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Vendredi 10 mai 2013 5 10 /05 /Mai /2013 19:05

                                  patrice michaud blog

Pourquoi faut-il que tout chanteur québécois raconte sa vie sur scène ? Pour moi cette pédagogie me convient et pas seulement pour faire comprendre en France, le Québec mais aussi pour suivre les chemins de la création.

Patrice Michaud a donc laissé un peu son guitare pour conter une paire d’histoire. Il est de Gaspésie, d’un village où la vie commerciale ne pouvait que se centrer sur le catalogue Sears. Déjà un peu habitué à la France il donne l’équivalence : le catalogue de La Redoute. Par contre pour la Gaspésie il n’y a pas d’équivalence ! Vivant au village loin de tout, même en 1980, le catalogue avait pour le gamin de 8 ans deux avantages : il contenait le cadeau de noël dont il rêvait, un guitare électrique, et des corps de femmes presque dénudés dans la section que chacun imagine.

Car Patrice Michaud raconte en laissant à l’imagination des auditeurs leur part de chemin à parcourir. Bref, sa mère a compris et pour noël il a eu la fameuse guitare électrique mais le fil ne pouvait pas se brancher ! Et le gamin n’a fait ni une ni deux, il a acheté seul la bonne prise pour remplacer le plot, il a branché comme tout appareil ménager… et la guitare a fait un bruit unique et définitif…

Patrice Michaud chante aussi, d’où sa présence au Festival Alors Chante ! à Montauban. Pas d’effets spéciaux, juste de la tendresse tranquille, tranquille, juste de la poésie à sa manière et un peu de country quand il faut. « J’essaie de faire le plus beau possible avec le plus simple possible. » Un projet audacieux car il me semble que l’art pour réussir en 2013, tente plutôt de faire le plus poche possible avec le plus compliqué possible…

Naturellement comme tout québécois poète il aime se référer à Gaston Miron mais aussi à Patrice Desbiens et Gibert Langevin. Il aime aussi Georges Pérec.

Avec sa vie de famille « j’ai un petit bébé, potentiellement d’autres qui s’en viennent », comment Patrice Michaud et son complice peuvent-ils courir la scène ? En France il a découvert qu’il n’est pas bon de mettre du super dans le moteur diesel de sa voiture de location, car il est déjà venu au Festival tout proche, celui d’Astaffort cher à Francis Cabrel.

J’ai aimé sa phrase : « La chanson au Québec même si elle est hybridée de toutes sortes de manières, se tient sur deux pattes, une française er une américaine. »

Et en conclusion je donne la phrase que mon ami Rosendo Li a noté en croquant l’artiste :

« Jamais je n’ai étudié le solfège, je suis autodidacte… J’aurais bien voulu avoir ces outils mais comme un éternel lâche je ne me suis pas appliqué à les avoir. Peut-être un jour… Finalement le plus essentiel, c’est l’amour des mots…et de la musique. »

A la prochaine, Patrice Michaud…  JPD

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Le Sarmiento
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Lundi 1 avril 2013 1 01 /04 /Avr /2013 17:05

Pour le plaisir des mots et de la vie il m’arrive d’aller sur le blog de La Frenière d’où je ramène cette histoire de cane et de poule d’un des plus grands écrivains du Quebéc. Bravo à eux et vous pouvez rejoindre son blog en cliquant sur le début de l’article. JP Damaggio

 

 

Quelle meilleure façon de vous souhaiter à tous de joyeuses pâques, même de renarde et de renard, que de vous raconter une histoire... vraie.

J'ai une cane dans ma ménagerie qui a perdu son chum [son amoureux]. L'envie de couver lui est venue; elle a pondu quelques oeufs et s'est mise dessus. Mais elle couvait pour rien, étant donné que ses oeufs n'avaient pas été fécondés. Je les lui ai donc enlevés et mis à leur place quelques oeufs de poule qui, eux, l'étaient, fécondés. La cane les a couvés durant 33 jours. Au matin de ce trente-troisième jour, un tout petit poussin est apparu de sous elle. La canne en a pris soin comme si c'était "son" vrai bebé. Assez amusant de voir le poussin la suivre partout. Assez fascinant de voir la cane lever l'une de ses ailes pour que bebé puisse se réfugier dessous. Le poussin a grandi. Moman et bebé étaient inséparables. Le soir, bebé se perchait sur le dos de Moman pour dormir. Aujourd'hui, bebé est une belle poule, mais elle se tient toujours avec Moman. Inséparables. Ce qui m'étonne le plus, c'est que toutes mes autres poules sont parfaitement blanches, de même que Popa coq. Mais bebé Poulette arbore un plumage du plus beau crème qui soit - en fait, son plumage a la même couleur que les coquilles des oeufs que pond Moman cane.

 

Victor-Levy Beaulieu

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 21 novembre 2012 3 21 /11 /Nov /2012 17:06

En revenant du printemps chilien, je retrouve ce texte du 12 avril 2003 de l’ami Jacques Desmarais. Autant dire que 10  printemps après il n’a pas vieilli alors je le reprends avec joie. JP Damaggio

 « Heureux d'un printemps qui me chauffe la couenne» -Paul Piché

 Aujourd'hui, du haut de la montagne, vers le ravin, j'ai vu mon premier papillon de l'année. Il était en plein vol, de couleur brune avec de la poussière d'or sur les ailes.

Aujourd'hui, au centre de ski, j'ai vu la première fille de l'année dehors en shorts rouges. Ses jambes étaient blanches comme la neige qu'elle pianotait avec ses petites raquettes de souris. Elle avait une queue de cheval et de belles hanches. Heureux les peuples qui ont un printemps !

Aujourd'hui, j'ai vu courir en spirale mon premier millepattes. Il était roux, caméléon nerveux sur le tronc de mon petit érable dont la sève coulait d'aplomb dans la boquette sous le soleil de l'après-midi.

Aujourd'hui, dans le jardin encore plein de feuilles mortes et de grands fouets, j'ai cueilli deux oignons, survivants de l'hiver qu'on avait oublié. Mes premiers légumes de l'année !

Aujourd'hui, au retour de la campagne. j'avais tellement bu d'eau d'érable qu'il m'a fallut, pour la première fois de ma vie, arrêter faire pipi à l’halte routière provinciale, 20 kilomètres avant Montréal !

