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Léon Cladel

Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 18:38

 

Ceux qui voudront écrire un biographie de Razoua trouveront pas mal d’éléments sur ce blog. Pour le moment nous avons publié juste une modeste brochure car un communard, ça intéresse qui en 2013 ? JPD

Tous les parlementaires ont leur biographie facilement accessible sur internet. Dans cette de Razoua je compte une petite erreur. Il est mort en 1878 et non en 1877. JPD

 

Eugène RAZOUA    Né le 16/07/1830 à BEAUMONT-DE-LOMAGNE (TARN-ET-GARONNE - FRANCE) Décédé le 29/06/1879 à GENÈVE (SUISSE) 

  

 Mandats à l'Assemblée nationale ou à la Chambre des députés

   08/02/1871 - 07/03/1876 : Seine - Extrême-gauche

  BIOGRAPHIE

 Biographie extraite du dictionnaire des parlementaires français de 1789 à 1889 (A.Robert et G.Cougny)

 

Représentant en 1871, né à Beaumont-de-Lomagne (Tarn-et-Garonne) le 16 juillet 1830, mort à Genève (Suisse) le 29 juin 1877, servit d'abord dans les spahis, puis vint à Paris, et s'essaya à la littérature, en publiant un piquant volume sous ce titre : Les Souvenirs d'un spahi. Il donna quelques articles de fantaisie à la Vie parisienne, puis, étant entré en relations avec plusieurs des chefs du parti républicain avancé, dans les dernières années de l'Empire, et notamment avec Delescluze, il contribua à la fondation du Réveil (1868), où il se chargea spécialement de la chronique militaire. La vivacité de ses polémiques le signala bientôt aux rigueurs du pouvoir. Impliqué dans l'affaire du complot qui précéda de quelques jours le plébiscite de 1870, M. Razoua fut arrêté, et, après quatre mois de détention préventive, comparut, le 18 juillet, devant la haute cour de Blois, qui dut l'acquitter, le ministère public n'ayant pu relever aucune charge contre lui. Il prit part à la révolution du 4 septembre, fut élu chef du 61e bataillon de la garde nationale, et se montra hostile au gouvernement de la Défense nationale à la suite des événements du 31 octobre auxquels il avait été mêlé, il fut révoqué de son commandement. Le 8 février 1871, M. Razoua fut élu représentant de la Seine à l'Assemblée nationale, le 39e sur 43, par 74,415 voix (328,970 votants, 547,858 inscrits). Il alla siéger à Bordeaux sur les bancs de l'extrême-gauche, et vota, le 1er mars, contre les préliminaires de paix. Lors du mouvement insurrectionnel du 18 mars, il se trouvait à Paris : il reprit le commandement de son bataillon, et donna sa démission de représentant par une lettre ainsi conçue : « Citoyen président, représentant du peuple de Paris, j'avais reçu de lui le mandat impératif d'affirmer à l'Assemblée nationale : 1° La République au-dessus du suffrage universel; 2° la guerre à outrance pour défendre son indivisibilité; 3° la mise en accusation des hommes du 4 septembre. Mon mandat est rempli. Au 31 octobre comme au 22 janvier, j'ai affirmé en face du gouvernement de l'Hôtel de Ville la Commune de Paris. C'est vous dire, citoyen président, qu'adhérant à la révolution du 18 mars, je donne ma démission de représentant du peuple à l'Assemblée de Versailles. » A la tête de son bataillon, M. Razoua prit une part active à la lutte de la Commune contre Versailles, fut nommé commandant de l'Ecole militaire, et siégea parmi les juges de la cour martiale. Lors de l'entrée des troupes à Paris (21 mai), il s'échappa et gagna la Suisse. Arrêté à Genève en août 1871, sur une demande d'extradition du gouvernement français, il fut remis en liberté peu après, assista au meeting de l'Internationale qui fut tenu à Carrouge, fonda à Genève un journal révolutionnaire intitulé la Revanche, que le gouvernement helvétique supprima, et fut condamné par contumace le 31 août 1872, par le 3e conseil de guerre de Versailles, à la peine de mort. Il mourut à Genève, avant l'amnistie.

 

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Mercredi 6 mars 2013 3 06 /03 /Mars /2013 18:22

 

Encore un article pour compléter notre modeste brochure sur Razoua. *

Au moment de la mort de Razoua Vera Zassoulitch était en Suisse (voir bio à la fin). Cet article peut tourner en dérision l’anarchiste russe, la Russie connaîtra finalement la révolution… JPD

  Le Gaulois 9 juillet 1878

"Mlle Vera Zassoulitch doit regretter d'avoir assisté à l'enterrement de Razoua. Le gouvernement suisse vient de l'inviter à quitter le territoire de la Confédération où sa présence pouvait créer des difficultés. Cette Vera Zassoulitch est-elle bien la vraie, l'authentique ? Le correspondant parisien de la Gironde assure que les communards de Genève ont été grossièrement joués dans cette circonstance par une fausse Vera, qui a exploité à son profit les honneurs qu'on réservait à la véritable.

 Le Gaulois 10 juillet 1878

LA RÉDEMTRICE RUSSE

L'histoire de cette Vera Zassoulitch, dont on nous parle ces jours-ci jusqu'à satiété, est vraiment une pitoyable histoire. II y a quelque temps, un correspondant russe nous apprit, un beau matin, que le préfet de police de Saint-Pétersbourg venait d'être la victime d'une tentative d'assassinat, accomplie par une femme. Deux balles de revolver l'avaient blessé à la tête, et si grièvement qu'on désespérait de le sauver. La coupable n'était autre que cette Vera, profondément inconnue alors, aujourd'hui célèbre.

Arrêtée immédiatement, elle déclara qu'elle avait voulu venger l'honneur d'un peuple opprimé par le pouvoir, et qu'elle n'avait pu supporter l'injure faite à un de ses compatriotes, décoiffé d'un coup de canne par le préfet de police, et durement battu de verges après. Cela fit tapage dans toute l'Europe. On laissa bien entendre que l'homme battu de verges était son amant, ce qui réduisait aux proportions d'un drame bourgeois ce prétendu fait de revendication sociale. Mais on n'y prit garde. D'ailleurs, qu'en savait-on ? La légende s'empara du nom de Vera Zassoulitch, et ce fut en héroïne qu'elle entra dans l'imagination publique.

Il faut bien convenir que les circonstances se prêtaient singulièrement à ce grandissement subit. On sait que la Russie est travaillée profondément par le socialisme, déchirée intérieurement par un nombre presque incroyable de sectes fanatiques et, d'autre part, gouvernée par un empereur absolu, dont les fonctionnaires supérieurs sont les représentants et qui est, à la fois, le chef politique et le chef religieux de son peuple. Il se pourrait que dans ce foyer d'exaltation révolutionnaire une Charlotte Corday se fût levée et n'eût attendu que son heure.

Rien ne s'opposait à ce qu'on l'imaginât pure de mœurs et belle de visage. Une héroïne doit être toujours ainsi. Un doute, il est vrai, venait à l'esprit : pourquoi avait-elle choisi, pour le frapper, le préfet de police et non le czar ? Mais la Russie est si loin, nous ne savons pas au juste les conditions dans lesquelles vit le vulgaire en face du souverain. Et puis ce nom de Vera Zassoulitch était si beau ; il sonnait de si étrange façon aux oreilles des Occidentaux, qu'ils se plurent à voir dans la femme une figure nouvelle du génie de la Révolution.

Son procès eut lieu. L'éloignement aidant, les débats restèrent pour nous enveloppés de mystère. Nous apprîmes un jour que l'accusée venait d'être acquittée ; peu après, un télégramme nous faisait savoir que le procès allait recommencer ; seulement, Vera était en fuite. On parvint à l'arrêter elle s'évada. Qu'était-ce donc que cette femme, qui se jouait ainsi du péril, qui traversait les cours criminelles impunément, qu'aucun verrou n'emprisonnait ? La légende montait jusqu'à l'épopée. Charlotte Corday était bien au-dessous de cette insaisissable Zassoulitch.

Or, tandis que les langues vont leur train, elle traverse l'Europe. Razoua meurt à Genève, les réfugiés de la Commune se réunissent pour manifester derrière son cadavre. Une femme est parmi eux qu'on nomme tout bas et qu'on entoure de respect. Et voilà que le télégraphe nous informe soudainement que c'est l'évadée de Pétersbourg, Vera Zassoulitch en personne.

A l’instant même, on organise un banquet en son honneur. Un citoyen Tony Loup la salue du titre de rédemptrice russe et l'assure que la France tressaille à ses efforts. D'autres discours du même genre sont prononcés. On célèbre l'assassinat politique sur les modes les plus lyriques. Vera demeure muette à toutes ces protestations, on la juge d'abord timide et l'on s'écrie « Si ce n'était pas elle ! »

Et, de leur côté, ceux qui secrètement lui trouvaient de la grandeur, s'étonnent. Il n'est pas possible qu'une telle femme se ravale jusqu'à prendre rang dans une auberge au milieu des sinistres coquins qui ont tué lâchement les otages et brûlé la moitié de Paris. Vera n'est plus une héroïne, c'est une pure et simple drôlesse, avide de faire parler d'elle, et qui exploite sa situation.

