Vendredi 30 mai 2008
5
30
/05
/Mai
/2008 15:49
Maxime Vivas : Chroniques littéraires et impertinentes sur radio Mon païs, Editions La Brochure, 122 pages, 10 euros, ISBN 2917154199. Voici une de ses chroniques :
Georges Coulonges nous a quittés.
Georges Coulonges est décédé jeudi 12 avril 2003 chez lui, dans le
Lot à 80 ans. Ce fils d’un cheminot et d’une enseignante était autodidacte en raison de la guerre (il voulait être instit, il fut résistant). Bourré d’humour, il racontait ses rapports avec la
religion et avec le sport en deux boutades : adolescent je me suis séparé de Dieu. "En bons termes" ! « C’est en découvrant le vélo que j’ai compris que je suis fait pour pratiquer
l'effort assis ».
Il a écrit des chansons pour Patachou (la Musique), Tino Rossi, Nana Mouskouri, Luis Mariano, Gloria Lasso, Annie Cordy, Juliette Gréco (la Fête aux
copains), Isabelle Audret et Francesca Solleville. Avec Francis Lemarque, il écrit Paris populi (enregistrée par Serge Reggiani). Il a eu comme
interprète Michel Delpech, Marcel Amont, Serge Lama, Michel Legrand, Jacques Martin, Mireille Mathieu, Nicoletta, Sacha Distel, Bourvil et surtout, Jean Ferrat.
Au début des années 60, à 38 ans, Georges Coulonges écrit son premier roman, le Général et son train, refusé par tous les éditeurs de Paris. Pourtant deux ans plus tard, le manuscrit est accepté par Calmann-Lévy. Coulonges découvre, que
lors de sa première présentation, le manuscrit n'avait pas été lu ! Son livre reçoit le Grand Prix de l'Académie de l'Humour des mains de Jules Romains. Deux ans plus tard, il publie "La Lune
Papa", récompensé par le Prix Alphonse Allais. Une quinzaine suivront. Georges Coulonges avait rencontré un lectorat nombreux et fidèle. Il a écrit
aussi des livres pour enfants et des pièces de théâtre. «Tout ce que Coulonges écrit est savoureux. Cela a du rythme. Il y a du soleil dans son
style » disait Jean-Louis Barrault. Pour la télévision, il a notamment écrit au début des années 80 : Pause-Café, avec Véronique Jamot, qui
pulvérisera les records d’audience (17 millions de téléspectateurs) et parviendra même à battre Dallas.
A Montauban et à Cahors, deux groupes scolaires portent le nom de ce défenseur opiniâtre de la laïcité.
Ecoutons-le, pour bien le comprendre, répondre à un journaliste :
Question :
« Vos héros sont toujours de petites gens ?
Réponse : J’ai horreur
de ce terme. Mes héros sont des instituteurs, des médecins, des cheminots, des agriculteurs, une assistante sociale, des imprimeurs. Je vois là des gens qui, tous les jours, accomplissent leur
tâche et élèvent leurs enfants. Ce n’est pas une petite chose et ce ne sont pas des petites gens. Il suffit de monter quelque peu dans l’échelle sociale pour constater qu’être en haut ne signifie
pas être grand.
Question : On ne
parle pas de vous dans les grands hebdomadaires. On ne vous voit pas sur les télés nationales. Pourquoi ?
Réponse : J’ai connu le
succès dans les domaines de la télé, de la chanson, genres réputés mineurs pour ceux qui se targuent de représenter la Littérature française. Je ne vais jamais dans les réceptions, j’habite dans
le Lot et j’ai aggravé mon cas en écrivant deux romans sur la Terre : aux yeux de la gent « parisianiste », à coup sûr, je suis un bouseux.
Question : Vous n’êtes même jamais passé chez Pivot.
Réponse : Pivot n’a jamais lu un seul de mes livres. S’il les avait lus,
il m’aurait invité. »
***
Il se trouve que j’ai rencontré pour la première fois Georges
Coulonges à Paris dans ma jeunesse. Je l’avais invité à une remise de cartes de la section syndicale CGT du centre de tri de Paris Brune dont j’étais alors secrétaire. Il était venu, il nous
avait fait rire. Quand mon premier roman est sorti (dont le titre était «Paris Brune», justement), je le lui ai envoyé et il m’a aussitôt écrit un mot en retour. Ensuite, nous nous sommes revus
et il me reparlait de ce centre de tri et de mon livre. Il avait tenu à être un des premiers signataires de la pétition que j’avais lancé pour une ouverture d’un vrai salon du livre à Toulouse
sous l’égide du Centre Régional des Lettres. Il m’avait invité à passer le voir chez lui en me parlant de sa piscine où nous nous serions baignés ensemble. Je n’ai pas osé y aller, craignant
d’apparaître comme un courtisan à la recherche d’un bienfait du maître. Je m’en veux aujourd’hui.
Allez, écoutons un chant d’amour qu’il a écrit pour les hommes du peuple : « Potemkine », une
chanson qui fut interdite à la radio et à la télévision. 16 juin 2003
Derniers Commentaires