Comme toute société le capitalisme est en mouvement et le plus grave à mes yeux c’est de combattre un capitalisme qui est déjà passé.
Dans ces années-là, où Vazquez Montalban parle quasiment à la première personne il déclare :
« Je me souviens de cette prophétie de Marx, selon laquelle des éléments rebelles de la Bourgeoisie peuvent éprouver la tentation des rejoindre les rangs du prolétariat, mais tôt ou tard, presque tous réintègrent le bercail de leur classe. Au fil des ans, l’histoire même de l’Espagne m’a démontré la justesse de cette affirmation, laquelle contient d’ailleurs la clé de la recomposition de notre capitalisme moderne ou de notre capitalisme postmoderne, enrichi du savoir que lui ont légué ces jeunes révolutionnaires des années soixante qui s’en sont retournés chez papa. Ce fut le jeu prométhéen, mais à l’envers. Prométhée vola aux dieux le savoir ou le langage ou le feu pour le donner aux hommes ; et les jeunes révolutionnaires de bonne famille ont volé le marxisme au prolétariat pour le donner au patronat espagnol. »
Ce fait est réel et cette captation par le capitalisme, des valeurs de la démocratie (captation qui s’est faite petit à petit suivant les pays), a réussi à désorganiser les forces de la démocratie sociale. A présent ce même capitalisme peut s’alimenter sur sa droite à trois sources anciennes remises en circulation, trois intégrismes : le religieux, l’économique, le mafieux.
Comme dans le cas précédent où des personnages de la Bourgeoisie semblaient jouer contre leur classe, ces trois intégrismes se donnent des airs de révolutionnaires : des religieux qui de Jean-Paul II à Khomeiny se font passer pour des anticapitalistes ; des mafieux qui au Mexique affrontent aussi les USA, les polices du monde et toutes les autorités ; et un intégrisme économique qui veut abolir les frontières, créer la planète universelle, et fait de Facebook l’outil des révolutions arabes !
Le néofascisme qui est la mise sur orbite du capitalisme actualisé n’a donc rien à voir, en France, avec l’électorat du Front national mais il a à voir avec TOUS les électorats ! Si le capitalisme précédent a dû se battre contre une part de ses propres troupes, des « réactionnaires » adeptes de l’immobilisme social, le capitalisme en construction se bat aussi contre une part de ses propres troupes, des «républicains » adeptes du droit à la légalité. D'autres réactionnaires ou républicains ont toujours été dans la réelle opposition au système.
Cette analyse va heurter tous ceux qui pensent que la crise actuelle du capitalisme est sa crise ultime et que l’heure n’est pas à craindre sa recomposition mais à organiser son agonie. Elle ne serait que le fruit d’un pessimiste et pire même, le fruit d’un traître à la révolution !
La droite se définit contre la gauche (et inversement) donc la disparition de la gauche entraine la disparition de la droite (et inversement) voilà pourquoi le FN, qui a une longueur d’avance, se situe en dehors de ce clivage, d’où l’idée de Marine Le Pen de créer un pont avec un mouvement tout différent en Italie, celui de Beppe Grillo, lui aussi positionné contre ce clivage.
Pour que le capitalisme en soit à son agonie, il faudrait opposer à sa recomposition ACTUELLE, une recomposition de la démocratie sociale or nous en sommes très loin, en Europe comme ailleurs. Si j’avais une proposition à faire, elle serait simple : reprenons l’analyse du capitalisme qui a succédé au capitalisme monopoliste d’Etat. Je sais, certains économistes y travaillent…
J-P Damaggio
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¨Photo : Susana Pasolini et son fils Pier Paolo
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