En vérité, l'incident est d'une curiosité peu commune. Mais; au fond, le cas n'est pas très compliqué, et, que la Vera de Genève soit ou non la vraie Vera, je ne vois pas trop en quoi peut différer le jugement à porter sur elle. 

Fourgaud

 

Véra Zassoulitch

Née dans une famille de la noblesse, elle fréquente pendant ses études à Saint-Pétersbourg les milieux révolutionnaires estudiantins et est arrêtée en mai 1869 du fait de correspondances échangées avec le nihiliste Serge Netchaïev. Elle est emprisonnée puis libérée en mars 1871.  Elle s'établit alors à Kharkov, intègre le groupe « Les émeutiers du Sud » qui organise des attentats contre le régime tsariste.  Revenue à Saint-Pétersbourg, elle tire, le 24 janvier 1878, avec un revolver sur le général Trepov, préfet de police qui avait fait frapper de verges le révolutionnaire Bogolioubov. Trepov est blessé, et Vera passe en jugement le 31 mars 1878. De façon inattendue, elle est acquittée. La police tente en vain de l'arrêter à la sortie du tribunal. Elle se cache quelque temps chez Anna Philosophova.

 Elle se réfugie en Suisse, puis retourne en Russie où elle milite dans l'organisation Terre et Liberté, mais après la scission de ce mouvement en août 1879, elle participe à la fondation de l'organisation Tcherny Peredel « Partage noir » à Saint-Pétersbourg avec Plekhanov, Axelrod, Lev Deutsch, Ossip Aptekman et Élisabeth Kovalskaïa.

 Elle traduit en russe des ouvrages marxistes et notamment le Manifeste du Parti communiste, édité à Genève en 1882. En 1881 a lieu un échange de lettres entre Vera Zassoulitch et Karl Marx et elle prend ses distances avec l'anarchisme pour adhérer au mouvement marxiste à partir de 1883.

 Avec Plekhanov, elle fonde le groupe « Libération du Travail », première organisation marxiste russe, fait partie de l'équipe de rédaction de l'Iskra et prend part au deuxième congrès du POSDR à Bruxelles et Londres en juillet-août 1903. Membre du courant menchevik, elle s'oppose avec virulence aux thèses de Lénine.

 Elle meurt le 8 mai 1919, peu de temps après la Révolution russe. Elle est enterrée au cimetière Volkovo.

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Mercredi 9 janvier 2013 3 09 /01 /Jan /2013 18:57

SILHOUETTES LÉON CLADEL (revue Scapin 1886)

Par les midis de soleil doux, quand il pleut des aménités chaudes, il joue avec sa nichée de fillettes dans le grand jardin de la Villa D’Aigremont à Sèvres. Les branches des coudriers et des néfliers s’emmêlent dans sa chevelure clodionesque, aux rires joyeux de l'escouade blonde. C’est un patriarche. Ce fut et c'est encore un fier lutteur. Barbey d'Aurevilly, dans un article demeuré célèbre, le dénomma  « un rural écarlate », et, certes, l'homme porte bien le surnom.

Rural et écarlate, Cladel l'a toujours été dans sa vie comme dans ses livres. C'est un simple et un brave, resté, par le cœur et par les costumes, un paysan de son Quercy, un de ceux qu'il a si bien chantés dans ses magnifiques épopées rustiques. Haut de stature, semblable aux gravures qui représentent l’Abraham biblique ou les aëdes antique, il réalise le type rêvé des poètes légendaires et des penseurs à qui, l’histoire fait paître le troupeau humain.

Malgré les luttes et les veilles, Léon Cladel, bâti comme un chêne de son pays, robuste et fort, a de nombreux midis de soleils doux, à couler en jouant à cache-cache dans les coudriers et les néfliers de son jardin, et beaucoup de grandes et belles œuvres à écrire là-haut dans son immense atelier de travail, car ce Rubens des lettres a un atelier pour confectionner ses livres, qui sont des tableaux immenses et parfaits comme ceux de son voisin de Meudon, qui avait nom Rabelais.

Léo D’Orfer

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Mardi 8 janvier 2013 2 08 /01 /Jan /2013 13:51

La Feuille villageoise du 15 avril 1888 : Pelletan est un radical socialiste et il s'adresse à cet ancien ami Rochefort avec qui il a défendu La Commune et dénoncé Gambetta. Quels arguments pour dissuader un homme de gauche de passer à droite ? JPD

M. Camille Pelletan s’adresse à M. Henri Rochefort et lui parle eu ces termes :

 La haine du césarisme vous a fait ce que vous êtes. Vous lui avez jadis porté de coups terribles. Vous étiez resté jusqu'ici l'homme de la Lanterne. Quand un homme, jusque là un des nôtres et le plus illustre de tous ; quand celui qui avait le plus énergiquement défendu la patrie française eu 1870 et 1871, et avec qui vous aviez eu des liens personnels, comme tous quand Gambetta, avec l’éclat de ses services passés, parut prendre, parut chercher, dans la démocratie, une place dangereuse pour les libertés publiques, vous n'avez pas hésité à vous retourner contre lui, sans égard pour des relations privées qu'on vous rappela à tort (et je ne fus pas des derniers à blâmer cette campagne des petits papiers).

Je reconnais dans ce souvenir l'horreur que vous aviez, que tout républicain a toujours eue, pour ce que Michelet décrivait si bien sous le nom de « Messianisme », pour l'incarnation du pays dans un seul être de chair et d'os, pour cet instinct mortel qui, à certaines heures, précipite les foules aux pieds d’un homme. […]

On veut vous faire servir d'enseigne à, une entreprise innommée, précisément pour accomplir la mauvaise action contre laquelle vous avez combattu jusque là et vous prêtez à cette entreprise votre nom et votre figure.

Sur l'entreprise elle-même, vous ne pouvez plus avoir, vous n'avez plus une illusion de plus que nous mêmes. C'est la pure tradition du bonapartisme ; c'est la dictature poursuivie dans ce qu'elle a de plus rebutant, Tout le parti napoléonien y est, O miracle ! Jérôme et Victor, le père et le fils (maigre leur haine exaspérée, comme sont toutes les haines de famille), se rencontrent sur ce seul point. Ils sont Boulangistes tous les deux ! La doctrine est la même vous ne l'ignorez pas. Aucun programme ; une indication socialiste ; une indication « conservatrice » ; quelques tirades contre le « bavardage » des Chambres ; la pensée vague d'un changement à coups de sabre ; pour le reste, une énigme ; un soldat qui dit de son programme véritable : « C'est mon secret... » La dernière des insolences qu'on puisse adresser à un peuple encore libre. Et, alors, les bonapartistes accoururent en foule. Dans la Dordogne, dans l'Aisne, dans l'Aude, la majeure partie des voix réunies est notoirement bonapartiste. Dans le Nord, on fait appel aux suffrages de même couleur.

Cela vous afflige t-il ? Je veux le croire. En tout cas, il n'y paraît guère. Dans les manifestes du général, je cherche en vain une trace des idées républicaines, Et les feuilles du 2 Décembre en triomphent. Voyons, vous Rochefort, ami du général Boulanger, vous êtes donc bien délaissé, bien impuissant auprès de lui ? Ses manifestes ont l'air d'être rédigés par M. Robert Mitchell.

Mais, supposez une minute qu'une équivoque cesse de tromper le pays, M. Boulanger serait réduit aux voix bonapartistes ; ce serait l'effondrement. Il a besoin d'un leurre qui ajoute à sa minorité bonapartiste les plus naïfs parmi les républicains. C'est à cela que vous servez, jusqu'ici.

C'est vous qu'on montre aux radicaux qu'on veut tromper. On vous affiche dans le Nord sur tous les murs. Vous êtes utilisé pour masquer le bonapartisme. Qui aurait des soupçons ? L’auteur de la Lanterne ?

Voilà un profil connu : les sourcils lancés vers le ciel et le panache de cheveux gris, O Rochefort ! Vous avez lu les Châtiments ; vous les savez même par cœur. Vous aussi comme dans l’Expiation vous servez d’enseigne…

L’on t’a : l’on te harnache…

Et la différence, c’est que vous êtes vivant. Et vivant, vous vous laissez faire.

Cela est triste. Qu’est devenu le Rochefort que nous avons connu naguère ? Si vous avez de ses nouvelles, donnez m’en je vous prie.

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : Résistance 2007
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 15:08

La Feuille villageoise publie le 4 octobre 1888 sans signature mais c'est inévitablement Camille Delthil, ce texte sur la mort d'un jeune poète. JPD

La mort de Fernand Icres

Nous apprenons la mort de Fernand Icres qui fut un de nos jeunes amis. Nous l’avions connu professeur au Collège de Moissac, il y a quelque dix ans de cela. Il raffolait de poésie, et l’Avenir que nous rédigions alors, encouragea ses essais.

Il était Lamartinien, encore avec une pointe de satire qu’il lui était restée après la lecture des Expiations, de son compatriote ; Léon Valéry. Nous lui passâmes Beaudelaire, il s’en enticha fort, et quelques temps après il nous portait une pièce remarquable, le Mitron, qui figure dans son volume les Fauves, publié par Lemerre, quelques années plus tard.