Aujourd'hui, ma fille Néomie a entamé note provision de sirop d’érable nouveau en faisant de la tire sur la neige pour sa flopée d’amies ! Si vous aviez vu la tire liquide ! Si vous aviez vu la neige de ruelle toute on ne sait trop de quoi !

Aujourd'hui j'ai entendu comme vous tous sans doute les nouvelles du monde à la radio. Quoi de neuf sous le soleil ? Bien sûr le désordre» de l'heure ! L'unilatéralisme! Mon petit marche-pied de bonheur ne mérite pas de briller tant la misère est profonde. Pierre Bourgault prend la peine de ciseler pour ses auditeurs les arguments, plus vitaux que jamais, du «camp de la paix». Alors, ça va encore bourgeonner de paroles dans les rues de par le monde ?

«Viens, écoute, ces mots qui vibrent sur les murs du mois de mai»

- Georges Moustaki

Aujourd'hui, justement, je ne dirais plus «il faut croire que oui». Car l'obligation et la croyance ne sont peut-être pas très utiles pour construire le monde. Mais je dirais volontiers que les marcheurs et les raquetteurs de la paix avec leurs mots twistés s'il fallait les twister, empruntent la route du printemps des peuples.

Ce printemps-là n'existe pas par avance, n'est pas une régularité du grand Horloger.

Mais on a la couenne dure. On a besoin de soleil.

Aujourd'hui surtout!

Jacques Desmarais

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 21 novembre 2012 3 21 /11 /Nov /2012 17:03

A chercher dans mes vieux papiers, je tombe sur ce texte qui résume le passage de Gilles Vigneault au Théâtre d’Agen où je ne suis allé qu’en cette occasion. C’était un dimanche après-midi d’avant l’an 2000…et j'ajoute un mot à l'ami Jacques Desmarais en route vers les îles de la Madeleine. JPD

Vigneault, droit face à son public, aidé par trois jeunes musiciens, joue, chante, danse et trimballe la vie de tant de gens ! Il conte, raconte, dit et redit et le public est séduit. Comment ne pas établir le lien avec Desjardins ? Bien sûr l'un est très rural quand l'autre est plus que rural. Vigneault chante la bonté d'un temps sincèrement chrétien quand Desjardins n'y croit plus, à la bonté charitable, mais aux gens tout autant. Leurs similitudes font surgir l'écart entre ce temps d'avant la révolution tranquille, et celui d'après. Par le passage d'une langue française habillée à l'ancienne, à une langue explosée du joual au franglais. Alors de la nostalgie ?

Vigneault chante son rejet du portable, et trouve un moyen de passer par le Japon car il reste de ce monde pour l'amour et la paix. Il parle de ce qu'il avait dans son village comme de ce que nous pouvions avoir partout. Sa nostalgie est combative. S'il séduit, dès les trois premières notes de musique, je pense que cela tient à l'immense culture populaire qu'il a fait sienne et qu'il transporte à cœur battant, à corps trouvé. La turlute — c'est bien la turlute ? — et ce rythme spécifique dont le nom m'échappe conduit à la danse, au refrain et à l'émotion. A l'écouter, toute l'histoire de nos vies défile dans nos têtes.

Si des artistes, en racontant leur vie, disent celle de tout un chacun, lui, raconte celle de tout un chacun, pour assurer sa vie qui semble douce comme une chute de neige.

A 74 ans on a envie de célébrer la performance, celle d'avoir duré, celle d'être là, celle de continuer. Or ce mot de performance s'applique très peu à son art. Pour le rappel, il a repris Berlu qu'il avait déjà chanté dans le spectacle. Faut-il y voir un signe ? Berlu est parti en riant, Berlu est parti en chantant, comme Gilles ? Pour présenter Berlu, Gilles indiqua que cet homme inventa la carte de crédit avant qu'elle n'existe.

La chanson dit aussi : « J' peux pas vous dire la fin du conte », car Gilles n'a pas de fin aux contes qu'il croise ? En passant, deux questions c'est quoi les mouillures ? peut-être la neige qui vient de tomber ? et se marcher dans la figure ?

Pour la musique, il me resterait beaucoup à dire du violon, ce violon fou que j'ai mis trop longtemps à entendre pour ce qu'il était. Le jeune qui en jouait se servait aussi de beaucoup d'autres instruments, y compris des cuillères originales.

 

Pour rester avec Vigneault, à l’ami Jacques Desmarais j’avais écrit ceci suite à une carte postale nous indiquant un grand voyage en avion qu’il avait fait pour son travail.

 

Je t'imagine bien survolant l'immensité québécoise avec ta tête toujours accroché au sol.

Descendant à Nastaquan, je te vois cherchant dans ta poche la clef d'une porte sans serrure. Ni par étourderie ou inconscience mais comme marque d'un certain décalage. Vigneault se décala un jour de sa Côte-Nord vers les bords de la Seine. Il se décala quand les Français se repliaient. On croit toujours que nos chanteurs sont de Paris puis qu'un jour ils s'en échappent. Je pense bien sûr à Jean Ferrat replié dans l'Ardèche quand Léo Ferré alla jusqu'à Milan tandis que le Belge Jacques Brel se cacha aux îles Marquises. Peut-être Brassens fait-il exception. Comme Vigneault peut-être, il se décala pour mieux rester, en partant, de là où il était. Je pense à Nino Ferrer dont j'appris le suicide sous le ciel québécois, un des rares repliés dans mon cher Sud-Ouest.

Je t'imagine bien survolant l'immensité québécoise avec ta tête toujours accroché aux mots.

Descendant du bateau à Harrington-Harbour, je te vois proposant des breloques à des cornemuseux inexistants. Ni par jeu ou inculture mais comme marque d'un certain décalage. George Perros s'échappa vers la Bretagne pour travailler sa poésie. Jean Guidoni le chanteur aime dire : je suis à côté (il s'est replié en Normandie ce Marseillais qui gagna son sort à Paris). Et dans notre géographie néo-libérale le « à côté » devient la marge, lieu par excellence de la rentabilité zéro. Pourtant toi, à Harrington-Harbour, tu es là en fonction, au travail, pour l'étude etc. Double décalage d'un rêve se faisant réalité.

