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féminisme

Samedi 9 mars 2013 6 09 /03 /Mars /2013 14:47

Mon ami Jacques Desmarais attire mon attention sur un entretien qui vient de paraître avec la célèbre activiste nord-américaine. Elle est bien sûr dans mon livre de portraits sur 101 femmes car, comme les autres, j’ai un lien concret avec son action. Aussi ce n’est pas sans émotion que quarante ans après, je découvre sa référence à cette manif parisienne où j’étais un parmi 100 000 à réclamer sa libération. Voici son propos.

 

« En quoi la France s'est-elle distinguée?

100 000 personnes ont manifesté à Paris pour obtenir ma libération, dont de nombreux intellectuels : Jean Genet, Aragon... Jean-Paul Sartre m'a envoyé plusieurs lettres en prison et Jacques Prévert a publié un texte magnifique, Angela. "Angela Davis, dans sa prison, écoute sans pouvoir les entendre, et peut-être en souriant, les chansons de ses frères de joie, de rire et de chagrin, et les refrains marrants des enfants du ghetto : ceux qui enferment les autres sentent le renfermé, ceux qui sont enfermés sentent la liberté. [...] Il faut libérer Angela Davis - en attendant le jour où seront condamnées toutes les portes derrière lesquelles la vie noire est enfermée." J'ai découvert Paris à 18 ans, comme étudiante à la Sorbonne. Je lisais Camus, Balzac, Merleau-Ponty... Aujourd'hui encore, je viens régulièrement chez vous ; je me balade de Saint-Germain à Belleville et à Barbès. »

 

En jour d'automne 1971, j’ai attendu avec impatience le bus toulousain, en bas du pont neuf à Montauban. Nous étions deux du Tarn-et-Garonne à faire le voyage. Une nuit dans le bus et à l’arrivée, surprise, après un petit déjeuner sympa nous sommes réquisitionnés pour aller frapper à toutes les portes d’une cité universitaire. Voilà mon premier contact avec Paris : réveiller des étudiants un dimanche matin pour leur demander de participer à la manif, et quelques sous de soutien. Visiblement nous dérangions mais dans la bonne humeur. Dans mon souvenir, il y avait beaucoup d’étrangers. Le courant communiste avait privilégié l’action en direction des jeunes universitaires car Angela appartenait à cette catégorie. Plus que la jeunesse communiste c’était les étudiants communistes qui étaient en pointe sur ce dossier. D’ailleurs c’est un article du mensuel La Nouvelle Critique (dirigé vers les intellos) qui avait attiré mon attention sur cette question. Les PCF en tant que tel resta très peu mobilisé.

 Après ce détour par la cité universitaire ce fut la grande marche dans Paris pour la libération d’Angela Davis. Je ne me souviens pas du repas de midi, je me souviens seulement de la foule et de ma découverte des rues de Paris. La jeunesse s’emparant de la rue, c’est un sentiment de solidarité qui surgit naturellement. Je restais accroché aux basques des Toulousains car il n’était pas question de se perdre. Pensions-nous gagner ? Comment dans la lointaine Californie pouvait-on tenir compte d’une prise de rue parisienne ? S’agissait-il d’un discours anti-américain ? Au fil de la marche la fatigue du voyage se faisait sentir et j’ai sans doute eu le sentiment qu’elle était un peu longue. Pour preuve : je ne me souviens absolument pas du retour ! J’ai dû dormir profondément… pour reprendre le boulot le lendemain matin.

 J’ai conservé une grande passion pour ce combat et pas seulement parce qu’il était le premier pour moi et qu’il a été victorieux, mais parce qu’il permettait de sortir des schématismes. Une femme, noire, universitaire ce n’est pas la défense d’un homme noir ouvrier agricole dans une plantation. Attention, je ne dis pas qu’un combat est plus digne que l’autre mais que, dans un cas, un combat soulève des envies de révolution dans la révolution (titre d’un livre du Régis Debray de l’époque), alors que dans l’autre cas on est face aux caractéristiques classiques de la lutte des classes.

 Dans le portrait que je brosse d’elle, dans mon livre 101 femmes, j’attire l’attention sur un phénomène de toujours : le féminisme est souvent le combat de femmes de la classe moyenne d’où les méfiances qu’il a suscité dans le courant communiste, et aux USA la question de race venait s’ajouter à celle du sexe. Les femmes noires ont peu participé au combat contre l’IVG. A partir de ce constat, fallait-il ramener la lutte aux questions sociales posées par les femmes noires, celles qui étaient le plus exploitées, ou fallait-il considérer que le combat des femmes blanches (présentées parfois comme racistes) devait être appuyé car libérateur pour TOUTES les femmes ? Bien sûr Angela se place dans le deuxième cas de figure.

Aujourd’hui nous avons le même problème : il y aurait un féminisme musulman contre un féminisme raciste ou islamophobe. Dire que le voile est un instrument de soumission de la femme ce serait une marque de mépris envers les femmes en question qui, « à l’abri du voile », conduisent un combat pour leur libération ! Ironie oblige, les femmes noires, en faisant beaucoup d’enfants, conduisaient aussi, sans nul doute, un combat pour leur libération : c’était leur façon de lutter ?  En fait le combat pour l’IVG était un combat social. Aujourd’hui le combat contre le voile n’a rien de religieux mais est un combat pour la liberté. Des millions de musulmanes ont démontré à travers l’histoire qu’il n’y avait rien de religieux dans le voile, en se montrant tête nue. Avec elles, nous sommes en quête de révolution. Tout compromis sur ce point est une reculade et toute reculade un auto-enfermement, celui qui est le plus dramatique. JPD

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Le Sarmiento
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Jeudi 7 mars 2013 4 07 /03 /Mars /2013 20:54

                                            couv 101 femmes

Sur ce blog nous avons souvent évoqué Judith Cladel. Voici la présentation sur notre livre 101 femmes.

