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vazquez montalban

Mercredi 1 mai 2013 3 01 /05 /Mai /2013 13:43

Comme toute société le capitalisme est en mouvement et le plus grave à mes yeux c’est de combattre un capitalisme qui est déjà passé.

 Dans ces années-là, où Vazquez Montalban parle quasiment à la première personne il déclare :

 « Je me souviens de cette prophétie de Marx, selon laquelle des éléments rebelles de la Bourgeoisie peuvent éprouver la tentation des rejoindre les rangs du prolétariat, mais tôt ou tard, presque tous réintègrent le bercail de leur classe. Au fil des ans, l’histoire même de l’Espagne m’a démontré la justesse de cette affirmation, laquelle contient d’ailleurs la clé de la recomposition de notre capitalisme moderne ou de notre capitalisme postmoderne, enrichi du savoir que lui ont légué ces jeunes révolutionnaires des années soixante qui s’en sont retournés chez papa. Ce fut le jeu prométhéen, mais à l’envers. Prométhée vola aux dieux le savoir ou le langage ou le feu pour le donner aux hommes ; et les jeunes révolutionnaires de bonne famille ont volé le marxisme au prolétariat pour le donner au patronat espagnol. »

 Ce fait est réel et cette captation par le capitalisme, des valeurs de la démocratie (captation qui s’est faite petit à petit suivant les pays), a réussi à désorganiser les forces de la démocratie sociale. A présent ce même capitalisme peut s’alimenter sur sa droite à trois sources anciennes remises en circulation, trois intégrismes : le religieux, l’économique, le mafieux.

 Comme dans le cas précédent où des personnages de la Bourgeoisie semblaient jouer contre leur classe, ces trois intégrismes se donnent des airs de révolutionnaires : des religieux qui de Jean-Paul II à Khomeiny se font passer pour des anticapitalistes ; des mafieux qui au Mexique affrontent aussi les USA, les polices du monde et toutes les autorités ; et un intégrisme économique qui veut abolir les frontières, créer la planète universelle, et fait de Facebook l’outil des révolutions arabes !

 Le néofascisme qui est la mise sur orbite du capitalisme actualisé n’a donc rien à voir, en France, avec l’électorat du Front national mais il a à voir avec TOUS les électorats ! Si le capitalisme précédent a dû se battre contre une part de ses propres troupes, des « réactionnaires » adeptes de l’immobilisme social, le capitalisme en construction se bat aussi contre une part de ses propres troupes, des «républicains » adeptes du droit à la légalité. D'autres réactionnaires ou républicains ont toujours été dans la réelle opposition au système.

 Cette analyse va heurter tous ceux qui pensent que la crise actuelle du capitalisme est sa crise ultime et que l’heure n’est pas à craindre sa recomposition mais à organiser son agonie. Elle ne serait que le fruit d’un pessimiste et pire même, le fruit d’un traître à la révolution !

La droite se définit contre la gauche (et inversement) donc la disparition de la gauche entraine la disparition de la droite (et inversement) voilà pourquoi le FN, qui a une longueur d’avance, se situe en dehors de ce clivage, d’où l’idée de Marine Le Pen de créer un pont avec un mouvement tout différent en Italie, celui de Beppe Grillo, lui aussi positionné contre ce clivage.

Pour que le capitalisme en soit à son agonie, il faudrait opposer à sa recomposition ACTUELLE, une recomposition de la démocratie sociale or nous en sommes très loin, en Europe comme ailleurs. Si j’avais une proposition à faire, elle serait simple : reprenons l’analyse du capitalisme qui a succédé au capitalisme monopoliste d’Etat. Je sais, certains économistes y travaillent…

J-P Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Résistance 2007
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Mardi 30 avril 2013 2 30 /04 /Avr /2013 18:58

Vázquez Montalbán ne cessera de répéter ce qu’il met dans la bouche d’un de ses doubles dans le roman Le Prix, Sánchez Bolín, qui discute ici avec Pepe Carvalho. Mais pourquoi cette conclusion ? JPD (je mets trois versions pour rappeler la parenté entre les trois langues).

 

Version française :

— Vous qui avez imaginé tant de romans policiers...

— Ce n'est pas exactement mon genre, mais cela s'en approche.

— Bien. Vu tout ce qui a été imaginé, murmuré, élucidé dans ce salon, quelles conclusions tirer ? Qui pourrait être l'assassin ?

— J'ai beaucoup de mal à trouver les assassins dans la vie réelle. Dans les romans, je sais toujours qui est l'assassin, d'ailleurs je sais que c'est toujours le même.

 — Qui ?

— L'auteur.

