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feuilleton 2010

Mercredi 11 août 2010 3 11 /08 /Août /2010 15:26

 

Alors que nos deux héros toulousains mirent 24 heures pour faire le trajet Toulouse-Madrid-Barcelone-Toulouse, il m’aura fallu un mois pour achever le récit de leurs joies. Rappelons que nous les avons laissés dans un minibus sur l’axe Barcelone-Toulouse pendant la finale de la Coupe du Monde que les passagers écoutaient à la radio. Il ne devait rien se passer si ce n’est pendant la mi-temps… JPD

 

 

 

Au moment de la mi-temps de la finale de la Coupe du Monde le chauffeur éteignit la radio et c’est alors, Malin Bonnevie et Pietro Chamois entendirent discuter les voisins de derrière d’un sujet de la plus haute importance.

- Comment un 10 juillet 2010 l’Espagne peut-elle décider qu’elle s’incline face à l’Europe et qu’elle libéralise l’accès à ses chemins de fer ? Tu as noté comme moi que La Renfe sera en concurrence avec d'autres opérateurs privés de trains de voyageurs, à partir de 2012, selon le ministre du Développement, Jose Blanco, qui a souligné que "l'opérateur doit se préparer "à être une "entreprise publique compétitive"...

- Et un tel discours n’est jamais encourageant pour le service public. En Espagne, les problèmes s’accumulent, et la LGV Perpignan-Figuères n’est pas un des moindres après l’accident survenu à Barcelone !

- Tu peux m’expliquer le lien ?

- L’intérêt de Perpignan-Figuères c’est de pouvoir aller jusqu’à la gare de Barcelona Sants mais pour ça il faut un nouveau tunnel sous la ville, or son creusement a provoqué un éboulement sous la Sagrada Familia… D’où un retard monstre !

 

Pietro eut envie de participer à la conversation aussi il se tourna et demanda :

- Vous semblez bien informé sur le sujet, glissa Pietro, aussi sans vouloir faire preuve de curiosité, vous faîtes quoi dans la vie ?

- On est cheminot, répondirent ensemble les deux hommes.

- Pourquoi ce retard vous inquiète-t-il autant ? questionna Pietro.

- La date de mise en service de la ligne Figueras-Barcelone, déjà repoussée de 2009 à 2012, pourrait être encore retardée. C’est M. Roverato le PDG de Eiffage, qui vient de l’indiquer. En tant que concessionnaire, il a peur pour ses recettes. Le 17 février 2009, la société TP Ferro, filiale détenue à parts égales par Eiffage et l'espagnol ACS Dragados, avait obtenu la concession de la ligne Perpignan-Figueras pour 50 ans, en pensant que le tronçon à grande vitesse de 44,4 km entre Perpignan et Figueras était terminé. En novembre dernier, le gouvernement espagnol a décidé de rallonger de trois ans la durée de concession, de 50 à 53 ans, et d'indemniser Ferro entre 2010 et 2012 pour un montant total d'environ 108 millions d'euros. Des pénalités à payer alors que le gouvernement n’a pas un euro pour poursuivre des travaux plus compliqués que prévus !

 

Puis l’autre cheminot brossa un tableau tout aussi pessimiste sur le plan du matériel roulant.

La SNCF a accepté de faire rouler des TGV sur ce tronçon à partir de la fin 2010, d’après M. Roverato. Il s'agit d'une première phase dans le cadre d'un partenariat commercial avec la compagnie espagnole Renfe. Sur les 44,4 km du tronçon Perpignan-Figueras, 19,8 km sont situés en Espagne et 24,6 en France. Pour M. Roverato, les voyageurs gagneront 50 minutes dans leur trajet entre Paris-Barcelone, sur le temps de parcours actuel de plus de huit heures, même s'ils doivent ensuite changer de train à Figueras et prendre un "teuf-teuf", selon ses mots, vers la capitale de la Catalogne, les trains venus de France ne pouvant pas dépasser Figueras car l'écartement des rails est différent en Espagne.

 

Cette fois c’est Malin qui hausse les sourcils :

- Qu’est-ce que vous dites, il faudra changer demain à Figueras comme aujourd’hui à Cerbè-re ? C’est de la folie ! J’en étais resté à l’information du 17 juin 2010 comme quoi il y avait déjà un train qui faisait des essais entre Perpignan et les tunnels Mistral et Tramontana de Montesquieu-des-Albères.

Un des deux cheminots lui répond :

- Il s'agit là d'essais effectués par la direction du matériel de la SNCF pour vérifier la compatibilité entre la ligne et la rame Dasye (acronyme pour "duplex asynchrone"), qui est la dernière génération de TGV. C’est sûr, c’est une belle machine, la dernière technologie apte à l'ERTMS niveau 2, mais jusqu’à Figueras seulement !

- Ce sont des essais "classiques" précise son ami, pour vérifier la signalisation au sol, la sécurité dans et à l'extérieur des tunnels, la compatibilité des diverses infrastructures, et qui s'effectuent pour l'instant à faible vitesse, environ 100 km/h. A partir de septembre, de nouveaux essais interviendront pour valider la montée en puissance de la rame sur la LGV, et donc la vitesse, celle de 200 km/h dans les tunnels, reste à valider. Sans vouloir fâcher mon collègue les Dayse ne sont pas forcément apte à la technologie ERTMS mais laissons cette question technique. Les Espagnols ont leur propre technologie en lien avec Siemens. Il existe un matériel à grande vitesse récent qui est bicourant et bi-écartement, mis en service voici un ou deux ans, pour pouvoir donner un effet grande vitesse sur les lignes classiques. Je ne pense pas qu'il soit préparé pour sortir des frontières espagnoles mais ça devrait être faisable s’ils recherchent les homologations.

- Et pour le fret ajoute Pietro, comment ça va se passer ?

- Pour le fret, pas de précipitation dans l'immédiat, vu qu'il sera difficile de faire du transbordement à Figueras. Or c’est un problème de plus, le fret était un des éléments de la rentabilité de cette ligne ! Car personne ne sait quel sera le trafic passager réel. Pour aller de temps en temps en avion de Barcelone à Marseille et Nice, on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup de fréquences ni une fréquentation très élevée et même si on ratisse des passagers à Tarragone et à Montpellier pour aller jusqu'à Nice, je ne suis pas sûr qu'on remplisse une rame. Peut-être que des rames plus courtes à motorisation répartie type AGV feraient mieux l'affaire, quitte à les rallonger plus tard si le succès est au rendez vous...

 

La finale reprenant, le chauffeur remit la radio et laissa cette utile discussion en plan. Bonnevie et Chamois se regardèrent inquiets et pendant tout le reste du chemin chacun préféra laisser vagabonder son esprit au gré du vent. A l’arrivée Place Jean Jaurès, le minibus accepta de les conduire, comme prévu, jusqu’à Blagnac où leur voiture les attendait. Il était 10 heures exactement, l’Espagne était finaliste de la Coupe du Monde et l’avenir des lignes en grande vitesse semblait tout d’un coup en berne.

Vive le 13 juillet, Borloo doit annoncer quelques infos quant au schéma national des transports. J-P D.

Par éditions la brochure - Publié dans : feuilleton 2010 - Communauté : environs de Toulouse
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Dimanche 25 juillet 2010 7 25 /07 /Juil /2010 18:47

En ce 11 juillet 2010, les deux voyageurs de ce feuilleton approchent de leur destination.

