vrai qu’il a emprunté à ce dernier un élément de modélisation qui l’aide à structurer sa théorie ; il est vrai que l’élimination est présente dans la pensée de Darwin. Mais Darwin ne l’applique qu’aux organismes inférieurs à l’homme. Sur les sociétés humaines contemporaines, qui sont le propre terrain de Malthus, Darwin la récuse. Ce reproche de malthusianisme fut malheureusement l’erreur de Marx. “A droite comme à gauche on a raconté des sornettes sur Darwin (...) Darwin n’est pas ce qu’on a dit de lui. Il est très souvent l’opposé. Il nous permet de procéder à une véritable refondation de la philosophie, notamment dans le domaine de l’éthique.”

 

Après avoir rappelé nos prochains rendez-vous, à Ligoure le 12 mai et avec La Rue le 24 mai, Claude Gobeaux donne la parole au public.

 

S. BERTELOOT évoque les problèmes d’accès à Darwin, le manque de traductions françaises.

Par ailleurs dit-il, “ce credo matérialiste me gêne. Je suis marxiste, pas croyant. ” La tentative de PT s’inscrit dans une longue série : celle de fonder la morale sur la science, ce qui est chimérique. Il y a rupture quand la matière passe d’un niveau d’organisation à un autre.

PT : “Vous avez posé la question. Le noyau du problème, c’est la conception du niveau d’intégration ; c’est-à-dire comment on passe d’un niveau à l’autre?” Le professeur Faustino CORDÓN, en Espagne, est le seul qui pourrait aujourd’hui y répondre. Quand on passe du niveau moléculaire à ce qu’il appelle le basibión, puis au niveau cellulaire, enfin “organismique”, on a des constituants semblables mais des propriétés différentes. Il ne faut pas penser en termes de rupture mais d’émergence. Pour la réponse à cette question, il faut attendre que la pensée de Cordón soit énoncée et comprise.

Pour les traductions, celle de MOULINIÉ (Marabout université, 1973) est satisfaisante ; mais PT déplore lui aussi les difficultés d’accès. Il se prépare à entreprendre la traduction française de l’ensemble de l’œuvre de Darwin.

 

M. DRUGUET constate qu’il existe dans les sciences des choses sûres, d’autres en évolution. Les religions sont en évolution. L’homme construit sa culture à partir d’un grand “bricolage”.

PT : Il est clair que l’évolution culturelle n’obéit plus à l’évolution naturelle. C’est l’éducation qui remplit l’essentiel du rôle évolutif. En même temps, l’humanité devient un agent transformateur puissant, elle crée de l’irréversible. Ainsi l’évolution naturelle a produit la capacité rationnelle et la régression des instincts, qui produiront à leur tour, soit une évolution civilisatrice positive, soit des erreurs irrémédiables...“et plus d’évolution du tout!”

Le même : Les religions répondent donc à un besoin?

PT : Oui. Les grandes religions ont porté, dit Darwin, les exigences morales de l’humanité. La religion est un fait d’évolution. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est se passer de l’obligation religieuse pour fonder la morale. “Darwin m’a plus appris sur la morale que tous les traités de morale.” Mais il faut aussi éviter de fonder une nouvelle superstition issue du darwinisme ou de la psychanalyse, “car il n’est pas sûr que la psychanalyse soit restée matérialiste”

 

C. LAURETTE s’effare de la facilité que certains ont, à propager des idées fausses : il montre une revue (Sciences humaines) où sont cités des psychologues américains. Leur livre, une supercherie corruptrice (Intelligence et structure de classe) explique que les différences de quotient intellectuel justifient les classes sociales ; il postule que le QI est mesurable, héritable...et bien sûr variable selon les groupes ethniques.

PT : Evidemment avant de mesurer l’intelligence, il faudrait la définir. On mesure surtout, en fait, les écarts sociaux.

PT n’est pas surpris de la répétition de ces vieilles sottises : par nature, l’idéologie se répète. La science avance, l’idéologie non : elle n’invente pas, elle s’adapte. La sociobiologie est une idéologie de crise, et à chaque crise depuis 150 ans, ce même discours ressort. “Cette obsession habitera les Etats Unis tant qu’il seront les Etats Unis”. Cette obsession de la dégénérescence et du QI prouve surtout “une vraie dégénérescence mentale aux Etats Unis” (rires). Rien de nouveau depuis Galton : ces thèses sont une répétition. Pourquoi leur succès? Parce qu’elles sont faciles à expliquer : tel enfant ne réussit pas parce qu’il est bête, à cause de ses gènes, à cause de ses parents. Et parce qu’elles se développent dans un milieu attaché aux principes de transmission, à l’héritage.

   C’est la grande mission des enseignants et des journalistes, de communiquer la pensée scientifique.Mais les médias, le plus souvent, mettront en scène un débat entre un créationniste et un sociobiologiste (censé être darwinien), et vous aurez l’illusion d’avoir assisté à un vrai débat.

 

B. BELQAID : Pourquoi cet intérêt pour Darwin? PT peut-il préciser ses protocoles d’analyse?

PT, lorsqu’il était en Afrique, a constaté que le grand problème des étudiants (le racisme) débouchait toujours sur une discussion à propos de Darwin. Voilà comment peu à peu PT en est devenu le spécialiste.

Ses protocoles d’analyse? Non, PT ne peut pas tout expliquer ce soir et préfère renvoyer à son travail sur les “complexes discursifs”, où il met en oeuvre une certaine “science de la lecture”, fondée sur les textes intégraux contrairement à “certains petits bonshommes” qui publient dans des journaux d’extrême-droite et même dans La Recherche leurs visions d’un Darwin eugéniste à partir de citations tronquées ou détournées.

 

Une intervenante ne se réjouit pas des progrès de l’humanité, au vu des résultats. Cette idée de progrès fonctionne comme une idéologie. Ce qui est peut-être pour les savants une hypothèse de travail devient une religion.