Judith Cladel

France, Paris, 1873-1958, France

  Admirateur depuis longtemps de Léon Cladel, je ne pouvais que me plonger dans tes écrits d’autant que gamine tu as eu droit à un livre fabuleux, un livre seulement conçu pour toi par une dizaine d’écrivains. Dès tes premiers pas, tu as nagé dans la lecture et dans l’écriture et, à jamais, tu es restée dans l’univers de ton père. Par Rodin, dont tu es devenue la secrétaire. Par l’ami belge Edmond Picard, dont tu es devenue l’amante.

Parmi tes travaux dont j’aimerais suivre les pas, je pense au jury du Prix Femina que tu as assuré pendant quarante-deux ans ! Un prix né pour faire mentir le Goncourt seulement au service des hommes ! Connais-tu la première femme à obtenir le Goncourt ? Elsa Triolet en 1944 pour Le premier accroc coûte 200 francs, puis Simone de Beauvoir en 1954 pour Les fruits de l’hiver ; tandis qu’au Femina dès 1904 Myriam Harry l’obtient pour la Conquête de Jérusalem. Quand, en 1952, Dominique Rolin est lauréate pour Le Souffle, l’as-tu appuyée, toi qui est sa tante ?

            En attendant cette étude sur le prix fémina, ce petit chef d’œuvre d’une gamine de 8 ans ! Par un entrefilet du 20 février 1881 dans L’Evénement nous apprenons ceci :

« On sait combien notre grand Victor Hugo aime les enfants. Qu’il sache donc que ceux-ci le lui rendent bien. Une des filles de M. Léon Cladel, qui a bien hui ou neuf ans et qui est particulièrement l’objet de l’affection du poète, compose en ce moment, avec grand mystère, une Nouvelle, à l’occasion des fêtes qu’on prépare en l’honneur de l’anniversaire de Victor Hugo.

Elle veille presque tous les soirs jusqu’à onze heures pour achever son œuvre, et les parents font semblant de ne rien savoir, bien entendu. « C’est pour son grand ami » dit-elle. N’est-ce pas vraiment charmant ? Ce ne sera certainement pas là le moindre hommage aux yeux du poète. »

 L’Express publiera la nouvelle en question que nous donnons avec l’orthographe de l’auteur.

« Nous avons le plaisir de présenter aux lecteurs de l’Express un nouveau collaborateur âgé de sept ans, Melle Judith-Jeanne Cladel, qui pour débuter dédie à l’auteur de l’Art d’être grand-père les lignes qui suivent :

 Mon Grand ami

Ce grand ami est né à Besançon. Quand il eut trois ans, il courait après les papillons, leur donnait à manger et ne leurs faisait jamais mal, et quand ils avaient fini de manger, il les renvoyait dans les champs. Tout les matins, il ne manquait pas daller chercher un ou deux papillons pour leur offrire la plus splendide rose qu’il pouvait trouver et cette rose fesait le ravissement des papillons. Il y à une petite de mes amies qui a bien moins bon cœur que le grand ami ; elle tue les pauvres petites bêtes et elle les collectionne sur du papier blanc ; Quand il eut fini de soigner les papillons, il s’occupa des oiseaux, des petits chats, des petits chiens, et il aima les hommes. Parce que quand on est petit, on aime les petites choses et quand on est grand, on aime les grandes choses. Etant jeune, il a du beaucoup travailler pour faire les beaux livres qu’il fait maintenant. Maman ne me permet pas de toucher aux beaux livres ; mais quand j’ai bien travaillé, ma grande récompense est quand il m’est permis de les lire. Alors le soir je me mets près du feu verte de sommeil, mais lisant tout de  même avec plaisir et je me dis tout bas : je trouve que le grand ami à un superbe tallent, il doit aussi connaître beaucoup de choses puisqu’il à voyagé en Espagne. Je travaillerai beaucoup pour tâcher d’en savoir autant que lui et je voyagerai tout les six ou sept ans pour écrire des livres la dessu. J’ai lu des vers qui m’ont toucher beaucoup. LE CRAPAUD, APRES LA BATAILLE, et LES PAUVRES GENS, et je trouve ces vers la bien beau. Je me rappelle bien la belle soirée que le grand ami a fait et moi j’ai voulu crier aussi vive l’Amnistie, mais j’ai crier vive l’Amistique. A ces mots, le grand ami ouvrit la fenêtre et la cage ou étaient enfermer les moineaux qui attendaient depuis une heure et tout d’un coup les petits pierrots s’en allère à tire d’aille. Un jour qui viendra bientôt le Grand Ami crira en nous délivrant tous des Rois, des empereurs et des Guillaumes : Vive la République, Vive la liberté.

La petite amie du grand Victor Hugo, Judith-Jeanne Cladel, Sèvres, 24 février 1881.

Voici quelques liens :

 Cladel Rollinat

 Bourdelle vue par Judith Cladel

 Judith Cladel 8 ans, pour Hugo

 Judith Cladel éléments d’un parcours

 Judith Cladel et Rollinat

 Judith Cladel face à la misère sociale

 Fourès présente Judith Cladel

 Marguerite Durand et Judith Cladel

 Judith Cladel face à Rodin

 

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Jeudi 27 décembre 2012 4 27 /12 /Déc /2012 18:02

Un ami me fait parvenir les deux photos ci-dessous car en effet il ne doit pas être courant de commencer sa maternelle dans une école Olympe de Gouges pour ensuite passer au Collège Louise Michel. Un beau parcours n'est-ce pas !

C'est donc avec ce message que je souhaite bonne année 2013 à tous les lutteurs sociaux de la planète. A l'an prochain donc !

