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marie josé colet

Jeudi 7 mai 2009 4 07 /05 /Mai /2009 11:59

Trois textes de Marie José Colet

 

Nous rappelons qu’à présent vous pouvez retrouver Marie- José Colet sur son blog qu’elle a appelé inventeurs de lecture et qui est déjà très fourni. (voir la liste de nos liens).

 

A mes lecteurs

j’offre un brin de muguet

Un brin de bonheur

De la douceur

dans le défilé des heures

A mes lecteurs

J'offre un brin de muguet

celui de mes lectures

un brin de rêve

celui de ma poésie

 

Je défile, tu défiles, il ou elle défile, nous défilons, vous défilez, ils ou elles défilent dans l’espoir de nos valeurs triomphantes.

 

Je triompherai, tu triompheras, il ou elle triomphera, nous triompherons, vous triompherez, ils ou elles triompheront.

 

Brin de muguet

Brin de révolte

Brin de paix

 

Ensemble on continue !

 

 

La Multiple

 

Elle serait une virgule de l’impossible puzzle qui l’imprimerait femme ; du linge à étendre, une vaisselle à rincer, un baiser de lui son amour, un enfant à consoler, un regard vide devant la télévision, une amie qui parle, une minute de solitude, une larme qui coulerait, un instant de clarté, un ongle cassé, un moment à ne rien faire, le gâteau du dimanche à pétrir, les plantes de la salle à manger à arroser, le livre à feuilleter, la framboise à ramasser, la tendresse à exprimer, l’autre à écouter, la lettre qui n’arriverait pas, la robe neuve à choisir, le baiser du soir aux enfants, l’étreinte dans la nuit, une page blanche à écrire.

 

Elle serait l’épouse, la mère, la fille, la soeur, l’amie, la belle-fille, la belle-soeur, la cousine, la mère, la voisine, la passante.

 

Elle serait la craquelure de ce qui ne cesse de se taire.

 

Elle serait des mots, des mots cannelle, des mots amers, des mots doux, des mots sucrés, des mots cristaux, des mots fleurs, des mots peur, des mots qui mourraient, des mots soufflés, des mots balbutiés, des mots chuchotés, des mots qui blesseraient, des mots qui égratigneraient, des mots qui ratureraient, des mots tonnerre, des mots d’hier, des mots perdus, des mots oubliés, effacés. Des mots refoulés.

 

Elle serait la lassitude dans ce qui se répète et s’use, imparfait des certitudes, bruissement d’ailes, tournoiement de l’être.

 

Elle serait une femme. La Multiple.

 

Mode d’emploi pour l’éternité

 

Elle plie, elle pense, elle classe, elle énumère, elle hache, elle ruse, elle disparaît, elle date, elle nomme, elle aime, elle rit, elle dort, elle rêve, elle cherche, elle fait, elle défait, elle joue et déjoue

 

Au Nord

Au Sud

A l'est

A l'ouest

De sa mémoire

 

Elle lit, elle écrit,  elle identifie

 

la cicatrice.

Marie José Colet

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Vendredi 20 mars 2009 5 20 /03 /Mars /2009 14:33

Comme Clara, par Marie José Colet

 

Un livre de Marie-José Colet

La femme en retard, Autofiction

Editions La Brochure (296 pages)

          

BON DE COMMANDE Editions La Brochure


« Du vivant de Flora, Clara n’existait que d’être son rayon de soleil. Jusqu’à Moissac. C’était son seul engagement Quand à Flora ses engagements avaient été « le Parti » et la liberté du « Deuxième sexe. » Flora avait beaucoup aimé Simone de Beauvoir. Clara se souvenait de Flora lisant le Deuxième sexe. Elle disait à son propos que cela avait été le livre qui avait le plus changé sa vie. Clara avait lu beaucoup de livres de Simone de Beauvoir mais bien évidemment n’avait pas lu celui-ci.

 