Il partit pour Paris en qualité d’élève à l’école des Chartes, mais la littérature le tentait. Il fréquenta les Hydropathes, et lança sous le pseudonyme de Fernand Crésy, son premier volume de vers qui obtint un vrai succès. L’école des Chartes était loin. Dès lors il s’escrima dans les journaux, tout en rimant un nouveau volume, les Farouches, et en monologuant un drame, les Bouchers, que le directeur du Théâtre libre fera jouer cet hiver.

 

 

Icres venait de publier récemment un roman qui contient de belles pages, bien que trop naturaliste par certains endroits, La mort le fauche avant que la moisson soit faite. Il meurt à 32 ans à peine, emporté par une de ces cruelles maladies qui aiguisent l’intelligence en brisant le corps. Chez lui la lame a usé le fourreau.

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : Le Sarmiento
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Lundi 7 janvier 2013 1 07 /01 /Jan /2013 14:23

malon-blog-copie-1.jpg

La Feuille villageoise de Moissac a été le journal le plus cladélien de France. Aussi, aujourd’hui, à chercher des textes sur le césarien Boulanger, je tombe aux Archives départemetnales sur la bio de Malon qui y a été publiée en avant première en septembre 1888. CoPincidence ! Et la note nous laisse un regret : « Extrait d’un volume de biographie que prépare actuellement Léon Cladel, et qui paraîtra l’an prochain. » Malheureusement ce livre de biographies n’a pas vu le jour !

 Peu de temps auparavant, le 18 mars le journal avait publié ce rectificatif amusant.

Rectification

Léon Cladel nous envoie la lettre suivante à plusieurs journaux à propos d’un canard d’assez belle volée.

Sèvres 11 mars 1888

Mon cher confrère

Il paraît qu’un de mes homonymes (où diable l’a-t-on cueilli) vient d’être nommé caissier ou trésorier (on emploie les deux termes dans les divers journaux qui parlent de cette nomination) à la Chambre des députés, et nombre de gens supposant que je vais aussi, moi, manier de l’argent m’adressent du Nord au Midi de chaudes félicitations. Ayez l’obligeance, cher ami, de faire savoir urbi et orbi que je n’ai rien de commun avec le comptable en question que l’on prend pour moi. Romancier suis et resterai. D’ailleurs j’ignore le calcul.

A vous de tout cœur et merci.

Léon Cladel

 

Le 21 octobre Delthil y présente Kerkadec, une oeuvre de Cladel. JPD

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Dimanche 6 janvier 2013 7 06 /01 /Jan /2013 17:50

Après l'avoir mis sur le blog, René Merle m'apprend que le texte est déjà sur le sien et avec qui plus est des notes ! Malon-Cladel site René Merle

 

photo malon

UN PENSEUR SOCIALISTE : BENOIT MALON, par L. Cladel

Ces pages de biographie, qu'écrivit Léon Cladel, en 1886, étaient destinées à précéder la première édition de cet ouvrage ; la modestie de l'auteur en empêcha la publication. Nous les restituons aujourd'hui :

 Zézayant, bredouillant et grasseyant tout à la fois, une poignée de ces inutiles qui grouillent partout où se montre qui veut être vu, les uns déjà vieillis à l'âge où la virilité commence à peine ; adolescents sans pudeur ni fraîcheur, les autres, s'assirent à la brune, un soir, en ma présence, à l'une des tables extérieures du café Tortoni. « Qui diable est ça ! chantonna l'un d'entre eux, après avoir prononcé les prénom et nom inscrits ci-dessus, et pourquoi s'occupe-t-on de lui dans les gazettes? » Si je connaissais très peu celui de qui s'entretenaient à bâtons rompus et trop cavalièrement aussi cette racaille d'honnêtes gens, antiphrase des plus expressives, s'appliquant tout aussi bien aux gredins de nos contrées et de ce temps-ci, que cette autre : Euménides, aux Furies chez les Grecs, ou cette autre encore : Modérés, aux frénétiques de n'importe quand et de n'importe où, je n'ignorais pas du moins que c'était un démagogue, un frondeur, rebelle à la tyrannie d'un seul ou de tous, un Prolo de mon acabit, et je toisai de haut en bas tous ces beaux produits des classes dirigeantes, qu'on a tour à tour appelés : Incroyables, Mirliflores, Merveilleux, Gandins, Lions, Dandys, Cocodès, Gommeux, Petits Crevés, Pschuteux, Copurchics, etc., qui se permettaient de blaguer, dans l'argot usité sur l'asphalte des boulevards, hantés par toutes les larves de la noblesse et de la bourgeoisie, le manant, le vilain, le croquant en question. Il est probable, et même certain que si j'avais alors su de lui ce que j'en sais aujourd'hui, je leur eusse rabattu le caquet, tout en les renseignant à peu près en ces termes sur ce bonhomme là :

 « Messieurs, vous que j'aurais honte de traiter de citoyens, autant que vous rougiriez sans doute vous-mêmes d'être qualifiés ainsi ; messieurs, vous dont la peau s'use sur la croupe des chevaux de race et sur le poitrail des filles de roture, ouvrez, s'il vous plaît, l'oreille, ou plutôt l'œil, et regardez là-bas, au loin, tout là-bas, vers le bassin houiller de Saint-Étienne en Forez, que bordent la Loire, le Rhône et les montagnes du Vivarais et du Gévaudan. Non loin de là, sous un toit de chaume, à Prétieux, six ou sept ans avant la déconfiture de ce matois couronné, dont le petit-fils, simple et vice au superlatif, aspire à nous gouverner du haut d'un trône pavoisé de drapeaux tricolores, ayant tous au sommet de la hampe un coq aussi fulgurant que l'aigle impériale, et, sur la bande médiane d'étoffe blanche, trois chrétiennes fleurs de lys d'or, un garçon naquit, en 1841, de deux journaliers absolument ignares et tout errenés[1], selon la géniale expression de Jean-François Millet, le grand peintre de la Nature.

Au Levant ainsi qu'au Ponant, au Nord, au Midi, quels qu'ils soient, citadins oisifs, à qui je m'adresse ici., souffrez que je vous rappelle cela, si vous l'avez oublié : les rustres, qui ne sont pas autrement façonnés, d'ailleurs, que vous et moi, ne vivent que de leur labeur, et quiconque aux champs ne travaille pas, au lieu de manger et boire à son gré, se brosse la panse quand il a soif et faim. Or, dès que la tâcheronne qui l'avait conçu l'eut suffisamment allaité, le nouveau-né rampa, gémit, pleura pendant quelques mois, sur les talons de ses proches, plus souvent dehors que dedans et, sitôt qu'il se tint debout, on l'arma d’une gaule. A l'œuvre, serf ; allons, forçat de la glèbe, tu n'as d'autre ressource pour gagner ton pain quotidien que tes bras et tes jambes ! Il garda d'abord les oies, les dindons, ensuite les ouailles. A quoi songeait-il, immobile, en ces planes solitudes, sous les nues mouvantes de son ciel natal ? Uniquement à ceci, que s'il ne suffit pas à chacun de nous de se remplir le ventre matin et soir, il importe à tous de se nourrir le cœur et le cerveau. Certes, ses brebis, ses pourceaux, ses vaches et son barbet, il les aima. Mais aimer n'était pas son seul besoin ; il éprouvait aussi celui de comprendre le comment et le pourquoi des choses et des êtres qui l'entouraient : arbres et plantes, fleuves et monts, bêtes et gens. Hélas ! ses parents, ignorants tous les deux ainsi que leurs devanciers, étaient incapables de l'instruire ; trop pauvres pour l'envoyer à l'école, et d'ailleurs celle-ci se trouvait trop loin. Eût-elle été voisine de leur chaumière, qu'il n'y serait pas allé davantage. Auraient-ils pu le soutenir s'il ne les avait pas aidés à regarnir la huche vide ?... Il pousse, il se forme, il grandit à côté des siens, et le voilà contraint tout à coup à se séparer d'eux et de se louer, en qualité de valet, dans les fermes d'alentour.

Environ dix années, dix siècles, il croupit là. Roulant confusément en sa tête mille plans irréalisables, il accouple sous le joug, attelle au char et conduit au labour ses deux bœufs charolais, dont la marche lourde et rythmée berce son rêve sans consistance et sans fin. A ces labeurs si pénibles et peu lucratifs, il se surmène, il s'épuise, il s'use et, tremblant la fièvre, il cède la place à quelque autre va-nu-pieds et part. Où court-il ? En la masure de la mère, car le père est sous terre depuis longtemps ! Il n'y a pas toujours là ce qui est nécessaire à la pauvre femme, et lui rogner la portion, non, jamais ! A l'hôpital ? Il en a horreur! A la rivière ? Il n'a pas encore vingt ans, et mourir déjà... ! Son esprit inculte et son corps fourbu protestent également. Alors il se cramponne à la seule branche de salut qu'il lui reste. Un de ses frères, son frère aîné, que la destinée favorisa plus que lui, mis en pension, par suite d'arrangement de famille, et d'élève passé maître tout récemment, est instituteur en une commune assez écartée de Montbrison. Il s'y traîne, lui, le cadet, et son consanguin le reçoit à bras ouverts.