Jean-Paul Damaggio

ecole-olympe-de-gouges-copie-1.jpg

college-louise-michel.jpg

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Mardi 25 décembre 2012 2 25 /12 /Déc /2012 17:31

16 Novembre 1838

Mme Flora Tristan, qui faillit être enlevée aux lettres par un attentat dont les circonstances sont encore présentes à la mémoire, a profité des loisirs de sa convalescence pour achever un nouvel ouvrage que publie le libraire Ladvocat et qui a pour titre Méphis. Le précédent livre de Mme Tristan, les Pérégrinations d’une Paria, dont la 2ème édition est annoncée, a donné la mesure de son talent. Méphis appartient au même ordre d'idées que les Pérégrinations d’une Paria. A Méphis doit succéder bientôt un roman de mœurs péruviennes. On ne peut qu'engager Mme Flora Tristan à persister dans cette voie de travail qui lui promet une place distinguée parmi nos écrivains.

On

l13 février 1839 Le Journal des débats publie en feuilleton une présentation de Pérégrinations d’une pariale Courrier de la Gironde du 15 novembre

« Mme Flora Tristan vient de mourir à Bordeaux. Il y a

On lit dans le Courrier de la Gironde du 15 novembre 1847 : Mme Flora Tristan vient de mourir à Bordeaux. Il y a quelque temps une amélioration s'était produite dans son état ; mais nous apprenons aujourd'hui que tous les efforts de l'art ont été impuissants pour arrêter les progrès d'une maladie terrible, et que cette dame a succombé hier à neuf heures trois quarts après midi. Mme Flora Tristan était âgée de trente-neuf ans et son existence fut une des plus tourmentées et des plus actives. Elle était fille d'une émigrée française et de Don Mariano de Tristan frère du célèbre général Pio de Tristan, qui exerça les fonctions de vice-roi du Pérou. Elle avait écrit plusieurs ouvrages dont voici les principaux Pérégrinations d'une Paria, ou Voyage au Pérou ; Méphis roman philosophique ; Promenades dans Londres ; Union ouvrière".

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Jeudi 20 septembre 2012 4 20 /09 /Sep /2012 19:06

couv 101 femmes

 

Dans mon livre sur les 101 femmes il n’y a pas Caroline Fourest mais une Tunisienne qui l’a accompagnée à la Fête de l’Huma et dont le nom n’apparaît nulle part : Nadia El Fani. Ceux qui auront lu le livre comprendront pourquoi, le but de cet article étant de revenir sur le cas d’une femme qui y est également présente, Jeanne d’Arc.

Comme tout auteur, j’apprécie les remarques sur mes écrits, favorables ou défavorables, aussi j’ai été très heureux qu’un ami m’interpelle en me disant que jamais il n’y aurait mis Jeanne d’Arc. Cet historien des luttes populaires considère que cette femme n’a jamais eu l’histoire qu’on lui a collé à la peau après la guerre de 1870 quand la Troisième république a souhaité se fabriquer des héros nationaux. Ah ! si Jeanne d’Arc pouvait revenir pour jeter hors d’Alsace, les Allemands…

 En fait sa colère contre ce mythe ne lui a pas permis de bien saisir par quel chemin j’en suis arrivé à Jeanne d’Arc, chemin que le lecteur de ce blog peut comprendre s’il tape le nom de l’héroïne sur le moteur de recherche du blog.

 

La discussion en serait restée là si le soir même, lisant mes vieux dossiers je n’étais tombé sur un entretien avec Pier Paolo Pasolini qui se termine ainsi :

« Mon idéal esthétique est franc, massif, statique. Ce n'est pas un monde moderne et élégant. Je crois en la violence de la forme, à l'attaque directe de ce qui constitue l'essence de l'idée (c'est pourquoi Dreyer et surtout Jeanne d'Arc m'ont tellement influencé). »

 

Grâce à l’ami René Merle j’apprends que le Jeanne d’Arc en question est un film de Carl Theodor Dreyer. Voici ce que dit Wikipédia :

« C’est pourtant grâce au franc succès public de l’une de ces comédies, Le Maître du logis (1925), que Dreyer fut invité à venir travailler en France. Il se vit alors confier par le vice-président de la Société Générale de films, le duc d’Ayen, un manuscrit composé par l’écrivain Joseph Delteil, qu’il remania pour en faire le scénario de La Passion de Jeanne d'Arc (1928)1. Dreyer s’intéressait à la vie de Jeanne d’Arc depuis la canonisation de celle-ci, en 1924. Son ambition n’était pas de tourner un simple film d’époque, bien qu’il ait étudié de manière approfondie les documents relatifs au procès de réhabilitation : il voulait « interpréter un hymne au triomphe de l’âme sur la vie »2. Restait à trouver la comédienne capable d’incarner la martyre : Lillian Gish, Madeleine Renaud furent un temps pressenties. Mais c’est sur Renée Falconetti, une vedette du théâtre de boulevard, que son choix se porta finalement. La rencontre fut déterminante : au cours du premier essai, Dreyer crut voir aux petites rides, aux marques de son visage que cette femme avait dû connaître « bien des épreuves, bien des souffrances ». Ce visage de douleur devint le sujet même du film, la surface sur laquelle Dreyer pouvait faire apparaître la Passion de la Jeanne d’Arc historique, mais aussi le vrai visage de l’humanité souffrante. »

 

Voilà comment on arrive à Joseph Delteil ! Je ne suis un admirateur amusé de cet écrivain…

 

Mais puisque j’ai cité l’entretien de Pier Paolo Pasolini interrogé par Gidéon Bachman je note cette observation de l’auteur de l’entretien : « Pasoloni se considère comme un marxiste, et singulièrement comme un disciple de Gramsci qu’il cite sans discontinuer. »

Parfois certains pensent que je me disperse... Jean-Paul Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Résistance 2007
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Mercredi 19 septembre 2012 3 19 /09 /Sep /2012 10:20