PT : Ces idées viennent du XVIIIème siècle et ont été reprises par Spencer (Le progrès, sa loi, sa cause). Darwin, lui, parle seulement d’évolution des organismes et des espèces; mais il y a aussi des évolutions régressives ! En parlant du principe de sympathie, qui “devra s’étendre au-delà des frontières”, Darwin anticipe sur une tendance évolutive de la civilisation. Sa théorie n’est pas prédictive, elle permet seulement de fixer un horizon.

La même : “Un horizon moral?

PT- Vous avez tout à fait raison”.

 

Un intervenant déplore l’apparition d’un nouveau dogme : le darwinisme. A entendre Patrick Tort, “on dirait un chrétien.” Or rien n’est sûr, il n’y a pas de preuves, les paléontologues n’ont pas trouvé de chaînon manquant.

PT : Certes le darwinisme a des ennemis. Par exemple, La Recherche, pour des raisons commerciales devient un journal à sensation, qui se met à titrer sur l’euthanasie pour recruter des lecteurs, malgré la réaction scandalisée des biologistes. DENTON, cité par l’intervenant, réactive des “objections” qui datent de la seconde moitié du XIXème siècle ; quant à SCHUTZENBERGER (cité aussi) avec ses pseudo-arguments mathématiques “il entretient de fausses représentations dans la tête de son public. Ce monsieur ne sait pas quoi il parle.”

Le même : Mais les preuves? Deux animaux différents qui descendraient du même, ça ne s’est jamais vu. Il paraît que les Oiseaux sont issus des Reptiles, mais les plumes ne sont pas des écailles : où sont les états intermédiaires? (ici discussion sur l’Archeoptéryx).

PT : Il existe encore des créationnistes ; contre Darwin on cite à tort S.J GOULD, qui est en fait darwinien, mais pas gradualiste. “Si la paléontologie n’est pas assez  évidente à vos yeux...” PT demande aux biologistes de la salle de s’exprimer.

 

M.VIDEAU conseille à l’intervenant d’observer “une simple patte de poulet” pour comprendre et voir la transition de l’écaille à la plume. Aucune autre vision du monde vivant n’est possible aujourd’hui, qu’une vision évolutive. (Le même intervenant : “C’est une interprétation!”). Oui, la science est une interprétation. L’évolution est une théorie si l’on veut, mais c’est la seule possible aujourd’hui.

 

P.BOISMENU revient sur l’exemple de l’anneau de Moebius auquel on imprime une torsion : et si on lui faisait faire deux tours? PT semble appeler la psychanalyse à prendre quelque part le relais du darwinisme. Le tour de l’anneau, apparemment ramène là d’où l’on était parti, mais il y a eu effet de rupture : il y a le langage.

PT : “Moi, je propose un troisième tour social. (rires) Je suis en position d’attente vis-à-vis des psychanalystes (...) je les ai stimulés (...) mais je crains qu’ils n’essaient de tirer cela vers Lacan (s’ensuit une brève discussion sur Lacan). Vous pensez le langage comme une irruption?”

Le même : “La pratique psychanalytique part de ceci, qu’il y a le langage.”

PT : “Vous avez parfaitement insisté sur l’effet de rupture.” En effet il n’y a pas de commencement absolu, d’où l’inanité de questions telles que “A partir de quand l’homme...” En fait tout a toujours déjà commencé, les recherches sur les capacités symboliques des grands singes le prouvent, les pages extraordinaires de Darwin sur les oiseaux et le sentiment de la beauté le montrent. Il ne faut pas parler de commencement, mais d’états germinaux ou embryonnaires, d’ébauches.

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 16:02

 Pour juger du présent il n’est pas inutile de le confronter aux rêves du passé. Depuis 2004 Abel Mamani dont il est question ici est devenu ministre à La Paz. Au Panama la gauche a depuis perdu et au Brésil elle semble sur la même pente. J-P D.

 

 

Une jeune Bolivienne de passage à Montauban eut la surprise de découvrir dans le journal Point Gauche ! un écho sérieux des luttes de son peuple. Aujourd’hui les événements démontrent que cette attention était largement justifiée pour ceux qui cherchent à en finir avec le vieux monde.

Pour ma part il m’arriva de faire connaître le héros et le anti-héros de la grande bagarre d’aujourd’hui 8 juin 2005. Le héros, Abel Mamani responsable des comités de luttes de la ville de El Alto et en face le président de l’Assemblée nationale Horacio Vaca Diez, celui qui fit tirer sur un mineur en colère qui osa entrer dans la Chambre des députés avec un bâton de dynamite à la main.

Pour la joie d’Abel Mamani c’est aujourd’hui une immense foule bolivienne qui occupe La Paz et pour le plus grand désagrément du grand Horacio, alors que, constitutionnellement, il pourrait s’auto-désigner comme président du pays après la démission du président, il va devoir opter pour une autre combine. Ce n’est pas un mineur qui occupe un lieu mais des milliers qui sont partout dans la ville avec des camionnettes de dynamite.

Cette insurrection s’est radicalisée de jour en jour. Carlos Mesa aura presque tout tenté pour l’éviter : le faux référendum, la fausse démission, l’appel à l’Eglise, la menace militaire, la négociation secrète, la pression internationale. Il aura cependant été fidèle à sa parole : il n’a pas fait tirer sur la foule. Il préfère partir mais qui va le remplacer ? Et pourquoi faire ?