 

 
Les deux héros approchent de Barcelona Sants qui sera leur terminus en matière de grande vitesse. Pour boucler la boucle Monsieur Chamois demande à son ami ce qu’il a retenu de l’article d’El Pais qui a attiré son attention dès le départ de Toulouse.

- C’est en lisant l’article de Vargas Llosa sur Tolstoï que j’ai eu envie d’aller voir le Goya. Le Guerre et Paix s’appuie sur l’intervention de Napoléon 1er en Russie comme l’œuvre majeure du peintre espagnol s’appuie pour la dénoncer sur l’intervention du même empereur en Espagne.

- Une intervention en Espagne qui a suscité la révolte du peuple espagnol mais qui a aidé en même temps les révoltés des Amériques contre le même roi d’Espagne dont ils vont se débarrasser définitivement par les indépendances !

- Oui, l’histoire n’est pas linéaire. Mais toi de ton côté le livre de Mastretta pourquoi faut-il le lire ? dit Malin d’une voie amusée.

- Une histoire banale d’une jeune femme mariée avec un vieux général quand elle avait quinze ans et qui à trente tombe amoureuse d’un autre homme. Une histoire d’adultère classique et pourtant pas du tout classique, précise Pietro sur un ton de secret.

- Le Mexique a mis du sang chaud sur l’affaire ? En quelle année ça se passe ?

- Entre nos deux guerres mondiales. Toute la puissance du livre tient en la puissance de la narratrice qui est la femme en question, une femme féministe si je puis dire, et qui abandonne le général politicien pour l’artiste musicien !

 

Ils parlaient, ils parlaient et cette fois ils allaient devoir se préparer à la suite. Par téléphone Pietro vérifie auprès de sa secrétaire si tout allait pour le mieux, et de son côté il l’informe qu’ils sont à l’heure. Ils prendront un taxi pour le bas des Ramblas et vont se retrouver là-bas.

A la descente du train, vu leur position sur la rame, ils sont parmi les premiers à atteindre le quai et à sortir de la gare où une nuée de taxis étaient en attente. Ils prennent le premier venu qui leur demande où ils ont les bagages mais ils rassurent leur nouveau chauffeur : ils voyagent mains nues ! Pour être au bas des Ramblas dans la demi-heure qui suit, l’homme plutôt gros qui prend le volant les rassure : « c’est faisable ». Place d’Espagne au bas des Ramblas, c’est presque un jeu d’enfants. Ils engagent la conversation sur le plaisir du voyage Madrid-Barcelone avec un S103 mais très vite les bruits de la ville rendent la conversation impossible. A trois heures du début du match, l’animation est à son comble partout mais le chauffeur se débrouille à merveille. Il dépose ses clients en temps et heure au lieu indiqué, ils paient et tournent la tête en tout sens pour repérer le mini-bus qui doit les attendre. Pietro reprend le téléphone, fait le numéro, sa secrétaire était en fait à deux pas : il la reconnaît quand il entend sonner son portable ! Elle le conduit directement vers leur nouvel instrument de transport qui est prêt à partir car à trop attendre, l’embouteillage classique de sortie de la ville risque de devenir gigantesque. Violetta et son mari sont plutôt heureux de la coïncidence qui les oblige à rester dans la ville un soir de finale de la Coupe du Monde alors qu’en fait ils avaient fait le voyage uniquement pour faciliter celui des deux héros du déplacement rapide. Pietro a juste le temps de leur dire que tout se déroule parfaitement bien, le chauffeur pousse la porte coulissante et c’est le début d’une opération qui en quatre heures doit leur permettre de retrouver leur voiture à l’aéroport de Toulouse exactement douze heures après l’avoir quittée.

 

Dans le minibus il n’y a que des Toulousains puisque c’est un transport original de week-end qui lie les deux villes d’une traite, et il s’agit du retour de personnes qui avaient déjà eu le temps de faire connaissance à l’aller, surtout des jeunes en couple. Aussi bien Malin que Pietro connaissent le B à Ba de la conduite à Barcelone m  ais pas aussi bien que le jeune débrouillard qui va retrouver la diagonal par des voies surprenantes. Là bien sûr, il faut prendre son mal en patience et oublier un moment les frissons de la grande vitesse. Un jeune se hasarde à demander aux vieux du voyage :

- Comment se fait-il que vous n’étiez pas avec nous à l’aller ?

- Nous arrivons de Madrid par la grande vitesse et nous avions mis au point un échange avec un couple d’amis pour rentre aussitôt à Toulouse, répondit Malin un peu agacé.

- Madrid-Toulouse en six heures trente sans s’arrêter et sans avion, c’est pour le livre des records ?

Cette fois Pietro se dévoue pour répliquer :

- Les records c’est sans doute pour vous. On imagine que depuis votre arrivée à Barcelone samedi matin, vous n’avez pas dormi aussi il serait temps de se préparer à fermer l’œil car trente-six heures sans s’arrêter et sans flancher c’est déjà le record gagné !

Bien que la sortie des embouteillages ne soit pas terminée plusieurs personnes dormaient déjà. Petit à petit un calme s’installa dans le véhicule si bien que même Malin et Pietro n’osaient plus se raconter leurs impressions.

Une fois sur l’autoroute, le bruit du moteur s’est fait plus régulier et le bercement efficace. Une ou deux personnes avaient réclamé la radio pour suivre le match mais sans conviction, de toute façon il ne commencerait pas avant le passage de la frontière si tout allait pour le mieux. A l’approche de Figuères, après un premier sommeil réparateur quelques voix se firent entendre, la radio a été allumée mais, vérification faite, le coup de sifflet n’avait pas lancé le match. Là, de temps en temps, le chantier du futur TGV fit son apparition. Une personne dit au chauffeur sur un ton amical :

- Quand la LGV sera en fonctionnement, tu ne vas pas devoir changer de métier ?

- J’attends, comme vous peut-être, de savoir le prix des places. Là où certains mettront peut-être deux heures, je vais en rester à mes quatre heures mais si le prix est deux fois moins important… Ce que je crains plutôt c’est qu’un bus Eurolines se décide à proposer un trajet direct. Surtout ne leur faites pas la proposition…

- Combien de temps met un tel bus pour le moment, s’informe Monsieur Chamois.

- Environ sept heures car ils s’arrêtent souvent. Les arrêts sont leur meilleure source de revenus alors que pour moi l’absence d’arrêt est ma richesse ! répondit le chauffeur.

- Mais cette ligne va-t-elle être finalement ouverte ? lâche un autre jeune. On dirait un terrain après des bombardements.

- Oui, lui répondit son voisin, elle a du retard mais elle va être ouverte. Le problème c’est qu’ensuite, de Perpignan à Montpellier il y aura la ligne habituelle, donc nous de Toulouse, il faudra prendre un train classique jusqu’à Perpignan pour y prendre le TGV direction Barcelone. Or, tout changement, est une forte perte de temps.

Pietro et Malin préférèrent éviter tout commentaire. De toute façon la frontière était là et le début du match avec !

JP D.