D’abord,  le 16 Septembre 2012, j’ai lu sur l’Huma ce mot très court que je reprends donc en entier :« Réaction de Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l'Humanité, à l'incident lors du débat sur le Front national avec Caroline Fourest : Lors d’un débat consacré au pluralisme, ce dimanche à l'Agora de l'Humanité, Patrick Apel-Muller, directeur de la rédaction de l’Humanité, a déclaré : "Un petit groupe de fanatiques religieux ou politiques, dont aucun ne peut se réclamer de la gauche, a empêché Caroline Fourest de s’exprimer samedi. C’est insupportable ! Ils ont ainsi obtenu qu’un des débats de la fête contre le Front national ne puisse pas se dérouler. CQFD! Nous ne laisserons pas ces intégristes empêcher les débats pluralistes qui sont la marque de la fête de l’Humanité." » 

 

Comment des « intégristes » ont-ils pu réussir cet exploit ? Empêcher la tenue d’un débat au cœur même de la Fête de l’Huma ? Pour insupportable, ça me semble en effet insupportable.

 

L’Huma du lendemain sous la plume de Magali Jauffret, nous en dit un peu plus dans un article bilan du stand en question, où se sont tenus de grands moments auxquels j’aurais aimé participer :

« Mais samedi, alors que doit se tenir, sur le thème «Comment faire face au FN?», un débat entre l’essayiste Caroline Fourest, auteur du livre Marine Le Pen, et Hervé Poly, secrétaire de la fédération communiste du Pas-de-Calais, suppléant de Jean-Luc Mélenchon aux élections d’Hénin-Beaumont, un groupe, pourchassant cette dernière à chacun de ses débats publics et composé de nervis et de fanatiques proches des «Indigènes de la République» et d’autres groupes extrémistes qui cherchent la bagarre et la menacent de lapidation, empêche sa tenue. Afin que l’incident ne dégénère pas, Charles Silvestre, secrétaire général des Amis de l’Humanité, chasse ce groupe, l’accusant, en faisant annuler ce débat contre le FN, de faire le jeu de Marine Le Pen. Un incident scandaleux, même si Hervé Poly discute une heure avec un public qui questionne son expérience. »

 

Charles Silvestre chasse ce groupe qui cependant a empêché la tenue d’un débat ? Alors que nous apprenons que la provocation est classique, comment expliquer qu’à la Fête de l’Huma des dispositions n’aient pas été prises avec un service d’ordre conséquent ? Le terme d’incident est-il approprié ? Si les « intégristes » en question étaient intervenus pendant le débat, nous aurions eu un incident. Mais là ils imposent l’interdiction du débat sur un sujet crucial aujourd’hui ! C’est un pas énorme dans l’offensive de l’intolérance.

 

Face à l’énormité du fait, j’ai voulu savoir ce que nous dit Caroline Fourest sur son blog : Le sabotage d'hier est certainement rageant, frustrant et impressionnant.

D’abord sa description des assaillants :

« Ce ne sont pas des "islamistes" qui se sont déchaînés hier, mais des gauchistes pro-islamistes. Il y avait bien quelques "enfants" naturels (j'entends politiques) de Tariq Ramadan, décidément très amers. Mais surtout des gauchistes persuadés que toute critique de l'islamisme est forcément raciste puisque dans leur monde binaire, digne du choc des civilisations, il y a le monde de l'Islam contre celui de l'Occident blanc. Les musulmans sont les "damnés de la terre", le voile leur emblème et ceux qui critiquent l'islamisme -- surtout s'ils sont blancs -- ne peuvent être que d'affreux croisés, des sortes de nouveaux colons servant de chiens de garde au racisme post-colonial... »

ET

« Ce qui m'a valu, en 2004, de fermer la porte à un certain Pierre Tévanian, contributeur dans nos pages [Pro Choix la revue de Caroline Fourest[i]] et enclin à prendre le parti de l'islamisme et du voile... Quelques mois plus tard, il devenait l'un des acteurs clefs du rapprochement entre gauchistes et islamistes au sein des "Indigènes de la République". Il était, hier, l'un des meneurs du sabotage. Aux côtés de Saïd Bouamama, connu pour sa rage contre l'universalisme. Leur état de passions, de vengeance, me fait dire qu'ils ont drôlement soufferts de mes méthodes à moi : l'enquête et l'argumentation. »

 

Caroline Fourest tient donc à le rappeler, que c’est un affrontement au sein de la gauche :

« En France, la gauche universaliste (féministe, antiraciste et laïque) a tenu bon et même gagné face aux confusions mortifères de la gauche différentialiste servant d'alliée objective à la tentation obscurantiste. Peu de pays peuvent en dire autant, surtout en ce moment. C'est pour ça que je tenais à vous le dire. Tant qu'il en sera ainsi, tout va bien. Mieux qu'ailleurs et peut-être que demain. »

 

Ensuite la description des défenseurs parmi le public :

« Il faut voir leur tête dépitées face à un public qui a tenu bon, horrifié par leurs accusations grossières et leurs méthodes dignes de la propagande d'un autre temps. Il faut scruter (je n'ai pu le faire qu'après coup) cette foule à l'esprit clair scander "liberté d'expression", et le "fascisme ne passera pas" face à une poignée de dogmatiques aveuglés se croyant très à gauche... bien qu'il défendent en réalité l'ordre obscur de dominants, réactionnaires et totalitaires. »

 

Le bilan est cependant là : pour calmer la situation il a fallu que Caroline Fourest s’en aille.

 

L’affaire pourrait en rester là et certains me disent même : « inutile de faire du bruit pour si peu. ». Ce blog n’a aucune capacité à faire du bruit, par contre c’est dans Rue89 et dans Le Nouvel observateur que les Invisibles s’expliquent pour changer les "victimes" en "bourreaux" car eux aussi (comme Caroline Fourest) ne manquent pas de relais dans la presse.