 

Version espagnole, donc d’origine :

—Usted que ha fabulado tantas novelas policíacas...

—No es exactamente mi género pero se acerca.

—Bien. De todo lo que se ha especulado, rumoreado, de todo lo que ustedes ya habrán dilucidado en el salón, ¿ qué conclusiones se derivan? ¿Quién podría ser el asesino ?

—Me cuesta mucho encontrar a los asesinos en la vida real. En las novelas siempre sé quién es et asesino, como sé también que siempre es el mismo.

¿ Quién ?

— El autor.

 

Version italienne :

"Lei che ha affabulto tinti romanzi polizieschi..."

"Non è esattamente il mio genere ma gli si avvicina."

"Bene. Da tutto quello su cui si è congetturato, su cui sono corse voci, di tutto quello che voi avete già chiarito in sala, a che conclusioni si arriba ? Chi potrebbe essere l'assassino ?"

"Mi costa molto trovare gli assassini nella vita reale. Nei romanzi so sempre chi è l'assassino, come so anche che l'assassino è sempre lo stesso."

"Chi?"

"L'autore."

 

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Le Sarmiento
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 18:47

Aujourd’hui les experts en graphologie du Corps National de la Police d'Espagne annoncent qu’ils sont convaincus que les lettres trouvées dans la comptabilité secrète du PP sont celles de l’ex-trésorier du PP Luis Bárcenas. Bárcenas a tenu une comptabilité parallèle entre 1990 y 1993 et de 1997 à 2008. C’est le même Bárcenas qui fait la conclusion de l’article suivant qui date lui du Jeudi 24 janvier 2013.

  

Juancho Dumall

 Directeur adjoint du Périodico de Catalogne,

Que Pepe Carvalho revienne !

 Après le succès inattendu de Avec de l'eau jusqu'au cou, Petros Márkaris a publié La liquidation définitive (Tusquets Editeurs), deuxième roman d'une trilogie que l’auteur enracine dans la crise grecque. Encore une fois le commissaire Kostas Jaritos doit faire face à un tueur en série qui met en échec le gouvernement d'Athènes. Et encore une fois le drame d'un pays démoralisé, qui sombre dans la récession, qui est accablé de nouvelles de suicides de personnes désespérées, victimes de la corruption politique, devient l'élément essentiel de l'intrigue. Cependant, ce qui est surprenant dans cette intrigue c’est la crudité avec laquelle Markaris présente la décomposition de l'État démocratique grec et la désaffection croissante de certaines classes moyennes qui se sont effondrés et n'ont plus aucunes illusions.

 Que le criminel, un collecteur autoproclamé de fonds nationaux, finisse par devenir un héros de nombreux manifestants de la place Sintagma, vu que leurs victimes sont des fraudeurs, c’est une métaphore de la situation de ce malheureux pays.

« L'Etat grec est la seule mafia qui a fait faillite. Toutes les autres travaillent et prospèrent », dit l'un des personnages de l’œuvre. Une affirmation qui n’a besoin d'aucun commentaire.

Le message de Markaris

Le roman noir, des nord-américains et des européens, est traditionnellement un territoire de critique politique féroce. Dans le cas de Márkaris, le message est clair : si l'État ne se régénère pas et n’impose une vraie justice sociale, peuvent survenir des groupes qui tenteront de prendre la loi entre leurs mains en recourant à la violence.

Pensons maintenant à l’Espagne. Si, comme en Grèce, une sensation se répand que les partis sont incapables de lutter contre la corruption et, en plus, appuient des lois pour aider leurs amis en toute impunité (amnistie fiscale et autres, privatisations), ne soyons pas surpris ensuite si apparaissent des phénomènes populistes ou des délinquants avec la rhétorique de Robin des bois. Quels grands récits aurait construit Vázquez Montalbán en ces temps si boueux ! Pouvez-vous imaginer un Pepe Carvalho flairant dans les enveloppes de Bárcenas ?

 

Commentaire Jean-Paul Damaggio

Par définition Carvalho ne pourrait pas revenir car il aurait environ 75 ans et serait à la retraite, mais la référence est utile car elle témoigne d’un combat mené qui reste à faire… A l’occasion je lirais peut-être Markaris pour voir où nous en sommes de sujets cachés par nos médias. Nous avons Cahuzac et les autres en ont autant. L'actualité n'est plus l'anecdote mais la règle !

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Le Sarmiento
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Lundi 29 avril 2013 1 29 /04 /Avr /2013 16:56

Parmi les raisons d’être des Editions La Brochure il y a  la célébration de la mémoire de Vazquez Montalban.