Par éditions la brochure - Publié dans : feuilleton 2010 - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 16:03

Grance-vitesse-espagne.jpgOu comment apparaît une voie ferrée encore plus fictive que les personnages…

 

 

A l’approche de Zaragoza qui va être traversée aussi vite que Calatayud, Pietro évoque pour son ami Malin, le rêve de sa sœur qui occupa un moment de la fête familiale du noël 1999. Avec le millénaire, elle affirma que le projet ferroviaire digne de TooLoose devait permettre, par la traversée des Pyrénées, la jonction entre notre capitale et Huesca en Aragon. Nous l’avons fait pour la route avec le tunnel d’Aragnouet aussi pourquoi ne pas le faire pour le train ? De Huesca, la grande vitesse permettrait d’aller aussi bien à Barcelone qu’à Madrid. Pour elle, à cause de sa vocation centrale, TooLoose n’avait que faire de Bordeaux et Perpignan ! Si la Haute-Garonne allait jusqu’à la frontière espagnole ce n’était pas le fruit du hasard mais la matérialisation d’un couloir de communication, certes difficile, mais original. TooLoose devait dire merde à eux qui ne pensaient la France que les passages maritimes des Pyrénées.

- Le noël 1999, c’était juste au moment où je décidais de m’engager dans la grande vitesse pas Bordeaux, pour soutenir enfin ton vieux projet ! le coupa Monsieur Bellevie

- Exactement et tu te doutes de la réponse que je fis à ma sœur : sa passion de l’espagnol lui faisait perdre tout sens des réalités. Par les Pyrénées pas question d’une ligne à grande vitesse et pas question d’en appeler à la solidarité financière des autres départements de la région.

- Ceci étant c’est comme TooLoose-Paris, il faut reconnaître que la voie centrale est la plus courte. Et quand au financement, de toute façon c’est TooLoose et la Haute-Garonne qui apportent le gros morceau.

- Tu veux dire que le projet n’était pas aussi idiot qu’il n’en a l’air ?

- Je connais un peu l’Aragon et l’ouverture du tunnel a fait des miracles pour cette zone. Avec en plus une voie ferrée qui pourrait s’appuyer sur celle de la Tour de Carol, je me dis qu’en réalité tout est question de choix de société : si la rentabilité maximale c’est par la mer, le choix par le centre est peut-être celui d’un avenir à plus long terme…

- Quand le réchauffement climatique fera s’élever le niveau des mers ?

- Je ne suis pas aussi pessimiste mais j’ai réfléchi, depuis que l’autre jour, à une réunion, une dame nous accusa d’être des moutons de panurge…

- C’est vrai, on ne l’a jamais dit tout haut, mais la LGV Bordeaux-TooLoose c’est surtout pour le bonheur de Bordeaux, notre rivale de toujours !

 

Zaragoza avait été traversé et le train filait à présent vers Tarragona où il ne s’arrêterait pas davantage puisqu’ils étaient dans un AVE direct. Dans le wagon, les portables aux multiples couleurs sonnaient dans tous les sens, et l’excitation due à l’approche du début de la finale qui allait débuter dans quelques heures, animait toutes les conversations. Fallait-il suivre le match dans un bar où entre amis à la maison ? Si c’est dans un bar, lequel ? Si c’est entre amis, avec lesquels ? Ordres et contre-ordres se suivaient à la vitesse du son. Toutes les générations, comme les deux sexes, étaient aspirés par cette folie. Le comportement paisible des deux français devenait louche en de telles circonstances. Des regards méfiants si nombreux se portaient sur eux, qu’ils finissaient par en être gênés. Ils se souvenaient de la Coupe du Monde 1998 quand on prétendit qu’elle avait fabriqué une France nouvelle à partir de la formule magique « black, blanc, beur ». Aujourd’hui nous nous dirigeons vers Barcelone et va-t-on avoir une Espagne nouvelle au soir de la victoire tant attendue ? Dans la création de l’éphémère, les succès sportifs battent tous les records !

 

Malin se mit à songer aux temps anciens : avaient-ils eux aussi leur part d’éphémère que le savoir historique n’a pu conserver, vu qu’il a déjà assez de travail à étudier l’essentiel ? L’éphémère ce sont les poubelles or nous savons très bien qu’en la matière nous sommes les plus géants. Les vases cassés des romains nous apprennent beaucoup mais que pourront apprendre aux archéologues de demain nos détritus ? Avec l’âge, on voudrait tourner tous nos regards vers le sérieux pour laisser le frivole mais quand tout devient frivole n’est-on pas saisi par le mal de tête ? Combien de tonnes de papiers imprimés vont tous les jours à la récupération sans être lus ? Pietro et Malin se sentaient de plus en plus vieux, c’est-à-dire de plus en plus incapables de comprendre la folie de l’éphémère qui dévaste toute la planète et qui leur semble plus dramatique que le réchauffement climatique ! C’est alors qu’un jeune s’approcha d’eux et leur demanda en bon français (il avait du les entendre parler) :

- Messieurs, vous ne seriez pas pour les Pays Bas par exemple ?

- Pourquoi vous ne dîtes pas Hollande comme vos amis Espagnols ? lâcha avec un sourire sarcastique, Malin.

- Y aurait-il une différence entre les deux mots ? répliqua le jeune.

- Il faudrait demander à l’ancien colonisateur espagnol de cette région ! s’amusa encore Malin.

- Je ne suis pas là pour parler histoire mais football ? s’excita le jeune.

- Nous sommes pour la beauté du sport, déclara Pietro sur un ton qui ne laissait pas place à la réponse.

 

Gagner l’éternité en foot c’est gagner la finale du Mundial comme quoi tout n’est pas éphémère. Le bruit du train continuait avec régularité à les porter vers leur destination.

 

Par éditions la brochure - Publié dans : feuilleton 2010 - Communauté : environs de Toulouse
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Mardi 20 juillet 2010 2 20 /07 /Juil /2010 16:02

Nos deux vacanciers d’un jour continuent leur aventure du 11 juillet à travers l’Espagne.

 

 

La ferveur de l’Espagne pour la grande vitesse peut en étonner plus d’un surtout celui qui ne connaissait pas la vétusté du système précédent ! La ligne Madrid-Barcelone était une ligne à une voie avant que l’Etat ne se décide à la construction, par tranche, de la grande vitesse. C’est l’expo universelle de Séville qui ouvrit la voie… par le Madrid-Séville. Vu le retard accumulé, il semble évident que toute rénovation de l’existant était peine perdue et voilà donc comment, de 7 h pour faire le trajet, on passe à 2 h 38 !

Dans leur train qui fonce à 350 km/h Malin en arrive à cette question qu’il adresse à Pietro :

- Tu m’as dit, Toulouse-Madrid-Barcelone-Toulouse en 12 h sans m’expliquer la suite du voyage, je veux dire l’étape cruciale entre Barcelone et Toulouse. Si mes informations sont exactes par Port Bou ou la Tour de Carol, c’est du pareil au même, 7 h de train ! Tu ne vas m’imposer cet ignoble tortillard ?

- Je te le répète, rendons à César ce qui revient à César et en l’occurrence à Violeta ce qui reviens à Violeta !

- Donc ta secrétaire à une solution miracle, car l’avion et le bus étant hors de question, il ne reste que le taxi qui me paraît hors de prix !

- Je t’indique en passant que le tortillard fait des heureux car c’est 7 h de temps mais pour les jeunes ça coûte 50 euros aller-retour ! Quand la LGV par Figueras et Perpignan sera achevée (on nous avait dit 2009… mais nous sommes loin du compte), le teps sera moins long et le prix plus lourd ! Bref, il fallait chercher une solution miracle qui ne pouvait venir du côté des bus d’Eurolines ! T’imagine le jour où enfin la nouvelle ligne Toulouse-Barcelone va ouvrir…

- J’ai du mal à imaginer à l’horizon de quarante ans, quand il nous reste au mieux vingt ans de lucidité !