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/627277-caroline-fourest-a-la-fete-de-l-huma-notre-version-des-faits-cote-indivisibles.html

En résumé, ils n’ont pas empêché le débat, c’est Caroline Fourest qui est partie et le refuse toujours.

En résumé, le service d’ordre a joué son rôle : « Dans la pratique, la diversion de Bader [prenant un mégaphone pour s’exprimer] a bien fonctionné puisque le service d’ordre l’a mis au sol à deux reprises et étranglé. Mais pas assez bien pour Myrto [l’autre personne devant prendre le relais de la provocation], elle aussi violemment plaquée au sol alors qu’elle tentait simplement de déposer une banane dorée sur la tribune. La violence du plaquage a tellement surpris les militants qu’ils ont abandonné toute la mise en scène prévue initialement pour lui venir en aide. Ce faisant, ils se sont retrouvés une petite vingtaine regroupés devant la tribune. C’est ainsi qu’a commencé notre “micro-manif”. Nous ont rapidement rejoint une autre dizaine de membres du public, protestant contre la venue de Caroline Fourest, d’autres militants nous soutenaient depuis les gradins scandant des slogans contre le racisme. »

Ce long article dénonce plus particulièrement le parti de gauche et des membres du public se montrant racistes sous diverses formes.

 

Ce qu’on apprend d’utile c’est que les organisateurs de la fête avaient été mis en garde contre l’invitation faite à Caroline Fourest, bien avant le débat. Voici la conclusion de la lettre en question :

« Ces positions islamophobes [de Caroline Fourest] et les accointances qu’elles ont avec celles d’une partie de l’extrême-droite, rendent inadmissible la présence de Caroline Fourest à un débat visant à lutter contre le FN. Les responsables du PCF devraient savoir que l’on n'invite pas à débattre les personnes faisant le lit de ceux que l’on prétend combattre. Mais peut-être que le PCF n’a pas rompu avec un héritage colonial déterminant ses positions sur la question de l’islamophobie ? Nous demandons aux organisateurs de la fête de l’Humanité de se ressaisir en revenant sur leur décision d’inviter C. Fourest qui n’a pas sa place dans une manifestation se voulant antiraciste. »

 

Pour eux, l’invité aurait dû être Said Bouamama, car cette association prétend dicter sa loi aux organisateurs. Cet échange me paraît très important quant à un juste réflexion sur l'avenir que nous voulons. Jean-Paul Damaggio



[i] J’ai été abonné un temps à cette revue. Caroline Fourest a animé une émission sur France Inter cet été qui ne l’a pas passionné mais elle a droit à la parole bien sûr. Cet article ne vise pas à un face à face entre les pro et les anti Caroline Fourest mais bien à chercher à répondre à la question : « Comment lutter contre le F.N. ? »

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Résistance 2007
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Lundi 23 juillet 2012 1 23 /07 /Juil /2012 18:21

darina.jpg

 

Sur la photo, dans le jardin du Théâtre des Halles, une heure après la première de son dernier spectacle, en robe blanche, Darina Al Joundi qui discute avec des amis, se cache le visage, peut-être à cause d’un fou rire. Elle s’avancera vers nous, Marie-France la félicitera, moi aussi, et en réponse à notre question, elle nous indique que sa pièce sera sans doute publiée comme la précédente chez Actes sud mais sous la forme théâtrale.

 

Nous étions à la première en 2007. Nous y étions encore à la première en 2012. Cinq ans déjà. Pour une histoire presque toujours la même : la comédienne libanaise raconte sa vie et en cinq ans en effet, il s’en est passé des choses.

Seule sur scène, ce n’est pas pour autant une one women show : l’histoire est celle d’un rêve très fortement partagé. Elle mêle cette fois une double vie : celle d’hier au Liban et celle d’aujourd’hui en France pour obtenir des papiers.

L’histoire d’hier ? Une femme qui part faire un film sur les autres femmes et en découvre les souffrances, souffrances qui paradoxalement lui permettront de tenir, d’espérer et de se battre. Au Liban son comportement a été classé dans le genre folie car elle refuse les principes de la religion, se voulant une femme libre.

Conséquence tragique : elle doit fuir, mais témoignage réel où inventé, cette fuite n’est pas pour partir n’importe où. Elle cherche un pays où elle pourra échapper à ses « bourreaux ». Au Québec, le premier pays qui lui est conseillé, c'est trop froid. Aux USA ? Elle y va et découvre que si vous devez entrer à l’hôpital, sans 2000 dollars à payer de suite, vous êtes rejetés. Elle se décide pour la France.

Là avec son compagnon, elle comprend qu’il serait bien qu’elle devienne française. C’est le parcours pour obtenir la naturalisation. Terme dont elle fait sonner la dimension paradoxale. Un enfant naturel est le fait d’un enfant né de la nature. La naturalisation est le contraire du fait naturel puisque c’est un fait politique. Sur le dictionnaire d’Alain Rey je lis : naturaliser dérivé savant du latin naturalis sans son sens juridique « rendre légalement citoyen d’une nation ». Le terme est le même en anglais, italien et espagnol. Mais pour empailler où nous utilisons aussi naturalisation les espagnols ont disecacion.

 

Bref, l’affiche montre une carte d’identité de Darina ou on la voit tapant au carreau. Si certains pensent que des étrangers ne sont pas dignes d’êtres Français car ils ne veulent pas adopter nos coutumes, les exigences de Darina sont inverses : elle voudrait être plus Française que les Français, et demande la naturalisation à condition qu’on lui garantisse que la France restera un pays laïque.

Son théâtre est le plus politique que je connaisse en ces temps ci, puisqu’elle affichera avec rage, avec détermination son étonnement à voir le voile gagner du terrain en France, jusqu’à l’apparition de la Burka. La question n’est pas pour elle « oui ou non à une loi » mais comment des femmes peuvent-elles se laisser mettre ainsi en prison, que cette servitude soit volontaire ou pas ?