Je t'imagine bien survolant l'immensité québécoise avec ta tête toujours accroché aux gens.

Descendant aux Iles-de-la-Madeleine, je te vois ébloui par le minuscule comme source de l'immensité. La madeleine est ce modeste gâteau que j'aime faire si souvent avec les enfants des écoles. Et les îles sont si étranges qu'un jour, Vigneault s'en alla vers l'Ile-de-France.

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 19 septembre 2012 3 19 /09 /Sep /2012 21:08

Marois.jpg

 

Avant de devenir premier ministre on a généralement était ministre. François Hollande est un cas étrange car il n’aura siégé dans un gouvernement qu’au poste de président !

Pauline Marois, première ministre a aujourd’hui dans le pied une grosse épine : un problème d’éducation. Or, parmi ses divers postes ministériels, elle a été ministre de l’éducation ! Parmi mes 100 mètres linéaires d’archives je viens de retrouver cet exemplaire de l’Aut’Journal que j’avais ramené de mon deuxième voyage au Québec en 1998.

L’éditorial de Pierre Dubuc titrait : Longue vie au Rassemblement pour l’alternative politique, une façon de se souvenir que Québec solidaire n’est pas le produit d’une génération spontanée (Dubuc venait d’écrire un livre à ce sujet). Pour aujourd’hui, je ne vais rien dire de son soutien à Pauline Marois me contentant de répondre à cette question : pourquoi l’école Marois est montrée du doigt par le journal en 1998 ? Parce que la ministre favorise l’intrusion du privé dans le secteur de l’éducation. Je ne vais pas détailler le dossier de quatre pages (peut-être est-il quelque part sur le net) pour simplement faire observer qu’aujourd’hui l’épine à enlever prend ses racines dans la politique du PQ des années 98 !

D’ailleurs le journal en question avait en deuxième Une publicité de la Fédération Autonome du Collégial (le syndicat des enseignants) qui était claire : « Combattre le gouvernement péquiste à la solde des banquiers pour défendre l’éducation au Québec ».

Tout le dossier sur l’éducation dénonce la privatisation que le PQ a mis en place, en commençant par les universités et en suivant le modèle USA.

A suivre, Madame Pauline Marois… Jean-Paul Damaggio

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Dimanche 9 septembre 2012 7 09 /09 /Sep /2012 23:09

Résultats comparés

L’originalité de l’élection québécoise 2012 tenait à la traduction « politique » qu’allait produire l’imposante lutte des étudiants du pays (surtout ceux de Montréal), lutte largement soutenue par une partie de la population. Pour Jean Charest, qui décida de dissoudre l’Assemblée pour se sortir cette épine du pied, sa campagne menée contre les étudiants-enfants gâtés devait l’aider à l’emporter, avant que ne lui tombe sur la tête une autre tuile : les révélations de corruption.

 

La "droite"

Pour Jean Charest, ce fut une bataille de trop. Non seulement son parti a perdu (Le Parti Libéral (PLQ) passe de 42,08% en 2008 à 31,2% et de 66 à 50 sièges) mais lui-même n’a pas pu se faire élire député. Car en effet, si le système électoral anglo-saxon du pays a des inconvénients quant à la juste représentation de l’électorat, il a l’avantage de ne pas être une l’élection présidentielle : un leader politique peut se trouver à terre.

 

Ceci étant, son calcul n’était pas totalement erroné car, dans son camp, le bénéficiaire majeur de l’élection c’est un nouveau parti de droite (une droite ordinaire mais une coalition nouvelle) dont personne ne peut savoir s’il s’agit d’un phénomène éphémère ou stable.

La Coalition Avenir Québec (CAQ) fondée par les rescapés de la défunte ADQ (droite) et des transfuges du PQ fait donc une percée spectaculaire passant de 16,37% et 7 sièges pour l'ADQ à 27,1% mais n'a que 19 sièges. Ce sont eux qui enregistrent la plus grande progression en captant l’essentiel du vote PLQ perdu.

Dans la tradition québécoise on peut aisément imaginer demain une alliance entre les vestiges du Parti libéral de Charest, et ce nouveau parti si un nouveau leader capable d’unifier l’ensemble émerge. Ensemble ils peuvent au moment où ils le choisiront faire chuter le nouveau pouvoir.

 

La «gauche »

En effet le Parti québécois ne peut prétendre être le grand gagnant de cette élection même s’il obtient à nouveau le poste de premier ministre. Il passe de 35,17% à 31,9% et de 51 à 54 sièges. Paradoxe : il perd des points de pourcentages mais gagne 3 sièges. Il n’aura pas de gouvernement majoritaire stable puisqu’il lui manque 9 députés.

 

Dans son « camp », malgré l’appel au vote « utile » du PQ, le gagnant est le petit parti Québec solidaire qui, non seulement a la joie d’obtenir la réélection de son député sortant (preuve qu’il a donné satisfaction) mais double le nombre de ses voix et fait élire une deuxième députée Françoise David, co-porte parole du parti qui s’était distingué au moment du débat des chefs à la télé. Concrètement ce parti passe de 3,78% à 6% et de 1 à 2 sièges.

 

Sans entrer ici plus loin dans les comparaisons, les avancées de la gauche aux dernières élections fédérales avec le vote NPD ne se retrouve pas dans l’élection du 4 septembre.

 

Résultats commentés

Concrètement, la lutte des étudiants qui a relancé l’enthousiasme politique (au sens large du mot), si elle a réussi à déstabiliser le système n’a pas suscité une avance large de la gauche. Le gain de QS compense juste la perte en pourcentage du PQ.

Pour moi c’est la confirmation qu’il n’y a pas de lien direct entre une lutte sociale et le résultat électoral immédiat. Parce que sans doute la bataille des idées met des années avant de se traduire en votes. Si on réduit Mai 68 en France aux résultats des élections législatives très à droite de juin 68, on rate totalement la vague de fond produite dans les consciences de tous bords, pendant toute la décennie 70. La victoire de Mitterrand en 81 a été une façon de conclure cette vague. Jean Charest a essayé de faire peur. Avec le temps cette peur va reculer et la nature des enjeux globaux de la lutte vont mieux apparaître. Il n’est pas impossible cependant que les élections servent parfois à imposer des reculs aux luttes sociales.

