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raoul verfeuil

Jeudi 10 janvier 2013 4 10 /01 /Jan /2013 11:10

30 juillet 1914 dans le Midi socialiste

L'ultime moyen

Il est encore temps de parler de la Grève générale. Ses adversaires, qu'ils soient de nos amis ou de nos ennemis, n'ont pas fini d'en parler et la situation extérieure est telle qu'elle lui donne comme un regain d'actualité. La grève générale est destinée à empêcher la guerre et la guerre gronde pour le moment à nos pertes...

J'ai suivi avec attention les débats-du dernier congrès du Parti. J'ai écouté sans parti-pris, n'appartenant et ne voulant appartenir à aucune tendance, Guesde, Compère-Morel, Lucien Deslinières et tous les camarades qui ont combattu la grève générale que derrière Vaillant et Jaurès, nous soutenions.

Les arguments qu’ils nous ont opposés et que j'ai eu l'occasion dans mon dernier article du Midi de discuter ne m'ont pas convaincu, pas plus qu'ils n'ont convaincu la majorité du Congrès. Le seul qui ait une apparence de valeur est le suivant : « Si vous faites la grève générale en cas de guerre, vous livrez le pays le plus socialiste au pays le moins socialiste et vous faites le jeu des gouvernements d'autocratie. »

Cela serait exact s'il y avait action unilatérale et grève dans un seul pays.

Mais la motion Keir-Hardie-Vaillant, amendée par la commission des résolutions est formelle : la grève devra être déclenchée internationalement et simultanément.

Et qu'on ne vienne pas nous dire qu'il n'est pas possible d'affirmer qu'il y aura simultanéité de mouvement et identité- d’efforts. En douter, c'est douter de l'Internationale elle-même, c'est nier son esprit de discipline et son socialisme lui-même et si le bureau socialiste international ne parvient pas à faire exécuter des décisions prises solennellement en Congrès par toutes les sections je me demande à quoi il sert et je réclame sa suppression,

En admettant qu'il n'y ait pas, de part et d'autre - et cela ne dépendrait pas du bureau international mais de la force d'organisation des diverses sections - identité d'effort, cela ne prouve rien. Cette identité n'est pas nécessaire.

Il n'est pas nécessaire que la grève atteigne partout le même développement.

C'est à souhaiter, mais ce n'est pas indispensable. La grève dans un service public seulement paralyserait ou gênerait à tel point la mobilisa lion qu'il suffirait qu'elle se produisit dans les deux pays pour empêcher la guerre. Et peu importerait dans ce cas que la grève s'étendit, dans une nation, et d'autres services alors que, dans la nation voisine, elle se limiterait à se service seul. Le même résultat serait atteint dans les deux nations. Il y a là de quoi rassurer la conscience républicaine et un tant soit peu nationaliste de certains de nos camarades, ceux précisément - et ce n'est pas le côté le moins plaisant de la chose - ceux qui professent en temps ordinaire, pour la forme politique de gouvernement une indifférence proche du mépris et qui voient avec raison dans l'humanité non pas des patries mais des classes et des classes irréductiblement ennemies.

Car il faudrait bien aussi parler de ce point de vue. On nous dit : « Vous allez livrer la France à l'Allemagne ». O oublie qu'en Allemagne il n y a pas qu'un empereur, que des hobereaux, qu'une caste militaire et que des pangermanistes.

Il ya aussi des ouvriers et des paysans, des travailleurs comme nous, qui triment tout comme nous, qui souffrent tout comme nous ; des socialistes tout comme nous, ont assez d’être des miséreux et des esclaves et poursuivent la même transformation sociale, le même idéal de bien-être, de liberté, de fraternité et de justice. Il faudrait en parler de ceux-là et il ne faudrait pas cacher que c'est contre ceux-là, contre ces frères de souffrance et de lutte que la guerre nous dresserait et nous jetterait dans une effroyable crise d'aberration et de bestialité. Je me refuse pour ma part –et je prétends être dans la plus pure tradition socialiste - à commettre ce crime. La haute  trahison contre le socialisme, citoyen Deslinières, ne consiste pas à empêcher ce crime, même par la grève générale et l'insurrection si c'est nécessaire, mais à le commettre en refusant de recourir à ces moyens même s'ils sont reconnus indispensables. Car je pose ici la question que j'ai posé à Compère-Morel eu cours de mon intervention au Congrès National et à laquelle il n’a pas répondu : « Si tous les moyens légaux, si je puis dire, que vous préconisez pour empêcher la guerres que tous nous redoutons comme le pire des fléaux, sont de toute évidence, insuffisants; si, malgré les campagnes de presse et de réunion, les meetings, les manifestations, les discours et les obstructions parlementaires; si, malgré tout cela, la guerre est sur le point d'éclater, voulue à tout prix par les gouvernants, que ferez-vous ? »

Nous vous offrons le dernier moyen, l'ultime, le seul qui puisse détourner de nos têtes l'orage et prévenir la catastrophe. C'est la grève générale.