JPD

 

Point de vue de Jack Dion de Marianne

Elle est seule en scène, vêtue d’une robe dont le bleu rappelle le drapeau tricolore. Elle s’appelle Darina Al Joundi, mais on la surnomme Noun. Signes particuliers ? Née au Liban d’un père syrien, candidate à l’émigration en France pour cause de chasse aux sorcières féministes dans son propre pays.

Noun est l’une de ces voix arabes qui n’ont de cesse de dénoncer ceux qui réinterprètent l’islam pour en faire une machine à transformer les femmes en animaux de compagnie. Longtemps, elle a résisté comme elle a pu, ravalant son honneur face à ceux qui la traitaient de « putain » pour son sens intransigeant de la liberté. Puis elle a craqué. Elle a décidé d’émigrer, jetant son dévolu sur la France, pays des droits de l’homme et d’un climat aussi tempéré que la démocratie. Elle raconte cette marche vers la liberté devenue le chemin de croix que connaît tout candidat à la naturalisation.

Sur scène, six panneaux à fond blanc permettent de simuler les différentes situations évoquées. Noun multiplie les allers et venues entre les souffrances avérées d’hier et les espoirs frustrés d’aujourd’hui. Aux yeux de l’administration, en effet, toute personne qui n’est pas en mesure de prouver, documents officiels à l’appui, qu’elle est descendante d’un gaulois ayant combattu avec Vercingétorix, est forcément suspecte.

Tel est le cas de Noun. Femme, arabe, musulmane, et artiste, c’est la quadruple peine. Elle a beau expliquer, se justifier, revenir à la charge avec la patience d’une nageuse traversant l’océan, il lui manque toujours quelque chose pour obtenir le sésame qui lui permettra d’obtenir «les papiers».

Pourtant, elle ne lésine pas sur les moyens. « La Marseillaise », elle la connaît par cœur, mieux que n’importe quel « Français Français », comme elle dit non sans humour. L’hymne national forme d’ailleurs le fil bleu-blanc-rouge du spectacle, au point qu’elle en chante des extraits à foison. Les droits et devoirs du citoyen, elle sait ce que c’est. Elle s’étonne même qu’au pays des Lumières, on soit si complaisant avec les adeptes d’un voile islamique dont elle connaît la symbolique pour en avoir subi les conséquences dans sa propre chair. Car Noun est d’un bloc. Elle veut les « papiers » et les principes qui vont avec.

Mais rien n’y fait. Et la coupe de la colère débordera lorsqu’on lui dira qu’elle ne peut obtenir la naturalisation tant espérée qu’à condition de renier ses origines et donc de tuer symboliquement son propre père. Alors, de rage, Noun déchirera un à un les six panneaux blancs à traverse lesquels elle se faufile depuis le début d’un spectacle mis en scène avec sobriété et efficacité par Alain Timar. Envers et contre tout, elle continuera à chanter « La Marseillaise » à défaut de pouvoir dire « Ma Marseillaise ».

 

Aux armes, citoyens dont je ne suis pas !

LE MONDE | 20.07.2012 à 12h58 • Mis à jour le 20.07.2012 à 12h58

Par Nathaniel Herzberg (Avignon, envoyé spécial)

Darina Al-Joundi est de retour à Avignon. Cinq ans après son entrée dans la Cité des papes, avec Le jour où Nina Simone a cessé de chanter, la comédienne libanaise présente Ma Marseillaise. Une pièce parmi plus d'un millier offertes dans le "off", pourront penser ceux qui n'ont pas vécu le premier épisode de la saga. Les autres, qui cinq ans après s'en souviennent encore, auront nécessairement coché l'événement sur leur programme.

En 2007, Le jour où Nina Simone a cessé de chanter avait créé la stupeur. Débarquée du Liban où elle menait, loin de la scène française, une belle carrière de comédienne, Darina Al-Joundi lâchait sur la ville une bombe à fragmentation. Un texte autobiographique et terriblement impudique dans lequel elle racontait, seule en scène, les démêlés d'une femme libre, grandie dans la guerre, avec les hommes, tous les hommes, père, frères, amis, amants. Le poids des préjugés, le carcan de la religion, le poison de l'hypocrisie ne trouvaient comme antidote que l'extraordinaire appétit de vivre de l'héroïne.

Presque vide le premier jour, la salle se remplit en une semaine, par la grâce d'un bouche-à-oreille exceptionnel et de deux articles louangeurs. "Nous avons fini à guichets fermés. C'est pour ça que j'ai décidé de reprendre le spectacle l'année suivante. Rendre au public ce qu'il m'avait donné." En 2008, quatre semaines durant, les 150 fauteuils de la grande salle ne désempliront pas.

La comédienne aurait pu continuer encore un ou deux ans. Le loto avignonnais permet aux gagnants de rejouer ad vitam. "Mais je ne suis pas une vache que l'on vient traire", sourit-elle. Elle précise toutefois que, pendant quatre ans, le spectacle n'a cessé de tourner en France et dans le monde. Darina Al-Joundi en a aussi conçu un livre, traduit dans six langues.

Le voile de toutes les discordes

Il fallait tourner la page, voici donc Ma Marseillaise. Sur scène, encore et toujours Darina, ou plutôt son double, Noun. Eternelle combattante, passée par les coups, la drogue, l'hôpital psychiatrique, tête haute, verbe inoxydable face à l'intolérance masculine. Dernière-née d'une grande lignée de féministes arabes, luttant pour l'entrée des femmes à l'université, l'abolition du code de la famille, la suppression du voile, Noun livre bataille.