- Je t’explique. En arrivant à Barcelone, on prend un taxi pour aller en bas des Ramblas car nous sommes dimanche et tous les dimanches un minibus spécial fait le trajet Barcelone-Toulouse en moins de quatre heurs ! Il s’agit de l’œuvre d’un petit malin qui propose à quelques Toulousains d’aller passer le week-end à Barcelone à prix raisonnable, en partant le samedi matin tôt, et en roulant à vitesse normale.

- Donc ta secrétaire a payé deux billets aller-retour ?

- Non, elle a pris le bus pour venir à Barcelone, elle nous attendra en bas des Ramblas pour nous donner le retour car elle et son ami rentreront demain par le train.

- Et ils ne vont pas le regretter puisque ce soir ce sera la fête du Mundial, je pense qu’ils n’auront même pas besoin de se payer une nuit d’hôtel !

 

Rassuré, Monsieur Bellevie se laisse aller au plaisir de la grande vitesse. Hier les rois construisaient Versailles, aujourd’hui ils construisent le système TGV : les riches seront toujours gagnants ! Parce que c’est sûr, la LGV c’est Versailles, la LGV c’est la passion des Français pour la grandeur, sauf qu’aujourd’hui les touristes peuvent encore rentabiliser la construction alors qu’il est improbable que demain les touristes prennent les vestiges TGV de notre système ferroviaire sauf bien sûr le petit train jaune dans les Pyrénées. La SNCF vient de faire passer le TGV au rang de personne p         ar des publicités sans nom. « Avec TGV partez à la découverte du OFF » lit-on partout à Avignon mais nos deux voyageurs du SAV espagnol n’ayant pas eu accès à Avignon entendent l’équivalent sur les ondes et partout ailleurs. Cet été on ne dit plus « avec LE TGV découvrez la vitesse » mais « avec TGV… » comme hier les paysans disaient en bordure de la Garonne : Garona. Ils ne disaient pas « La Garonne a débordé » mais « Garonne a débordé ». La rivière était une personne. Sauf que Pietro qui évoque la question la comprend autrement :

- Tu as entendu la pub sur « TGV » ? dit-il à son ami.

- Et j’avoue que j’ai pas compris la disparition de l’article ! dit Malin, pris en défaut de clairvoyance.

- TGV fonctionne à présent comme une marque ! Tu entends c’est comme une marque !

- Mais la société des marques, c’est la victoire du privé ! Le TGV c’est un élément du service public !

- Moi aussi je voudrais bien que ce soit un élément du service public mais sauf à rester de vieux cons, il faut tourner la page. TGV c’est un système clos. Ce n’est plus un train, ce n’est plus la grande vitesse, c’est la marque du succès. Je bois Coca Cola, je m’habille Nike et je prends TGV !

- Et si nous faisions fausse route à devenir des promoteurs de TGV ? Car nous sommes de gauche tout de même !

 

A vouloir le bien du rail on ne peut pas faire fausse route qui est le symbole de la victoire du transport privé sur le transport collectif.

Par éditions la brochure - Publié dans : feuilleton 2010 - Communauté : environs de Toulouse
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Vendredi 16 juillet 2010 5 16 /07 /Juil /2010 21:42

Cette fois, nos voyageurs plus fictifs que jamais sont dans le train pour en 2 h 38 aller sans escale de Madrid à Barcelone.

 

 

Toujours sans bagages, toujours l’air ailleurs, toujours paisibles, les deux heureux voyageurs du Madrid-Barcelone, ont pris leur place indiquée par le billet. Avant le démarrage, insensibles à l’excitation générale suscitée par la rencontre sportive du soir, Malin et Pietro reprennent les quelques pages du journal qu’ils ont conservées dans la poche intérieure de leur veste. Ils ne pouvaient garder avec eux l’épais quotidien qui aurait fait ombre à leur décontraction totale.

Comme prévu Pietro a gardé les trois feuilles de l’entretien avec Angeles Mastretta et, une fois assis, il demande quelques explications à son ami sur les propos de la romancière. Elle évoque la solitude du créateur, solitude d’autant plus surprenante chez elle que son ami est comme elle un écrivain, mais elle dit que chacun écrit de son côté. « Dans les rencontres d’écrivains, chacun d’eux est très seul et engagé dans la même bagarre. » Mais est-ce là le propre de l’artiste ? L’homme politique, élu en tant que membre d’un parti, paraît très entouré, mais est en fait il est aussi très seul. Ni De Gaulle, ni Mitterrand n’ont jamais été des adeptes de la décision collective ! Puis vient la question inévitable : à quoi sert ce qu’on fait ? L’homme politique laisse aujourd’hui des stades comme hier des cathédrales, mais l’écrivain ne laisse rien. Et Angeles est bien un ange quand elle affirme qu’elle se contente de travailler et « qu’elle n’en mourrait pas si on lui disait qu’elle ne peut continuer à écrire. »

Malin voudrait laisser Pietro face à sa romancière, pour se consacrer aux quelques pages qu’il a entre les mains, mais pas moyen. Sans lire la langue, sa connaissance de l’occitan lui permet de noter quelques mots, et il sursaute en lisant Santillana del Mar. Angeles était l’an dernier dans ce village qui rappelle à Pietro un beau souvenir de jeunesse quand avec sa sœur, ils y séjournèrent, d’abord à cause des grottes d’Altamira, puis à cause de l’endroit lui-même. Pietro se lance dans un récit fait de hasards et de nécessités. En 1869, le chien d’un chasseur tombe dans un trou profond, son maître remue quelques pierres pour accéder à la caverne et libère le chien. A-t-il découvert la grotte ? Non, il faudra attendre six ans pour qu’un préhistorien se dise qu’il peut y avoir là quelque chose d’utile à sa science. Et en effet, il trouve des os mais c’est seulement quatre ans après qu’il découvre les merveilleuses peintures. La nécessité c’est l’avancée de la préhistoire. Le hasard c’est la vie elle-même.

Monsieur Bellevie n’est pas sensible à cette histoire et préfère se plonger dans la page qu’il a enfin ouverte, une page classique dans le journal du dimanche d’El Pais, ce qu’on appelle la piedra de toque. Oui, Malin est surpris de croiser encore et encore l’inévitable chantre du néolibéralisme, le Péruvien Mario Vargas Llosa qui serait très en colère si par malheur le Prix Nobel de littérature tombait entre les mains de Madame Mastretta ! Mais cette fois le train démarre donc malin range sa page pliée en quatre dans sa poche pour se consacrer exclusivement aux plaisirs du train qui démarre lentement mais dont on sent déjà toute la puissance qu’il garde en réserve. Il pense alors à cette question qu’il adresse à son compagnon de voyage :

- Pietro, tu peux me dire à présent pourquoi tu es devenu un obsédé de la grande vitesse ?

- A cause d’une expression qu’on trouvait sur tous les trains : e pericoloso spongersi et que le TGV a rendu inutile !

- Tu veux dire que tu as pris en grippe les fenêtres des trains que le voyageur pouvait ouvrir et auxquelles il pouvait se pencher à ses risques et périls ! Il doit y avoir une raison particulière ?

- Laisse les raisons particulières, nous pensons surtout à l’intérêt général ! Mais toi tu as peut-être des raisons particulières pour m’avoir suivi sur la même pente ?