Clara admirait le choix de Flora. Simone de Beauvoir était une femme exceptionnelle. Son écriture était alerte, sa vivacité intellectuelle, ses engagements étaient prégnants. Pour Flora elle représentait un modèle vivant de femme en mouvement, de femme engagée. Flora était comme Simone de Beauvoir engagée dans son époque. Flora lisait, parlait, réfléchissait. Elle aimait les idées comme d’autres aimaient la nature. A dix huit ans, elle avait passé son baccalauréat philo avec succès et elle avait acquis les axiomes de bases d’une pensée rigoureuse bien que la richesse de sa vie affective ait rendu sa réflexion foisonnante, dans les  impossibles cicatrices de son cœur endeuillé. Flora avait reconstruit sur les bases « du Parti ».  Le parti communiste était pour  Flora plus un lieu de pensées que d’engagements. Les engagements de Clara quant à elle se situaient dans l’humanitaire et surtout dans l’interculturel, dans la paix, dans l’impossible, mais  Salvatore Allende ne disait-il pas « En politique il ne faut baisser la tête devant aucun impossible » ? Clara et Flora étaient deux femmes qui ne baissaient la tête devant aucun impossible mais Clara avançait incertaine, lentement dans ses engagements. Les valeurs de Flora étaient claires, sans appel : le parti, la cellule, les camarades. La cellule avait compté beaucoup pour elle. Il était difficile de savoir comment Flora conciliait ses engagements politiques avec son admiration pour Simone de Beauvoir. Ce qu’elle avait admiré chez elle c’était sa façon de parler des femmes et de leur liberté. La quête de Flora était la liberté. Cela prenait son origine dans son enfance et dans sa vie de femme. Elle participait peu aux manifestations mais elle allait chaque année à la fête de l’humanité. Clara l’accompagnait. Elle aimait partager l’idéal de Flora, les pieds souvent dans la boue et toujours dans la fraternité «des copains.» Elle aimait voir cette foule d’hommes et de femmes partageant le rêve d’un monde meilleur et plus juste, d’un monde de liberté et de paix. Flora et Clara vivaient l’espoir. Flora avait porté toute sa vie le mot « idéal. » D’une certaine façon Clara l’enviait. Elle ne se sentait pas brillante et surtout perdue dans son monde sans boussole. La gauche et la droite tout au plus et une immense intuition. Clara avait eu un oncle Roger, le petit frère de Flora. Il était mort à 20 ans pour son idéal. Sa vie de résistant avait fait empreinte sur celle de Clara. Il lui avait transmis la force de combattre contre l’injustice et pour la liberté. » (p.80-81)

 

Comme Clara, je lutte de mon mieux, avec mes livres, avec mes pas, avec ma voix contre l’injustice et pour la liberté. Comme Salvador Allende, je ne baisse la tête devant aucun impossible. L’impossible, c’est mon chant, c’est mon temps.

 

comme une fourmi myope,

j’avance, j’avance, j’avance,

dans la vie je m’élance

sur mes pages je danse

Sous le ciel de mes livres

je sais le possible de vivre 

 

Dans la rue je marche, dans la rue tu marches, dans la rue il ou elle marche dans la rue nous marchons, dans la rue vous marchez, dans la rue, ils ou elles marchent dans le temps de l’ambre.

 

Dans la rue l’impossible étire ses ailes

Le silence se fêle

Nos  corps pêle mêle

Avancent sur le chemin

Nous nous prenons  chacun par la main

c’est déjà demain,

 

Une autre date, une autre lutte à mener dans l’ensemble de la résistance.

A demain,

Marie-José Colet 19 mars 2009

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Lundi 16 mars 2009 1 16 /03 /Mars /2009 14:23

La Luna e i Falo

 

J’ai dit à mon amie, « viens on va chez Giovanni manger des nouilles en attendant de manger le caviar de la gloire ! ».

 

Giovanni, c’est comme un ami, comme ça, en passant du côté de la vie associative montalbanaise. Il a galéré d’associations précaires en associations précaires, du côté de l’interculturel puis des soins palliatifs et dans le temps de réunions de réseaux, je l’ai rencontré. Il a même participé un soir à un de mes ateliers et il nous a parlé brillamment de la mort à travers les cultures. Et puis, un jour, il a décidé de quitter  tout ça pour commencer un  rêve ; il a ouvert un café culturel italien, rue d’Elie, au n° 7, au coeur du vieux Montauban. Son café il l’a nommé La Luna e i Falo. La lune et le feu. Il a installé son canapé blanc avec des coussins rouges, des jolies étagères de bois sur lesquelles il a posé ses livres en italien et en français, des bonnes bouteilles de vins italiens aussi, il a décoré son arrière salle, avec une bibliothèque encore et de jolies tables. Là il nous sert des pâtes délicieuses. Il prend le temps de venir nous voir, de bavarder, de traduire des phrases de Pavese, sur le possible retour au pays, où une plante nous attend toujours et sur le sens du mot parler. J’aime son accent italien et ses yeux qui rient malgré son difficile projet de nous nourrir entourés de ses livres. Il  nous confie « La culture ça ne paie pas ! » et sur son visage passe le nuage.

 

 Je le sais Giovanni, mais comme je t’admire d’essayer  avec tant de chaleur ! Ton lieu est magique.

 

Je connais encore deux lieux magiques de culture et d’amitié. La librairie-tartinerie de Sarrant dans le Gers « Des livres et vous ».(A côté de Solomiac). Là dans une maison qui me fait penser à la Maison de Hansel et Gretel, pleine de beaux livres, romans, histoire, polars, art, livres d’enfants, livres d’études sur la lecture et sur la résistance à ce monde difficile (c’est là que j’ai acheté mes Hannah Arendt, mes Fred Poché, mes Fijalkow et bien d’autres encore), Catherine et Didier nous servent des bonnes tartines de toutes sortes. Miam ! Miam, c’est bon ! Et puis le village est si beau ! Sarrant est ma récréation culturelle et amicale sans compter les jolies randonnées autour de ce lieu que j’aime tant.