Il ne s'agit pas de savoir quel est son degré plus ou moins grand d'efficacité.

Vous n'avez -plus le choix. Vous avez tout épuisé. Il ne vous reste plus que cette arme. Allez-vous la repousser ou la dédaigner ? Alors c'est l'abattoir. Êtes-vous assez « moutons » pour vous y laisser conduire ? Vous le pouvez. Vous pouvez aller vous battre contre des camarades-de la veille, que vous aurez salués, avec qui vous aurez fraternisé dans un congrès, à Stuttgart, à Copenhague, à Bâle ou à Vienne et en compagnie desquels vous aurez décidé de vous opposer à la guerre r « par tous les moyens », quitte à ne pas utiliser le meilleur. Vous le pouvez, mais alors ne vous dites plus socialistes.

Vous êtes des nationalistes qui s'ignorent...

Vous placez l'idée de patrie au-dessus de l'idée de classe et, que vous le vouliez ou non, les intérêts nationaux, c'est-à-dire, en définitive, capitalistes, au-dessus des intérêts prolétariens. Pour nous, notre patrie, c'est l'internationale ouvrière.

Le hasard de la naissance nous a faits Français; le cœur et la raison nous ont fait socialistes. Nous ne commettrons pas ce crime monstrueux et « de haute trahison » contre le socialisme, celui-là, de porter les armes contre d'autres socialistes, de quelque nom qu'ils s'appellent.

Vous nous dites qu'on nous traitera de sans-patrie ? La belle affaire ! On nous traitait bien jadis de partageux et de pétroleurs. Ces calomnies ne nous ont pas empêchés de progresser, d'avoir cent élus à la Chambre et près de cent mille cotisants. La motion du Congrès de Paris, si elle est acceptée à Vienne par l'Internationale, au lieu de gêner notre recrutement le facilitera. Ce qui le gêne, ce recrutement, dans une certaine mesure, ce n'est pas notre prétendu verbalisme révolutionnaire : c'est, sur le terrain antimilitariste, l'attitude trop imprécise de la social-démocratie allemande. Si, une fois pour toutes, nos camarades allemands déclarent avec nous. catégoriquement cette fois, qu'ils ne marcheront pas en cas de guerre, on aura fini de nous opposer les uns aux autres et la grève générale, au lieu d'apparaître à de nombreux esprits timorés ou inquiets comme un épouvantail, apparaîtra comme l’ultime moyen de salut, accepté et utilisé par tous.

Il ne suffit pas de proclamer qu'on ne veut pas la guerre. Il faut prendre toutes les mesures propres à l'empêcher et tenter, dans ce but, les efforts les plus héroïques et les plus désespérés. Contre un tel fléau, tous les remèdes sont bons et doivent être employés.

Raoul VERFEUIL.

N. B. - A l'argumentation de notre camarade - dont l'opinion n'engage que lui. - nous répondions un seul mot : Verfeuil ne veut pas porter les armes contre d'autres socialistes, C'est donc que les autres socialistes marcheraient à la bataille ?.., Dans ces conditions, on se demande pourquoi nous n'irions pas nous-mêmes.

Par ailleurs, Verfeuil nous dit que dans une nation il y a deux classes et que, en luttant contre elle, on lutte contre la classe ouvrière. Mais notre ami sait bien que c'est la classe bourgeoise qui détient le pouvoir et qu'en nous inclinant devant un pays étranger c'est devant des capitalistes que nous capitulons. L. H.

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Jeudi 10 janvier 2013 4 10 /01 /Jan /2013 11:05

25-12-1911 Midi socialiste

REPONSE A VERFEUIL

Verfeuil est un censeur sévère, il est même sans pitié.

Il me reproche de ne lui avoir pas répondu à certaines critiques qu’il avait formulé sur l’attitude résignée, pas du tout, révolutionnaire, du groupe socialiste à la Chambre.

Le saboteur en chambre Verfeuil, qui pourra se livrer au Congrès de Lyon s’il y est délégué, à la chasse aux renards contre Compère-Moral et moi, reproche au groupe socialiste de ne pas continuer à la Chambre, pour les cheminots révoqués, le sabotage auquel nous nous livrâmes contre Brian, et à certains, de s’être refusé à signer le manifeste du Parti contre la vie chère.