- Ce ne sont pas les fenêtres qui me firent prendre en grippe les trains d’autrefois, ce sont les portes, des portes que quelqu’un pouvait ouvrir pour jeter dehors n’importe qui !

- Tu penses sans doute à un événement particulier ?

- Pas particulier, mais général puisque le fait divers a donné un film qui s’appelle train d’enfer ! Tu te souviens ?

 

Oui, l’histoire avait fait grand bruit dans la petite ville de Montauban où la projection du film a été interdite pour ne pas nuire au procès. Le film de Roger Hanin avec Jean Curtelin comme scénariste, raconte que lors d'une bagarre dans un bal, trois jeunes gens, Lacombe, Jouffroy et le Goff sont arrêtés. Libérés, ils se vengent dans le train Bordeaux-Toulouse en lynchant un jeune arabe, avant de le précipiter hors du train en marche.

Malin était ce jour là dans ce train. Il n’a rien vu, rien entendu mais d’avoir vu la mort de si près lui a laissé une marque indélébile. La victime s’appelait Habib Ghemzi (et Malin répète trois fois le nom en racontant l’histoire), un jeune Algérien de 26 ans que trois futur légionnaires vont tabasser avant de le jeter par la porte alors qu’il n’était pas encore totalement mort. Il était en vacances en France depuis le 9 novembre 1983 et le 14 novembre sa vie s’achève brutalement. On ne devrait jamais oublier ce train d’enfer. Et les témoins, par crainte d’être accusé de non assistance à personne en danger se firent rares.

 

- Avec le TGV, fenêtres et portes closes comme dans un avion, tout respire la sécurité, tout rend le train plus sympathique, conclut, Malin secoué par le rappel de ce souvenir.

- Tu sais que nous sommes déjà à Guadalajara !

Par éditions la brochure - Publié dans : feuilleton 2010 - Communauté : environs de Toulouse
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Jeudi 15 juillet 2010 4 15 /07 /Juil /2010 21:24

Le jour du voyage anniversaire est arrivé pour Malin et Pietro. Nous rappelons qu’il s’agit d’une fiction sans lien aucun avec la réalité connue ou inconnue.

 

L’arrivée à Madrid (4)

 

Comme promis, en ce 11 juillet, Malin Bellevie et Pietro Chamois se retrouvent à l’aéroport de Blagnac à 9 h du matin afin d’embarquer vers Madrid avec AirIberia. Par chauvinisme, ils auraient bien pris AirFrance mais il fallait faire un détour par Paris ! Comme plan foireux, on ne fait pas mieux ! Ils auraient pu prendre l’autre vol direct avec Easyjet (trois fois moins cher) mais il arrive beaucoup trop tard le soir, bien après l’heure de leur rendez-vous décisif.

N’ayant aucun bagage, ils surprennent le personnel en charge du contrôle. Mais pourquoi un bagage, après tout ! Plus surprenant encore, ils avaient seulement un billet aller ! Partir sans manifester l’intention de revenir, et se déplacer sans bagage, aurait pu paraître louche pour une peau bronzé, mais pas pour deux chefs d’entreprise, à connotation politique.

En montant dans l’avion, Malin s’empare du numéro dominical d’El País. Quelle ne fut pas sa surprise en découvrant la Une qui faisait une large place au match de foot du jour (là c’était prévu), quand l’autre moitié concernait une manifestation imposante à Barcelone dont il n’avait pas ouï dire ! Pendant qu’il tentait de déchiffrer la question, son ami lui prit, pour le feuilleter, le supplément en papier glacé, afin d’y regarder les photos. Au bout de quelques pages, il étouffe un cri de surprise :

- Regarde cette femme, regarde cette beauté, dit Pietro en tirant son ami par la manche.

- Oui, acquiesça Malin, une beauté !

- Sais-tu que je la connais ! C’est une romancière mexicaine ! s’exclama Pietro plus excité que jamais.

 

Les deux hommes scrutèrent la photo pleine page, d’une grande dame à l’élégance minutieuse, au sérieux si doux, et au regard si tendre :

- Tu ne m’avais jamais parlé de tes goûts littéraires ! Lui dit en le regardant, l’ami Bellevie, radieux.

- Et pour cause, j’en ai si peu ! Mais tout est de la faute de ma secrétaire, la même que celle qui nous a organisé ce voyage à cause de son origine espagnole. Pour le 11 juillet, voici déjà six ans, elle m’a dit : « Monsieur le Président, je sais très bien que vous n’avez jamais le temps de lire, vu votre travail quotidien, mais si vous ne lisez qu’un seul livre dans les cinq ans qui viennent, lisez celui-ci, croyez moi, vous ne le regretterez pas ! »

- Et c’était un livre de cette femme qui est là sur la photo ! devina Malin.

- Le titre à rallonge n’était pas engageant : L’histoire très ordinaire de la générale Ascencio. Mais la secrétaire m’avait prévenu : ne vous fiez pas au titre français qui massacre la force du titre en espagnol : Arráncame la vida.

- Et tu t’es plongé dans le livre ?

- Je l’ai commencé mais très vite je l’ai laissé, pour ne le reprendre qu’un an après, à un moment où j’avais un vide dans mon été, et depuis je ne l’ai pas oublié.

- Pas plus que le nom de l’auteur qui est là en gros titre sur le journal : Angeles Mastretta.

 

L’heure et demie de vol passa donc très vite, et c’est seulement avant l’atterrissage que Malin note qu’en attendant le départ pour Barcelone, ils vont avoir plus de deux heures de temps libre. Alors lui vient l’idée d’aller voir au Prado, la peinture de Goya qui représente el dos de mayo. Cette peinture le hante depuis son enfance. Il l’a déjà vue mais la revoir en coup de vent, ça peut donner un peu plus de charme au voyage.

Dès l’atterrissage, il téléphone aux autorités du musée qui après les présentations, lui donnent la marche à suivre pour obtenir le droit de passer en priorité, pendant que Pietro appelle un taxi. Le chauffeur est aussi surpris que les contrôleurs de voir ses passagers les mains aux poches mais il s’exécute : direction le Prado.

 

Goya, le peintre du noir, est avec sa peinture sur la révolte des Espagnols face aux français, le peintre de la lumière. Les reproductions ont leur utilité mais pour certaines œuvres elles faussent le regard. Devant l’homme fusillé, l’observateur se sent petit. Ah ! si cette peinture pouvait être au Musée Goya de Castres ! Ils avaient trente minutes à passer avec ce seul tableau, et elles furent bien employées. Un responsable est même venu, leur expliquer en français quelques détails qui échappent au néophyte.

 

Mais à présent, l’heure décisive approche ; les deux Français n’eurent pas loin pour aller du Musée à la gare, où ils repèrent le bon quai. Il est 14 h 30 et ils vont faire le trajet le plus rapide qui soit entre Madrid et Barcelone, un peu moins de trois heures ! Ils partent de Madrid Atocha (attention pas Atocha pour les tortillards qui mettent huit heures pour le même trajet !). Bien sûr, ils auraient aimé trouver la couleur bleu classique du TGV français mais allez savoir pourquoi, les autorités espagnoles ont opté pour la technologie allemande, un pays qui a pourtant si peu de lignes à grande vitesse. Ils sont là pour le grand frisson. Ils savent que ce n’est pas dans de tels trains qu’on trouve un wagon restaurant digne de ce nom, aussi ils ont avalé en vitesse un sandwich avant que ne débute la cérémonie. Non ils ne vont pas rester à Madrid pour y suivre la finale de la Coupe du Monde, non ils ne dédaignent pas le sport, mais aujourd’hui ils exécutent un plan qu’aucune actualité ne peut bouleverser. S’ils n’ont pas de bagages, ils ont dans les poches les tickets pour sentir le frisson de la grande vitesse. 13 juillet J-P D.