 

J’entends bien le propos suivant : « Mais quoi que la propagande de Québécor et Gesca inventera, personne ne pourra nier que pour la toute première fois dans l’histoire du Québec, les mouvements sociaux ont largement contribué à « faire tomber » un gouvernement parce qu’il refusait d’écouter sa population. Point ! Il faut le crier très fort. Il faut le célébrer ! » Michel Lambert http://www.cahiersdusocialisme.org/2012/09/06/on-avance-on-recule-pas/

Mais Québec solidaire n’a cessé de le répéter, faire tomber le gouvernement ne suffisait pas et si l’avancée de ce parti est réjouissante, elle est nettement inférieure à celle du CAQ qui apparaît davantage comme une alternative possible, si le PQ en situation fragile s’effondre. Je pense bien sûr que comme le PQ l’a promis il va annuler la hausse des frais de scolarité et à ce titre la lutte devient victorieuse. Ce qui permet de dire que les grèves étudiantes ne sont pas de même nature qu’Occupy Wall Street par exemple. D’un côté il y avait une lutte syndicale précise et de l’autre un mouvement vague qui s’est réduit à un moment de fièvre. Pour revenir sur ce rapport entre luttes et votes, je repense à la Révolution tranquille au Québec, qui des années après a donné naissance justement au Parti Québécois.

 

Voilà pourquoi je continue de penser que dans le monde, c’est la radicalisation à droite qui avance plus vite que la montée des gauches. Il appartient à la jeunesse de bien mesurer cette situation, pour s’engager plus fermement encore dans le combat politique organisé. Je pense à la jeunesse car c’est elle qui va être contrainte d’inventer un autre avenir et ce combat politique je n’en connais pas la meilleure forme tout en le sachant indispensable.

Jean-Paul Damaggio

 

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Mercredi 5 septembre 2012 3 05 /09 /Sep /2012 09:49

Je remercie Jacques Desmarais pour cette présentation à chaud. Le Québec n'ayant pas besoin d'un président, l'important c'est le nombre de députés. Et quand le député Charest est battu son parti perd un chef ce qui n'est pas négligeable. Après Duplessis, Lévêque et Charest est-ce que le Québec entre dans une ère Pauline Marois ? Je vais faire suivre mes propres commentaires. JPD

 

 

 

Un attentat au Métropolis où se réunissaient les partisans du PQ venus célébrer leur victoire a fait un mort et un blessé grièvement atteint.  Le forcené gueulait : « les Anglais se réveillent! ».  Cet événement tragique a fait basculer la soirée dans le drame.

 

Le PQ gagne avec 32 % et 54 sièges (gouvernement minoritaire). Pauline Marois devient la première femme au Québec à accéder au poste de Première ministre.

Le PLQ [parti sortant] : 31 % et 50 députés.  Jean Charest est battu dans Sherbrooke !

La CAQ [nouveau parti très à droite] : 27 %, 19 élus.

QS [Québec solidaire à gauche] : 6 %, 2 élus! (Amir (un sortant) et Mme Françoise David dans Gouin).

 

Dans mon comté, Crémazie, on a doublé notre appui avec 11,6% des voix.  Le PQ a gagné avec 38,6 % .

Sur l'Île de Montréal :

PLQ - 20 élus, 44.88 %

PQ -     6 élus, 28.8 %

QS -     2 élus,11,95 %

 

En gros : le PLQ reste assez fort malgré la crise sociale du printemps.  Comme son Chef n'est pas élu, il devra se reconstruire et n'aura pas intérêt à faire tomber le gouvernement rapidement, Le PQ l'emporte à l'arraché. La CAQ doit être déçue des résultats [les derniers sondages le placé avant le PLQ], mais il reste que le vote à droite est majoritaire.  QS n'a pas la balance du pouvoir (ex, si le PQ avait eu 61 députés /sur 125 au total, les 2 députés QS auraient eu un rapport de force plus grand).  Le PQ pour se maintenir devra restreindre son programme et gouverner à droite.

 

C'est tout de même une avancée de QS  qui double son pourcentage et envoie à l'Assemblé nationale aux côtés d'Amir une très forte députée en la personne de Mme David.  Malgré tout le poids de l'argument du vote stratégique claironné par le PQ, QS a démontré que la gauche pouvait être autonome.  Dans le contexte québécois, ce parcours est important puisque depuis 40 ans, la gauche s'est excusée d'exister pour ne pas nuire à la marche vers l'indépendance. La présente élection marque une rupture à ce égard.

Jacques Desmarais

PS : Entre crochets ce sont mes précisions, JPD

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Samedi 1 septembre 2012 6 01 /09 /Sep /2012 13:40

Le 2 septembre 2004 je pose cette question bateau à Jacques Desmarais :

Qu'est-ce que l'Amérique?

 

Réponse :

D'abord une immensité comme une autre planète.

D'ailleurs, le 12 octobre 1492, on ne sait pas l'heure, Christophe Colomb se fait chercheur d'épices et d'Asie et devient par méprise «découvreur» du Nouveau monde.

L'Amérique est d'abord un accident de parcours, une méprise, une vue de l'esprit, un rêve de passage vers l'Asie avec ses promesses de richesse, d'or et d'épices, de jolies filles de Chine, rêve qui se frappe la coque aux rochers escarpés, se transforme en cauchemar de glace, en scorbut, en flèches ennemies... Mais la religion aidant, on finira par s'installer dans les grands espaces, par siphonner les ressources naturelles, par exterminer les sauvages et les bisons qu'on remplacera massivement par l'importation d'esclaves. Le rêve est devenu en peu de temps un rêve américain, C'est dire que beaucoup d'habitants des Amériques se font voler tout rond.

Mais cela est dit rapidement, les Amériques étant aussi un réservoir de résistance. C'est dire que malgré les spécificités des continents Nord et Sud, le refus de la violence est le signe de la dignité des hommes. En ce sens, il y a résistance, comme en ce moment au Venezuela, comme je l'ai vu au Massachusetts le mois dernier pendant la convention Démocrate.

Mais je reviens au début «officiel» de l'Amérique pour rappeler quelques dates épiques:

1497, John Cabot, un Italien, débarque à Terre-Neuve. 100 ans plus tard, les Anglais se serviront de ce voyage et essaimeront tout le continent.