En octobre 2013, pour le dixième anniversaire de la disparition de l’auteur catalan, nous souhaitons en conséquence le faire vivre parmi nous par des expositions, lectures, débats et conférences. Et tout cela sans moyens bien sûr !

Tous ceux qui pensent pouvoir apporter leur pierre seront donc les bienvenus.

 

Pourquoi Vazquez Montalban ?

Pour la démocratie, la littérature, le peuple debout, le polar, la poésie.

Pour le communisme écolo, les langues en bataille, l’amour de la vie.

Pour la Catalogne, l’Espagne, la Cuba authentique et la courtoisie.

Pour Marcos, Valverde, Sacristan, Camus, Galindez, et l’hérésie.

Pour le sabotage olympique, le petit frère, et contre l’amnésie.

Pour Chrétien de Troyes, Ramon, et aussi notre cher Gramsci.

Pour Hobsbawm, Paco, Enrico et le grand Fausto Coppi.

Pour Boston, Prague qui sont de Barcelone, une allégorie.

Pour le foot, Indurain, la communion des saints et l’ironie.

Pour la résistance, dans la rue, dans la prison, partout, comme une survie.

Pour la communication, le journal, la chronique et pour les librairies.

Pour la mémoire, pour l’histoire et ses coupables, pour l’Ibérie.

Pour le désir, pour le sens, pour le sens du désir, pour la frénésie.

Pour partager, chercher, lutter et à la fin pour la gastronomie.

 

Jean-Paul Damaggio

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Mercredi 14 novembre 2012 3 14 /11 /Nov /2012 11:07

marta-harneker.JPG  

Au cours de son voyage fondamental à Cuba, au moment où le Pape s’est posé à la Havane, Vazquez Montalban a rencontré la planète toute entière pour rédiger cette somme : Et Dieu entra à la Havane. Il a bien sûr croisé Marta Harnecker.

« Cependant, je rencontre Marta Harnecker. La politologue chilienne m'entretient de ses travaux, dont la préparation d'une énième édition de son livre Los conceptos elementales del materialismo histórico (Les concepts de base du matérialisme historique). Elle est directrice, à La Havane, d'un centre culturel dont le nom sonne comme une provocation : « Mémoire populaire d'Amérique latine ». Son optimisme, il est vrai, n'est plus à démontrer, elle qui a intitulé deux de ses livres El sueño era posible (Rêver, c'était possible) et Haciendo camino al andar (C'est en marchant qu'on fraie le chemin) Il y a de l'archéologue dans cette disciple d'Althusser — héraut idéologique des soixante-huitards aux côtés des Poulantzas, Mao, Marcuse, Foucault et le Che : n'a-t-elle pas entrepris, avec patience, compassion et solidarité, de dresser le bilan des souvenirs, le catalogue des aspirations, l'inventaire des faits de conscience de la gauche — tout ce qui la rend indispensable encore ! Sa réflexion de fond ne néglige pas l'homme de la rue, ce citadin qui est aujourd'hui capable de faire la queue pour se procurer un discours de Fidel Castro.

Marta et son mari Manuel Piñeiro m'invitent à dîner, en compagnie de mon collègue d'El Pais Mauricio Vicent. Marta nous annonce d'emblée ses faiblesses en matière culinaire. J'imagine qu'elle se sent intimidée de recevoir à sa table le prestigieux cuisinier du détective Pepe Carvalho. Sans doute aussi son Barberousse de mari prend-il très peu de repas à la maison, tout occupé qu'il est à fourrer son nez, et son ironie, partout où il se passe quelque chose à La Havane. Nous nous voyons offrir un plat unique : des spaghettis tout à fait comestibles, surtout si l'on sait qu'ils ont été préparés par quelqu'un dont le livre de cuisine est un recueil des concepts élémentaires du matérialisme historique. Camila, fille de nos hôtes, sort, et nous laisse entre adultes. Piñeiro confie sa carcasse à un hamac. Et Marta me parle du temps où Paris était une fête, et où elle y était disciple des prophètes de Mai 68 et compagne de micros, de tant de leaders révolutionnaires aujourd’hui adeptes de la postmodernité. »

 Montalban en profite pour préciser : « en souvenir de ma propre jeunesse castro-guévariste, mythomane et désarmée, je rencontre un autre révolutionnaire… ». Dans ce livre, en filigrane on retrouve toute l’histoire de l’écrivain catalan.

 Ce livre paru en 1998, deux ans après, dans El Pais, Vazquez Montalban devient le critique littéraire de Marta Harnecker où on apprend que dès cette époque la Chilienne lui avait présenté des éléments de son livre.