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Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /Juil /2010 18:16

Pour ce troisième épisode nous allons nous attarder pédagogiquement sur l’un des personnages. Toute ressemblance avec des êtres réels serait pure fantaisie de l’auteur ou le fruit d’une sacré imagination du lecteur !

 

Mais qui est donc Malin Bellevie ? (3)

 

 

Dans l’univers bon enfant de ce roman, l’homme clef nommé Malin Bellevie tente d’y jouer le rôle de sa vie, celui de Grand Equilibriste (GE). Après avoir hanté dix huit ans, entre 1978 et 1998, les bancs et couloirs d’un palais mal nommé puisqu’il s’agit du Palais Bourbon, (un symbole de la république !), époque où il se mit à courir les rues de Paris pour y porter une chose très lourde, la parole du gouvernement, il trouve enfin le lieu de son repos. Effacé, discret, sobre, ce membre du Parti socialiste obtient son heure de gloire le jour où son adversaire lui offre le poste de président du Conseil régional. Les cadeaux sont si rares en politique, aussi bien de la part des adversaires que des amis, que cette ascension imprévue mérite quelques explications.

Malin Bellevie est tombé tout jeune dans la politique qu’il exerce d’abord comme journaliste de 1960 à 1997 et où il expérimente une première fois l’art du funambule puisqu’il commence au journal Sud-Ouest et finit chez le concurrent, à La Dépêche du Midi. Le même art, il le répète dans son fief du Lot, département sous la coupe du radical historique Maurice Faure, et où pourtant il s’affirme socialiste de gauche. Son premier mandat, conseiller général en 1970, est suivi de celui de maire de Figeac, en cette belle année de 1977, quand la gauche pensait que tout allait être rose pour elle. Sa spécialité, en tant que député, puis ministre, c’est le budget, ce qui le conduit au poste de ministre du budget en 1992-1993, avant qu’il ne trouve enfin une belle place au soleil… celle qui lui a été offerte par son adversaire politique, il serait temps d’y arriver.

 

En 1998, comme l’avait voulu la gauche de 1981, les élections régionales sont encore à la proportionnelle départementale. Au soir de l’élection, le sortant Marco Compte est inquiet car il ne sait ce qui va se tramer dans les couloirs de l’Hôtel de région, pour la constitution d’une majorité. Côté gauche, l’unité est de façade, la division est de rigueur, mais la rigueur de Malin Bellevie réussit à privilégier la façade. Bref, les conseillers régionaux votent et donnent la majorité à Marco Compte. Contrairement à beaucoup de ses amis politiques, pour qui seul le résultat compte, Marco, malgré son nom, décide de lever le regard. Il n’a pas besoin de chercher très loin l’horizon qui se présente : les conseillers du Front national ont contribué à sa victoire.

Si on additionne les 34 voix de droite, les 4 divers droits et les 2 CPNT on arrive à 40 alors que la gauche à 41 voix. D’un côté le FN avec 8 voix fait la balance et de l’autre la LCR avec deux voix peut jouer les trouble-fêtes.

Marco Compte décide de démissionner, ce qui n’est pas forcément un cadeau à Malin Bellevie car Jean-Bon Balais au nom du PRG veut négocier : « On nous dit sages et raisonnables : sages nous le sommes ; raisonnables nous ne le serons pas pour deux. »

Marco Compte peut-il espérer récupérer deux ou trois voix chez les radicaux élus avec la gauche ? En fait, c’est l’inverse qui se produit, les négociateurs de la gauche réussissent à obtenir l’appui des non inscrits !

 

Voilà comment un soir d’avril 1998, la région Midi-Pyrénées passe à gauche avec un président décidé enfin à créer par lui-même, un visage à sa chère région. Son sens de l’équilibre lui permet d’être l’ami des écolos, des radicaux, des cocos et très vite un rêve va germer en son esprit.

Au tournant du millénaire, Malin Bellevie à un ami, à la direction du gouvernement, le conseiller général de Cintegabelle, canton de la Haute-Garonne, qui accepte de s’entretenir avec lui de ce rêve fou. Comment honorer dignement un nouveau millénaire quand à Too Loose, on est chef de la Région ? Le premier ministre Lopin juge d’abord utile de le rassurer : « Avec le nouveau mode de scrutin des élections régionales tu vas rester président de la Région pour longtemps, donc tu peux t’offrir le luxe de la patience, ce qui convient beaucoup aux hommes politiques… même quand ils prennent de l’âge ». Son interlocuteur n’est plus dans sa première jeunesse. Personne n’imagine alors que deux ans après, c’est la carrière du plus jeune qui s’arrête brusquement, quand Malin Bellevie la continue allègrement dans sa chère capitale de l’aviation, mais en ayant compris définitivement une chose : la politique est morte avec l’échec de Lopin, il ne reste plus que, le pragmatisme, la réalisation pour le plaisir de la réalisation, l’action comme forme d’enterrement de la pensée.

Mais le bât blesse : le rêve est un rêve de train quand tout aurait dû le porter vers un rêve d’avion. Imaginez qu’à Clermont-Ferrand, au pays de Michelin, un homme politique se mette à rêver d’un tramway sur rail ! Soit il en reviendrait à la réalité, en rêvant à un tramway sur pneus, soit la réalité lui reviendrez à la figure, sous le forme d’un échec électoral. Malin Bellevie a une âme de gauche et préfère le rêve de train d’autant qu’il a vu s’épuiser le rêve de nouvel aéroport à cause de luttes sociales. Si les trains roulent à gauche pour témoigner à jamais du rôle joué par le capitalisme anglais au moment de leur développement en France, les luttes des cheminots structurèrent dès le départ le mouvement ouvrier et donc la gauche française, d’où l’attachement de cette dernière au rail. Alors qu’en Angleterre le rail tombait en désuétude, en France, en 1981, grâce à un ministre des transports communiste, Charles Fiterman, un nouveau train français prend son envol, si je puis m’exprimer ainsi. Après le rêve du Concorde dont le PCF fut aussi fier que ceux qui l’empruntèrent pour aller à Nouveau York, c’est la grande vitesse sur le rail d’où ce nom de Train à Grande Vitesse (TGV) qui devient bien sûr TAG en Italie. Et dans ce conte l’Italie n’est pas là par hasard.

Voilà tout est dit : le président du Conseil régional Midi-Pyrénées rêve de mettre Too Loose à trois heures de Paris par le rail ! Quand il est allé voir son ami Lopin, ce dernier, après l’avoir rassuré sur sa carrière politique, le rassura sur les conditions pratiques de son rêve : il aurait à traiter avec Réseau Ferré de France (RFF si facile à confondre avec FFR, l’organisation si chère au cœur des TooLoosains) qu’il avait promis de replacer sous les ordres de la SNCF mais qui resterait une société à part. Au premier abord, Malin ne vit pas ce qu’il gagnait avec RFF mais comment ne pas faire confiance à un Lopin si généreux.