 

Les insurgés décident, de jour en jour, en assemblée générale, des mesures à prendre. Ils veulent à présent un gouvernement des ouvriers et des paysans. Le mot d’ordre est le suivant : pas de succession, pas d’élection, de suite le gouvernement pour le peuple. Or, au départ, il y a eu mobilisation à la fois pour la nationalisation et pour l’élection d’une assemblée constituante, ceci contre le projet des riches de Santa Cruz cherchant avec leur grand chef Horacio Vaca Diez, la sécession. Le leader électoral des insurgés, Evo Morales, a indiqué qu’il se plierait aux revendications des assemblées générales. Il tente depuis deux ans de jouer les modérateurs (il fit alliance pendant un temps avec le président démissionnaire) mais il est dépassé par la base. Pour le contexte international j’indique que Lula a tout fait pour sauver Carlos Mesa (l’essentiel du gaz brésilien vient de Bolivie) et Chavez tenta de jouer les intermédiaires. Déjà pour la révolte précédente de Mars, le Congrès bolivarien du peuple se refusa à relayer cette révolte alors qu’il est très rapide dans d’autres cas. Et si Evo Morales s’est donné une dimension internationale, elle n’a aucun intérêt pour les insurgés. En clair, cette insurrection dérange tout le monde aux Amériques. Sa radicalité peut faire boule de neige en particulier au Pérou d’abord, où le risque insurrectionnel est du même ordre, et en Equateur où le nouveau président vient déjà de s’aligner sur les USA après une arrivée au pouvoir provoquée par la révolte inter-classiste de Quito. Mais allons plutôt dans ce beau pays qu’est Panama.

 

Le 30 mai au matin, le peuple de ce pays n’avait pas les yeux fixés sur le résultat du référendum français mais sur l’ultime décision que venait de prendre les députés : « l’organisation d’un des vols les plus grands qu’a connu le peuple panamén » d’après un journaliste de la Estrellla. De quoi s’agit-il ?

Allons voir Andrés Rodriguez, un de ces militants extraordinaires qui ne passent jamais les barrières médiatiques. Il anime le Front pour la Défense de la Sécurité Sociale, un Front qui a décrété depuis plusieurs jours la grève générale dans le pays. Lutte phénoménale puisque le gouvernement est un gouvernement de gauche et que c’est lui qui a organisé ce vol affreux dans le portefeuille des Panaméens. Dans ce gouvernement de Martin Torrijos siège un artiste que j’ai déjà présenté, l’homme qui me fit comprendre la salsa : Ruben Blades. Que pense-t-il des émeutes qui traversent sa capitale ? L’âge de la retraite était de 57 ans pour les femmes et il passe à 62 tandis que pour les hommes il était de 62 et il passe à 65. Comme il se doit les femmes payent la note plus que les hommes et comme il se doit, l’âge de la retraite est reculé en même temps que les cotisations sont diminuées ! Intolérable répond le peuple. Tout à fait intolérable dans un pays où le chômage est si grand. Qui veut répondre que les émeutes sont donc celles de « privilégiés » car beaucoup ne touchent même pas de retraite ? Je suis fatigué par ces discours style CFDT qui culpabilisent les soi-disant privilégiés pour éviter de montrer du doigt les vrais seigneurs. Si nous étions en Bolivie nous dirions, la forte présence du gaz crée un tel enjeu, que la bataille est rude. Mais le Panama n’a ni pétrole, ni gaz, ni or, ni rien. Alors que se passe-t-il ? Tristesse, le Panama a un canal (c’est d’ailleurs pour ça qu’il existe) dont il a accédé à la propriété, les USA ayant fini par céder cette injuste souveraineté, mais être propriétaire du canal c’est un fil à la patte. En effet, ce canal a besoin de grands travaux (sinon les USA en construisent un autre ailleurs) et pour des grands travaux il faut l’appui des banques et pour obtenir l’appui des banques, il faut d’abord des politiques sociales. Première mesure du gouvernement Lula accédant au pouvoir : la réforme des retraites que le pouvoir précédant n’avait pas pu réaliser. Première réforme du gouvernement Torrijos : la même réforme des retraites ! Un hasard ?

Pour Andrés Rodriguez et son Front uni, gouvernement de gauche ou pas, l’intolérable est intolérable. Alors c’est la grève générale. Les enseignants surtout sont en pointe dans cette action, comme chaque fois que le peuple se révolte aux Amériques. Que va-t-il se passer ? Des centaines de personnes ont été arrêtées (384) avec un peu partout des blessés. Une première rencontre a eu lieu avec quatre ministres qui voulurent amuser les insurgés avec des salades. Reynaldo Rivera, le ministre du travail indiqua sur un ton conciliant que la grève n’est pas le meilleur moyen pour engager la discussion sur ce thème sensible et d’ailleurs est-elle vraiment légale ? Le représentant des patrons indiqua qu’il était impossible de discuter sous la pression d’une action aussi extrémiste (inutile de préciser que si les caisses de la sécurité sociale sont vides c’est que les patrons ne versent plus rien ou si peu). Pour la confusion des genres ce chef s’appelle aussi Rodriguez mais Felipe et non Andrès. J’aurai voulu vous en dire plus sur le Andrès en question mais je sais seulement qu’au moment des accords économiques avec les USA (le TLC), il était déjà sur la brèche, en 2004, pour annoncer que la conséquence de tels accords seraient dramatiques pour les travailleurs. Avec son Front il avait raison. A suivre. Jean-Paul Damaggio 9 juin 2004

 

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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 16:00

wajdi-copie-1.jpgJe viens de relire le livre « Le carrefour Wajdi Mouawad » comme s’il m’était étranger. J’y découvre le témoignage d’un « grand écart » aux multiples faces. De la Louisiane des bayous où les tatous cherchent sereinement leur chemin, à la cour du Palais des Papes d’Avignon où des artistes posent leur art ; de la politique comme chemin de transformation du monde, à l’art comme fenêtre sur ce monde en mal de transformations ; de la jeunesse avançant angoissée vers son futur, à la vieillesse échouée sur les rives de n’importe quel non sens ; des mots dotés de sens, aux sens qui se trouvent nus faute de mots ; de la parole vivante dans les rues du monde à la parole enfermée parfois dans l’art spectacle ou dans des machines comme le GPS ; du jour se levant sur des matins pleins de couleurs, à l’interminable nuit sans lune ; des traditions humaines ou inhumaines s’affrontant à des mutations qui gardent l’inhumain… au nom de l’humain ; des clergés en perte de pouvoir aux pouvoirs en quête de clergés…