Verfeuil a cependant tort de faire état de pareilles critiques qui relèvent du Parti.

Il s'agit simplement d'en revenir au sujet même de notre polémique. Or, le principal grief que fait, Verfeuil à mes Discours, c'est d'avoir été applaudi par les réactionnaires de toutes les espèces, parmi lesquels presque tous les députés socialistes qui se trouvaient dans la matinée du 2 décembre sur les bancs de l'extrême-gauche.

Verfeuil serait bien plus inquiet s'il voulait se rendre compte que les deux élus qui font actuellement l'objet de ses foudres ont associé leurs votes à ceux des droitiers et du centre et de certains radicaux sur l'amendement Betoulle tendant à la suppression des contributions ouvrière et patronale en matière de retraites ouvrières.

N'est-ce pas que cette nouvelle manifestation de ces élus prouve bien qu'ils sont les suppôts de la réaction ? Hé bien ! ô douleur cruelle ! ces deux jaunes ont fait des petits : ils ont corrompu une vingtaine de leurs camarades socialistes qui les ont imité.

Il est grand temps, citoyen Verfeuil, si vous ne voulez pas assister à ce triste spectacle d'un groupe socialiste qui s'enlise et s'avachit, que vous vous prépariez à venir prendre place le plus tôt possible, parmi ces Quinze Mille qui préfèrent passer à la caisse que de casser leurs pupitres.

Verfeuil m'a lu et relu et le malheur pour moi, c'est qu'il est Un des rares privilégiés en l’espèce, car ils sont nombreux les lecteurs du Midi Socialiste qui n'ont pu me lire.

Et, remarquez que j'ai le droit de le regretter, car mes juges plus impartiaux que Verfeuil auraient pu se rendre compte que je n'ai pas entendu donner raison aux mesures répressives employées par le gouvernement de notre République bourgeoise et il suffit pour en être convaincu de lire la fin de mon discours.

Je n'aurais jamais cru que pour se défendre du reproche que je lui ai fait de m'avoir mal lu, Verfeuil aurait eu la mauvaise foi d'exploiter un mot qui n’a pas le sens qu'on veut lui donner.

Agir ainsi avec ses frères d'armes ce n'est pas de la plus grande loyauté et ce n’est pas du tout le moyen d'amener la concorde sinon entre le Parti et la C. G. T. au moins entre les camarades du Parti.

H. GHESQUIERE.

Député du Nord.

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Mardi 28 août 2012 2 28 /08 /Août /2012 15:10

L’ami René Merle m’oriente vers une nouvelle source accessible sur internet : une partie de la presse régionale à la BM de Toulouse. Je suis allé aussitôt voir le Midi socialiste que j’ai tant et tant étudié au moment d’une étude sur le cas des grèves de Castelsarrasin avant 1914. Je voulais y retrouver l’homme qui ne me quitte pas, Raoul Verfeuil, et les résultats ne manquent pas. Aujourd’hui le texte de Frossard sur la mort du Montalbanais. Je rappelle que le « boulet de la victoire » c’était pour dire que la victoire de 1918 avec les conditions imposées à l’Allemagne ne pouvait que revenir en pleine figure de la France…. Ce texte est précieux par beaucoup de point. J-P D.

 

Midi Socialiste 3 novembre 1927

Raoul Verfeuil

Il est mort l'autre nuit, dans un sanatorium des Landes, après une longue agonie de plus d'un an. Nous étions tous sans nouvelles de lui depuis des mois. Il m’avait écrit au début de l'année, coup sur coup, deux lettres pleines d'humour et comme l'un de nous, notre ami R.-G, Réa,- qui le savait presque dans la gêne, s'était préoccupé de lui assurer au moins un minimum de sécurité matérielle, m’avait prié, avec un émouvant et farouche souci de ce qu’il croyait être sa dignité, de dire qu’il n'accepterait point qu'on lui vint en aide. Sur tout ce qui le concernait il était d'une discrétion ombrageuse. Il ne livrait jamais rien de sa vie intime et pourtant il n'avait rien à cacher. Nous le plaisantions parfois. Ce doux poète aux yeux candides, qui avait dévoué au socialisme un cœur d'une admirable richesse, cet idéaliste ingénu, passionné accueillait nos railleries avec un bon sourire et les désarmait à force de généreuse indulgence.