Sauf qu'entre-temps la résistante est devenue résidante. Elle a quitté le Liban et gagné la France. Son objectif se réduit désormais à un mot : naturalisation. Vocable qu'elle interroge avec acidité, on ne se refait pas : "Pourquoi choisir ce mot, "naturalisation", qu'est-ce que ça veut dire "naturalisation" ? Acclimatation naturelle des plantes et des animaux dans un lieu éloigné de leur région d'origine. Je dois donc bourgeonner ici comme une plante pour être naturalisée ?"

Avant le dernier entretien, Noun fait défiler son passé, on l'a compris, mais aussi son présent. Sage, elle a parfaitement appris tous les couplets de La Marseillaise, qu'elle interprète par bribes, de sa voix grave et éraillée, pendant une heure quinze de représentation. Elle s'étonne de leur contenu grégaire mais s'incline de bonne grâce. " Je suis l'immigration choisie", clame-t-elle.

Elle ne supporte pas, en revanche, les menaces qui pèsent sur la laïcité dans son nouveau pays. A commencer par le voile de toutes les discordes. "Dans mon pays on s'est battu pour s'en libérer, et ici elles se battent pour pouvoir le porter, et être la 3e ou la 4e épouse d'un homme." Raisonnement archaïque ? Elle balaie l'argument par une question : être moderne, est-ce "pouvoir répudier une femme par SMS" ?

Noun aime la France, marcher, voyager, ce qui est plus facile avec un passeport français. Noun, ou plutôt Darina, aime aussi Avignon, la ville où sa seconde vie professionnelle a commencé. "Mon lieu porte-bonheur." Pour son second spectacle, elle ne pouvait que revenir ici. A raison de dix jours de travail par mois, elle a appris à aimer l'hiver avignonnais, le mistral qui hurle dans les ruelles, le bar où elle a pris ses quartiers, les vieux habitués qui la reconnaissent.

Elle espère ainsi rééditer l'extraordinaire succès du précédent opus. Extraordinaire mais insuffisant. Le 28 juin, Darina a reçu la réponse de l'administration française à sa demande de naturalisation : négative. Motif : "Insertion professionnelle incomplète." Elle a accusé le coup. Puis elle a modifié la fin de son spectacle.

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Le Sarmiento
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Vendredi 29 juin 2012 5 29 /06 /Juin /2012 23:43

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Anne Sylvestre (cheveux roux) et Benoîte Groult avec le gros sac, dans une rue de Toulouse.

 

Ce qu’il ne fallait pas nommer… mais si vous savez cette cruauté millénaire qu’il ne fallait pas nommer… les sondes… le moyen-âge que les femmes subissaient encore et subissent encore souvent dans tant et tant de pays… allons, ne me dîtes pas que vous avez oublié… ce mot qu’il ne fallait pas prononcer et que même tant de communistes pourtant plein d’audaces refusaient de prononcer… il commence par un a dans beaucoup de langues et je’ai meême envie de dire dans toutes les langues que je connais.

Anne Sylvestre a chanté et elle a cité Pauline Julien. Dans mon libre sur 101 femmes du monde il y a Benoîte Groult, Pauline Julien mais pas Abbe Sylvestre. Je l’ai souvent écoutée dans les écoles et dans la vie. Je ne l’avais jamais vue. Si Benoîte m’est apparue comme elle était à Montauban il y a trois ans, Anne c’est une belle découverte.

Je ne vais rien dire de l’animateur inutile de la rencontre entre les deux femmes. J’en reste à cette contradiction : jeunes elles ont prononcé les mots qu’il ne fallait pas entendre, et les jeunes d’aujourd’hui, les arrières petits enfants, se disent qu’en leur proposant de s’ennuyer comme moyen de rêver, parlent une langue qu’ils ne comprennent plus.

Peut-être que je vais retenir de la rencontre ce décalage : pour effacer le combat des féministes, la société a décidé d’effacer l’histoire en général ! Il existe alors des retours de bâton de l’histoire et on dit qu’il arrive un moment où des générations réussissent tout de même à passer le relais non à la génération suivante mais à d’autres plus tardives. Le mot féminisme revient. Mais le désir d’ennui, que l’enfant Valentin n’arrive pas à comprendre ?

JPD

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Le Sarmiento
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 18:15

c-dans-l-air.jpg

Sur Le Monde du 13 mai Yves Calvi est interrogé et sa réponse à une question qui vaut qu’on s’y arrête :

« On vous a parfois reproché de faire un peu tourner les mêmes experts. Comment réagissez- vous à cette critique ?

 

- D’abord sur une année « C dans l’air » accueille tout de même plus de 1000 intervenants. Ensuite, c’est un fait, certains intervenants s’imposent plus que d’autres et finissent par faire partie de la famille « C dans l’air ». D’autres aussi se sont faits connaître sur l’émission et sont ensuite allés ailleurs. C’est le jeu et j’en suis heureux. Mais notre bataille aujourd’hui se concentre plutôt sur les femmes. Elles doivent être plus présentes. Et nous y travaillons avec ardeur. »

 

Yves Calvi aurait-il entendu quelques plaintes ? Il cite 1000 intervenants sans dire  le nombre de femmes. Mais il travaille avec ardeur… alors c’est sûr ça va changer. 14 mai 2012 Jean-Paul Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Résistance 2007
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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 23:41

Lise London est une de celles qui manquent dans mon livre sur 101 femmes du monde. Elle aurait pu y être car j’ai eu le plaisir de l’écouter à Montauban grâce à Jean Vignoboul qui avait organisé sa venue à l’Ancien collège au début des années 80. Un souvenir vague d’une femme debout. Pour aujourd’hui je reprend seulement le texte du Monde. Jean-Paul Damaggio

 

 

 

Le Monde.fr avec AFP

 

L'ancienne résistante communiste Lise London est morte,

samedi 31 mars à Paris, à l'âge de 96 ans.