 

J’ai découvert récemment aussi, un autre lieu magique : Terres de rencontres, Association Yemaya, Espace culturel et artistique à Toulouse. Là, on est du côté de l’Amérique latine  enfants et adultes. J’ai failli craquer l’autre vendredi sur une belle biographie de Borges, chez Catherine et Didier, j’ai craqué sur une biographie de Winnicott de F.Robert Rodman (Erès.2008).Je vous la raconterai mais laissez moi un peu de temps, elle est longue et difficile. Aujourd’hui encore j’ai failli craquer sur les oeuvres complètes de Cesare Pavese.

 

Cesare Pavese je n’ai pas lu cet auteur. L’autre jour, je parlais de cette difficulté que nous avons parfois à « quitter un auteur ». Aujourd’hui, je dirai à propos de Cesare Pavese la joie que nous avons lorsque nous sommes au seuil d’un nouvel auteur, d’un nouvel ami. Je n’ai donc pas acheté les oeuvres complètes, mais je reviendrai ai-je dit en riant à Giovanni. Je me suis contentée de Littérature et société suivi de Le mythe  (Gallimard Arcades. 1999.). Rentrée chez moi, le temps de me faire une tasse thé, me voilà, assise, les jambes repliées (lire, c’est aussi une position du corps, souvent chez moi lovée sur mon canapé, et pressée, fébrile, impatiente, j’ouvre « au hasard » mon nouveau livre. J’ai choisi ce livre pour son titre car je suis passionnée par ce qui fait lien entre la lecture et la société. C’est un de mes axes de recherche  dans mes ateliers de lectures : ce qui fait citoyenneté, lien au groupe, à la société entre le sujet et le livre qu’il ouvre ; donc, j’ouvre au hasard et évidemment je tombe pique poil sur l’essai intitulé : Lire. J’écris pique poil parce que j’ai remarqué dans mes ateliers lorsque un(e) participant(e), même lisant difficilement ouvre son livre au hasard, la page s’ouvre toujours sur le préférentiel de son histoire, et là advient le miracle de la parole et du lien à l’autre. Je ne sais expliquer ce phénomène là, je le constate avec étonnement, c’est tout. Et donc moi, aujourd’hui, j’ai ouvert sur le chapitre : Lire page 37 à 41, .le préférentiel de mes engagements de vie.

 

Heureuse de ma lecture, je l’ai aimée. Cesare Pavese parle de l’humilité que suppose l’acte de lire, savoir accueillir l’autre, le différent, savoir poser son déjà lu, son déjà su , son déjà là²pour découvrir la nouveauté de ce que nous apprend le livre, savoir abandonner sa caste pour ouvrir sa fenêtre et laisser passer l’air de la nouveauté, savoir prendre le temps de lire, car lire c’est difficile, il faut savoir resituer la parole de l’autre dans son contexte et non dans le notre tout en s’autorisant l’appropriation.  Lire est un acte complexe parce que lire est un acte de parole à entendre, à recevoir loin du normatif qui toujours réduit la magie. Lire c’est s’ouvrir, lire c’est saisir un papillon en plein vol,  lire c’est travailler, lire c’est parler. Voilà ce que nous dit Cesare Pavese dans ces quelques pages difficiles qui m’ont parlé à moi, femme passionnée de lecture depuis l’âge de mes six ans. J’ajouterai aux propos de Pavese, lire c’est écrire son histoire à partir des autres. Ce que j’ai fait et ferai toute ma vie durant

 

Lire, c’est magique, grignoter avec d’autres, une amie, ses amis c’est bon et c’est pour cela que j’ai tant de gratitude pour le travail patient et difficile que réalisent autour de la lecture quand elle s’affirme lien, Catherine et Didier ( Des livres et vous à Sarrant),  Gisèle, Christine et Virginie (Terres de rencontres à Toulouse, 47 route de Blagnac), Giovanni (La Luna  e i Falo  (Montauban). « La culture ça ne paie pas » mais sans la culture et sans amis, sans écriture et sans lectures qu’en serait-il de ma frêle et si éphémère identité ?Alors, à vous, inventeurs du livre/lien et de la culture gourmande  merci...

 

Puis, j’ai regardé le chapitre suivant  de mon livre de Pavese, déjà impatiente:, j’ai lu, « Le fascisme et la culture » (Page 43-45).  Alors, là ça va m’intéresser !

 

Puis, j’ai fermé mon livre et je suis allée surfer sur internet. Je me trouvais ignorante d’auteurs italiens. Lire c’est aussi signifier l’interculturel. Je vous en livre quelques uns, ceux que j’ai lus mais je vous invite aussi à faire votre propre recherche, à  aller vous balader en Italie :

 

Pirandello, Calvino, Primo Levi, Dino Buzzatti, Alessandro Barricco, Erri De Luca, Alberto Moravia, Elsa Morante, Italo Svevo. 

 

 Vous, vous en connaissez d’autres ?

Tchao, Tchao, Giovanni ! Je lève les yeux et dans le ciel j’aperçois la lune, ta lune. Elle est belle, elle est pleine, elle est ronde Qu’elle te porte chance l’ami...