Depuis 1945, le monde subit des transformations telles que les révolutionnaires se retrouvent sans révolution possible, pendant que les conservateurs conduisent des involutions qu’ils habillent aux couleurs de la révolution ! Wajdi Mouawad me semble un encyclopédiste capable de nous aider à mettre un terme à l’involution permanente que j’appelle le capitalisme féodal, par le désir qu’il suscite de rencontres plurielles à l’infini. Les « petits » sont plus coriaces que ne le pensent les machines soucieuses de moyennes improbables. La statistique est devenue la science dominante non pour ses mérites réels, mais pour sa guillotine nommée moyenne : soyons tous moyens et il ne nous arrivera que du bonheur. J’ai compris quand un inspecteur d’académie plein d’attentions démocratiques pour le système éducatif de notre département déclara solennel : « Dans notre département la moyenne de la scolarisation des deux ans est nettement plus haute que la moyenne nationale, il faut donc remédier à ce problème. » Il avait aussi déclaré : « Dans notre département la moyenne des résultats au Brevet des collèges est nettement plus basse que la moyenne nationale, il faut remédier à ce problème. » Il a changé le type d’exercices et en effet les résultats du département se sont rapprochés de la moyenne sauf qu’ainsi la moyenne nationale est remontée ! Pareil pour la scolarisation des petits : si la moyenne c’est 25% de scolarisation en France et 50% en Tarn-et-Garonne du fait de l’histoire, si ce département descend à 30%, la moyenne va descendre à 24% par exemple. Bref l’idéal c’est d’être dans la moyenne, mais pas n’importe laquelle, celle que le pouvoir donne en référence pour tirer la société vers « le bas ». L’art devient donc insalubre, il ne respecte aucune moyenne, et celui de Wajdi Mouawad le devient doublement il ne respecte aucune catégorie ce qui est le propre des encyclopédistes. Dans le grand écart, dans cette façon d’embrasser le monde tout entier, naîtra la révolution que le siècle précédent jugea inévitable et qui est devenue constructible. 20-12-2009 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 19:57

Dans son livre, Une mort qui n’en finit pas ? MARPOC, 1990, René Merle en conclusion de la première partie évoque une lettre de Mary-Lafon dans l’Athénée de Provence le journal où il pourra publier sa présentation d’Olympe de Gouges en 1860. Nous reprenons la partie concernant ce point mais vous pouvez trouver l’ensemble du chapitre sur son site à cette adresse : http://www.rene-merle.com/article.php3?id_article=283

 « Sans doute existe-t-il aussi chez le jeune Mistral tourné vers l’œuvre en gestation, le sentiment d’une cause perdue, qu’il faut pourtant défendre. Mistral salue en 1854 l’ouvrage de De Ribbe qui s’ouvre sur ce constat : "Entre toutes les histoires, les plus attachantes sont celles des nationalités qui succombent et qui meurent". C’est de la Provence qu’il s’agit, et de la fin de sa Constitution, en 1790. Mais à qui la faute si meurt la nationalité provençale ? L’incidente de deux lettres, publiée dans l’Athénée de Provence de 1855 éclaire ce débat de 1854.

"Lettre de M.Mary-Lafon, Auteur de “l’Histoire du Midi”, à MM.les fondateurs de l’Athénée de Provence. Messieurs, Je viens de recevoir la lettre, dans laquelle vous m’annoncez que l’Athénée de Provence a bien voulu me choisir pour son Président honoraire, je vous en remercie et je vous prie de remercier la société de cette marque de sympathie. Depuis vingt-cinq ans, je travaille avec courage et espérance, à déchirer le voile que l’envie et les vieilles haines du Nord, ont étendu sur le front jadis si haut et si brillant de la Patrie Méridionale ; j’ai fait reverdir en ce siècle les lauriers et les rameaux d’or de sa couronne, et en réveillant dans leur tombe ses glorieux troubadours, qui ont dormi huit siècles, mais qui ne sont pas morts, j’ai eu le bonheur de montrer que jamais nation n’avait moissonné plus largement que la Provence dans le champ du génie. Voilà les titres qui m’ont désigné à votre choix et dont je suis fier, car ils m’ont fait frapper d’ostracisme sous tous les gouvernements. Aimer, honorer et louer le Midi aux yeux des hommes qui le haïssent par intérêt, par envie et par tradition et des renégats qui le vendent pour une croix ou une place, est un crime que j’ai expié jusqu’ici, par un déni de justice complet, mais que je continuerai à commettre jusqu’au dernier battement de mon cœur."

"À M.Gueidon Fils, Editeur - Fondateur du “Plutarque Provençal”.
Moussu, Avès agu’na (sic) bono pensado en me fasen assaupre que publicas, dempièi quauque tèms, la “Vido deis Femo’e deis Omes leis mai famous de la Prouvènço”. L’aguesse sachu pulèu, aurias pulèu reçaupu ma souscricioun, mai coume se dis, i’a’ncaro de jour darrier leis mountagnos e vous mande un escuchoun per coumença moun abounamen. Dieu fague, Moussu, que reviéudés un pau dins lou cor de nosteis Prouvençaux l’amour de sa bello patrio que saboun ni counéisse ni presa, e en esperan aco-d’aqui, brave Moussu Gueidon, Tenès vous siu e gaiardet.
Maillane, le 8 Décembre 1853. F.Mistral."