Il était venu au socialisme très jeune, par instinct plus que par raison, à la recherche d'une mystique comme tant d'autres. Dans son département d'origine, le Tarn-et-Garonne, il lui fallut livrer de dures batailles pour que le parti de Jaurès eût enfin droit de cité. C'est là-bas qu’en 1914 il fit ses premières armes. Candidat socialiste dans une circonscription où il n'y avait que des coups à recevoir, il se dépensa sans compter, tenant tête avec un beau courage à la meute de ses adversaires. Puis il vint à Paris. La guerre en quelque sorte le révéla à lui-même. Tout de suite il la dénonça comme le Crime des crimes et il se mit à la haïr d’une haine exaspérée. Lorsque Maurice Delépine racontera l'histoire du mouvement minoritaire qu'il connaît mieux que personne, il nous montrera Verfeuil assidu aux réunions de son Grenier et plein d'une sombre ardeur pour là paix. Hélas ! nous n'étions pas nombreux à rester maîtres de nos nerfs dans l’effroyable tourmente.

Nous avions pris au sérieux les enseignements de nos chefs et les résolutions viriles de nos Congrès. Le mensonge de la guerre du Droit de la guerre pour tuer la guerre, soulevait nos consciences. Mais autour de nous, par un phénomène de folie ou d'aberration collective, les plus fermes, les plus clairvoyants, les plus justement écoutés et réputés réprouvaient nos scrupules et nous donnaient tort d'avoir raison.

Raoul Verfeuil était certes, dans notre petit groupe, l'un des plus décidés. Il n’admettait pas leurs hésitations. Il méprisait les petites habiletés de la politique. Il allait toujours jusqu'au bout de sa pensée qui était simple et droite, et il nous proposait toujours, à notre grand désespoir, les formules les plus audacieuses et les initiatives les plus risquées. Un jour, dans un congrès, à la veille des élections bleu horizon de 1919, il eut un mot qui lui valut une notoriété que nos candidats jugèrent fâcheuse : il parla du  « boulet de la Victoire ». Quelle tempête dans les encriers du Bloc National ! Je ne suis pas sûr que ses amis ne lui reprochèrent point avec une affectueuse sévérité, cette audace oratoire. L'avons-nous assez traîné depuis dix ans bientôt,

le « boulet » du paume Verfeuil !

La Révolution russe exerça sur son esprit un puissant attrait. Mais, il n'adhéra au communisme que par discipline. Il rompit avec Moscou quelques semaines avant moi. Lorsqu'à mon tour je repris ma liberté, il m'écrivit : « Enfin, je te retrouve !... » Et, dans les heures difficiles que je vécus alors, sous les outrages des hommes dont je m'étais séparé, sa chaude et fidèle amitié rn¢ fut un réconfort quotidien.

Dès lors, c'est à la reconstitution de l'unité ouvrière qu'il se consacra tout entier. A la mort de Pierre Brizon, il avait repris La Vague qu'il rédigeait presque seul, dans un bureau voisin du mien, rue Saint-André des-Arts. Avant que ses forces ne le trahissent, il nous donna in beau roman, d'une solide facture « L'Apostolat », qui était le récit des années terribles et l’histoire un peu amère de me espérances et de nos déceptions. Mais déjà il souffrait des premières atteintes du mal implacable qui devait l'emporter.

Nous lui reprochions, nous qui ne savions pas, de manquer de ressort ; il était malade et ne l’avouait point. Nous ne le reverrons plus.

Dans nos réunions et à la tribune des assemblées populaires, nous ne l'entendrons plus de sa voix chantante, que relevait une pointe d'accent méridional, exalter l'idéal dans lequel il avait trouvé le maximum de poésie. Le socialisme perd en lui un militant d'une rare sincérité, Nous perdons un ami sûr, l’ami des mauvais jours, cœur  d'or, d'une exquise délicatesse, compagnon charmant et modeste qui ne voulut jamais faire de peine à personne autour de lui. Sur sa tombe, au bord de l'océan, l’on pourrait graver cette inscription : « Ici repose un socialiste qui fut le meilleur des hommes ! »

L.-O. FROSSARD

 

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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 17:09

La naissance de ce nouveau site Internet http://archivescommunistes.over-blog.fr/ vient de m’inciter à revoir Verfeuil d’où les deux articles qui suivent où le quotidien communiste et le quotidien socialiste qui se faisait la guerre à cette époque là réussissent à dire presque la même chose sur la mort de Verfeuil. Cela valait d’être noté. JPD

L’Humanité : 29 octobre 1927
Verfeuil est mort
Raoul Verfeuil qui, depuis quelque temps, était très malade, est mort hier. Ancien membre de la C.A-P du parti socialistes, Verfeuil avait été parmi les minoritaires de la guerre les plus en vue. On se souvient de sa fameuse, formule : le « boulet de la victoire » qui lui avait valu d'être fortement attaqué par la presse réactionnaire, voire même d'être arrêté en province. Verfeuil, qui avait suivi notre parti après Tours, n'était cependant que peu enclin à se plier à la discipline et à la politique rigoureuses d'un parti communiste. Et c'est, quelque temps avant là trahison de Frossard, que nous nous séparions de lui. Sentimental, poète plus que militant, Verfeuil, malgré ses erreurs, reste dans la mémoire de tous, un exemple d'honnêteté et de sincérité politiques.