« La proposition weberienne de demander l’impossible pour obtenir le possible est le sous titre de La izquierda en el umbral del sigle XXI, de la Chilienne Marta Harnecker, auteure [en espagnol il y a bien le féminin] de : Los conceptos elementales del materialismo histórico (1969) une des références de la fin du mai 68 (el mayismo) bien qu’il ait été publié un an après Mai 68, qui fut varié et avec des signes et des finalités différents suivant les pays. Quatre-vingt dix éditions des Los conceptos elementales del materialismo histórico, ça donne une idée de leur répercussion  faisant de ce livre un catéchisme de la nouvelle gauche formée à la lumière du structuralisme marxiste d’Althusser, et de son auteure une référence obligée de 68 aux côtés de Poulantzas, Marcuse et le situationisme. (…)

Quand j’élaborai Et Dieu entra à La Havane, j’avais pris contact dans la capitale cubaine avec Marta, qui me passa le texte embryonnaire du livre actuel et quelques mois après, au cours d’une discussion avec Carlos Solchaga je lui ai fait le compte-rendu de ce moment, ce qui provoqua cette réaction de surprise : « elle est toujours vivante ?» »

Montalban retient de ce livre l’analyse d’une société réelle et surtout d’une gauche réellement existante c’est-à-dire en très fâcheuse posture. Avec cette question incontournable : « Qui peut faire à présent la révolution ? ». Il faut d’abord un inventaire des nécessités. Et pour la gauche, tout en assumant la mémoire historique, en finir avec la mentalité militaire, la démagogie populiste afin de retrouver une pédagogie vraiment populaire. Elle propose en fait une révolution de la gauche authentique, autant en ses modes d’organisation qu’en ses objectifs. L’expérience de Marta Harnecker est unique et son travail, dix ans après me semble plus indispensable que jamais. JPD

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 31 octobre 2012 3 31 /10 /Oct /2012 10:04

  Après la lecture surprenante d’Erec et Enide je me suis adressé à René Merle pour quelques éclairages sur les rapports entre Chrétien de Troyes et les Troubadours. Voici sa réponse et ma réaction complémentaire.

 

René Merle : Envoyé : mercredi 9 octobre 2002 16:59

 

On peut s'étonner de l'influence de la littérature médiévale sur un homme aussi moderne que MVM, et il faudrait savoir comment, tout jeune, il a été amené à s'y intéresser. Mais, à partir du moment où il s'y intéresse, je ne suis pas étonné que MVM connaisse mieux Chrétien de Troyes que les Troubadours.

En ce qui concerne l’autre versant des Pyrénées, comme tout bon étudiant et tout bon lecteur d'alors, sa culture ne peut être que française et non pas occitane. (D'où ses approximations sur l'histoire de la chanson, et sur les Troubadours).

Et comment alors MVM ne serait-il pas alors captivé par la figure centrale de la littérature française de ce 12e siècle si novateur, siècle de redémarrage, de renouvellements fructueux des héritages, de clarifications et d'espérances, à savoir Chrétien de Troyes.

Parce que celui-ci unit la poésie (il écrit en vers assonancés) et le roman, dont il est un des pères, sinon le père, avec tout son cycle arthurien (tout droit venu des pays celtiques par l'Angleterre) dont « Erec et Énide » est le premier morceau.

Pour autant, Chrétien de Troyes ne pouvait ignorer les Troubadours. Il est de la fin du siècle, et les plus grands troubadours sont antérieurs. Leurs livres ont eu le temps de se diffuser. Et déjà aussi par l'Angleterre où régnait Aliénor d'Aquitaine, puis par la cour des Comtes de Champagne, la sienne, où règne Marie de Champagne, fille d'Aliénor. La rhétorique de l'amour courtois est chez elle dans ces cours.

Mais Chrétien de Troyes se différencie des Troubadours dans la mesure où il assume la fusion difficile entre l'héritage chrétien, l'héritage celtique, et l'héritage greco-romain (cf. le prologue d'Erec et Enide), fusion qui n'intervient pas dans les œuvres troubadouresques, fondées sur leur propre culture du présent aristocratique d'Oc et leur rapport à l’Espagne.

Son discours amoureux est celui de la conquête, puis de la négligence, et enfin de la reconquête, et non pas celui, cher aux Troubadours, de l'adulation contemplatrice. C'est de cette dynamique que chez Chrétien de Troyes naît le récit, qui ne peut exister dans le lyrisme des troubadours, voués par la nature même de leur propos à la pièce courte et close. Certes, l'épopée aussi est récit, mais récit d'un destin dans les faits d'armes collectifs, alors que le récit de Chrétien de Troyes est celui d'êtres humains qui ne peuvent accéder au bonheur et à la complétude que dans l'amour réalisé. Donc Chrétien de Troyes et les Troubadours ont en commun le lyrisme, mais le lyrisme savant des Troubadours se clôt sur lui même, dans une discipline de l'amour et une dignification hors réalité de la femme, alors que le lyrisme de Chrétien de Troyes s'ancre plus dans la réalité d'un amour humain réellement vivable.