Mistral charge les Provençaux indifférents de la responsabilité de la mort, Mary Lafon en charge la France. Dans cette jeunesse de la renaissance, la mort mène le jeu. Elle est moins ennemie que donnée constitutive dans, par laquelle, se justifie l’écrivain, seul fidèle au pays... "Ah, se me sabien entendre...". Cette désespérance optimiste permet d’écarter un militantisme nationalitaire effectif. Certes, le senti nationalitaire est historicisé, théorisé. Mais à la différence de ceux qui pointent alors en Europe, il ne peut assumer l’unanimisme du corps social, valoriser la société civile. La prégnance du sentiment national français intériorisé interdit au sentiment identitaire méridional de transcender les oppositions de classe. L’écriture dialectale souligne les oppositions de classe, en mettant en spectacle des personnages populaires. Encore dédouane-t-on par le trompe l’œil du décor le péril social de cette mise en scène. Provence rêvée, langue du cœur, etc. L’écrivain, qui n’ose s’exprimer en son nom, le fait au nom de l’identité conservée, tant bien que mal, par le peuple. Or ce peuple dont le potentiel révolutionnaire effraie (dans la conjonction de la paysannerie pauvre, de l’artisanat, de la classe ouvrière naissante, d’une intelligentsia avancée), ne peut porter une entreprise identitaire, encore moins nationale. » René Merle

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:18
marylafon-.jpgEn attendant un texte de présentation voici une belle peinture représenant Mary-Lafon, peinture photographiée par Guy Roumagnac et qui se trouve dans les réserves du Musée Ingres.

Mary-Lafon, émotions

 

 

Au débat autour de Mary-Lafon qui vient de se tenir à Montauban j’ai eu le plaisir de rencontrer un descendant de sa famille par sa sœur, Monsieur Ders. Je ne vais pas faire un large compte-rendu (voir autre article) mais m’arrêter seulement sur un moment précis. Pour montrer la distance entre Jasmin qui a une belle statue à Agen, et Mary-Lafon largement oublié à Montauban, j’ai évoqué une peinture que j’ai eu le plaisir de découvrir un jour, dans la salle de réception de la Mairie de Montauban, où elle était en remplacement d’un autre tableau, car en fait elle est dans les réserves du Musée Ingres. Et voilà que monsieur Ders me montre une petite photo de la dite peinture qu’il a trouvé sur internet. Cette peinture m’avait marqué et je la retrouve comme dans mon souvenir sauf que je pensais l’avoir croisé en 1989 alors qu’en 1989, j’ai au contraire découvert qu’elle n’était plus en place, à un moment où je pensais la prendre en phot ! La mémoire nous joue de ces tours…

Et pour boucler la boucle, Norbert Sabatié m’apporta le livre que j’avais écrit entre 1983 et 1985, au sujet de Mary-Lafon. Surprise, en postface je retrouve la présentation que je fis du tableau… et après quelques corrections je vous l’offre ici :

 

« En entrant dans la salle, j'eus d'abord la tristesse de n'y voir que des têtes inconnues. Je n'ai rien contre les inconnus mais il y a des lieux où on préfère se rassurer à côté d'un ami. Contre toute prévision l’ami que je découvris au bout d'un moment n’était pas parmi les vivants, mais accroché sur un mur comme est accroché tout tableau de peinture.

Discrètement, pour ne pas paraître trop ignorant, je me suis approché du tableau et j’ai noté que le portraitiste, Tito Marzocchi de Belluci, était un nom aussi peu notoire[1] que celui de son modèle, mais que ce dernier, dans cette belle salle, avait vraiment fière allure.

Mary-Lafon s'y retrouve comme je l’ai découvert. Ma tristesse s'est alors envolée en un instant et je compris que je n'avais pas perdu ma journée. J’avoue que ce n’est que cinq mois plus tard que j'en découvrirai, l’importance. Je la raconterai dans mon prochain livre mais je retiens déjà que c'est bien ce 9 Octobre 1985 devant le portrait de Mary-Lafon que l’idée en germa[2].

Son front large et dégarni avait tout d'abord attiré mon attention. Quant à sa longue barbe 19ème siècle elle est comme la marque vivante de son combat : elle fait contraste avec l’état de son front. Le reste est plutôt sombre avec une main dans la poche et l’autre appuyée sur... un livre. Une plume significative traîne par hasard sur le tableau et achève de classer le personnage. Le dernier trait que j'ai retenu tient à son sourire. Je continue de penser qu'il s'agissait d’un sourire mystérieux, comme le sourire de quelqu'un qui vous a fait une belle farce. Au départ, on ne peut que le deviner car il est largement caché par la moustache et la barbe mais au bout du compte il tient le personnage tout entier. Sans ce sourire, Mary-Lafon dans sa pose, s'écroulerait. Il me faisait véritablement l’impression d'être présent et ses yeux qui n'avaient rien de ceux d'un rêveur, appuyaient cette sensation. Je ne veux pas exagérer les talents du portraitiste, je ne veux pas davantage lire toute une vie dans les lignes d’un sourire, mais tout le monde sait très bien (surtout dans notre monde de télévision) qu’une image c’est aussi une force d’être. Le fait que le portraitiste soit un Italien n’est pas pour m’enlever de l’idée la connivence féconde qu’il devait y avoir entre le peintre et son modèle ! »

 

18-12-2009 Jean-Paul Damaggio



[1] J’ai vérifié que même aujourd’hui sur internet il est peu présent.

[2] Je ne sais à quoi ce passage fait référence, sans doute un rapport avec les sans-culottes de Montauban , mon livre su ivant !