Le Populaire 28 octobre 1927
Mort de Raoul Verfeuil
C’est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons la mort de Raoul Verfeuil, qui vient de mourir dans un sanatorium du Midi où il se soignait depuis un an.
Verfeuil avait adhéré tout jeune au socialisme. Il joua un rôle important dans la minorité socialiste pendant la guerre. Journaliste, écrivain et militant, il fut rédacteur au Populaire du soir, à l’Humanité. En 1919, il fut durant quelques mois, le secrétaire de la Fédération de la Seine.
En 1922, Verfeuil qui avait adhéré au parti communiste tout en déclarant qu’il n’acceptait pas les 21 conditions, fut exclu par les moscoutaires. Il adhéra par la suite à l’Union socialiste communiste.
Tous ceux qui ont milité à ses côtés garderont le souvenir d’un camarade honnête, bon et dévoué.
(Le même jour Renaud Jean publie en une un important article pour montrer que la révolution française n’a pas fait la réforme agraire).

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Jeudi 30 juin 2011 4 30 /06 /Juin /2011 14:34

Le site Gallica vient de lettre cette photo sur son site. Pour moi c'est une intense émotion. Je découvre enfin une belle photo de Raoul Verfeuil. Je sais que le personnage a peu "d'amis" dans le monde mais que m'importe. JPD

 

verfeuil.jpg

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Mardi 24 mai 2011 2 24 /05 /Mai /2011 16:56

verfeuil-petit-journal.jpg

 

En quelques lignes la journaliste du Petit Journal a su résumer la vie d’un Montalbanais que nous célébrons sur ce blog pour son combat à la fois littéraire, culturel, social et politique qui continua celui de Jaurès. Personne ne sait ce que le célèbre Tarnais aurait fait après la déclaration de guerre, mais le parcours de Verfeuil peut en donner une idée.

A la fin de la rencontre chez Deloche, un des participants nota qu’entre le présentateur du cas Verfeuil et Verfeuil lui-même, il devait être possible d’établir une parenté.

Entre Verfeuil et moi, il existe une différence de taille : chez lui le combat politique a suivi son écriture littéraire, tandis que ma propre écriture est seulement l’effet de mon engagement politique. Cette inversion dans l’ordre des causalités premières a de profondes répercussions dans la qualité de l’écriture produite. Verfeuil est resté un écrivain sa vie durant. Je ne pourrais être qu’un écriveur. A ce titre, mon activité fondamentale consiste et consistera, avec les moyens dont je dispose, à rendre hommage à ceux qui tentèrent l’impossible et qui, j’en conviens, surent se passer le flambeau à travers les générations. Raoul Verfeuil, en terminant sa vie par un hommage LUCIDE à Olympe de Gouges a prouvé qu’il savait d’où il venait.

La journaliste du Petit Journal, par sa présentation, aide à tisser les liens entre générations. Voilà pourquoi je la remercie pour cet écho.

25-05-2011 Jean-Paul Damaggio

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Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 22:44

Quinze ans après, je présente à nouveau Raoul Verfeuil à quelques personnes grâce à la Compagnie des écrivains. Cette fois j’ai une vision plus globale du personnage. Du poète au romancier, du radical au communiste, de la naïveté à la lucidité, le parcours du fils du peuple qu’est Raoul Lamolinairie me paraît plus que jamais exemplaire, unique, stupéfiant.

Il reste des mystères : pourquoi ce choix de Verfeuil comme pseudo ? pourquoi ne pas avoir fait le service militaire ? Il avait peut-être les pieds plats ? Ou était-il déjà victime de la tuberculose ? J’ai envie de partir aux archives pour vérifier.

A lire à haute voix  l’écriture limpide de cet écrivain, je l’entends moi-même autrement.

Verfeuil attend sans doute mieux de mon propre travail. Je vais y réfléchir.