Reste à savoir ce que MVM a vraiment connu de Chrétien de Troyes, et à comprendre pourquoi le mythe douloureux d'Erec et Enide l'a si vivement embrasé dès sa jeunesse.

A comprendre pourquoi c'est ce mythe qui ressort en cette phase douloureuse où l'âge venant, et le monde étant ce qu'il est, l'individu apparemment comblé se retourne sur son destin et ne s'en contente pas.

Je n'ai pas encore lu le livre. René Merle

09/10/2002

 

 

A la vitesse d'internet, ta fusée éclairante, chargée d'une vision si globale, m'incite à quelques compléments montalbaniens et personnel.

Sur la forme luxe du livre :

Pourquoi a-t-il changé d'éditeur car je pense que ce n'est pas Planeta qui édite? S'agit-il d'un éditeur spécialisé dans le Moyen —Age ? A-t-il eu besoin, sentant une fin proche, de ce type de publication ? La question n'est pas bien sûr anecdotique et le soupçon de trahison a sa raison d'être.

Pour préciser donc les rapports MVM et Chrétien de Troyes, tu trouveras dans Mémoria y deseo page 139 un poème Correo sentimental, Respuesta a Enide. Il te dira sans doute une part de MVM (j'en profite pour t'indiquer car je ne sais si je l'ai fait que Ana, à qui est dédié le premier recueil de poésie, est sa femme). Cette référence a fait discuter en Espagne car dans un premier temps MVM a dit que le poème appartenait à Educacion sentimental, deux livres qui sont proches il est vrai ?

MVM a déclaré que c'est dans le cours de littérature Marti de Riquer qu'il fit connaissance avec la légende de Chrétien de Troyes qui le fascina aussitôt.

Et ensuite dans Chronique sentimentale d'Espagne il écrit :

"El amor, que nada entiende de razas ni colores, paso a ocupar un lugar relevante en la tematica popular. La cosa venia de antiguo, porque uno de los temas mas apurados por la literatura popular ha sido el amoroso, desde los tiempos del Erec y Enide, de Chrétien de Troyes. El romanticismo habia llevado a peligrosas desviaciones del tema ; desviaciones que iban hacia la frustracion, la tragedia final, la carrera de obstaculos corrida por amantes que se queman las alas en el fuego de imposibilidades fatales, individuales o sociales...."

Ce livre de MVM fut un cri politique contre la double vision élitiste de la culture : celle de droite et celle de gauche. Cette citation s'inscrit dans cette quête d'approche d'un peuple qui n'est ni à éduquer ni à consoler. Il constate que la politique n'étant plus au cœur du peuple, il faut chercher des voies nouvelles pour le repolitiser. Mais je m'éloigne du sujet. Peut-être déplace-t-il Chrétien de Troyes, à contre-sens?

Pour résumer le livre un Montalbanien écrit: "Erec y Enide es la adaptacion en clave politica -y vital- de una leyenda arturica con que el autor quiere demostrar, entre otros convencimientos et posible uso mestizo-popular de un texto medieval y por tanto, en apariencia hermético y o elitista ; una novela desesperarizada y esperanzadora al mismo tiempo ; una novela de mujeres fuertes y sabias ; una novela muy literaria para revalorizar la literatura y darle, y reconocerle, una capacidad de intervencion en la realidad que nos circunda ; una novela de compromiso."

Nous verrons à l'occasion, aussi je garde précieusement ton texte que je casserai dans les pages du livres.

 

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Le Sarmiento
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Mardi 18 septembre 2012 2 18 /09 /Sep /2012 16:40

Sur le blog j’analyse quelques résultats électoraux pour avoir au moins une photo, certes déformée, de la réalité. Mais je suis beaucoup plus passionné par les luttes sociales d’autant que, si je me souviens bien, des manifestations et non des élections ont fait tomber des régimes largement élus, avant-hier en Pologne (puis le bloc soviétique a suivi) et hier en Tunisie avec les suites que l’on connaît. Je me dois donc de porter un regard sur l’immense manifestation de Barcelone en faveur de l’indépendance de la Catalogne qui marque un tournant de l’histoire régionale espagnole.

 

La nouveauté ?