Il avait bien connu dans les couloirs ministériels, la première vague « tout TGV » des années 1990, aussi, n’étant pas le premier à avoir eu ce rêve puisqu’il obtient tout de suite un soutien sans faille du Conseil Général de Haute-Garonne, stratégique par son poids financier, et du Conseil général du Tarn-et-Garonne stratégique par le tracé, il sent que c’est possible. Seule la mairie de Toulouse reste à l’écart en demandant, y compris après l’élection de 2001, la rénovation de la ligne Paris-Orléans-Limoges-Toulouse. En 2003 le gouvernement Raffarin vient mettre de l’ordre dans le ferroviaire : « le tout TGV » est relancé. Il ne reste plus à savoir qui sera servi le premier !

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Dimanche 4 juillet 2010 7 04 /07 /Juil /2010 23:19

Nous deux héros en pleine phase de farniente, terme utilement italien.

 

Ils ne font plus de politique (2)

 

 

Nos deux héros se retrouvent cette fois dans leur bistrot habituel du samedi, qui est ni trop voyant ni trop oublié, ni trop grand ni trop petit, ni trop occupé ni trop vide. Pietro engage la conversation avant même que le serveur ne prenne la commande :

 

- Hier soir, ma femme m’a tiré au cinéma ! J’ai laissé la télé pour le grand écran et j’ai digéré plus de deux heures de film, deux heures quarante pour être précis !

- Le temps d’un trajet Toulouse-Paris quand il y aura le TGV !

- Rigole pas, c’était une saga familiale de l’Italie progressiste, celle qui a cru que le PCI…

- Ah ! le PCI ! Quelle histoire !

- Et en plus, le réalisateur tombe dans l’autobiographie, à partir de son village natal, tu vois d’ici le mélodrame.

- Qui a dit qu’on est tous de quelque part ?

 

Le serveur s’est approché, chemise d’été fleurie, bermuda et petite moustache. A la couleur de sa peau, il est de quelque part. « Comme d’habitude ? » demande-t-il aux cravatés. L’habitude est un instrument qui permet d’éviter la réflexion sur le dérisoire pour mieux la porter sur l’essentiel, donc depuis longtemps ils prennent « comme d’habitude », une pression belge.

 

- Dans le film, le plus vieux, celui de la première génération, née sans doute quinze ans avant nous, meurt en répétant « la politique est belle. » Il y a cru comme nous y avons cru à vingt ans. Une scène d’autant plus émouvante à la vue des résultats…

- Commence par le début, si tu veux que je suive, lui indique Malin.

- "Baarìa" voilà le nom du film. L’ancien nom de Bagheria, une petite ville à l’est de Palerme (15 km) lieu de naissance de Giuseppe Tornatore (et aussi du peintre Renato Guttuso).

- J’avais deviné, j’ai vu le film moi aussi, où Tornatorre est devenu Peppino Terranuova et où le Nouveau Cinéma Paradiso coule à flots dans ce nouveau vagabondage devenu inutile. Pour Cinéma Paradiso en France ils ont enlevé l’adjectif « nouveau » et ont ainsi changé le sens du film. Pour Baarìa ils ont enlevé la suite du titre : la porte du vent.

- Mais tu en sais plus que ma femme ?

 

Le serveur dépose les deux bières sur leur table en terrasse. Il a en même temps le ticket de caisse et c’est Pietro qui sort de la poche intérieure de sa veste le porte-monnaie pour régler la note afin d’éviter à l’employé qui commence à être débordé, de repasser. Ainsi ils peuvent continuer leur conversation paisiblement.

 

- J’ai vu ce film parce que je savais qu’inévitablement nous y retrouverions en force les deux bras de mon univers : le peuple et les enfants. Je ne sais si tu te souviens de la scène où d’un côté les riches fêtent leur victoire électorale, pendant que Pepino battu fête une prochaine naissance !

- Les riches ont le pouvoir sur le présent, et les pauvres sur le futur car ils ont beaucoup d’enfants ? demande alors Pietro pas convaincu.

- Dis-moi plutôt, ta femme, pourquoi elle voulait voir le film ? Les femmes y sont surtout des mères même dans cette famille de gauche qui répète « émancipation des femmes, émancipation des femmes » ? Sauf à être une moitié sorcière qui prévoit l’avenir !

- Pour les enfants bien sûr, pour les enfants que le cinéma italien met toujours en scène de façon merveilleuse ! Sa vie, ce sont les enfants puis les enfants des enfants et ainsi de suite jusqu’à la fin des temps ! A la fin elle a eu cette réflexion : « tu as vu à quoi sert la politique ! »

- Elle a d’autant plus raison de s’exclamer car je t’en informe : Silvio et Piersilvio Berlusconi ont trouvé que ce film à la gloire des communistes d’hier est un chef d’œuvre ! Qu’est-ce que tu as répondu à ta femme ?

- Que chaque génération invente la forme qu’elle donne à la politique.

- Pietro, arrête de te voiler la face, fait le bilan comme Tornatore. Au début, l’enfant court dans une rue des années 30, puis à la fin, cet enfant croise le souvenir d’hier… dans une rue des années 80. En quoi l’homme politique que fut le fils de l’enfant, a-t-il pris la moindre part à cette évolution ? Il a assuré le décor démocratique, aussi je comprends le jeune des années 80 qui préfère partir à Rome pour devenir le cinéaste qui pourra, au tournant des années 2010, faire le bilan désabusé d’une saga !

- Mais, Malin, explique-moi, nous sommes bien des hommes politiques ?

- Des hommes politiques devenus plutôt l’équivalent de chefs d’entreprises. La politique c’était chercher le sens à donner à l’action, une quête trop lente quand l’action permet à présent de faire en sachant que le sens viendra plus tard.

- Tu veux dire : on construit une ligne à grande vitesse car ça c’est du solide, et on verra plus tard à quoi elle servira ?

- Celui qui invente l’électricité, le moteur à explosion ou la fermeture éclair, il a une invention à son actif, une invention qui ne peut pas prévoir la suite. Ta femme a raison, le film sans le vouloir sans doute démontre que faire de la politique, ça ne conduit nulle part…

- D’où l’admiration de Berlusconi pour ce film réalisé par un adversaire de Berlusconi !

 

A ce moment là, un jeune homme s’est avancé vers eux, un jeune homme paisible qui les a reconnu à cause d’une de leurs multiples présidences, un homme qui n’avait rien à demander, rien à conseiller, rien à vendre, qui tenait seulement à leur avouer son souhait : les dessiner, pour compléter ailleurs la coupole d’un édifice décoré de mille visages. Il assura que ça ne prendrait que quelques instants, non qu’il veuille faire une caricature bâclée mais leur allure attablée à ce bistrot représentait pour lui, l’image parfaite et donc simple à saisir, de l’ironie noire de l’histoire. Les deux hommes ne pouvant refuser une demande aussi élégamment formulée, prirent une pose, l’espace de cinq minutes, pendant lesquelles, dans l’attente impatiente d’un premier résultat, ils fixèrent le regard acéré de l’artiste. Tout en jetant quelques traits sur sa feuille, ce dernier arrivait à bavarder. Il expliqua qu’il était un adepte de l’art moderne version Geneviève Bonnefoy, la responsable de l’abbaye de Beaulieu en Tarn et Garonne, où elle avait su se tenir loin de tous les tartuffes, et dieu sait s’ils pullulent dans l’art contemporain, car au nom du contemporain ils justifient tout, et même le plus ignoble. Plus que jamais, le seul art possible doit redonner aujourd’hui un sens au politique ! La Sicile est son modèle car l’île est passée sans transition du féodalisme cher au Guépard à celui beaucoup plus cher des Mafias diverses (changer le monde afin que rien ne change). Aussi que ceux qui vivent sur le sens passé du politique, ou sur son non-sens d’aujourd’hui, aillent se rhabiller et vite. Mais en quoi les deux visages pourraient-il servir une cause aussi grande ?