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:14

labeyrie 

Dans ses Mémoires Pierre Juquin place la candidature de Vincent Labeyrie aux législatives partielles de Tours en 1976, dans le contexte du PCF de l’époque. Il écrit :

« Sur ces entrefaites, une élection législative partielle est annoncée à Tours. Le secrétariat du parti décide de présenter Vincent Labeyrie, professeur à l’Université François-Rabelais, directeur d'un laboratoire d'écologie expérimentale et animateur d'un centre de formation de spécialistes de l’environnement. Vincent est mon conseiller en écologie. Son suppléant, le métallo Jacques Vigier, est maire de la commune cheminote de Saint-Pierre-des-Corps. Quelques dents grincent parmi les cadres du parti. Arrivé sur place pour mener la campagne, j'aggrave les réticences en choisissant le vert pour couleur et en plaçant des gros points verts comme signes de ralliement. Mais Vincent et Jacques font une belle campagne et, le 5 mai 1976, Georges Marchais vient les soutenir en promettant qu'un jour, arrivés au pouvoir, nous transformerons en musée national la salle où s'est tenu, en 1920, le congrès de Tours. Tout cela, suivi de quelques remous au Comité central. Georges Gosnat proclame son attachement indéfectible à la faucille et au marteau. François Billoux me demande plus d'esprit de responsabilité. Mais Georges me soutient résolument. »

Comme dans tout son récit Pierre Juquin privilégie le sommet à la base. En conséquence pas étonnant qu’il soit plus marqué par sa rencontre avec René Dumont entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1974, qu’avec son camarade Vincent Labeyrie dont on se demande s’il a lu les textes. C’est vrai, la reproduction du dialogue Juquin-Dumont dont Juquin dira qu’il l’a profondément transformé, est encore plus importante aujourd’hui qu’hier mais restons-en à Vincent qui évoquera cette campagne, dix ans après dans un article du mensuel M (mars 1987). Il a été invité à un Forum à Moscou par les amis de Gorbatchev et il écrit :

« J’avais quitté le labo pour aller en Moscou sans en faire tout un foin : mes collègues ne discutaient plus qu’exceptionnellement politique avec moi. Finie l’époque où, à Tours, en 1976, pratiquement tour le labo soutenait ma candidature aux législatives, comme un renouveau communiste, alliant le vert au rouge ; depuis, j’étais devenu un homme politiquement dépassé par fidélité abusive aux idéaux de ma jeunesse. Or, à mon retour du forum de Moscou, j’ai été accueilli par des : « racontes, racontes, dis-nous comment c’était ! » »

Ce témoignage me paraît précieux à plus d’un titre. Il manifeste la modestie du personnage qui part « sans en faire un foin », l’enthousiasme de 1976 et, en retour, le virage du PCF refusant d’allier le vert et le rouge, puis enfin l’élan d’intérêt relancé par Gorbatchev. Imaginons un PCF qui aurait continué sur sa lancée de 1974, 1976 mais personne ne peut réécrire l’histoire. Oui, Vincent Labeyrie a porté comme un boulet sa fidélité abusive aux idéaux de sa jeunesse, une fidélité qui le trompera encore en voyant dans Gorbatchev le rénovateur possible. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’une question de personne mais de la force d’un système que la réalité fait trembler (Tchernobyl) mais qui à la première occasion crache à nouveau sur la réalité. Des moments comme la campagne de Tours, la campagne Juquin de 1988, la tentative gorbatchevienne montrent seulement qu’une autre histoire aurait été possible mais que faute de cette histoire, les communistes ont laissé l’écologie surtout aux bouffons et aux capitalistes ! Il est des moments où un seul homme est plus fort qu’un système mais il arrive aussi que le système soit plus fort qu’un seul homme. Vincent Labeyrie n’a jamais cherché à tout changer par lui-même d’où son installation, malgré tout, dans le système communiste. Il nous reste à prouver que son combat n’était pas inutile.

15-12-2009 Jean-Paul Damaggio

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:13

 

A l’initiative du PG, Alexis Corbières dirigeant de ce parti est venu le 10 décembre à Toulouse parler de la situation en Amérique latine (il y a eu aussi une présentation très utile et bien faite du cas palestinien, par un Palestinien). Il a tenu d’abord à bien montrer comment la décision de créer ce parti a aussi été influencée par l’observation des gouvernements sociaux-démocrates ailleurs qu’en France, ce qui montre que l’Internationalisme ce n’est pas seulement la solidarité de Français en faveur des exploités d’ailleurs, mais c’est tout autant les luttes d’ailleurs qui nous obligent à repenser les luttes en France.

La question remise ainsi dans le contexte actuel de l’Internationalisme, il en ressort que le PG a surtout des relations avec divers pays d’Amérique latine et Alexis Corbières peut témoigner, après des voyages sur place, de l’ébullition qui traverse la nouvelle gauche latino. Une intervention à la fois enthousiaste et équilibrée, un apport très utile à la réflexion politique générale. En effet, il ne s’agissait pas d’un débat initié par une association mais bien par un parti politique et les deux enjeux, s’ils peuvent se recouper ne sont pas les mêmes. Comment par exemple Ségolène Royal a-t-elle tenté de tirer vers elle la victoire de Michelle Bachelet à Santiago en 2006 ? Or cette victoire par la personnalité de l’élue (une femme divorcée, agnostique et socialiste), qui avait semblé rompre avec le passé, n’a, comme bilan de fin de mandat, que confirmé le passé ! Le Parti socialiste aspire à la création d’un parti unique avec son allié de vingt ans, la démocratie chrétienne.