A vous aussi, Catherine et Didier, Christine, Gisèle, Valérie et à nous tous, inventeurs de lecture, inventeurs d’humanitude...A demain, Jeudi 19 Mars 2009. Marie-José Colet

 

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Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 10:34

Le livre du Professeur Henri Sztulman

 

texte de Marie José Colet auteur de l'auto-fiction : La femme en retatrd

 

BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 

Psychanalyse et Humanisme

Manifeste contre les impostures de la pensée dominante

Editons Ombres blanches

Collection rue des gestes

Novembre 2008

 

Un livre d’automne dédié à « Mes enfants » et qui donc dit la transmission d’un professeur émérite, fondateur de l’école de psychopathologie, psychiatre et psychanalyste, à l’initiative de différents masters professionnels et d’une formation doctorale et d’un laboratoire de recherche mais surtout la transmission d’un homme, d’un père à ses enfants.

Que leur transmet-il dans une langue simple et pourtant érudite ?

 

Il leur transmet dans un même noeud espoir et désespoir.

 

Désespoir d’un monde qui de l’humain fait table rase au profit de l’argent ; l’humain devient valeur marchande jusque dans les confins de son âme dans le parcours d’une déshumanisation galopante, qui chaque jour plus vite  court à sa perte, à ses pertes : pertes des repères, pertes des règles, et plus grave encore perte de sa symbolique et de histoire, perte des ancêtres, perte du fil qui relie chacun à chacun. On fait feu de tout bois de l’humain : de sa souffrance, de ses égarements, de ses symptômes, de sa culture. Plus rien ne compte que le visible de sa pauvre existence, qu’on chiffre, qu’on monnaye, qu’on classe, qu’on clone, qu’on « clâne ». A coups de certitudes, à coup d’obscurantisme et de scientisme.

 

Le professeur Henri Sztulman transmet la psychanalyse abîmée par ceux qui n’en veulent pas parce que à trop entendre les rejetons de l’inconscient on pourrait prendre le chemin de la subversion du pouvoir et menacer les impostures de la pensée dominante. Freud le subversif qui a drainé dans son chemin tant de sexualité et pire encore de la sexualité infantile, qui a détruit cette idée des enfants petits angelots blonds de leurs parents. Psychanalyse qualifiée d’obscène, de « science latine et décadente », de science « judéo-chrétienne », de science si humiliante pour l’homme parce que le délogeant de sa toute puissance moïque, une psychanalyse qui n’aurait plus sa place dans un monde d’immédiateté, de virtuel et d’économie molestée, dans un monde ou le pourquoi et le comment n’intéresse plus ou seul compte l’observation non pas à ras des pâquerettes (ce sont de trop jolies fleurs pour les mêler à cette chienlit de maintenant) mais à ras de la médiocrité, à ras de la banalité, à ras de la non curiosité. On voit, on compte et du reste on s’en fiche. Pour dire tout cela on emploie des termes savants que les enfants ne comprennent pas ainsi ils n’auront pas idée de dire « quand je serai grand, je changerai tout ça. » « Quand je serai grand, je serai humaniste. »

 

Alors, avec ses termes simples et énergiques, le Professeur Henri Sztulman, transmet l’espoir à ses grands enfants et leur épelle l’alphabet d’un humanisme qu’ils pourront à leur tour choisir et transmettre.

 

L’humanisme, c’est vivre debout, c’est résister à ce qui ne tourne pas rond. Compter les morceaux et classer les âmes et les monnayer ce n’est pas tourner rond.

 

Tourner rond c’est reconnaître que chaque être humain unique, resplendit de son unicité même si elle se fait parfois douloureuse.

 

Tourner rond, c’est peut être reconnaître que « tous nous sommes atteints » mais que ce n’est pas une raison pour se décourager d’être.

 

Tourner rond c’est donner des repères à l’homme et des possibilité de se construire à partir d’identifications. Et là, le Professeur Henri Sztulman livre à ses enfants l’engagement de sa vie, la psychanalyse dans ce qu’elle a de plus beau :  permettre à l’autre à la dérive de ses symptômes et de son enfance de se reconstruire, voire même de se construire, durablement dans un  possible être ensemble. L’histoire n’est pas de guérir ou de ne pas guérir, l’histoire est  « d’être ou de ne pas être » avec les autres et dans son indivis. C’est ça l’espoir de la psychanalyse tel que nous le transmet le Professeur Henri Sztulman et  cela suppose des psychanalystes, bien plus que des mots du savoir, mais une posture humaniste. C’est ce que j’ai aimé le plus dans ce livre : la posture.