Heureux de l'accueil, il s'alite et, bientôt, convalescent, dévore des alphabets. Soudain il se relève, ayant découvert dans une brochure qu'il épelait cette formule philosophique : « II est de stricte justice que la société soit responsable de l'existence de tous les individus qui la composent et que chacun d'eux, riche ou pauvre, ait le même droit à la terre, à l'air, à la lumière, à la vie. » « Ah ! cela sera, s'écrie-t-il, ébloui par une vision prodigieuse où, commensales, fraternisent en un solennel banquet toutes les classes de la Nation, et, quelques semaines plus tard, ayant bouclé sa ceinture et le bâton de voyage à la main, il se dirige vers le septentrion. Exténué par quinze jours de marche et sans un liard en poche, en septembre 1863, il entre à Paris... A présent, nobles et bourgeois fainéants, écoutez un peu cette odyssée, cette Iliade ; on dirait d'une féerie. Homme de peine ayant connu les jours sans pain et les nuits sans abri, puis auxiliaire teinturier sur les bords de la Seine, à Puteaux, il gîte dans un taudis, se loge en une mansarde de six pieds carrés, et c'est là sur un dur grabat où ses membres endoloris se délassent à la fin de la journée, qu'à peine éclairé, la nuit, par la lueur fumeuse d'une chandelle de suif enfilée dans le goulot d'une bouteille placée celle-ci sur une planche assujettie au châlit, entre deux chaises dépaillées, il se brûle les yeux, jusqu'à l'aurore, en des lectures forcenées et qui lui profitent si bien qu'en 1865 ses camarades de travail et de misère, reconnaissant en lui le plus apte d'entre eux à défendre leur cause, le délèguent auprès des patrons et le nomment chef de grève. Il s'acquitte à merveille de ce premier mandat renouvelé en 1866, et ne tarde pas à se servir d'outils autres que ceux par lui jusque-là maniés. En 1867 et 1868, il envoie, encore inexpérimenté dans sa nouvelle profession, une série de correspondances ouvrières à la Mutualité, force articles au Courrier français et s'affilie, impatient de plus hauts combats, à l'Internationale, dont le siège n'est pas encore dans la rue de la Corderie, mais dans celle de Gravilliers.

On le dénonce. Il est empoigné, jugé, frappé, puis incarcéré. Trois mois durant, il en manipule des bouquins, il en avale sous les verrous ! A peine sorti de sa geôle, il se remet en danse, propage ses idées de telle sorte que nombre de sections sont par lui créées en un rien de temps auxquelles il amène près de deux mille adhérents. Infatigable, il fonde la Revendication de Puteaux, société de consommation encore prospère aujourd'hui, puisqu'elle compte 1800 membres, et d'autres à Suresnes, à Courbevoie, à Clichy, à Roubaix ; et, grâce à sa persévérance et son ubiquité, de nouveaux groupes internationalistes se constituent à Lille, Amboise, Vattrelos, Pontoise, Saint-Ouen l'Aumône, Saint-Etienne et Batignolles.

En butte aux rancunes patronales il change de nom à tout instant, et ne séjourne en chaque lieu que le temps nécessaire à la formation de quelque cercle, et, de plus en plus agile, court à d'autres tâches, à d'autres propagandes interrompues par des réclusions successives. A l'ombre des cachots, il médite ; en plein soleil, il agit. Toujours sur pied, et jouissant de la confiance absolue de ses recrues avides de se produire, il se concerte avec les blanquistes et participe avec eux à beaucoup de manifestations républicaines et tentatives révolutionnaires de 1867-68-69. En janvier 1870 éclate enfin la grève du Creusot. Il s'y trouve déjà comme correspondant de la Marseillaise et bientôt y dirige les mineurs. Après leur défaite, il va porter le concours du journal et celui de ses facultés d'organisateur aux grévistes de Fourchambault. On l'épie, on le harcèle, il se couvre d'une blaude rustique, il échappe aux limiers de la police impériale attachés à ses trousses, et, presque à leur barbe, ayant établi plus de vingt nouvelles sections à Chalon, Autun, Dijon, Torteron, Cosne, etc., pousse sur Paris où dès son retour, en avril 1870, on le jette à Mazas; il y reste au secret plusieurs mois. Enveloppé dans le quatrième procès de l'internationale, on lui sert un an de prison; il purgeait cette condamnation en la prison de Beauvais d'où, le lendemain du 4 septembre, il est élargi sur une dépêche de Gambetta. D'un bond il regagne la capitale déjà investie par les hordes étrangères, s'enrégimente au 91e bataillon de la garde nationale qui le choisit aussitôt pour délégué. La guerre est peu goûtée des tristes accesseurs de Trochu le généralissime, qui la conduit mollement, ne se pressant guère, ce traînard, ce fantoche, d'exécuter les plans que lui dicte Sainte-Geneviève. A bout de patience et de crédulité, tous les faubourgs, à qui l'on n'oserait parler de capitulation, descendent sur l'Hôtel de Ville, s'en emparent, et, malheureusement pour nous, ne l'occupent qu'un instant. Tout de suite après le 31 octobre, le délégué du 91e bataillon, qui s'est montré fort énergique pendant cette journée des dupes, précédemment nommé d'acclamation membre du Comité central des arrondissements, devient, en novembre, adjoint à la mairie des Batignolles. Sur- veillé par les vieilles femelles du Gouvernement qui pressentent en ce jeune mâle un indomptable meneur du populaire, il est poursuivi, sans relâche, sitôt après l'insurrection du 22 janvier, par leurs mouchards et leurs sbires. Un mandat d'amener est lancé contre lui ; mais voici l'heure des urnes.

Élu le 3 février 1871, par 118 000voix, le quinzième sur quarante-trois, le petit berger du Forez, l'homme de trait et de bât des villages, hameaux et bourgs suburbains, est député de Paris. Ah ! cette fois, les électeurs en blouse abjurant toute jalousie, ont voté pour un blousier comme chacun d'eux. S'il en avait été ainsi l'an dernier, combien de bourgeois autoritaires qui trônent au pouvoir aujourd'hui seraient aux genoux de cette plèbe, qu'après l'avoir implorée et flagornée en tant que candidats ils crossent, parvenus, avec dédain. Accompagné par quelques-uns de ses mandants, il vole à Bordeaux, le vrai représentant du peuple et le plus légitime au dire de l'auteur des Châtiments, et là, de même que les Allemands Liebknecht et Bebel repousseront plus tard, au Reichstag de Berlin, l'annexion de la Lorraine et de l'Alsace à l'Allemagne, il refuse de sanctionner le démembrement de la France vaincue, ainsi qu'il n'eût pas admis d'ailleurs l'incorporation de provinces transrhénanes à sa patrie, si, mieux commandées et plus nombreuses, nos imberbes milices urbaines et rurales l'avaient emporté sur deux millions de reîtres et de lansquenets blanchis sous le casque et la cuirasse ; il flanque — en même temps que Tridon, Razoua, Cournet, Rochefort, Delescluze et celui qui, n'ayant pas su se contenter d'être Ranc tout court, est devenu Monsieur Ranc tout au long ; après Garibaldi trop prompt à les précéder, avant Victor Hugo peut-être trop lent à leur emboîter le pas, il flanque sa démission de mandataire de la grande cité révolutionnaire au nez de tous les nonces rétrogrades de quatre-vingt-neuf départements, et s'en retourne là d'où naguère il est venu. Bientôt tous les Basile, tous les Ratapoil et tous les Rabagas qu'il a laissés sur les rives de la Gironde en décampent et s'acheminent vers Seine-et-Oise, où pêle-mêle ils s'établissent. Ah ! certes, il aurait pu s'éterniser parmi ces tourbes, ces hâbleurs, et plus tard trafiquer de son influence ainsi qu'un Olivier ou qu'un Laurier, si, comme la leur, son âme avait été vénale !

Oui, mais il n'était pas bâti comme ces industriels et l'on sut, à bref délai, de quel bois il se chauffait au mont Aventin où les nuages s'amassent. Tout à coup des éclairs et le tonnerre... Ah ! la foudre a parlé, c'est le 18 mars ! Il hésite, l'intègre démissionnaire, à se prononcer contre Versailles avant d'avoir épuisé tous les moyens de conciliation ; il a peur, ce brave, oui, peur, et pourquoi ? Parce que toute action est suivie d'une réaction. Et qui réprimera? Parbleu ! ceux-là qui, sympathiques au mouvement, seront astreints à l'arrêter. Un peuple de laboureurs se ruera sur un peuple d'artisans. Et pour quoi, pour qui ? Pour les aises, et c'est assez ! de leurs commun ennemis les privilégiés et les fortunés à qui toujours, pendant qu'ils s'empiffrent, digèrent et forniquent, est doux le carnage réciproque des gueux des sillons et des voyous des rues. Il s'interroge, il se consulte, il ne se décide pas encore, et ce n'est que le 21 mars, après le discours odieux de Jules Favre, le faussaire et le fratricide : « Ah ! j'en demande pardon à Dieu et aux hommes ! » qu'il se rallie ouvertement à la Commune où, sur ses recommandations expresses, on utilise enfin les talents militaires et la froide audace de Rossel.