 

 

L'ancienne résistante communiste Lise London est morte samedi à Paris, à l'âge de 96 ans. Elle était la veuve d'Arthur London, dont le procès stalinien en Tchécoslovaquie a été rendu célèbre par le film L'Aveu.

 

Née Elisabeth Ricol en 1916 à Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire, de parents espagnols, elle s'engage très jeune dans l'action communiste, d'abord à Vénissieux, où elle étudie la sténodactylographie. Secrétaire aux usines Berliet à Vénissieux, puis au comité lyonnais du Parti communiste français (PCF), elle noue une forte amitié avec Jeannette Wermeersch, la future compagne de Maurice Thorez.

 

LA GUERRE CIVILE ESPAGNOLE, UN COMBAT FONDATEUR

 

Envoyée par le PCF à Moscou en 1934, Lise London y rencontre le militant communiste tchèque Artur London. Elle raconte : "J'ai aperçu un jeune homme, grand et beau, planté au milieu de la salle, comme pétrifié. Il me fixait intensément sans s'apercevoir que la tasse de thé qu'il tenait à la main dégoulinait le long de son poignet."

 

Elle l'épouse en 1935 avant de s'engager dans la guerre civile espagnole en participant à la constitution des Brigades internationales à Paris, un combat fondateur. "C'était une guerre pour sauver le peuple espagnol, pour sauver la démocratie, la liberté et la paix mondiale", explique-t-elle dans un entretien au collectif Alternatives images.

 

Rejointe par Artur London à Paris en février 1939, Lise London, mère d'une petite fille née en février 1938, s'engage rapidement dans la Résistance. Elle devient capitaine des Francs-tireurs et partisans (FTP). En 1942, elle participe à la manifestation de la rue Daguerre contre l'occupation allemande. Arrêtée par la police française, elle sera la seule accusée pour "assassinat, association de malfaiteurs et activités communistes".

 

Elle est jugée en 1943 par le tribunal d'Etat français, qui requiert sa condamnation à mort. Sa peine sera commuée en travaux forcés à perpétuité à la naissance de son fils Gérard, en avril 1943, à la prison de la Petite Roquette (Paris 11e). Son père, son frère et son mari seront, eux aussi, emprisonnés. Après un passage à la prison de Fresnes et à celle de Rennes, elle est livrée aux Allemands. Elle sera déportée en juin 1944 à Ravensbrück puis envoyée dans les Kommandos de Buchenwald.

 

"VOUS DEVEZ SAVOIR DIRE 'NON' ET MAINTENIR VOTRE 'NON'"

 

"On ne naît pas résistant, on devient résistant", souligne-t-elle lorsqu'elle évoque la Résistance. "Quand on vous demande d'exécuter des ordres avec lesquels vous n'êtes pas d'accord, vous devez savoir dire 'non' et maintenir votre 'non', sans faiblir (...) Il n'y a pas de héros nés, ce sont les circonstances qui font les héros", ajoute-t-elle.

 

Après la guerre, Lise London s'installe à Prague, en Tchécoslovaquie où son mari devient en 1949 vice-ministre des affaires étrangères dans le gouvernement communiste installé par l'URSS. Dès 1951, Artur London tombe en disgrâce et est arrêté dans le cadre des purges staliniennes. Emprisonné, c'est pendant ses années de prison qu'il écrit les textes qui serviront de canevas à L'Aveu. Glissés dans des paquets de papier à cigarettes, il le transmet clandestinement à sa femme.

 

Dans ces documents, destinés, non à être publiés, mais à informer le Parti communiste français, Artur London décrit les interrogatoires, tortures et procès infligés par le régime stalinien : "Ces méthodes, qui tendent à briser en l'homme sa dignité, sont à l'opposé de la morale socialiste." Lise London est alors marginalisée et exclue du Parti communiste tchécoslovaque. Saluant "une femme exceptionnelle", Pierre Laurent, secrétaire national du PCF rappelle dans un communiqué ce qu'elle dira à ses procureurs staliniens : "J'étais, je suis et je resterai communiste, avec ou sans carte du Parti."

 

L'Aveu, publié en 1968, sera porté deux ans plus tard à l'écran par Constantin Costa-Gavras, avec Yves Montand dans le rôle d'Artur et Simone Signoret dans celui de Lise. Son mari, finalement libéré en 1956, se réfugiera en France.

 

"LA MÉGÈRE DE LA RUE DAGUERRE"

 

Lise London, mère d'un troisième enfant, et dont le mari est mort en 1986, a livré les moments forts de sa vie en publiant notamment La Mégère de la rue Daguerre (Seuil, 1995) et Le Printemps des camarades (Seuil, 1996).

 

La polémique autour de la publication du livre de Karel Bartosek Les Aveux des archives (Le Seuil), où l'historien tchèque accuse London d'avoir été lui-même une sorte de commissaire rouge avant d'être victime à son tour du régime, est à l'origine de la publication des pages rédigées par Artur London en prison. Car Lise London, pour faire taire une "campagne pleine d'ignominies", contre-attaque en les dévoilant au public (Aux sources de l'Aveu. Gallimard, avril 1997).

 

Pour rendre hommage à la résistante, Pierre Laurent cite les propres mots de la résistante :"Ouvrez grand les yeux, ne vous laissez pas enfermer dans les certitudes, n'hésitez pas à douter, battez-vous contre les injustices, ne laissez pas la perversion salir les idéaux communistes. Soyez vous-mêmes." Il évoque un "engagement communiste", ainsi que "sa résistance à la folie stalinienne". Militante jusqu'au bout, Lise London est restée adhérente au Parti communiste, dénonçant "le dévoiement du socialisme par Staline". Officier de la Légion d'honneur, elle sera inhumée jeudi 5 avril au cimetière parisien d'Ivry

Par éditions la brochure - Publié dans : féminisme - Communauté : Résistance 2007
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