1515, François 1er, dit le roi chevalier, dit le «père» de la Nouvelle-France; une nouvelle mode fait rage dans les mondanités Parisienne : tâter du Sauvage qu'on a ramené en France pour passer les vacances;

1534, Jacques Cartier, en bon chrétien, décide de faire le tour de la Gaspésie ; comme c'est un marin et qu'il n'a pas de tente, et qu'il ne peut pas rester là à rien faire, il décide de planter une croix à Gaspé et déclame dans la langue de Villon, mais sans blasphémer :

« Et icelle croix plantâmes sur ladite pointe devant eux [les Indiens], lesquels la regardaient faire et planter. Et après qu'elle fut élevée en l'air, nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en adorant celle devant eux, et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par icelle était notre rédemption, de quoi ils firent plusieurs admirations, en tournant et regardant icelle croix.»

Plus tard, Cartier descendit en ville à Montréal, qui s'appelait alors Hochelaga. La bourgade. La sauvage.

1603, Samuel de Champlain, une Acadien entreprenant, commence au fond à crinquer la mémoire de Zacharie Richard. En tous cas, en août 1604, les premières graines de l'Acadie américaine sont semées. C'est un peu tard pour semer en août car l'automne vient vite malgré les bontés de la mer. Je le sais parce pas plus tard qu'en août 2004, les Acadiens de partout, car ils sont de nulle part, incluant Zacharie, ont fêté leur 400e anniversaire. C'est vieux pour un jeune peuple américain. On ne peut pas tous être vieux comme la terre. En tous cas, les Acadiens sont plus vieux que les Québécois. Québec n'ayant été fondé qu'en 1608, par Champlain, toujours.

Ce cher Champlain, Il me faisait tripper à l'école, à cause de la grande maison qu'il a érigée sur le Cap Diamant, l'Habitation, un fort qui a l'air d'une grande auberge.

En fait, soyons clair, sans Champlain et ses énormes qualités d'administrateurs, de navigateur, de dessinateur, de diplomate (entre les hurons et les Iroquois), je ne crois pas que l'Amérique française aurait pu persister. Le premier hiver fut désastreux : huit survivants sur 28 hommes. Vingt ans plus tard, il n'y avait toujours que 5 familles installées entre les sapins et les crève- la-faim

 

Un dernier mot sur Champlain. Il partage avec Diderot le sort suivant : on n’a aucune idée de l’endroit où l'on a déposé sa sépulture. Un grand lac qui coule aussi au Vermont porte son nom. C'est peut-être plus voyageur qu'une pierre portant la fin du permis de séjour ici bas.

Enfin, l'entonnoir d'un continent va jusque-là où vous êtes né. C'est bien mon cas. Malgré la crise d'identité de ma nation, je suis bien né en Amérique du nord. Je peux même reconduire une prise de vue de la vieille maison qui n'est pas l'Habitation. Et aussi le petit cimetière baptiste oublié, perdu entre ma terre et celle du voisin. Si jamais on voulait m'enterrer là, je pourrais faire inscrire sur ma pierre tombale pour des voyageurs éventuels :

«Mon âme aussi repose sur cette terre que j'ai aimée et mes amours me survivront».

Jacques Desmarais

 

Note Jean-Paul Damaggio : J’ai repris cet texte car le vieux français de Champlain me permet de comprendre pourquoi en cette langue, Richard Desjardins a écrit une ode à Aliénor d'Aquitaine, un très beau texte.

 

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Vendredi 24 août 2012 5 24 /08 /Août /2012 17:54

Quelle plus belle transition que de passer de Nougaro dans l’Huma en 1977 à Desjardins dans l’Huma en 2012. J’entends bien que le français de Desjardins est parfois difficile à comprendre mais parce qu’en France l’information sur le Québec est très faible. De ce fait, je crains que les lecteurs du journal n’aient pas pu tout suivre de cet entretien. D’abord des expressions contradictoires sur la question de la langue « ressent-on la nécessité de défendre la langue? » Richard Desjardins. « Je ne crois pas. Mais s’il n’y a pas de coup de barre actuellement… » Toute la réponse  montre qu’il faut défendre la langue donc le « je ne crois pas » deviens énigmatique. Et comment comprendre que l’art actuel vienne de « l’isolement » conçu souvent comme l’appauvrissement assuré… ? Que ce soit le jazz, la salsa, ou la musique au Québec, l’art vient de peuples en survie… Que dire d’une question comme : « Cette question de l’environnement semble parfois en opposition avec celle du travail? » ? Est-ce la caractéristique méfiance communiste envers l’écologie ? La question de l’écologie est au cœur même du travail, si on en a une vision globale ! Que sur l'Huma on ne pose pas de question à Richard Desjardins sur Québec solidaire, le parti politique qu'il soutient, qu'à la fin on oublie -comme j'ai failli le faire - la présence de ce parti au grand débat télé, c'est un peu regrettable.  L’entretien me paraît très utile mais si vaste qu’à trop effleurer on embrasse mal… JPD

 

22 Août 2012  Québec

Richard Desjardins "Un doute s’est installé dans la conscience collective"

Les Québécois voteront le 4septembre prochain pour des élections générales. Richard Desjardins, chanteur et homme engagé, livre son regard sur la Belle Province, la question de la langue, de l’environnement, de la politique, après que les étudiants ont dénoncé les politiques menées par le premier ministre sortant.

 

Richard Desjardins est un auteur compositeur québécois. En 2004, il reçoit le grand prix du disque, décerné par l’académie Charles-Cros, pour son album Kanasuta. Mais cet amoureux de la nature, ce passionné de l’histoire du Québec sort, aussi, du cadre de la chanson pour prendre la parole: il est, en outre, documentariste et vice-président de l’Action boréale.

 

Le Québec fait preuve d’une véritable richesse musicale, créative. D’où vient, à votre avis, cette passion pour la musique?

 

Richard Desjardins. De l’isolement et du fait que nous, les Québécois, ayons été sans relation avec la France, pendant cent ans, entre1760 et1860. Sans aucun système d’éducation francophone. La transmission du français, de cette culture, se passait donc le soir à la maison, et le principal vecteur était les contes et les chansons. C’est resté! Il ne s’agit pas d’écriture, mais bien d’oral. J’ai l’impression qu’à la longue, ça s’est arrimé en nous. Jusqu’à aujourd’hui… Chez nous, par exemple, ça chantait tout le temps. En plus, ma mère était très bonne musicienne, mon père chantait en permanence. Nous avons gardé cette passion de la chanson.