Les temps sont difficiles et douloureux. Subir sinon un autre empereur ou quelque roi, du moins le principat de Thiers et les persécutions de ses complices, les sept cents législateurs orléanistes ou légitimistes, ou bonapartistes ou libéraux, ensuite la famine et le gel, et le servage, et les affres d'une interminable agonie au foyer où tout manque à la fois, et le pain et le vin, et l'air et le feu, non jamais ! Oui, mais alors c'est la guerre intestine, et le sang des pauvres coulera comme l'eau. N'importe, et quoi qu'il advienne, elle vivra même sur une pyramide de morts, la République ! Ainsi pense-t-il, et les jours de deuil succèdent aux jours de joie. Il décline toute nouvelle candidature et ne veut être que ce qu'il est déjà : maire du XVII° arrondissement. En dépit de lui-même, on le charge de nouveaux devoirs. Il les accomplira. S'il est ardent, il est sage aussi. Donc pas de dictature, et le voilà luttant à la fois contre les Jacobites de l'Assemblée et les Jacobins du Conseil. Les traîtres, les parjures sont aux aguets cependant, et la forteresse inaccessible du peuple est livrée à la soldatesque des maréchaux et des généraux de Verrhuel, qui se vengent eux-mêmes en vengeant leur maître déchu. La bataille rugit de Vaugirard à Belleville et des Ternes à Charonne. Enfin tout se tait, on n'entend plus ni les tambours ni les clairons, ni le tocsin ni le canon au milieu des flammes qui consument la huitième merveille du monde. A travers le massacre et l'incendie, jusqu'à la minute où tout croule autour de lui, le terrien de la Loire à la tête d'une poignée de Parisiens qui préfèrent n'être plus que d'être les sujets d'un monarque ou la valetaille d'une caste, il lutte sans répit et sans espoir contre les innombrables brigades que Guillaume de Prusse et Bismarck ont rendues avec empressement au Néron de Marseille afin que celui-ci ruine de fond en comble cet inexpugnable boulevard, cette citadelle de régicides, à l'assaut de laquelle eux et leurs sauvages et serviles Teutons n'ont pas eu le courage de monter. Abusés par les réacteurs à qui les suffrages de leurs pareils, les inconscients des campagnes, ont ouvert les portes de la Chambre « élue en un jour de malheur », ces paysans des Gaules, ces serfs, ces esclaves embrigadés sabrent, fusillent et mitraillent imbécilement tous ceux qui voulaient les faire libres, hélas ! leurs frères de la capitale hier décapitalisée, en cendres aujourd'hui. Tout tombe dans un chaos incandescent et sanglant de chairs et de boue. Ah ! c'est fini ! Les soldats citoyens échappés aux bourreaux de Galliffet et de Vinoy sont dispersés et, si Pyat respire, Delescluze n'est plus. S'arrachant à regret et le dernier de son poste de combat, le maire de Batignolles, membre de la Commune, rencontre les troupes fumantes qui viennent, d'égorger son héroïque ami Varlin. Elles ne le reconnaissent point, bien qu'il leur soit signalé. Calme, imperturbable, ayant fait le sacrifice de sa vie, il passe à travers leurs rangs ; il est passé, sauvé peut-être. Une femme, mère de l'un de ses compagnons d'armes, lui propose un asile qu'il accepte. Hélas ! chacun a peur de son ombre pendant cette terreur bleue et blanche, et lui, le rouge, est expulsé de sa retraite, le lendemain, et presque livré. La mort ne voulait pas de lui. Traqué, harcelé, serré de près, il est recueilli par une intrépide citoyenne qui le conduit chez elle, et là, son mari, vieillard austère et sculpteur renommé, lui parle ainsi : « Qui que vous soyez vous êtes ici le bienvenu, puisque vous êtes l'une des victimes du monstre qui triomphe aujourd'hui sur les ruines de Paris et déshonore l'humanité.» Six semaines environ le proscrit résida chez ce cœur auquel sont bien dus les hommages de tout philanthrope digne de ce nom, et, lorsqu'il quitta son refuge et la ville saccagée, le fils de son hôte l'obligea à prendre son propre passeport et sa bourse. Enfin, ayant franchi la frontière, il s'écrie :

 « Je salue et touche une terre de liberté ! » Ces mots lui sourdent de la bouche comme ils jaillirent en l'autre siècle de celle de Jean-Jacques, à peu près sur le même sol, entre deux montagnes. En paix, à Genève, il subsistera, ce banni, mais comment et de quoi ? Comme il pourra, d'une besogne manuelle quelconque. Allons, courage, exilé ! Labor omnia vincit improbus.

 

Successivement vannier, typographe, fardelier, il mange et boit, mais ne dort point. Toutes ses études forcément négligées pendant la bataille sociale l'ont sollicité derechef. Il achève alors son instruction, et, quand il possède bien l'orthographe, la syntaxe, la langue, il prône avec sa plume les idées généreuses pour lesquelles il a combattu le fusil au poing. En Suisse, en Italie, il se plonge avec amour, avec passion, dans les œuvres sinon abstruses, du moins abstraites des physiocrates et des économistes, Adam Smith, Quesnay, J.-B. Say, Malthus, Ricardo, Mac, Culloch, Dunoyer, Rossi, Filangieri, Romagnosi-Verri, Beccaria, Michel Chevalier, Bastiat, Joseph Garnier, en même temps que les sociologues Saint- Simon, Fourier, Louis Blanc, Pierre Leroux, Cabet, Desamy, Proudhon, Considérant, Pecqueur, Vidal, Karl Marx, Robert Owen, Lassalle, Tourreil, Fauvety et J.-S. Mill, son auteur de prédilection, l'initient tour à tour aux œuvres de la science, et lui révèlent tous leurs secrets, et le voilà si bien ferré désormais sur les questions qui le préoccupent et l'absorbent qu'il nous offre coup sur coup : en 1871, la Troisième Défaite du Prolétariat français ; en 1872, Exposé des Écoles socialistes françaises et l'Internationale, son histoire et ses principes ; en 1873, Spartacus ; en 1874, Socialismo, Religione, famiglia, proprieta, texte italien ; en 1876, Histoire critique de l'Économie politique, en 75-77, collaboration à la Plèbe de Milan, au Povero de Palerme, au Mirabeau de Verviers, et fondation de la revue : le Socialisme Progressif ; en 1878, Histoire du Socialisme ; en 1879, traduction de Travail et Capital de Lassalle, et de la Quintessence de socialisme de Schaeffle ; en 188o, après l'amnistie, il crée l'Émancipation. Il publie en 1881 le premier volume du Nouveau Parti, le Parti Ouvrier ; en 1882, le deuxième volume du Nouveau Parti ; en 1883, le Manuel d'Économie sociale ; en 1884-85, les cinq tomes de l'Histoire du Socialisme commencée en 1882. Enfin il fonde la Revue Socialiste, devenue l'organe central du socialisme théorique français, et collabore actuellement, après avoir écrit en une foule de journaux : le Prolétaire, l'Émancipation Sociale, le Citoyen, le Travailleur etc., à l'Intransigeant du Lanternier qui si hardiment éclaira les ténèbres fangeuses de l'Empire. Hé bien, n'est-ce pas une magie que la mirobolante aventure de ce gueux- là ; pâtre dès son enfance, charrieur et laboureur avant son tirage au sort et député de Paris avant que sa trentaine ait sonné, mais n'est-ce pas un enseignement aussi ? Jadis, quand la Révolution éclata, si l'aristocratie était pourrie jusqu'aux moelles et le Tiers déjà corrompu, la plèbe, elle, au contraire, avait toutes les vertus, stérilisées souvent, il est vrai, par son ignorance, et c'est chez elle surtout que la France, menacée par tous les potentats de l'Europe, y compris le sien propre, recruta les héros qui s'emparèrent de la Bastille, des Tuileries et guidèrent à la victoire le volontaires de la République : Hoche, Kléber, Augereau, Marceau, Soult, Lannes, Masséna, Ney, Murat, Bessières, tutti quanti. Maintenant, de nos jours où la bourgeoisie est plus dépravée et plus vaine que la noblesse en 89, n'appartient-il pas au Quatrième Etat de la remplacer, ainsi quelle-même supplanta le deuxième Ordre entièrement inepte en affaires publiques ?

Où donc demain sinon là le pays en danger puiserait-il des hommes ? Ils en sortent tous nos historiens plus vibrants, artistes et philosophes : Hugo, Rude, Millet, Pierre Dupont, Courbet, Proudhon, Michelet, et l'âpre utilitaire dont ici j'ai résumé les travaux, et des myriades en surgiront. Hier, illettré, ce paour qui m'enchante est aujourd'hui savant au point de nous dire Héraclite, Empédocle, Xénophane, Anaxagore, Pyrrhon et Zénon, comme s'il avait gardé de concert avec eux un troupeau d'herbivores ou d'omnivores et cette merveilleuse MORALE SOCIALE (1) où la forme et le fond s'entrevalent, en serions-nous redevables par hasard à l'un de ces avocats sans cause, à quelque médecin sans malades, à quelque financier sans entrailles, à quelque rentier sans cervelle, à l'un de ces bourgeois sans scrupules qui foisonnent au Luxembourg ainsi qu'au Palais-Bourbon ? Nenni. Stylés dès le lycée ou le collège par mille professeurs, et semblant prédestinés à de belles choses, ils promettaient tout, blondins, et, grisons, ils n'ont encore rien tenu, rien, abêtis qu'ils sont, ces vieux fantoches du Parlement, par la paresse, émasculés par la luxure, et c'est lui, l'enfançon hirsute et né d'un couple d'indigents des campagnes du Centre, oui, lui, très humble passereau qui n'alla jamais à L'École mutuelle et que les paons, ou plutôt les geais du Sénat et de la Chambre regardaient du haut de leur arrogante nullité quand il se campa de par la volonté du Peuple souverain au milieu d'eux ; c'est lui, de qui personne n'eût attendu tel cadeau, c'est lui qu'il faut remercier de ce livre superbe qui sera tôt ou tard l'une des Bibles, sinon la Bible des déshérités...