 

La posture c’est à dire savoir du lieu de sa pratique adopter du lieu de son fauteuil ou non,  telle  ou telle référence théorique, tel ou telle thérapie médicamenteuse, tel ou tel souvenir de cadre professionnel allant du service fermé à un centre de jour pour adolescents ou laboratoire universitaire et cela signifie ce que le Professeur Henri Sztulman n’a de cesse de nous répéter, l’essentiel n’est pas la psychanalyse mais le sujet, l’humain. Voilà ce que cet homme de savoir transmet à ses enfants : certes le savoir de ce monde est important car il dit nos ancêtres, notre histoire, notre symbolique mais le point de départ, le point d’arrivée, le point d’existence, le point d’insistance c’est l’humain, le sujet, celui qu’il écoute, celui qu’il rencontre, l’unique à chaque fois. Le concept de résistance, le NON ne peuvent s’ancrer que dans le respect  de l’indivis, de l’irréductible et avec  l’aide, quand cela se fait nécessaire que le psychanalyste peut lui apporter pour retrouver une énergie disponible qui lui permettra à son tour d’être porteur d’humanisme et d’espoir d’un monde presque meilleur.

 

Le presque est de moi car il dit l’incertitude de nos luttes en devenir et l’incertitude c’est notre étroite marge de liberté et de modestie. Selon moi, un humaniste est une homme modeste (et le Professeur Henri Sztulman sait l’être) car il sait le fil des générations.

 

Comme un funambule, entre désespoir et espoir, le Professeur Henri Sztulman transmet une psychanalyse exigeante, définit sans complaisance, sans concessions  mais avec clarté un humanisme qui nous donne à tous envie de lutter , de résister, de vivre debout, nombreux  (et nous le sommes !) et transmet sa sagesse d’homme à ses enfants. Heureux enfants ! Marie José Colet

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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /Jan /2009 10:21

Lecture du JOURNAL II de Roger Martin du Gard

(Nrf Gallimard)

 

  par Marie-José Colet auteure de l'auto-fiction La femme en retard
  BON DE COMMANDE Editions La Brochure

 P.15 : « Travaillons, travaillons, et laissons la parole aux bavards ».

 

P.25 « Nous sommes tous des fleurs de musées et de bibliothèques, il faudrait nous refaire une virginité de sauvages. Peut-être la guerre n’a-t-elle pas assez détruit de passé ?... »

 

Et donc je divague.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques. J’ai grandi sur des pages poussées par des phrases. Toute mon élaboration de maintenant je la dois aux mots des autres que j’ai aimés, caressés du regard. J’ai cherché avec eux mon présent, j’ai inventé mon écriture et mon savoir. Non, je ne veux pas me faire une virginité sauvage car je veux être une fleur de transmission. C’est par la transmission que je vis ; quand je renonce à mes espérances, ce sont les livres de tous qui me sauve du désespoir car les livres sont des longs fleuves tranquilles. Ils sont toujours là, prêts à être ouverts, prêt à dire et à redire leurs vérités. Ils ne s’étiolent pas, ne se fanent pas. Les livres peut-être c’est pour cela qu’il faut faire tant d’efforts pour les conserver. Mais les textes non. Ils chantent nos plaintes, nos découvertes, nos engagements, notre humanité. Ils perdurent à nos désespoirs d’hommes si impuissants parfois, ils écrivent notre humanité. Comme Mowgli, nue et abandonnée j’ai grandi parmi les livres. Les livres m’ont protégée, ont pris soin de moi, ont crée mon intelligence, m’ont appris mon humanité, m’ont fait découvrir la société et le passé.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque, une femme de présent et d’avenir. Une femme d’utopie, une femme de mouvement, une femme en mouvement. Je suis née de mon immobilité devant les livres, de ce calme immense que demande la lecture ; les livres ont inventé ma sérénité de femme qui à tout jamais a perdu sa virginité. Je suis une femme fécondée par les livres et en route vers l’éternelle  création.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèque. Je suis née à partir de Léonard de Vinci, de Matisse, de Picasso et de tant d’autres. La peinture m’a  appris la douceur et le bonheur. La peinture m’a appris l’Histoire et les livres m’ont conté des histoires. Je suis une femme de récits et le récit c’est la vie. Raconter une histoire, rien n’est plus beau. Nous ne sortons jamais de l’enfance et c’est le seule espoir de l’humanité. Je sais Gaza, je sais les guerres, je sais que trop souvent je perds mon combat pour la paix. Je sais tout cela. Mais je sais notre  travail à tous, fleurs de bibliothèques et de musées. Nous nous appliquons à tracer nos jardins, à continuer d’écrire nos livres et nos articles, nous nous appliquons à annoter nos textes préférés, à copier nos citations, à tourner nos pages, à conquérir l’immobilité de la lecture et de la peinture, à écouter Mozart et La Callas, à sculpter nos jours ; Nous nous appliquons à sublimer cette terrible pulsion de mort, nous inventons la vie dans nos jours et dans nos nuits. Il n’y a pas d’autres solution que le travail de création face à la destruction. C’est terriblement dur de continuer à affirmer la paix alors que la guerre explose de partout. Mais je sais, j’en ai la certitude, je ne suis pas la seule fleur de musées et de bibliothèque. Cette espèce existe depuis des siècles, depuis Spartacus et même avant. Cette espèce florale ne s’éteindra jamais. Elle dépend de nos livres et de nos arts. Elle dépend de nous. Elle doit être plus forte que les bombes et que la haine.