 

La langue que vous utilisez, à accent, avec des mots particuliers… n’est pas toujours évidente pour un Français.

 

Richard Desjardins. Pas évidente du tout! Même chez moi. Au début, il y a vingt ou trente ans, plus j’allais chanter vers l’est, et plus les difficultés de compréhension apparaissaient. La langue que j’utilise est vraiment une langue de frontière. L’Ontario (anglophone – NDLR) n’est qu’à 20kilomètres. D’ailleurs, c’était toujours dans des villes frontières comme Gattineau ou Sherbrook que j’ai rencontré les premiers succès importants. Mais j’arrive toujours à me faire comprendre même si, c’est sûr, c’est un frein pour le public français. Si c’était en anglais, beaucoup ne se poseraient peut-être même pas la question. Mais, comme c’est en français, ils vont tendre l’oreille.

 

Quand on est québécois, vivant entouré de 300millions d’anglophones, ressent-on la nécessité de défendre la langue?

 

Richard Desjardins. Je ne crois pas. Mais s’il n’y a pas de coup de barre actuellement… Quand je voyage à travers le Canada, de Vancouver aux Maritimes, je vois l’assimilation galopante. À partir du moment où même des universités francophones donnent des cours en anglais, c’est inquiétant. Puis le gouvernement en place fait semblant de ne rien voir car il pense son bassin d’électeurs assuré.

 

En plus, vous inventez des mots! Que signifie le titre de votre album, l’Existoire?

 

Richard Desjardins. C’est sûr qu’en tapant le mot sur un ordinateur, un petit surlignage rouge apparaît! Je ne sais pas, en tout cas, ce que ça veut dire; d’ailleurs, dans le spectacle, je demande aux gens de laisser à l’entrée une définition de l’existoire. C’est un beau jeu. Dedans, il y a existence, histoire, ex. Une fois l’album sorti, j’ai reçu un courrier et un livre envoyés par une dame. C’étaient des contes pour enfants, de 1990: les 1001 Existoires d’une petite fille. En fait, le mot existait, je ne le savais pas. À sa sortie, Gilles Vigneault m’a dit: «Je suis jaloux de ton titre.» On est là pour ça. Poser un peu d’irréel, ça fait du bien…

 

L’une des chansons, Développement durable, évoque un homme «  fier d’être ignorant», prêt à sacrifier les ressources naturelles…

 

Richard Desjardins. C’est un personnage extrêmement commun sur le territoire au Québec. Des barjots, des chasseurs… ils sont pénétrés de la vieille mentalité selon laquelle les ressources sont inépuisables. Souvent, des moteurs à 3 temps leur tiennent lieu de cerveau. Vous avez le pendant en France: Chasse, pêche, nature et tradition. En France, quand on veut aller se promener en forêt, tout est privé! Les espaces publics sont restreints. Et puis, les fins de semaine, c’est dangereux de se promener en forêt. Au Québec, lors de la chasse à l’orignal, tu ne te promènes pas dans le bois non plus!

 

Cette question de l’environnement semble parfois en opposition avec celle du travail?

 

Richard Desjardins. Il faut qu’il y ait une mutation du travail. Au Québec, les emplois créés ces trente dernières années l’ont été dans des cellules d’une trentaine de personnes. Avec l’hyperindustrialisation, le bassin d’emploi diminue alors que la production augmente. Il faut aujourd’hui, dans les «techno-mines», dix fois moins d’hommes qu’il y a cinquante ans pour extraire le même volume de minerai. Les machines pour le bois fonctionnent elles aussi avec beaucoup moins d’hommes. Tout cela crée du chômage. Mais c’est la catastrophe assurée! En outre, nous ne produisons plus que des solives, du «2 × 4» pour la construction, très peu transformées; les camions que l’on voit sur la route transportent des arbres d’un diamètre de plus en plus petit. En 2004, une commission d’enquête publique portant sur la gestion forestière a confirmé ce fait. On y apprenait au passage que les subventions accordées aux sociétés forestières dépassaient les revenus qu’on en tirait. D’ailleurs, quand est arrivée la crise de l’immobilier, en 2007-2008, aux États-Unis, les prix se sont effondrés. Au Québec nous avons les plus grandes forêts naturelles du monde. En forêt boréale, de 300 à 400 produits naturels pourraient être transformés. Rien n’est fait! Tout cela risque d’engendrer des pertes d’emplois.

 

Vous avez écrit les Yankees, qui évoque le rapport avec les Indiens. Les Américains ont-ils conquis le Québec?

 

Richard Desjardins. Économiquement, oui. Il y a une usine de pompage d’eau à côté de chez moi en Abitibi. Ça ne demande pas de haute technologie, d’autant que l’eau s’en va directement dans la bouteille, sans filtrage: elle est filtrée depuis trois mille ans grâce à une formation géologique, une esker. On a réussi à la vendre à une compagnie américaine, JP Morgan, une compagnie de finances. Au Québec, les ressources naturelles ont été bradées. Alors ils n’ont pas eu besoin d’envoyer d’armée. Mais je suis chanceux. À l’époque, en 1969, si j’avais été américain, je partais au Vietnam. Nous allons cultiver la différence!

 

Le plan Grand Nord, mis en place par le premier ministre Jean Charest, en 2011, pour faciliter l’exploitation des ressources naturelles au nord du 49e parallèle, va encore dans le sens d’une conquête, et de privatisations…

 

C’est un pur ballon électoral. Les gisements sont déjà trouvés, essentiellement un gisement de nickel, énorme, un gisement de fer. Pendant cent cinquante ans, il sera possible de creuser dans ces gisements. Encore une fois, nous avons réussi à donner un gisement à une compagnie chinoise et à une autre de l’Inde. Incroyable! Les redevances vont être calculées non pas en fonction du minerai, mais des profits qui seront quasiment inexistants à partir du moment où les comptables auront fait preuve de leurs talents mystifiants. Pourquoi ne les exploitons-nous pas nous-mêmes? Charest veut même fournir l’électricité à des prix presque déficitaires, construire, dans ces grands espaces de toundra québécoise, des chemins de fer, des aéroports, des ports en eaux profondes, de nouveaux barrages pour desservir deux énormes gisements de fer et de nickel déjà trouvés. Pour amener un minerai en vrac qui partira en Chine, en Inde… C’est stupide! Pourquoi ne nationalisent-ils pas? Le gisement est là, c’est nous-mêmes qui en assurons le maintien. Le ministre dit non: ce n’est pas dans notre idéologie de promouvoir une collectivisation de ce bien. L’affaire cocasse, c’est que la compagnie chinoise est une compagnie d’État qui vient chercher le minerai! Alors que nous sommes déjà endettés de 300milliards à l’échelle du Québec et à 600milliards à celle fédérale, le gouvernement s’apprête à engager des dizaines de milliards sur un projet aux retombées hypothétiques. C’est, en tout cas, ce que disent les analystes indépendants.