Ah ! si j'avais votre burin, Bracquemond; votre pinceau, Duran ; votre pointe, Rops ; votre ciseau, Rodin ; ah ! comme je graverais, comme je brosserais, comme je sculpterais l'image de cet ouvrier, de ce penseur, de ce poète, oui, de ce poète de votre caste, la basse, et dont la débauche n'a pas infirmé l'esprit, desséché le cœur, appauvri les muscles et les chairs ; il est plus beau vraiment avec sa face rougeaude et long poilue, avec ses épaules de portefaix ; il le fut, et se glorifie de l'avoir été, certes ! avec ses yeux doux et fins, son allure paysanne et faubourienne à la fois, et sa tête d'apôtre bon garçon, que tous les chlorotiques de la haute ou de la moyenne qui papillonnent autour de vous, chers amis, pour que vous daigniez les magnifier sur une feuille de papier de Hollande ou de Japon, sur quelque peu d'étoffe, sur une plaque de cuivre ou dans un bloc de marbre.

Il se soucie bien d'avoir sa statue ou son portrait sur toile ou sur vélin, lui, là-bas, en sa maisonnette de Chatou, lui qui, tandis que les politiciens de 1870, ses anciens collègues, enrichis par leurs intrigues et leurs apostasies, ne s'efforcent qu'à répandre leurs dernières gouttes de sperme dans la vulve des catins ; lui qui, loin de singer ces lazzaroni des lettres, des arts, des sciences et de la politique, songe, labourant entre sa femme et sa fille adoptive, le papier, ainsi qu'il sillonnait autrefois les marnes et les glaises, songe à ses parents disparus, à ses immuables et pures plaines natales, et parfois même à son premier camarade à quatre pattes. «Hé ! c'est que, mon cher, écrivait-il naguère à quelqu'un qui ne déteste pas plus les animaux que les gens, je les aime aussi, moi, les bêtes ; aux champs, en mon bas âge, j'ai eu des amitiés enfantines, très réelles, et plus mutualistes que ne les croiraient les aigrefins de la civilisation, avec une poule, une chatte, deux bœufs ; et mon chien Bayard, avec qui je jouais et conversais, mourut de chagrin quand, berger salarié, je dus le quitter après trois ans d'une commune vie pour entrer en qualité de bouvier dans une autre ferme. » O le brave homme ! Y en a-t-il beaucoup en France et même ailleurs de pareils à lui ? Non, hélas ! guère et pas assez...

On prétend qu'afin de se consacrer entièrement à l'étude, et pour ainsi parachever son œuvre, il a renoncé, lui, le moniteur du Struggle for life, le champion des opprimés, et le réformateur du contrat social, aux batailles du forum ; oui, c'est possible, c'est probable, mais on l'y reverra, voilà mon avis, et le sien aussi, n'est-ce pas, Benoît Malon ? n'est-ce pas, citoyen Malon ? si jamais la canaille dont il est, et suis aussi, moi, lui commande, après l'en avoir en vain prié, de la mener à la guerre de délivrance ou bien à la paix du tombeau !...

LEON CLADEL.

Sèvres, 3 octobre i 886.

(1) La Morale sociale, par B. Maton. Paris, Revue Socialiste, 10, rue Chabanais, et chez Félix Alcan. Prix: 3 fr. 5o.

 

S’agit-il d’un mot fabriqué à partir de errer ?

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : Le Sarmiento
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Samedi 5 janvier 2013 6 05 /01 /Jan /2013 19:11

                                                photo malon

Le3 janvier vers 17 heures l’année commence sur les chapeaux de roue. Une dame me téléphone de la part d’un autre dame. Elle veut des informations sur Cladel. Elle prépare une thèse sur « Politique de la langue et représentation du midi dans la littérature française de la 2° moitie du XIXe siècle ». Elle me parle aussi de Pouvillon, Aubanel et d’autres. Je viens juste de mettre sur internet les textes de Jaurès sur les deux écrivains. Quant à Cladel, il y a plus de 150 articles sur le blog. Elle s’appelle par Francesca Celi.

En fonction de ses préoccupations je visite à nouveau mon blog en quête d’articles plus précis sur le thème qui est le sien. Et là je retombe sur le cas Cladel-Jaurès-Malon.

Après avoir fait ma sélection d’articles je me dis que je dois trouver ce lien entre Jaurès et Cladel par Benoît Malon interposé. C’est comme la dernière pièce d’un gigantesque puzzle.

Mais, j’en entends qui me disent encore : « Pourquoi se disperser, tu travailles pour le moment sur Bolivar ! »

Or de Jaurès à Bolivar il n’y a qu’un pas ! Je n’ai pas encore pris le temps de lire le texte latino-américain de Jaurès mais là n’est pas la question. Je sais que Jaurès a toujours combattu le césarisme, ce mal qui ronge la France à un point tel que la classe politique se voile la face. Jaurès contre le boulangisme, Jaurès contre … Parce que pour moi Bolivar est une forme moderne du césarisme…

Donc de Bolivar, j’ai cherché Jaurès… et cette fois le puzzle est achevé, magnifique, grandiose et cette fois vous aurez droit à ce texte de Cladel qui débouche sur l’introduction du livre de Benoît Malon, l'ami dont Cladel trace le portrait. Et en retour Benoît Malon dédicace son livre Morale et société… à Léon Cladel.

Le puzzle est là, c’est celui d’un combat éternel pour la dignité des hommes debout. Voilà comment une succession de coïncidences me permettent d’arriver à mes fins : relier à travers l’histoire ce fil invisible qui comme une cordée en montagne, nous aide à avancer.

Ceci étant, Jaurès a eu beau être obligé de lire Cladel, je doute qu’il ait été enthousiasmé par son style.

Jean-Paul Damaggio

P.S. Vous aurez bientôt les textes en question

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : Le Sarmiento
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Samedi 15 septembre 2012 6 15 /09 /Sep /2012 20:53

Cette fête de Cladel, ça fait deux chapitres de mon livre : »Qui a tué Léon Cladel ? » Je retrouve aujourd’hui cet article qui apporte des compléments avec le discours entier de Pouvillon. Le journal de droite n’a pas aimé le texte de Clovis Hugues, une poésie où au contraire, j’avais repris de larges passages… JPD

 

L’Express du Midi 6 août 1894

Paris 5 août 1894 Madame Veuve Léon Cladel obtient un bureau de tabac

 

Au même moment sur le même journal :

 

L'Inauguration du Monument Cladel à Montauban

De nos correspondants à Montauban

 Montauban, 5 août.

Il faut bien le dire, cette fête a bien peu remué la population montalbanaise. Elle est restée froide et si ce n'étaient les quelques mâts, supportant des faisceaux de drapeaux faisant flotter au vent les oriflammes nationales qui entourent le square de la Préfecture, rien n'indique que la ville soit en fête. Disons même que les habitués du square, ne sont qu'à moitié satisfaits ; pas moyen d'y pénétrer depuis quelques jours, et aujourd'hui, seuls, les invités y pénètrent. Dieu sait en quel état ils laisseront pelouses, bordures et corbeilles !

Au-dessus de ces petites merveilles florales et horticoles, l'estrade officielle est dressée, la fontaine monumentale est arrêtée et dans son bassin on a placé des chaises; les corbeilles sont encadrées de bancs, faible barrière contre le flot envahisseur.

La grande tribune est recouverte d'une toile immense que le plus léger coup de vent peut emporter, que la première averse peut crever, changeant la tribune en cascade.

Mais, le temps est superbe, le soleil radieux, la brise fraîche et tout fait augurer d'une journée sans nuages.

Avant de parler des cérémonies officielles, auxquelles nous n'avons pas été invités, et auxquelles, par conséquent, nous ne pouvons assister, personne n'y assistant sans des cartes rigoureusement personnelles, parlons de l'œuvre de l'artiste et de l'artiste lui-même.

Le buste se dresse à droite du promeneur, entrant dans le square, par la porte du côté de la préfecture, en face de celui entrant par la porte des allées Mortarieu, à gauche de celui venant de la rue de la République.

Pour la circonstance, il a été entouré d'une gracieuse garniture de fleurs disposée par MM. Castels père et fils.

L’œuvre de Bourdelle, nous l'avons déjà dit, et tout le monde le reconnaît, est fort belle.