Jusqu’à présent les chantres de l’indépendance en Espagne étaient les Basques, les Catalans préférant jouer la carte plus modérée de la revendication autonomiste. Or d’une part, l’E.T.A. ayant tourné la page, et d’autre part, la crise économique faisant rage, la manifestation pour l’indépendance prend une nouvelle fonction. Il s’agit clairement d’une nouveauté par l’ampleur énorme de la manifestation et par l’unanimisme qui en ressort, unanimisme qui est beaucoup plus sous la coupe de la bourgeoisie locale que du mouvement citoyen, Exquerra Republicana (le parti catalaniste de gauche) étant là pour brouiller les cartes. Bref, un Etat de plus en Europe, qu’en penser ?

 

Les nations dégénérées

Le premier féodalisme fut un tremplin vers une construction nationale plus vaste qui, sous la forme française ou étasunienne, a donné les Etats modernes actuels. Depuis les années 80 nous assistons à l’émergence d’un nouveau féodalisme qui a une fonction inverse, détruire les nations pour en revenir aux marquis, barons et autres seigneurs locaux (l’histoire se répétant comme comédie ?). C’est ce que j’appelle les « nations dégénérées » du capitalisme féodal. J’ai déjà posé la question : comment expliquer qu’économiquement les pouvoirs se concentrent, et que politiquement les Etats se décentralisent ? Comment expliquer qu’on nous répète que les nations, c’est ringard, et que dans le même temps le nombre de pays qui siègent à l’ONU est en forte augmentation ?

 

Les nations sans avenir

Je ne vais pas me lancer ici dans l’exercice impossible consistant à définir une nation car les définitions sont fortement variables mais pointer seulement une donnée : la nation est une construction qu’une bourgeoisie révolutionnaire utilise à partir d’un univers hétérogène. Par l’hétérogène, l’émulation permettait de bousculer le vieux monde. Aujourd’hui, il faudrait en revenir à une nation homogène, presque ethnique qui ne serait que l’enfermement dans un passé mythique. Ce qui est ringard, c’est ce repli, surtout que rien dans les nations existantes n’empêche une construction plus large (européenne pour nous). Pourquoi a-t-il fallu que la Slovaquie se sépare de la Tchéquie pour se retrouver ensemble dans l’Union européenne ? Les nations sans avenir sont toutes celles qui s’imaginent mortes, ou celles dont la nouveauté (la récente naissance) est archaïque. La France peut encore devenir la France, dans une Europe à construire.

 

Retour à Barcelone

Ne tournons pas autour du pot : les forces progressistes se doivent de prendre une position claire. Nous savons que trois tendances vont se dessiner :

Celle qui pense que de l’intérieur du futur Etat on va pouvoir mieux faire avancer la démocratie sociale

Celle qui pense qu’il faut garder un Etat central au risque de passer pour nationaliste

Celle qui va vouloir ménager la chèvre et le chou.

En politique, l’heure étant à jouer à cache-cache, cette solution va dominer.

Par exemple :quelle va être la position du Front de Gauche ? La France étant doublement concernée (les Catalanistes n’hésitent pas à intégrer le Roussillon dans leurs cartes, même s’ils savent que s’est sans suite) donc un langage clair s’impose. Or une fois de plus les forces démocratiques vont tenter de faire plaisir à tout le monde ce qui fait le bonheur des maîtres réels, la bourgeoisie locale.

Pour ma part, je le dis sans détour, la démocratie sociale vers laquelle il faut tendre, a besoin de lutter contre le centralisme mais pour une centralisation démocratique (seul moyen d’affronter les géants de l’économie) donc la piste de l’indépendance de la Catalogne est une façon d’autodétruire les acquis démocratiques existants. Qu’il y ait un million de personnes dans la rue, qui ont leurs justes raisons, ça ne m’oblige pas à penser comme eux ! Surtout que l’Espagne connaît à l’heure actuelle un fort mouvement contre l’austérité qui a besoin de rester national, s’il ne veut pas se diviser inutilement.

Ceci ne m’empêche pas de penser, de dire, et même de vivre, avec une culture catalane riche, féconde, combative et novatrice. J’en reste à la position de Vazquez Montalban qui, dans L’homme de ma vie, nous révèle un Pepe Carvalho manipulé à la fois par les cercles néo-libéraux du Mont Pèlerin et les cercles catalanistes, des sectes prémonitoires car, que personne ne se fasse d’illusions, à l’heure de l’indépendance, ce sont les pouvoirs économiques qui seront efficaces. Il ne s’agit pas d’un pessimisme injuste quand on connaît l’histoire riche des mouvements sociaux en Catalogne, mais d’une prise en compte de l’état du monde où, tous les jours, on assassine le politique pour le grand plaisir des rois du fric.