Alexis Corbière a apporté des informations sur l’Uruguay (voir son blog), le Venezuela, le Brésil mais fidèle aux principes des rencontres du PG 31, il a largement laissé la parole à la salle, ce souci du débat honore les organisateurs. C’est d’ailleurs en réponse à une question qu’il apporta plus de précisions sur les élections chiliennes du dimanche suivant. Manifestement l’histoire du Chili est celle qui lui tient le plus à cœur et il en connaît les détails à travers films, livres et voyages. Il fait le portrait du milliardaire Sebastien Pinera qui avec la droite semble capable d’accéder au pouvoir. Il est frappant de constater l’engagement des hommes les plus riches des Amériques dans l’arène politique et à chaque fois, c’est le modèle Berlusconi qui est cité. Le candidat démocrate chrétien qui représente la Concertacion, est lui à l’image de la continuité en lui donnant même un visage plus à droite. D’où la crise du PS dont deux de ses anciens membres sont les deux autres candidats « qualifiés pour le scrutin ». Le PG soutient Jorge Arrate et la salle est d’ailleurs décorée avec des affiches de ce candidat. Le hasard fait que d’un côté une affiche représente Pepe Mujica vainqueur avec 51% en Uruguay et de l’autre Jorge Arrate dont Alexis Corbière espère qu’il puisse atteindre 10%. Je dis le hasard car les deux hommes ayant plus de 70 ans, ils représentent les luttes opposées de la gauche des années 70 : celles de la lutte armée des Tupamaros avec Pepe, et celle des luttes électorales avec Jorge. Un hasard paradoxal puisque Pepe, après l’abandon de la lutte armée, accède par les élections au pouvoir de son pays, alors que Jorge fidèle aux luttes électorales va rester loin de la victoire.

Alexis Corbières présente enfin le dernier candidat, un jeune, le fils du légendaire Miguel Henriquez, Mario Enriquez Ollimani (MEO). A l’écouter il semble plus à droite que le démocrate chrétien Frei alors qu’il a le soutien par exemple de l’écrivain Sepulveda. Pourquoi ce portrait ? Par exemple MEO a repris l’idée de Pinochet jamais réalisée visant à octroyer un accès à la mer aux Boliviens. Un clin d’œil lancé aux Pinochetistes ? Je ne suis pas sur place pour apprécier mais il me semble que les Pinochetistes ont un candidat clairement affiché et que moins qu’un clin d’œil c’est une prise de position courageuse car cette idée de justice n’est pas en fait très populaire. Plus grave, MEO veut aggraver la privatisation de la compagnie du cuivre ! Là, en effet, il s’agit d’une position peu à gauche mais Alexis Corbières pouvait en profiter pour la mettre en contradiction avec l’engagement écolo de MEO. Il ne dira rien de cet engagement. MEO est une épine dans le pied de la gauche : il est médiatique,  jeune, et porté par les combats sociaux nouveaux ce qui fait d’autant plus de Jorge Arrate le témoin d’un passé qu’il ne faut pas oublier (il a inscrit en fond de son affiche le nom d’Allende) mais qui est peu adapté aux défis d’aujourd’hui. Les deux candidats sont cependant face à un même problème : la fragilité de la coalition qu’ils conduisent et le résultat aux législatives et sénatoriales sera aussi important que le résultat de la présidentielle pour assurer la suite. Un accord entre Frei et Arrate (ce dernier a annoncé début décembre qu’au second tour il appelait à voter Frei) peut permettre le retour d’un élu communiste au parlement. MEO qui, a un moment, pensait pouvoir être présent au second tour est resté plus isolé.

Une autre question a porté sur le rôle des militaires d’aujourd’hui aux Amériques. Parler des militaires, c’est parler des USA et je suis d’accord pour dire avec Alexis Corbière que nous ne sommes plus en 1960 et 1970. Le cas du Honduras a été évoqué où la répression a été vive mais les militaires ont aussitôt confié le pouvoir aux civils qui ont aussitôt organisé des élections pour se donner une fausse légitimité. La tendance dominante pousse les militaires à rester dans les casernes, la classe dominante les ayant remplacés par le matraquage médiatique.

Un participant a tenu à défendre un courant devenu classique dans la gauche : sous prétexte de lutte contre l’impérialisme US, il faut se féliciter du monde multipolaire qui naît grâce à la Chine, l’Iran etc., et c’est ainsi que Chavez lui-même engage sous la bannière de la révolution Poutine, Ahmadinedja, la Chine ou Daniel Ortega du Nicaragua. Ceux qui condamnèrent « le communisme d’état » le couvrent de fleurs quand il prend les couleurs d’une Chine qui serait en train de faire le bonheur de l’Afrique ! Alexis Corbière s’est démarqué d’une telle philosophie mais il semble qu’au PG le débat ne soit pas terminé sur ce point. Un des points pratique à trancher, c’est l’appel de Chavez en faveur d’une Cinquième Internationale, appel que le PG ne semble pas rejoindre lui préférant, sur le plan international, la création de Forum des forces de gauche.

Pour ma part, j’ai tenu à rappeler qu’à parler des Amériques, le soutien aux gauches en mouvement ne pouvait se faire qu’en l’accompagnant d’une mise en garde à propos des droits des femmes, le cas du « droit à décider de leurs corps » étant symbolique, droits qui non seulement n’avancent pas mais reculent dans un contexte où la sexualité des jeunes filles devient de plus en plus précoce avec les drames qui s’en suivent. Alexis Corbière a alors rappelé le cas de l’Uruguay où le président sortant apposa son véto à une loi progressiste accepté par les assemblées donc, un des critères, pour juger de la politique du nouveau président, sera de vérifier si la loi est relancée et si cette fois, le député qui hier défendait la loi, continue de la défendre en tant que président.

13-12-2009 Jean-Paul Damaggio

Note 28-12-2009 : Comme indiqué dans l'article de ce blog "Sepulveda et les élections chiliennes" je dois préciser qu'en fait l'écrivain a soutenu Jorge Arrate et non MEO comme me le fit croire ce lien d'un homonyme :

http://www.luis-sepulveda.com/2009/09/13/proclamacion-de-marco-enriquez-ominami/

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 14:12

Débat sur la question : « qu’est-ce que l’élection régionale ? »

Voici les premiers mots de l’exposé des motifs de la loi sur la réforme des collectivités territoriales qui me paraissent exemplaires du discours politique actuel : le mensonge, rien que le mensonge, toujours le mensonge..