18-05-2011 Jean-Paul Damaggio

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Jeudi 5 mai 2011 4 05 /05 /Mai /2011 21:16

Voici la fin de Verfeuil dans l'Humanité, Verfeuil qui meurt en 1927 de la tuberculose, continuera d'inventer l'impossible qui, des années après, s'appelera un temps, le P.S.U. (même si les conditions étaient totalement différentes). JPD

 

Humanité 13 novembre 1922

 

Le cas Verfeuil

Marrane présente ensuite la résolution suivante :

Le Congrès fédéral de la Seine propose au Congrès national la résolution suivante :

Le Congrès national :

1.Considère que Verfeuil a mené une série de campagnes anticommunistes. Après Tours, il a attaqué le principe même de la création de la Troisième Internationale et de la création du Parti communiste français, en prêchant le retour à l'unité d'organisation avec les dissidents. Il s'est élevé contre la nécessité de la violence révolutionnaire, qui est l'un des traits essentiels de la doctrine marxiste, en critiquant le militarisme, quelle qu'en soit les couleurs. Sous l'apparence de défendre les droits des minorités dans le parti, il a soutenu, sous le nom de liberté d'opinion, le droit de miner les partis communistes par la propagande des idées anti-communistes. Sous prétexte de défendre l'autonomie des partis nationaux, il a, en réalité, défendu leur droit 'à l'indépendance complète vis-à-vis de l'Internationale et de sa direction responsable.

2.Constate que Verfeuil a mené publiquement cette série de campagnes l'an dernier, dans le Journal du Peuple et n'a cessé sa collaboration politique, après l'exclusion de ce journal, qu'après y avoir publié un article de rébellion contre la décision régulière de l'exclusion de Fabre, prise par l'Exécutif de l'Internationale et ratifiée par le Comité directeur.

3. Estime que l'influence qu'a pu conquérir Verfeuil dans le Parti, a sa source dans le fait qu'au mépris de la charte de Tours, Verfeuil exposait à sa façon ses désaccords avec le Parti dans le Journal du Peuple. L'Humanité se taisant sur ces désaccords, Verfeuil jouissait par là même d'un véritable privilège exploité par lui contre le communisme.

4. Constate que la politique de Verfeuil a trouvé son couronnement dans la tentative de celui-ci de former au sein du Parti une fraction anticommuniste qui, si elle se développait, mènerait le Parti soit à une scission, soit au rétablissement de l'unité dans la confusion d'avant Tours,

5. Estime intolérable que, sous prétexte de présenter une thèse au Congrès national Verfeuil puisse essayer de donner à cette fraction anticommuniste un programme d'attaque contre l'Internationale communiste, ne se distinguant en rien des polémiques dirigées par le Journal du Peuple contre l'Internationale communiste et les militants qui jouissent de sa confiance.

Le Congrès national constate en outre que, depuis la décision d'exclusion prise à l'unanimité par le Comité fédéral de la Seine, Verfeuil persévère dans son attitude et renforce, par tous les moyens en son pouvoir, l'organisation de sa fraction et la résistance au travail communiste du Parti.

Le Congrès national, affirmant à nouveau le droit des minorités qui se placent sur le terrain communiste de lutter pour leurs idées dans l'intérieur du Parti, mais résolu à combattre sans merci tous les éléments rompant délibérément avec les principes fondamentaux du communisme :

Ratifie la décision d'exclusion du Comité fédéral de la Seine qui décide d'exclure les camarades qui se sont solidarisés ou se solidariseraient-avec Verfeuil., et invite le futur Comité Directeur à ne tolérer aucune manifestation anticommuniste au sein du Parti
Auclair estime que l'Exécutif de 1'I. C. ayant exclu définitivement Verfeuil, la question ne se pose plus.

H. Sellier regrette le manque, de sincérité avec lequel on traite cette question. Métayer (14e) lit une motion de sa section repoussant l'exclusion de Verfeuil. On vote par appel nominal des sections, chaque délégué prenant la responsabilité de son vote. La proposition du Comité fédéral est adoptée par 131 délégués contre 25 et 33 abstentions.

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Jeudi 5 mai 2011 4 05 /05 /Mai /2011 21:13

 

Loin du poète naïf de 1906, voici le dirigeant du PCF face à une manœuvre de la direction pour le discréditer. Il sera exclu suite aux événements que relatent les deux articles de l’Humanité repris ci-dessous. JPD

 

 

Humanité 16 septembre 1922

LA VIE DU PARTI

Le cas Verfeuil

Dans sa séance de jeudi, le Comité Directeur a voté l'ordre du jour suivant :

« Le Comité Directeur après avoir pris connaissance de la circulaire adressée par le citoyen Verfeuil à un certain nombre de membres du Parti et dont le texte a paru dans un journal bourgeois du matin, enregistra que cette circulaire, dans l'esprit du camarade Verfeuil, revêtait le caractère d'une lettre privée et que c'est contre le gré de son auteur dont la responsabilité doit être sur ce point dégagée que de la publicité lui a été donnée.