Je considère par contre que l’aspiration à l’indépendance du Québec n’entre pas dans cette logique macabre car aux Amériques le rapport aux nations est différent. S’il a toujours été frappant de constater que la rébellion au Chiapas a revendiqué sans cesse en faveur de l’unité du Mexique (pour peser face aux USA), le Québec indépendant pourrait jouer un rôle authentique même si le pouvoir des USA veillerait au grain.

Mais, ça supposerait quelques développements pour être plus explicite.

Jean-Paul Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : vazquez montalban - Communauté : Résistance 2007
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Mardi 11 septembre 2012 2 11 /09 /Sep /2012 18:08

pasolini-et-sa-mere.jpg ¨Photo : Susana Pasolini et son fils Pier Paolo

 

Deux écrivains, deux parcours, deux univers et tout qui les sépare ?

Nous pourrions dire que le grand poète catalan, l’ami de Montalbán, je veux dire José Agustín Goytisolo, était un traducteur de Pasolini en Espagne

Nous pourrions dire que les deux hommes avaient la même passion pour le football car ils avaient une passion pour le peuple, ce qui ne les empêchait pas d’observer la dérive mercantile de ce sport, et les aliénations qui vont avec.

Nous pourrions dire qu’en décembre 1975 c’était l’anniversaire de Dolores Ibarruri et qu’il se fêta à Rome où était Montalbán [il commençait à pouvoir sortir d’Espagne] et quand Dolores publia ses Mémoires Montalbán écrivit le prologue et rappela au sujet de la fête où il y avait aussi Anna Salès : « Rome proclamait sur ses murs une double vocation de liberté souscrite par le PCI : solidarité avec l’hommage fait à Dolores et respectueux souvenir du récent assassinat de Pasolini. » (il était mort le 2 novembre 1975). Il y eut un hommage sur la place d’Ostie.

Nous pourrions dire que quand Georges Tyras interrogea longuement Montalbán, ils ne parlèrent pas de Pasolini.

Nous pourrions dire qu’inversement quand Montalbán parla de littérature il avait Pasolini à ses côtés.

 

 

Dans un article Italia y yo (1) il rappelle qu’il est né en 1939 du temps du grand amour entre Franco et Mussolini. Il échappera d’abord à l’enfer fasciste en partie avec la culture française mais il rappelle le choc reçu au cours des années 50 au moment de son premier contact avec la culture italienne. Ce fut à travers Lavorare stanca que lui apporta l’amie barcelonaise Myriam Sumbulovich (2) qui avait un pied à Milan et l’autre à Barcelone. Elle lui apporta même Les lettres de prison de Gramsci qui le « mit sur le chemin d’une précoce connaissance de l’œuvre de Gramsci et j’insiste sur l’adjectif précoce car Gramsci est resté un inconnu en Espagne jusqu’au milieu des années 60 ».

Très vite la culture littéraire italienne va déplacer au second rang celle de France. « Le Pavese romancier, Pratolini, Gadda, Moravia, Piovene, Vittorini, Ungaretti, Montale, Della Volpe, Pasolini… Je me souviens de l’énorme émotion que représenta pour moi, en pleine crise de ma conception de la fonction sociale et politique de la littérature, la lecture d’un article de Pasolini dans Ulisse, revendiquant l’irrationalité comme territoire d’investigation et instrument de connaissance qu’on ne devait pas laisser dans les mains de la bourgeoisie… »

Plus loin il explique que chez Pasolini il admire « su estética de la sinceración marginal como provocación ». Je ne me hasarderai pas à traduire… mais bon son écrivain italien de référence sera Sciascia.

 

Tout ça pour dire en fait que le grand roman que quelqu’un écrira peut-être un jour s’est déroulé à Barcelone quand, semi-clandestinement, Pasolini est venu présenter L’évangile selon Saint Matthieu. « Je me souviens que pendant une visite semi clandestine de Pasolini à Barcelone quand il est venu présenter La Pasion segun san Mateo (3), il a tenu une réunion non tolérée mais avec beaucoup de monde, avec des intellectuels résistants, des apprentis comme moi, et il a dit quelque chose qui me donna la clef de ce que veut dire vérité en littérature. Il a dit qu’il s’était rendu compte de la médiocrité du fascisme Italie non pas en lisant la littérature critique, politique, de Togliatti ou de Gramsci, qui leur opposaient une alternative idéologique, mais en lisant Rimbaud. Le poète français était la vérité littéraire ; la poésie officielle institutionnalisée par le fascisme était le mensonge : c’est à partir de la découverte du mensonge esthétique que le jeune Pasolini est arrivé à l’évidence du mensonge politique. Peut-être Pasolini a-t-il essayé de nous mettre sous les yeux cette parabole dans le but de laisser bouche ouverte cette poignée d’intellectuels réprimés à la périphérie du système, mais aujourd’hui encore je reconnais là l’explication la plus lucide que je n’ai jamais entendue sur la relation entre vérité et mensonge en littérature. » (4)