 

Et au même moment, il a été demandé aux étudiants de payer plus en droits de scolarité. Les manifestations ne sont-elles qu’une goutte d’eau de l’insatisfaction collective?

 

Richard Desjardins. Mon sentiment est que l’étudiant sait qu’il est endetté; déjà, la moyenne des étudiants sortent des études avec une dette personnelle de 20000dollars. S’ajoute la dette publique du Québec et celle du fédéral. L’étudiant, au terme de ses études, doit 100000dollars. Je pense que le premier ministre avait oublié cela. Et quand il a rencontré les étudiants, pour leur demander cette hausse des frais d’admission, il a dit: nous allons nous réajuster avec la moyenne nord-américaine, ce qui vous coûtera 1dollar de plus par jour. Ce à quoi les étudiants ont répondu: si ce n’est qu’un dollar de plus par jour, pourquoi ne le payez-vous pas? En outre, l’opinion publique a été très choquée par une série d’anomalies qui n’ont pas toutefois de rapport entre elles: il y a quelques années, quand les explorateurs de gaz de schiste sont arrivés dans la vallée du Saint-Laurent, ils sont arrivés sans explication, brutalement, parfois ils étaient même représentés par des anciens hauts fonctionnaires ou des hommes politiques. Ou encore, les Québécois ont appris que la construction d’une route coûte 30% de plus sur leur territoire qu’en Ontario! Alors, ce plan Grand Nord déficitaire qui arrive comme ça… Les premières banderoles au début des manifestations évoquaient souvent la braderie des ressources naturelles. Alors que le gouvernement Charest sabrait dans les budgets de la santé, de l’éducation, exigeait des hausses des frais de scolarité, déclarant aux étudiants que c’est «leur juste part», la réponse a été manifestations, casseroles…

 

La population est divisée sur le soutien aux étudiants mais est contre la loi 78…

 

Richard Desjardins. La population semble de plus en plus contre les étudiants. Et Charest mise là-dessus pour se faire réélire. Pour occulter tout son bilan, calamiteux d’ailleurs. Il mise là-dessus: c’est moi l’homme fort; toujours le mythe du chef – très persistant au Québec.

 

Le fait d’avoir vécu à proximité des Indiens vous a-t-il permis de relativiser cette notion du chef?

 

Richard Desjardins. Les chefs n’existaient pas chez les Indiens. C’est une création de l’État fédéral. Quand il les a mis en réserve, il a dit :«élisez-vous un chef car nous ne voulons parler qu’à une seule personne.» Mais, chez eux, le chef n’existait pas, excepté peut-être chez les Iroquois qui contrôlaient les Grands Lacs. Chez les Algonquins, le chef était celui qui savait où était la viande! Ils se réunissaient l’été autour du lac poissonneux, passaient leurs étés ensemble, se réunissaient, se mariaient; ils se divisaient les rivières, savaient où était le gibier. Tout était organisé en fonction des mois d’hiver. La seule punition de mort qui existait, c’était quand tu allais voler l’orignal de l’autre. Chaque animal était discuté. Ils savaient exactement où ils étaient. Encore aujourd’hui. Les 11communautés algonquines de mon territoire ne sont pas fédérées: elles préfèrent mourir.

 

Dans cette crise aujourd’hui, au Québec, y a-t-il une volonté de dépasser le libéralisme? les structures hiérarchiques telles qu’elles sont établies?

 

Richard Desjardins. Oui. Le mouvement – celui-ci tel qu’il se dessine – n’ira pas forcément loin. Il m’apparaît comme un gros Occupy Wall Street, car je ne sens pas qu’au sein de ce mouvement se développe une ossature politique. Mais il est important pour ce qu’il signifie. Un doute s’est installé dans la conscience collective. Le Québec s’est peut-être souvenu que 90% de son territoire est de propriété publique – une proportion complètement inverse de celle en Europe – et que le plus humble des Québécois en est le légataire. L’avenir nous le dira, mais je crois que la révolte au Québec a pris racine, en bonne partie, en réaction à cette calamiteuse gestion du territoire.

 

Les étudiants au cœur du scrutin Les élections anticipées prévues le 4septembre font suite à la dissolution, le 1eraoût, du Parlement de la Belle Province par le premier ministre Jean Charest, acculé à prendre cette décision. Depuis plusieurs mois, la lutte contre la hausse des droits de scolarité, décidée par le gouvernement libéral fédéraliste sortant, mobilise les étudiants. En outre, la question de l’indépendance du Québec est revenue sur le devant de la scène politique. Enfin, le plan Grand Nord est contesté par la population. Ces questions ont été au cœur du premier débat télévisé qui s’est déroulé le 20août entre le dirigeant du Parti libéral (PLQ) Jean Charest et la chef du Parti québécois (PQ, indépendantistes). Et aujourd’hui, les étudiants doivent de nouveau descendre dans les rues de Montréal.

 

Entretien réalisé par Fabien Perrier

Par éditions la brochure - Publié dans : québec
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Mardi 21 août 2012 2 21 /08 /Août /2012 13:48

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Le premier débat télé a eu lieu. Et il y avait Françoise David pour Québec solidaire candidate dans la circonscription de Gouin et qui a crevé l’écran. Aujourd’hui ce n’est pas Le Devoir que je cite mais un chroniqueur du journal moins à gauche, La Presse, où Pierre Foglia y affiche des idées plus à gauche qu’au Devoir. Il confirme la place tenue par Françoise David. A lire. JPD.