 

Je suis une fleur de musées et de bibliothèques et grâce à la transmission je ne m’éteindrai jamais. Je le sais.

 

Que le monde malgré la mort et le feu demeure, malgré l’injustice et la misère continue d’être par la force quotidienne de nos créations. Inventons nos bouquets comme des feux d’artifice dans la nuit de notre désespérance humaine.

Inventons nos couleurs et nos odeurs, caressons les visages en pleurs. Je sais, c’est si dur mais essayons. Les guerres ne doivent pas détruire le passé. Soyons des fleurs de musées et de bibliothèques et continuons d’inventer un possible humanisme. Continuons ! Continuons !

 

Marie-José Colet Le 11 janvier 2009

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Lundi 12 janvier 2009 1 12 /01 /Jan /2009 15:53

La soupe à l’ail

 

Dans le brouillard de leur mémoire

Ils s’en vont à reculons

Comme ça, tout doucement

S’effrite leur temps

depuis longtemps

 

José, tu sais faire la soupe à l’ail ?

Si on faisait une salade ?

Elle est là,

A l’hôpital, elle n’a pas mal

Elle n’est plus là

Elle est dans autrefois

 Cet autrefois qui fut elle

 

Elle qui faisait la soupe à l’ail

et de la salade

mon cœur bat la chamade

une de vie de femme

une vie d’amour

une vie à faire toujours

de la soupe à l’ail et de la salade

 

Lui, à ses côtés lui prend la main

Tous deux ne se tournent plus vers demain

Ils sont dans le même temps

Celui de leur amour miroir

Elle a rêvé qu’il mourrait

Elle a  peur de ne plus se réveiller

Je les écoute

 

Mes larmes coulent

Je sais que je les aime

Ce soir je ferai de la soupe à l’ail

Et de la salade

Je les prends par la main,

Et je  les emmène vers mes demains

Ceux de 2009

 

Bonne année à ma famille !

 

                                                                                             

                        Saint Sylvestre 2008

 

 

Poème de Noël

 

Ecrire dans un éclat de dire

notre amitié et la joie de se connaître

dans nos présences ailées

dans nos regards croisés

sur les mêmes livres

de nos savoirs emmêlés

toujours à démêler

nous nous aimons mêlés

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos victoires passionnées

sur un monde contorsionné

tu sais ce terrible cri de Münch

ensemble nous nous en moquons

ensemble nous inventons le savoir

ensemble nous inventons

nos livres et nous écrits pour vivre

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos questions sans réponses

Nous dansons, nous nous envolons

sur l’air de nos passions

ensemble nous rions

ensemble nous partageons

ensemble nous nageons

dans l’eau claire de nos vies

 

Ecrire dans l’éclat de rire

De nos larges sourires

Ensemble  nous tuons le pire

et le noir néant

Ensemble nous inventons nos dires

Et par nos lettres retrouvées

nous inventons le verbe lire

 

Ecrire dans un éclat de dire

nos souvenirs

Nous apprenons à pétrir

le pain de nos années

Pain rompu

Main tendue

Bouches jamais cousues

 

Ecrire dans l’éclat de rire

de nos baisers envolés

de nos pas déroulés

dans nos phrases enroulées

sur nos corps cajolés

Olé ! Olé ! Olé !

C’est le tango de nos mots.

 

Ecrire dans l’éclat de vivre

du bon lait

sans jamais filer

le découragement qui ment

sur l’espoir de combats

pour un monde meilleur

dans un monde  de fleurs

 

Marie-José Colet

Noël 2008

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Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 10:58

Lecture croisée

 

Votre voisin n’a pas de papiers, Paroles d’étrangers

La fabrique éditions Cimade

 

J’ai eu quinze ans en Tarn-et-Garonne 2008-1808

Petites histoires pour 15-115 ans

Jean-Paul Damaggio, Editions La Brochure

 

 

Le temps glisse limpide, remontant le cours des années de 2008 à  1808. Dans son exploration singulière suivons Jean-Paul qui épingle les mots de ses témoins comme autant de papillons en plein vols de leur 15 ans tour à tour énigmatique, poétique, humoristique, politique toujours vivants entre journalisme et exploitation agricole, entre collège et maison des ancêtres.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre qui raconte la vie quand elle prend racine dans un département verdoyant, révolutionnaire, libre de ses luttes clamées par des hommes et des femmes riches d’eux-mêmes.

 

                        « Demain, il fera peuple

                        Demain, il fera jour

                        Demain , il fera liberté

                        Demain, il fera poésie.