Il ne conteste pas, dans la situation actuelle du Parti et à l'approche du congrès, le droit du citoyen Verfeuil de convier à un échange de vues les camarades qu'il croit en accord de pensée avec lui il estime au contraire que le Parti sortira heureusement de la crise qu'il traverse si, une bonne fois pour toutes, le congrès est placé en face d'attitudes nettes, d'affirmations claires entre lesquelles il choisira dans sa souveraineté.

Cependant il constate que la lettre de Verfeuil est devenue un document public sur le fond duquel il a le devoir de se prononcer, Il en résulte que le camarade Verfeuil travaille à organiser dans le Parti, un groupement de résistance à l'Internationale Communiste dont il dénonce l'Inquisition. Les arguments qu'invoque le citoyen Verfeuil à l’appui de la campagne qu'il a entreprise reposent sur une interprétation inexacte des décisions de l'Exécutif. Ils parlent en réalité contre la Charte de Tours, devenue la loi du Parti ; si le congrès les admettait, il ne pourrait leur donner d'autre sanction que la rupture avec l'Internationale Communiste. Il est hors de doute que l'attitude de Verfeuil, et l'acte qu'il vient de commettre ne sauraient être tolérés par le Parti. Ils constituent l'infraction la plus grave aux règles élémentaires de la discipline communiste et ils sont incompatibles avec la qualité dont Verfeuil semble vouloir qu'on le prive de membre de l'organisation communiste.

Le Comité Directeur serait fondé à demander à la commission des conflits de le signifier au camarade Verfeuil. A un mois du congrès, il estime que c'est devant le Parti tout entier que la question doit être posée. Il défère donc le citoyen Verfeuil au Congrès national. Il se propose d'agir de même à l'égard de tous ceux qui se solidariseront avec lui. Il compte que le congrès, avec une autorité décisive, prendra les mesures capables de soustraire le Parti à l'activité de tous ceux qui, à l'exemple de Verfeuil, prétendraient le ramener en deçà du congrès de Tours, à l'unité d'impuissance et d'abdication heureusement disparue. »

Ont voté pour Frossard, Ker, Bestel, Servantier, Soutif Rappoport, Renoult, Méric, Cachin, Paquereaux, Gourdeaux, Dondicol, Auclair, Paul-Louis, Garchery.

Voici le texte de la déclaration déposée par Dunois :

La minorité du Comité Directeur estimant que le citoyen Verfeuil, absolument étranger aux doctrines qui sont à la base du Parti Communiste, n'est pas et n'a jamais été à sa place dans ce parti, considère que Verfeuil s'est mis définitivement hors du Parti par la lettre au moyen de laquelle, en des termes qui veulent être une condamnation de l'Internationale il a tenté de créer une fraction anti-communiste au sein de l'organisation.

Ont voté pour Dunois, Bouthonnier, Laporte, Péri.

Abstention Lucie Colliard.

 

Voici d'autre part les explications qu'a fournies par lettre au CD. le citoyen Verfeuil :

Paris, le 14 septembre

Mon cher Frossard,

Tu as bien voulu m'informer que le citoyen Bouthonnier t'avait saisi d'une demande d'exclusion contre moi pour la lettre que j'ai adressée à un certain nombre de camarades et qui, à ma grande stupéfaction, a été reproduite dans le Matin.

Comme je ne puis assister à la réunion de ce soir, je t'envoie par écrit les déclarations que j'aurais faites oralement si j'avais été présent.

1. Je ne pense pas qu'on puisse supposer un instant que j'ai moi-même communiqué ma lettre au Matin. Tous ceux qui me connaissent savent que je n'ai pas recours à ces procédés qui relèvent de la basse police.

2. Il conviendrait peut-être de chercher l'auteur de la divulgation du côté' qui a été indiqué à Frossard il y a quelques mois. Il a été signalé en effet au secrétaire du Parti que le Matin avait un informateur appointé dans les organismes centraux du Parti ou de la Fédération de la Seine, et Frossard a vu le texte manuscrit d'un: compte rendu envoyé par cet informateur audit journal. Je demande qu'une enquête soit faite pour découvrir et - exécuter -  cet individu.

3. Je rappelle que d'autres divulgations se sont déjà produites (rapport moral de Pioch. séance de la commission des conflits, où fut jugée l'affaire de Pavillons-sous-Bois): Au profit d'un autre journal, Ernest Lafont a lui aussi, été victime du même procédé que moi.

4. J'ai le droit, comme tout membre du Parti, de constituer un groupement de tendance, qui ne vient d'ailleurs que le cinquième et dernier en date, quatre autres étant déjà formés ou en formation. Le secrétaire du Parti lui-même a pris une initiative identique à la mienne.