Cladel, la tête baissée, profondément et énergiquement pensif, cherche sa phrase, son mot, son image qu'une plume, tenue d'une main fébrile va tracer sur le papier. Figure ascétique, émaciée, longue et lourde chevelure, barbe rare, en pointe, cravate négligeaient nouée et pendante, pardessus ample et flottant sur un thorax d'autant plus étroit que les bras se croisent sur lui, tout cela donne à l'œuvre un aspect fort sévère, dans lequel les saillies et les creux jouent l'effet des clairs et des ombres avec un rare bonheur.

L'œuvre artistique est réellement belle et bien placée dans le cadre qui l'entoure et l'entourera mieux encore les arbres grandissant.

Quels progrès a fait Bourdelle depuis que nous l'avons connu, dessinant à l'école de la rue de la Fantaisie ou sculptant chez son père, allées Mortarieu, au-dessous du Cercle de l'agriculture ?

Ses qualités, son talent naissant se firent bientôt remarquer et, en 1876, étant maire, M. Isidore Delbreil, père de M. Henri Delbreil, aujourd’hui maire, le conseil municipal lui vota une somme de 600 francs à l'Ecole des beaux-arts de Toulouse.

A ce propos, un de ses biographes, M. Charles Sauvier, nous dit :

« Mais le jeune Montalbanais, avec son Idéal d'art, ses conceptions précoces, son éducation formée par l'étude des vieilles et humaines images des cathédrales et la vue de quelques moulages et dessins de maîtres, ne fut guère apprécié dans cette école provinciale où est passé, il est vrai, un grand sculpteur, Falguière, mais d'où sont sortis tant de nullités tapageuses. Il n'obtint aucune récompense dans les divers concours. »

Bourdelle alla à Paris en 1885, entra à l'Ecole des beaux-arts et resta un an chez Falguière.

Mais bientôt il se créa un idéal artistique personnel, dans lequel idéal, le genre de Rodin se fait absolument sentir, et depuis l'on a cité de lui : Marsyas, la Première victoire d'Annibal, l'Amour agonise, Femme en pierre, le buste de Marais, médaillons de Michelet et d'Arago, qui devraient décorer deux pilastres de la grande porte du lycée et qui se morfondent dans notre lycée ; le buste de Mme la marquise de Mari, un Mécène pour Bourdelle ; un buste de M. Rousset, son ancien professeur; un buste de M. Nazon, superbe ; Paros, le buste de Coquelin cadet, une série de bustes fort appréciés, des cartons de dessins, de pastels, de peintures, très personnels ; un meuble en bois sculpté, portraits pour Coquelin cadet, etc.

Enfin, l'œuvre  que l'on inaugure aujourd'hui. En 1894, Bourdelle a été nommé secrétaire du jury du Salon du Champ-de Mars. C'est la carrière ouverte devant notre compatriote : il la parcourra sûrement, brillamment et sans forfanterie, car l'artiste est resté bon, simple, sans orgueil et accueillant à tous.

Son œuvre dernier né, Cladel, est de grandeur un tiers de plus que nature. Il est placé sur un piédestal en marbre de Carrare bleu turquin, d'un goût très sévère et fort approprié à l’œuvre.

Sur la face antérieure du socle, ces deux seuls mots : LÉON CLADEL en lettres d’or.

Signalons cette particularité que le comité a supprimée, cette lettre fort significative A, qui devait précéder les mots ci dessus.

Les fêtes, ou plutôt la fête, a commencé, hier matin, à 9 heures.

Le comité Cladel : MM. Pouvillon, Capdepic, Bourdelle, Lapauze, se sont rendus, en compagnie de MM. Catulle Mendès. Clovis Hugues, Maurice Rollinat, Ferdinand Fabié, Lafagette, X. de Ricard, Albinet, au musée de la ville pour lui offrir le portrait de Cladel, par Guth. M. Montastruc, oncle de Cladel, était présent.

Les honneurs de la maison ont été faits par M. E. Forestié, directeur du Courrier et du Quercy, secrétaire de la Société archéologique ; par M. Bouis, conservateur du musée, et par M. Marre, professeur municipal de dessin.

L'œuvre de Guth est un fort joli fusain, très vivant et qui doit être ressemblant, quoique cette tête nous paraisse singulière, à côté de celle de Bourdelle.

Ces messieurs ont ensuite admiré les chefs d'œuvre de notre musée, surtout les collections d'Ingres.

L'on est ensuite allé rendre visite à Mme Cladel et à ses enfants, qui sont descendus chez  M. Lugol, le traducteur de Carducci.

Le déjeuner de midi a donné à tout le monde les forces nécessaires pour la cérémonie du soir.

A cette heure, M. Armand Silvestre était arrivé.

De tous les invités dont on avait annoncé la venue, seuls, ceux que nous venons de nommer, ont répondu à l'invitation. MM. François Coppée, E. Zola, Aicard et tant d'autres sont absents.

 

2 heures précises, heure où devait commencer la cérémonie d'inauguration, il y avait bien trois cents personnes autour du square et cinquante à l'intérieur.

A 2 heures et demie, le cortège officiel arrive, précédé de quelques minutes par Mme Léon Cladel et ses enfants.

L'accueil est des plus froids. La préfecture, le monde militaire, la municipalité ne sont en rien représentés. Le monde gouvernemental s'est abstenu sur toute la ligne. Dans le square, très peu de monde ; même ceux qui ont des cartes ne sont pas venus. La Société chorale ouvre la fête en chantant un de ses meilleurs chœurs, les Paysans de Saintis, qu'accueillent quelques applaudissements.

Le voile recouvrant l'œuvre de Bourdelle tombe aussitôt, les applaudissements sont plus maigres encore et les discours commencent. Les portes du square sont alors grand' ouvertes au public qui se précipite sur les pelouses, les corbeilles sont peu respectées. Il y a bien 500 personnes qui veulent entendre et n'y réussissent point.

M. Pouvillon ouvre le feu par le discours que voici :

« Ceux d'entre vous, messieurs, qui n'avaient connu Léon Clade qu’en ses robustes années de jeunesse et d’apprentissage, s'étonneront peut-être devant le masque tourmenté, douloureux tragique presque, du Cladel vieilli avant l’âge que leur offre notre éloquent sculpteur, Emile Bourdelle. Ils s'étonneront moins s'ils veulent bien réfléchir à ce que fut le labeur du maître écrivain montalbanais.

La vie littéraire est dure à tout le monde, on le sait, et peut être ceux-là ne doivent-ils pas espérer de vivre intacts qui osent former le souhait de ne pas mourir tout entiers. Mais combien plus âpre, plus dévorante cette bataille pour les entêtés, pour les enragés de l'Idéal, pour ceux qui refusent de jeter en route comme un bagage inutile leur probité, leurs scrupules d'artiste.

Les témoins ne manquent pas ici— et je les remercie en votre nom d'être venus entendre notre fête de famille — les témoins ne manquent pas pour vous dire avec plus d'autorité que je ne puis le faire, l'effort opiniâtre, la montée ardente vers le mieux de l’auteur jamais satisfait de ses œuvres de pierre et d'airain qui s'appellent Ompdrailles ou la Fête votive de Saint-Bartholomé Porte-Glaive. Cette rare énergie, cette obstination à vouloir, je serais presque tenté d'en faire en partie l’honneur au sol natal. Au moins les retrouvons-nous chez un autre de nos concitoyens, chez ce peintre soucieux de la perfection, chez ce dessinateur acharné à poursuivre, à serrer les formes changeantes de la vie, chez cet artiste discuté et si glorifié de son vivant et que ne troublèrent jamais ni les attaques ni les louanges — chez Ingres de Montauban.

Ingres et Cladel ! Ce rapprochement n'était pas sans intérêt à noter. Il est vrai que, s'ils eurent tous les deux la même fidélité à leur Idéal, la même verdeur un peu âpre et intransigeante à le défendre, il faut bien reconnaître que leur idéal ne fut pas le même. Champion de l'autorité, pontife d'une religion dont Raphaël était le dieu unique Ingres ne cessa pas de se contraindre et surtout de contraindre les autres aux observances de ce culte officiel. Pour Cladel, au contraire, comme pour toute la génération romantique, la personnalité de l'écrivain est tout, l'art n'a pas d'autres lois, ne connaît pas d'autres limites que la puissance d'imaginer et d'exprimer.

Personne peut-être n'a poussé aussi avant que le romancier quercinois les conquêtes de cette esthétique; personne n'a demandé plus que lui à l'expression : personne ne lui a fait rendre davantage. Entre lui et le verbe, c'est un duel, un corps à corps de tous les instants. Ses outils en main, ses dictionnaires, ses lexiques, il forge, le bon ouvrier, il lime, il cisèle; harassé, supplicié, découragé jamais. Sa vision est devant lui ; coûte que coûte, il la mettra sur pied. Mais pour y arriver, quel effort ! Ce n'est pas assez des ressources de l'imagination, celle de Cladel, toujours cabrée, toujours haletante! — il y faut encore les finesses du praticien, les formules héritées des maîtres stylistes, l'art des cadences et des rythmes.