3 juillet 2010

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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 11:22

Voici le feuilleton de l’été, une saison qui porte à la création littéraire. Il va concerner deux hommes merveilleux et leur entourage.  Pour aujourd’hui, la chaleur les pousse au bavardage.

 

Ils n’iront pas à Disneyland-Paris

 

 

 

- Allo, je te dérange ?

- Qu’est-ce que tu as Pietro ?

-Alors que je regardais par-dessus l’épaule de ma secrétaire qui prépare le voyage qu’on s’offre en Espagne, pour mon anniversaire, le 11 juillet, tu sais ce que j’ai vu apparaître en premier quand elle a voulu réserver le billet de train Madrid-Barcelone ?

- Une pub, c’est sûr, mais laquelle ?

- Une promotion pour aller à Eurodisney !!!

 

 Les deux hommes qui bavardent au téléphone se connaissent depuis des lunes. Si l’un est né en 1935, l’autre l’a suivi très vite en 1936. Je ne vous dis pas leur âge… Tous deux membres du même parti, tous deux dopés du titre de dix présidences, se fréquentèrent cependant assez peu, tout en habitant la même ville TooLoose, jusqu’au premier janvier de l’an 2000 quand un rêve les a unis comme les cinq doigts de la main (ils en constituaient deux doigts). L’un, Pietro Chamois, est du Lauragais tandis que l’autre, Malin Bellevie est originaire d’une région un peu plus au nord. Ils sont d’une génération qui préfère le téléphone au courriel.

 

 

- Tu veux dire qu’il serait plus judicieux d’aller à Eurodisney qu’à Madrid ? le coupe Malin.

- Non, on n’est plus des enfants, c’est juste que je viens de me rendre compte de ce mariage historique entre Marne-La Vallée, le TGV et Eurodisney.

- Tu me surprends Pietro. Tu aurais des failles dans tes classiques ?

- Tout ça remonte au 12 avril 1992 quand Eurodisney est né, j’y étais dans la foule face aux dizaines de grandes personnalités, mais j’ai pas tout compris alors.

- Pourtant tu sais très bien comment ils ont opéré ! Conçu par l’équipe à Fabius, assumé par Chirac, et construit par la gauche de 1988 à 1992, c’est le modèle du projet consensuel !

- Tu était alors quelque chose au gouvernement ?

- Quand on est au gouvernement on est rien, juste une marionnette ! C’est par comme quand on est prédisent car là on décide enfin plutôt que d’être décidés par d’autres ! Pour Disney, la décision la voici : les USA ont Mickey, sans train à grande vitesse, voilà pourquoi il faut défendre ce dernier pour rester Français ! Nous avons un plus !

 

La secrétaire écoute d’une oreille, cette conversation inattendue sur les mérites du tourisme made in USA, conversation qui, sans crier gare, passe de la philosophie de comptoir à l’économie du gaspillage, ou du sérieux au baroque. A parler de gare, son patron lui fait signe de taper sur internet Marne La Vallée car là se trouve la première gare TGV de correspondance. Doué pour faire deux choses en même temps, il observe l’écran qui s’affiche, tout en mélangeant dans la conversation Mickey, Main Street (main, un faux ami en anglais) et Fantasyland. Tout d’un coup, il pousse un cri :

 

- Malin, je te coupe, je viens de voir sur l’écran l’impensable. La fameuse gare, qu’ils disent, permet d’aller à Lille, Londres, Strasbourg, Marseille et ils oublient Toulouse comme s’ils ne savaient pas que de Toulouse on peut prendre un TGV direct pour Lille, celui qui s’arrête à Massy pour justement rejoindre Marne !

- C’est normal, ils seraient obligés d’afficher le temps de trajet - car ils disent à côté le temps de trajet n’est-ce pas …

- Oui, bien sûr…

- Et nous ne sommes pas à la hauteur pour le moment, même si nous sommes sur la ligne !

- Bon, restons-en à ton petit-fils. Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

- Oui, quand tu m’as coupé, j’allais te donner un proverbe moderne. Mon petit-fils m’a dit : « Hier, on disait ; tous les chemins mènent à Rome et à présent ont dit : tous les trains mènent à Disneyland-Paris. »

- Pourtant ils sont nuls ces parcs d’attraction.

- Bien sûr, Claude Sicre le dit très bien dans sa chanson sur Toulouse : « Ma ville est le plus beau park, sa vie pleine d’attractions. »

 

La secrétaire fit la moue, aussi quand Pietro reposa enfin le combiné, après avoir donné rendez-vous à Monsieur Bellevie pour le lendemain au bistro habituel, il lui demanda pourquoi une telle mimique : « Sicre dit d’abord qu’il a visité Disneyland et que c’est un endroit qu’il aime bien « où il y a du peuple et de la joie » et ça c’est plutôt ridicule ». Pietro, étonné, demanda des précisions. « En 1975, j’étais à Los Angeles et vous devez savoir qu’il s’agit des Anges en espagnol, et j’ai franchi la barrière, armé d’un carnet de tickets, pour goûter la magie de la fête. J’ai alors compris que quand on a tout détruit, il ne reste plus qu’à jouir d’un univers reconstruit. Vous qui êtes de gôche, monsieur le président, vous devriez savoir que Disney était un fasciste de premier plan, que son premier Disneyland a été inauguré par un journaliste du nom de Ronald Reagan, le même avec qui votre ami Mitterrand a négocié l’arrivée de Disneyland-Paris. Ils veulent tuer l’histoire et la géographie en créant l’artifice de cinq pays qui à Marne La Vallée s’appellent Main street, Frontierland, Adventureland, Discoveryland et Fantasyland. Franchement il n’y a là rien de rigolo. Naturel si on y arrive à grande vitesse ! On ne voit rien pendant le voyage, la LGV créant un  no man’s land, alors il faut jouir du virtuel à l’arrivée. » Tout d’un coup, au regard que lui lança Pietro, la secrétaire, Tullia, comprit qu’elle venait de remuer le couteau dans la plaie. Le matin même, devant elle, Monsieur Chamois avait appelé Jean-Bon Balais (jibébé pour les intimes) pour avoir des renseignements sur un reportage très limite qui concernait une région de France encore inconnue de lui : la Lomagne. Il y a là-bas des mécontents parce qu’une LGV traverse leur région. Jusque là c’est normal. Mais voilà qu’un maire ose dire qu’il y a une alternative en utilisant les voies existantes. Heureusement le journaliste a aussitôt ridiculisé cette affirmation en rappelant les calculs savants de RFF mais tout de même… un maire qui ose dire l’impossible. Monsieur Balais le rassura, ce maire au nom italien, bienvenu nulle part,  ne représente rien et sa commune encore moins. En dessous du seuil de 200 habitants Le reportage n’a même pas été repris par le site de référence « nonauxtracés ». Pas de quoi fouetter un chat !

1 juillet 2010 J-P D.

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