 

« Rompant avec sa tradition centralisatrice, la France a engagé, voilà près de trente ans, une mutation profonde de son mode d’organisation institutionnelle et administrative. Établie par le général de Gaulle dès les années 1960, la nécessité d’entreprendre la décentralisation s’est concrétisée en 1982 avec l’impulsion décisive des lois Defferre. »

 

La tradition centralisatrice

L’idéologie dominante a réussi à faire croire en France que la tradition centralisatrice était l’œuvre de la Révolution ou celle de la République, alors qu’elle est l’œuvre des Empire ayant gangréné la « République autoritaire ». Il y a toujours eu bataille au sein de la République qui n’a jamais été « une et indivisible » et celle de Sarkozy s’inscrit totalement dans la tradition de la république autoritaire, c’est-à-dire celle qui centralise… comme le démontre la loi sur la réforme des collectivités territoriales. Il serait trop long ici de faire une démonstration appuyée, une démonstration peu fréquente à gauche tellement elle est sur la défensive mais je ne manquerai pas d’y revenir tout au long du débat sur la dite loi.

 

Etablie par le Général de Gaulle

Je n’avais pas lu cet « argument » quand sur le site j’ai donné des éléments de la bagarre de 1969 qui a abouti à ce que les Français repoussent la régionalisation en disant non au référendum. Le référendum de 1969 avait une logique propre à de Gaulle et de laquelle il ne s’est jamais séparé depuis ses premiers écrits autour de 1924 : imposer des débats politiques clairs qui en finissent avec les tricheurs du « ventre mou » de la France habitués à dire blanc quand ils faisant noir, et à dire noir quand ils faisaient blanc. Donc le projet de 1969 était cohérent : en même temps qu’il instituait la région, il marginalisait le Sénat, faisant en sorte par exemple qu’en l’absence du président ce soit le premier ministre qui le remplace, or, de Gaulle, c’est donc le président du sénat qui deviendra président de la république. Ce jour là ce fut sans doute pour de Gaulle la défaite de sa vie : devoir laisser la place à son pire adversaire car pour lui un adversaire comme Mitterand en 1965 c’était un adversaire politique tandis que le sénateur Poher c’était un conservateur qui n’osant AFFICHER son rôle devenait un adversaire dans son propre camp.

 

Impulsion décisive des lois Defferre

Placer là Defferre c’est montrer que le projet de réforme des collectivités territoriales c’est un projet consensuel et écrire « impulsion » c’est même faire un cadeau justifié au PS. Moins qu’un mensonge, il s’agit là d’un éloge hypocrite dont ne bénéficiera pas Chevènement par exemple (il suffit de se reporter aux débats parlementaires de 1982). Dans le débat viendra cette question : pourquoi une telle stratégie du mensonge ?

 

La nécessaire manipulation de l’opinion

Les exemples sont légions : la loi sur le retraites a été présentée comme une loi de défense de la retraite par répartition alors qu’il s’agissait d’enterrer ce principe. Le cœur du drame est au sein de cette mutation : alors que hier les conservateurs avaient pour fonction de conserver, ils doivent aujourd’hui imposer des CHANGEMENTS qui ne sont pas des changements de façade mais des reculs historiques. Donc ils doivent en même temps convaincre l’électorat conservateur que rien ne change (ce qui est faux) et l’électorat démocrate que le changement va dans le bon sens. Ils partent d’un constat : l’électeur est figé soit du côté droit, soit du côté gauche donc comment ne pas le heurter ? Il s’agit par exemple de supprimer les communes sans heurter ceux qui veulent leur conservation (ils peuvent être de droite ou de gauche) et sans heurter ceux qui veulent les changer (ils peuvent être de droite ou de gauche) d’où une gymnastique qui répète bien sûr que les communes sont renforcés par les mesures prises depuis trente ans. Et pendant que l’opinion débat de fausses oppositions entre communes et intercommunalités, le train des mesures essentielles qui sont financières passent inaperçues.

 

La démocratie

Voici la suite de l’exposé des motifs de la loi sur la réforme des collectivités locales :

« Le bilan de cette évolution, qui était absolument nécessaire, est indiscutable. Elle a contribué à la vitalité de notre pays, renforcé les libertés locales, libéré l’énergie des territoires et consacré une nouvelle forme de gestion publique, plus proche des citoyens. »

Le discours politique actuel adore les adjectifs « nécessaire » et indiscutable ». Fondamentalement la politique c’est le droit de choisir mais en fait nous sommes dans un contexte où tout devient nécessaire et tout ce qui se fait, présente un bilan tellement positif qu’il devient indiscutable ! Après le mensonge, la tautologie ! Dans les deux cas il s’agit de vider tout mot de son sens pour mieux faire avancer le non-sens du système actuel.

 

La fin de la démocratie

La crise de la démocratie est telle que le risque s’aggrave de voir les effets pris pour les causes. Les effets je veux dire le comportement d’électeurs, mentionnés pendant le débat, qui acceptent de voter y compris pour des personnes condamnées par les tribunaux ! En réalité ils nous rappellent ainsi que la démocratie n’est rien sans les moyens de la démocratie et donc la cause des dérives vient du recul des moyens, par exemple, le recul des moyens médiatiques. Alors que la politique devient une affaire de marketing (le marketing politique étant d’ailleurs comme je l’ai démontré dans une brochure la caution du marketing en général) la présence sérieuse d’émissions politiques recule. Le passage d’une colonne vertébrale politique repérable (communes, départements, nation) à une autre très floue (intercommunalité, région, europe) ne va rien arranger d’autant que les forces politiques semblent négliger l’essentiel, la construction d’une démocratie authentique (je ne dis pas démocratie participative car j’ai horreur des oxymores).

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