Et quand on croit que tout est fini, tout est à recommencer. Oh ! la noble inquiétude du mot répété, le scrupule excessif peut-être de l'hiatus entre deux phrases. Et ces phrases elles-mêmes ce n'est rien qu'elles vivent, si elles ne se soudent pas l'une à l'autre dans l'unité du chapitre, du livre. Alors, les ratures pleuvent, les pages succèdent aux pages, les épreuves aux éprouves : deux ans de travail pour la Fête votive, cinq pour l'Homme-de la-Croix -aux-bœufs, dix pour Crête-Bouge.

Ne soyons pas surpris, Messieurs, si dans cette lente manipulation, l'image rurale se déforme, agrandie par l'essor de la phrase. Cela n'est peut être pas plus mal ainsi. Tant pis pour la réalité si les inventions de l'artiste ne sont pas juste à sa taille. Et pourquoi, je vous prie, le poète ne disposerait-il pas à son gré de ce monde extérieur dont la science elle-même ne perçoit à prendre que de contestables apparences ?

Les paysages, l'homme, tout est héroïque, tout est épique chez Léon Cladel ; en bien comme en mal, ses paysans sont plus grands que nature, et sa nature elle-même est taillée à la mesure de ses songes.

Soit ! Prenons-le donc et goûter-le pour ce qu'il est. On peut sourire de l'histoire anecdotique et sentimentale accommodée à la façon des Trois Mousquetaires ; qui penserait à chicaner la géographie de la Légende des Siècles ?

Pour moi, Messieurs, je sais gré à Léon Cladel de m'avoir donné une image a ce point transformée de notre Quercy. C'est comme une seconde et plus grandiose patrie qu'il a littéralement ajoutée à la première, un endroit de rêves pour les âmes d'échapper aux réalités immédiates.

Idéaliste, notre concitoyen ne le fût pas seulement en littérature. Le révolté (illisible) dans une vision écarlate. Il eût vis-à-vis de la société les mêmes exigences, le même souhait de perfection qu'il avait avec ses phrases, il raturait, il biffait aussi impitoyablement que ses manuscrits, les consultations, les codes, les décalogues.

La matière seulement était plus résistante.

Vous n'attendez pas de moi, messieurs — nous ne sommes pas ici pour cela — que j'expose devant vous, pour les discuter ou les louer, les théories politiques et sociales de Léon Cladel. Théories d'ailleurs ne serait pas le vrai mot, aspirations plutôt, affirmations si vous aimez mieux ; de système arrêté, déterminé, je n'en vois pas trace dans l'œuvre de notre concitoyen. L'action d'ailleurs lui répugnait, trop inférieure à la pensée ; le silence des bois accompagnait mieux ses méditations que les discordances de la vie.

Ni tribun, ni Journaliste, Léon Cladel fût plutôt, en sa solitude de Sèvres, comme une sorte d'ermite de la Révolution, et, si la cloche de son ermitage sonna quelquefois le tocsin, au moins le sang des guerres civiles ne mouilla-t-il jamais les mains de l'ermite. Sa politique fut plutôt un mouvement de son cœur, qu'un calcul de son esprit.

Hélas ! Messieurs, la misère et la plainte de la race humaine sont l'une autant que l'autre éternelles. De siècle en siècle les littératures et les bibles se renvoient les échos de cette souffrance et de cette pitié, Léon Cladel fut un de ces échos les plus émus, les plus sonores.

Ce dur forgeron de vocables, ce sonneur à pleins poumons des agressives fanfares, s'attendrissait devant un chien battu, pleurait devant une enfance à l'abandon.

Et n'est-ce pas une déshéritée, encore une opprimée, celle qu'il a célébrée, qu'il a magnifiée en de si belles pages — les plus belles peut-être de son œuvre, cette patrie quercinoise, à laquelle il garda toute sa vie un si tendre attachement ?

Provincial de cœur, après trente ans d'exil, barbare mal apprivoisé, toujours défiant des coquetteries de la gloire parisienne, notre concitoyen ne cessa pas de protester contre la tyrannique suprématie de la Grande Ville, de la Villasse comme il l'appelait, parfois, en ses boutades ; il ne cessa pas de réclamer contre elle l'affranchissement, l'autonomie de la Province... »

 

MM. François Fabié, Delthil, Paul Estieu félibre, Clovis Hugues, Catulle Mendès, Lafagette, Quercy, de Ricard et Armand Silvestre lui succèdent.

Le temps et l'espace nous manquent pour rendre compte de ces œuvres oratoires, mais, MM. Clovis Hugues dans la fin de sa poésie, Xavier de Ricard dans toute son œuvre oratoire ont fait autre chose que travail littéraire.

Nous reviendrons sur ces prétendues manifestations littéraires.

A quatre heures moins le quart tout était fini, la foule s'écoule un peu désappointée.

On regarde très curieusement MM. A. Silvestre, Catulle, Mendès, Clovis Hugues. Avec leur tête de bons bourgeois, MM. Rollinat et Fabié passent plus inaperçus. Le public n'étudie pas assez la finesse du regard, miroir de l'intelligence, et se laisse griser par l'extérieur.

Et voilà la cérémonie terminée, plus rien, sauf le banquet. On doit paraît- il être chez soi a cette fête, tout aussi littéraire que celle de la journée.

Pendant que les cent dégusteront la fine cuisine de M. Rouquayrol, tout Montauban sera au Cours écoutant l'excellente musique du 20e. Cela vaudra sans doute autant.

(pas de signature)

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : Le Sarmiento
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Mardi 4 septembre 2012 2 04 /09 /Sep /2012 21:51

La Petite Gironde comme son nom l’indique est plus un journal de Bordeaux que de Toulouse donc je n’ai jamais eu l’occasion de le consulter (sauf peut-être aux archives d’Agen). En achetant onze exemplaires sur le vide-grenier d’Angeville je suis tombé sur celui du 12 juin 1935 avec en Une Mussolini et en page Montauban, une référence à Cladel. En fait, sans doute sans le savoir, le rédacteur montalbanais parle comme Mussolini ! Il célèbre des valeurs qui sont celles de fascistes sous prétexte d’un hommage au révolutionnaire Cladel ! Les Compagnons, témoins d’une vieille France en perdition depuis longtemps, sont, sous la plume de Cladel, tout autre chose que la présentation de cet article, à la gloire certes d’une belle tradition, mais comment en écarter le politique ? Léon Cladel était un compagnon-écrivain mais qui visait une république démocratique et sociale. Cet article comme celui de Mussolini fossilise le passé comme pour arrêter le temps or le temps par définition ne s’arrête pas. JPD

 La Petite Gironde mercredi 12 juin 1935

CHEZ LES COMPAGNONS

Le centenaire de Léon Cladel

Dimanche prochain 16 juin, les Compagnons montalbanais du Tour de France sortiront de leur réserve habituelle. Pour fêter dignement Léon Cladel, fils du compagnon «Montauban-tu-ne-le-sauras-pas», petit-fils d'un autre compagnon, «Quercy-la-Clef-des-Cœurs», ils feront une démonstration publique, d'autant plus intéressante qu'elle sera exceptionnelle.

On pourra les voir, au cours des diverses manifestations de la journée. Ils porteront, sans ostentation, mais avec légitime fierté, les couleurs et insignes qui, depuis les temps les plus reculés, sont des emblèmes distinctifs de leurs corporations.

Ils représenteront l'Union Compagnonique du Tour de France, vaste groupement national, dont les buts ne sont pas assez connus du grand public.

Sans vouloir dévoiler le secret de ses rites, sans vouloir expliquer des mots comme : Devoirs, Mère, Salomon, Maître Jacques, Père Soubise, etc., si expressifs pour les initiés, il est permis de dire que l'Union Compagnonique du Tour de France est une vaste association philanthropique, formée par des conditions d'affiliation traditionnelles, mais de caractère absolument corporatif, sans préoccupations politiques ou religieuses.

L'admission d'un aspirant est toujours précédée d'une enquête approfondie sur sa vie et ses antécédents. En même temps qu'un casier judiciaire vierge, il doit produire le «Chef-d'œuvre» garantissant la solidité des connaissances professionnelles acquises pendant son Tour de France. On nous assure même qu'il doit prêter serment d'honnêteté, de probité et d'entraide, et que tout parjure est impitoyablement rejeté.

Une section locale, comme celle de Montauban, est une Société de secours mutuels dans le sens le plus large. Elle reçoit les compagnons qui «roulent» pour leur Tour, et qui doivent se présenter à elle dans la tenue la plus décente. Elle leur procure gîte, couvert, emploi et assistance, comme elle le ferait pour ses membres locaux, allant jusqu'à prendre à sa charge l'éducation des orphelins.

A Montauban, ce sont les Compagnons qui, de leurs propres ressources, fondèrent l'Ecole des apprentis, subventionnée plus tard par la municipalité et devenue aujourd'hui l'Ecole officielle d'enseignement technique.

Les Compagnons sont, pour la plupart, des artisans. Ils ont l'amour de leur métier et le connaissent bien. En dépit des mœurs du jour, ils conservent les meilleures traditions de conscience professionnelle, et leur titre, acquis par le mérite, est une référence qui ne saurait tromper.

Les nombreux spectateurs qui, dimanche prochain, seront intéressés par les Compagnons en tenue d'apparat, pourront se dire qu'ils ont vu ce qu'on appelle simplement des hommes.

 

Par éditions la brochure - Publié dans : Léon Cladel - Communauté : environs de Toulouse
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