5. J'ai le droit, dans une lettre privée, adressée exclusivement à des membres du Parti, d'exprimer telles opinions qui .me conviennent et d'employer tels termes qu'il me plait d'employer.

6. Si sévères que puissent paraître certains de ces termes à l'égard de l'Exécutif, je ne sache pas que l'Exécutif soit une institution sacro-sainte, à laquelle il est défendu de toucher sous peine d'être livré aux flammes purificatrices du bûcher. Il ne m'apparaît pas, du reste, que j'ai été, en l'espèce, moins respectueux à l'égard de l'Exécutif que le directeur du « Bulletin Communiste l'égard du Parti français, injurié « publiquement par lui dans sa majorité. Or, le citoyen Bouthonnier n'a pas encore demandé, me semble-t-il, l'exclusion du citoyen Souvarine.

7. Je prends l'entière responsabilité de ma lettre.

8. Prennent aussi cette responsabilité un certain nombre de camarades, dont je tiens les noms à la disposition du Comité directeur. Fraternellement.

Raoul Verfeuil.

 

Compte-rendu de l’intervention de Verfeuil au Congrès de la Seine telle que l’Humanité l’a publiée le 9 novembre 1922

 

Verfeuil

Verfeuil prend donc la parole. Il tient d'abord à protester contre les procédés, qu'il estime inqualifiables, employés contre lui et ses amis. Ces procédés, ce sont, pour Verfeuil d'abord la décision prise récemment par la majorité du Comité directeur, sur la proposition de Frossard, le déférant devant le Congrès national aux fins d'exclusion, ce qui disqualifiait par avance la motion présentée par lui au Congrès National, faisant peser une menace d'exclusion non seulement sur ceux qui la signeraient, mais même sur ceux qui la voteraient ensuite l'exclusion votée par le Comité fédéral sans l'avoir entendu ni même convoqué.

Verfeuil ne veut pas qu'on mette en doute son attachement aux thèses et à la doctrine de la Troisième Internationale. Elles sont, dit-il, la base éternelle du socialisme. Ce n'est pas là-dessus que portaient les réserves faites à Tours, mais sur des détails de structure que le Parti dut, du reste, d'accord avec l'Internationale, modifier.

On demande mon exclusion, ajoute-t-il, et pourtant, étrange paradoxe, nous avons accepté, dès le début, le front unique tel que le réclamait l'Internationale communiste.

On nous présente comme des adversaires de l'Internationale, parce que nous avons combattu l'Exécutif, mais l'Exécutif n'est pas plus l'Internationale que le Comité directeur n'est le parti, ou le comité fédéral la fédération de la Seine.

L'Exécutif, dit Verfeuil, a commis des abus de pouvoir dans la réintégration des démissionnaires de Marseille, dans l'application de l'article 9, dans une politique systématique d'exclusions.

« On ne peut relever contre nous aucun acte d'indiscipline. C'est l'Exécutif qui a fait acte d'indiscipline en s'insurgeant contre les statuts internationaux. »

Si vous nous chassez, conclut Verfeuil, je souhaite que grand bien en soit pour le Parti. Mais si vous nous gardez, qu'il soit bien entendu que ce sera avec l'intégralité de notre pensée vous ne nous domestiquerez pas

Une partie du Congrès applaudit Verfeuil.

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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 22:16

En 1906, Raoul Verfeuil présente son recueil de poésies. Il a 19 ans seulement. Il a le soutien du courant de gauche des radicaux. Dix ans après il est le candidat socialiste en TetG. Cette présentation se veut douce et paisible. JPD

 

 

FLEURS D'AVRIL

 

Ce sont là de pâles fleurettes

Du mois d'avril, de pauvres fleurs,

Fleurs d'amant et fleurs de poète, —

Un sourire baigné de pleurs.

 

Parmi la friche qu'est mon être

Elles poussèrent librement,

Herbe folle, ivraie ou peut-être

Primevères, fleurs du printemps.

 

Je les offre, toutes chétives,

A quiconque veut les cueillir ;

De mes passions fugitives, •

Elles sont presque un souvenir.

 

La première brise qui vienne

Les emportera sans pitié,

Car elles éclosent à peine, —

Fleurs d'amour et fleurs d'amitié.

 

Ce sont aussi des fleurs de rêve,

D'illusions, d'adolescent,

D'homme parfois — chant qui s'élève

De ma pauvre âme et de mes sens ;

 

Babil d'enfant qui balbutie,

Essai timide et hasardeux,

Acte d'un sage ou bien folie,

Acte excusable, je le veux...

RAOUL VERFEUIL.

22 octobre 1906.

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