Sur la photo, écoute collective de Françoise David communiquée par J. Desmarais.

 

Publié le 21 août 2012 à 00h00 | Mis à jour à 00h00

De la lumière de cette fin d'été

PIERRE FOGLIA, La Presse

 

Pour une fois, je partage votre sentiment: madame David a été brillante lors du débat des chefs. Je m'en étonne moins que vous, je la connais un peu, je ne l'ai jamais vue autrement que brillante, limpide dans l'exposé de ses idées et aussi ferme que courtoise à les défendre.

Il s'en est trouvé pour dire que les choses avaient été plus faciles pour elle, que les trois autres l'avaient ménagée et gnagnagna. Il s'agissait pourtant moins d'elle que de Québec solidaire et, au-delà, de toute la gauche confrontée, dans ce débat, à la realpolitik des trois autres.

La grande victoire de Françoise a été de parler autrement de justice sociale, de gratuité scolaire, de santé publique et surtout d'économie, et d'être entendue par des centaines de milliers de gens, non pas comme une idéologue, non pas comme une extraterrestre, mais comme une Juste, pour reprendre la définition de Gil Courtemanche, qui l'avait empruntée à Camus: le Juste est celui qui place au cœur de son action la défense du plus faible.

Ils étaient trois à dire la même chose dans ce débat, tout en se chicanant sur les modalités, mais essentiellement ils disaient la même chose: nous vivons dans le meilleur des systèmes possibles, élisez-nous pour qu'il soit meilleur encore encore. Sereinement, Françoise leur a répondu: ce n'est pas vrai, ce n'est pas le meilleur des systèmes possibles.

Une victoire, donc, comme la gauche n'en remporte plus souvent, ce qui ne veut pas dire qu'elle se traduira en votes pour Québec solidaire, peut-être même pas pour Françoise dans Gouin.

Mais c'est une victoire quand même, aussi douce que la lumière de cette fin d'été, une rare victoire remportée sur l'idéologie du moment.

 

LES TROIS AUTRES - Je fais partie du très petit nombre que le sourire narquois de M. Charest n'irrite pas. Il ne me déplaît pas non plus qu'il soit impudent. Bref, en général, j'aime bien M. Charest. Je parle de la manière, bien sûr, pas du fond.

 

Sauf que des fois, il devient cheap sans bon sens. Comme dans le conflit étudiant, comme lorsqu'il méprise «la rue» sans voir qu'il inclut dans son mépris le peuple et la culture qui en sont issus. Pour revenir au débat, il l'a perdu sans honneur quand il a brandi ce moisi rapport Moisan dont plus personne ne se souvient, exhumé seulement pour shooter de la marde dans le ventilateur, comme ça il sera pas tout seul à puer.

 

Dé-so-lant.

 

Mme Marois ? Bof, madame Marois. Si évidemment collée à son plan de match. Si frileuse en tout. Et quel faiseur d'image lui a donc conseillé de faire des mines et des petites façons ? La voilà qui n'arrête plus de se tordre la bouche pour parler droit, comme si elle était déjà élue.

Il faudra plus qu'un rapport Moisan à M. Charest pour renverser une tendance, et il faudra plus à Mme Marois que de la prudence, je la vois bien se faire doubler sur la ligne par M. Legault.

 

M. Legault, donc, que couronnerait cette grande bête d'opinion publique si entichée de propreté et des hommes de ménage qui la lui promettent.

DE L'UTILITÉ - Je disais dans une autre chronique que j'allais voter pour la résistance, et vous êtes quelques-uns à avoir compris que j'allais prendre le maquis dans les forêts de la Haute-Yamaska. La Résistance à laquelle vous pensez prend une majuscule, la mienne relève de la volonté minuscule d'affirmer encore un peu mon opposition à comment sont menées les affaires du monde.

Mais pas seulement. Résister à l'idée même de l'utile qui nous mène, de petits renoncements en petits renoncements, au reniement de nous-mêmes. Je suis effrayé de la place de l'utilitaire dans ces débats entre gens qui aspirent à nous gouverner, en fait du peu de place de la culture, qui ne sert à rien comme chacun sait.

La place du goût. La place du beau et du laid, son enseignement, du moins l'art de voir s'apprend. L'idée que nos enfants soient endettés, effrayant, épouvantable. Mais qu'ils ne fassent pas la différence entre le beau et le laid, l'apparence et le contenu, qu'est-ce qu'on s'en crisse. La place du paysage. Imaginez ce qu'on dirait d'un candidat qui proposerait un débat sur le paysage.

On vit pourtant de paysage, de beauté, de lumière de fin d'été, de silence, imaginez un candidat qui proposerait un débat sur le silence. Je disais que j'allais voter pour le parti de la résistance, mais c'est seulement parce qu'il n'y a pas encore de parti de l'inutile.

 

LA SOLITUDE - De cela aussi j'ai parlé l'autre fois, mais il semble que je n'ai pas été clair. Quand le maire Tremblay a dit ce qu'il a dit «sur ces gens-là qui viennent d'Algérie et dont il n'est pas capable de prononcer le nom», la moitié du Québec a fait hon... Et Mme Marois de se dépêcher alors d'annoncer qu'élu, le PQ n'aurait rien de plus pressé que de mettre en chantier une Charte de la laïcité.

L'autre moitié du Québec s'est aussitôt emparée de cette promesse comme si c'était une menace. Hein ? Quoi ? Une Charte de la laïcité ? L'espace d'un instant, la question est devenue: pour ou contre une Charte de la laïcité ?

Il y a de ces moments où je me sens comme sur la lune. Je veux dire, tout seul. Quand le maire Tremblay a dit ce qu'il a dit, cela ne m'a pas fait un pli, je sais qu'au fond du baril croupissent des légions de culs-bénits et qu'ils ont le bec des suceurs cuivrés, ces poissons en voie d'extinction, au bec configuré pour téter dans la vase.

Quand le PQ, et plus particulièrement Jean-François Lisée que j'ai déjà lu là-dessus, parle d'une Charte de la laïcité, cela ne me fait pas un pli non plus. Ce sera une charte consensuelle et interculturaliste dans l'esprit de la commission Bouchard-Taylor.

Et j'irais voter utile pour ça ! Pierre Floglia

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Résistance 2007
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