                        Demain, il fera chance »

 

Epelant leurs demains à tous, Jean-Paul explore le passé de chacun à travers le département. Son livre est habité de visages humbles, de mots discrets mais lumineux prononcés par des jeunes et moins jeunes, travailleurs ou non, hommes ou femmes du temps présent mais aussi plus lointain. Nos ancêtres parlent à moins que ce ne soit nos enfants ou nos compagnons de route. Ils sont tous là, l’ébéniste, le manifestant, l’énigmatique, l’oublié, l’anonyme et d’autres encore qui revivent sous le clavier érudit de Jean-Paul Damaggio. Ils ont eu quinze ans et nous les racontent dans les contours des pages et de leurs phrases souvent surprenantes, si pleine de sève. Tous disent l’espoir de la vie qui se dit, quand ceux qu’on nomme « les petits » parlent dans le temps de leur souffle heureux. Comme il doit être bon d’être né quelque part sous un ciel qui appartient à ceux qui labourent une terre juste en dessous, depuis toujours, à ceux qui poussent la porte de l’usine, à ceux qui accomplissent leurs tâches quotidiennes dans le droit fil de leur histoire non brisée et de leurs convictions humanistes.

 

Je lis ce livre et « il fait sourire .»

 

J’aime ce Tarn-et-Garonne là si généreux, si vivant, si poétique, si plein d’humanité. Chemin lisant, tournant les pages moi, la sans racines, je m’interroge : et si j’étais de ce Tarn-et-Garonne là ? Si ces ancêtres étaient les miens ? Si mes quinze ans se projetaient dans les leurs ? Oui, « demain sera mon arbre ».

 

Dans l’impossible transition, « demain sera pleurs et exil ».

 

J’ai lu douloureusement ce très beau livre de la Cimade. Mon voisin est sans papiers. Ils ne s’appellent plus comme dans le livre de Jean-Paul Damaggio, Emilie, Adrien ou Victoire. Ils s’appellent Malika, Brahim ou Djamila. Ils sont Chiliens, Kabyles ou Somaliens. Ils sont tous sans papiers et sans travail, ils errent de préfecture en préfecture, le regard épuisé d’attentes et de tristesse attendant le droit d’être dignes et de travailler, le droit pour les femmes de ne plus subir un trop plein de violences de l’Histoire ou de leurs compagnons.

 

En lisant le livre de Jean-Paul Damaggio mon cœur battait d’espoir en l’humanité. En lisant le livre de la Cimade mon cœur n’était que chagrin et oppression pour ces êtres sans défenses contre le harcèlement des lois, contre l’inhumain. Ils n’ont jamais le bon papier, la bonne justification, le bon salaire, la bonne adresse. Ils n’ont plus le droit ni au travail ni aux loisirs. Les hommes du livre de Jean-Paul ont des racines, ceux de la Cimade ont perdu les leurs, ont perdu leur ciel, ont perdu les liens avec leurs êtres chers. La mère va mourir, le père est loin mais ils ne peuvent les rejoindre. Autant de séparations terribles dans lesquelles se jouent à l’infini la séparation, le deuil, la pauvreté. Le temps les pulvérisent, les lois les anéantissent. 2008-2003-1998-l’après-guerre. Je réinvente leur chemin jalonné de lois et de décrets, ils avancent « la valise au-dessus de la tête ». « Demain, il fera expulsion » « demain, il fera regard indifférent au scandale de l’injustice. »

 

Alors, je convoque mes amis Tarn-et-Garonnais, je les glisse sur chacune des touches de mon clavier.

 

Alors, « demain sera demain sera un monde plus juste », un monde victorieux ou ceux qui ont un ciel partageront le leur avec ceux qui n’en ont plus pour cause de guerres et de persécutions et

« Demain,  sera humain. »

Lire, sans plus attendre ces deux livres complémentaires et combattre pour un monde plus humain.

Marie-José Colet

Par éditions la brochure - Publié dans : marie josé colet - Communauté : Littérature engagée
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /Sep /2008 10:48

Il s’agit ici d’un compte-rendu de livre de Marie-José Colet. Il est repris de la lettre bimensuelle qu’édite nos éditions et à laquelle vous pouvez vous abonner en y adhérant. Si vous aussi, vous voulez proposer des comptes-rendus de livre, n’hésitez pas à nous les envoyer. Ce site vous est ouvert. Surtout s’il s’agit de livres écrits par des femmes. Et comme nous n’aimons pas les frontières nous sommes heureux de pouvoir vous annoncer des comptes-rendus de livres étrangers : le livre de Janet Afary sur Michel Foucault publié aux USA, ou celui de Line Gruber sur le luttes des femmes en pays musulmans publié en Italie. Sans négliger, bien au contraire, le livre de Héli Beji la Tunisienne, publié en France.

 

 FLORA TRISTAN, par Dominique Desanti Hachette Littérature 1972

 

Sur la couverture du livre : Flora Tristan, la femme révoltée.

Elle aura un petit fils : Paul Gauguin

En quatrième de couverture : à sa fille Aline : « Je te jure de lutter pour toi, de te faire un monde meilleur. Tu ne seras ni esclave ni paria. Comment ? On dit : serment d’ivrogne, serment d’amoureuse. Et bien, les serments faits à ce que l’on vient de créer, à ce qui sort de vous, on doit les tenir... »

 

J’ai trois enfants dont deux filles et ces phrases me parlent, griffent mon nombril de femme.

 

J’ai beaucoup aimé ce livre sur une femme à qui sa simple vie ne suffisait pas, d’une femme qui toute sa vie  a souhaité donner et rayonner sur les autres, d’une femme qui a souhaité influer par son écriture et ses combats sur ses compagnes de misère et de solitude. J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a fait découvrir Flora Tristan, qui comme Hannah Arendt, ayant vécu pile un siècle avant elle, a parlé  des parias, surtout des femmes parias et a lutté pour que cela ne soit pas. Combat mot à mot à mener à travers les siècles, sans relâche. Et puis comme au 21ème siècle elle a crée en précurseur une association pour l’accueil des femmes étrangères. Flora Tristan  une femme passionnante et pionnière, entre Olympe de Gouges et George Sand (bien que différentes de ces dernières) à découvrir sous la plume de Dominique Desanti et qui donne envie comme je l’ai fait d’acheter l’oeuvre monumentale de Flora Tristan : Les Pérégrinations  d’une paria

 

Mais je vous laisserai découvrir le charme vivant de la plume de Dominique Desanti. Ce jour, je résumerai simplement pour ce dossier d’Empan sur les violences conjugales  quelques pages qui décrivent Flora Tristan, femme harcelée. Etonnant portrait (Pages 142-149) d’une femme poursuivie par son mari qui n’accepte ni la rupture ni le talent intellectuel de sa femme. Hélas, mille fois hélas ce portrait est intemporel car  même si la loi est plus clémente pour les femmes, reste la violence de l’homme qui refuse la séparation .

 

Son mari, il s’appelle Monsieur Chazal. Monsieur Chazal est un homme exalté qui boit et qui crie. C’est par leur fille Aline qu’il cherchera à atteindre sa femme Madame Chazal que tous appellent Flora Tristan. Glissement de l’identité d’une femme en fuite qui n’aime plus son mari depuis des années. Flora Tristan a trente deux ans et nous sommes en 1835.. Le 30 octobre au matin, Monsieur Chazal  se rend au commissariat et se fait confirmer qu’il a la loi pour lui. Fort de cette affirmation, il va brutalement enlever sa fille Aline sur le chemin de l’école. La petite hurle devant ce père qu’elle ne connaît pas. On parle à nouveau de police et de loi. La bonne qui accompagnait la fillette prend peur. Flora est partie pour la journée ; on ne peut la joindre. Quand Flora rentre, elle pense perdre la raison tant sa panique est grande. Elle est désemparée. La pluie tombe et c’est sous un torrent de pluie qu’elle se rend chez son mari. La petite est muette, les paupières baissées. Flora arrache l’enfant et toutes deux s’enfuient du domicile conjugal. La pluie tombe toujours. C’est le déluge. Le mari hurle : « arrêtez la, c’est une voleuse ! » Le commissaire arrive et Flora affirme ne pas connaître Monsieur Chazal. Le commissaire relâche Flora et l’enfant et décide de les abriter à l’hôpital. Le lendemain le mari revient avec le livret de famille. Alors « elle avoue ». Chazal est bien son mari. Le procureur ému lui conseille de rejoindre Paris au plus vite. Son mari la poursuit. Flora donne de l’argent au cocher qui accepte de la prendre seule. Les autres cochers maintiennent de force Chazal à terre.

 

La scène suivante se passe chez Maître Duclos. Il est décidé qu’Aline sera placée en pension et que la séparation des corps sera demandée. Jules Favre avocat de Chazal lui conseille alors la position la plus dure, la plus répressive : la dénégation totale des faits. L’avocat connaît les le consensus qui accompagne toute séparation de couple et de plus  Flora est une femme de lettres , une pédante ! Pendant ce temps Aline est toujours en pension. Elle écrit une lettre de révolte à son père et lui dit adieu. Pendant ce temps aussi  Flora termine Les pérégrinations d’une paria livre dans lequel il est question de son mariage. Pendant ce temps encore Flora continue ses manifestations politiques. Chazal se rend au pensionnat et exige qu’on lui remette Aline et la place dans un autre pensionnat, résidence surveillée. Il veut soustraire Aline à Flora l’intellectuelle, la combative, « la songe-creux ». Au bout de deux mois Aline s’enfuit et se rend chez Flora qui l’expédie chez sa grand-mère. Chazal envoie la police et récupère sa fille.

 

La loi et ses hommes sont là pour défendre le seigneur et maître. Pour le principe une demande de séparation de corps a lieu. Mais ainsi protégé, Chazal ira jusqu’à des attouchements sexuels incestueux sur Aline et jusqu’à une tentative d’assassinat sur Flora.

 

J’ai eu envie de vous résumer cette histoire là qui se trouve au coeur du beau livre de Dominique Desanti et qui bien sûr ne résume pas la richesse de Flora Tristan et de sa vie.

Bonne lecture et bonne réflexion,

Femmes et hommes  de bonnes volonté, dans la longévité des siècles, unissons-nous ...

Marie-José Colet

Par éditions la brochure - Publié dans : marie josé colet
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