 

Rappelons que dans ce film le rôle du Christ est tenu par un espagnol Enrique Irazoqui qui est devenu économiste et professeur de lettre et qui serait sans doute une bonne source pour rappeler la réception du film en Espagne.

 

Rappelons que dans ce film le rôle de Marie est tenue par la mère de Pasolini, Susana Pasolini, une institutrice tant admirée par son fils.

 

Pour comprendre tout le côté spectaculaire de cette réunion de 1964-1965 il faut penser à tant d’autre chose comme le fait que le Christy aurait pu être jouée par José Agustín Goytisolo.

Jean-Paul Damaggio

 

(1) El escriba sentado, p. 146

(2) Myriam Sumbulovich est la traductrice en italien de Montalbán sous le pseudo de Hado Lyria

(3) El evangelio según Mateo est le vrai titre du film en espagnol

(3) La literatura en la construcción de la ciudad democrática p. 127

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Mercredi 1 août 2012 3 01 /08 /Août /2012 15:26

Je viens de m’offrir une relecture de Sabotage Olympique où Vazquez Montalban s’est offert un feuilleton en direct pendant les J.O. de Barcelone en 1992. El Pais et la Stampa ont publié en parallèle aux J.O. officiels les J.O. absurdes tels que les a vécus contre son gré Pepe Carvalho. Pour la première fois le détective reconnaît qu’il n’est plus maître de son sort, un sort qui petit à petit lui échappera jusqu’à ce qu’il ne trouve de repos que dans une prison de Barcelone.

En 1992 Manolo-Pepe s’était promis de rester enfermé chez lui pendant les J.O. mais voilà, deux quotidiens l’invitent à réagir : peut-il refuser de donner sa version des jeux ? Il va donc appeler au secours son cher Pepe. Il est sorti de chez lui par les autorités des J.O. afin de partir en quête de disparus et d’éclaircissements au sujet de record plus que louches. Dans ce livre, Vazquez Montalban signe un retour à l’écriture subnormale que j’appelle sous-réaliste. Le grand Samaranch va être enlevé dans un univers loufoque où Bush persiste à confondre Barcelone et Badgad qu’il souhaite bombarder.

 

Vingt ans après ce n’est pas la guerre de Yougoslavie qui fait rage mais celle de Syrie et dans les deux cas nous sommes sommés de choisir entre la peste et le choléra. Depuis que la guerre froide est congelée, les guerres sont là de plus belle mais pas belles, pas belles….

 

Entre le feuilleton, et le roman publié ensuite, il y a bien sûr quelques ajustements. Ce feuilleton, je le lisais alors dans la Stampa d’où ma surprise quand page 23 de la version française je découvre l’expression : « socialisme royal » alors que côté italien Hado Lyria avait bien traduit : « socialismo reale ». En espagnol royal et réel, c’est le même mot… mais je penche plutôt pour le fameux « socialisme réel ».

 

Le hasard fait qu’aujourd’hui Gore Vidal vient de mourir et vous me direz : quel rapport avec Montalban ? En 2001, l’écrivain catalan a préfacé un recueil d’articles de Gore Vidal publié sous le titre : Patria et Imperio. « L’écriture de l’exil intérieur » nous indique en titre MVM qui pour sa présentation s’appuie sur les écrits de son complice de toujours José Maria Valverde. Gore Vidal le provocateur, Gore Vidal le critique de la société des USA, Gore Vidal l’écrivain ? Gore Vidal l’amant de Jack Kerouac ? En fait Vazquez Montalban semble trouver chez l’écrivain nord-américain un cas de rébellion qui, même s’il n’est pas toujours d’accord avec lui, mérite largement de vivre. Et moi, je sais très bien que cet écrivain typiquement nord-américain était tout autant un Italien… Jean-Paul Damaggio

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Mardi 13 mars 2012 2 13 /03 /Mars /2012 18:51

L’idéologie dominante et celle de la classe dominante et l’explication de Marx sur ce point devrait être travaillée sans cesse… pour expliquer ensuite comment la combattre.
Les deux romanciers, objet de cette chronique, sont tous les deux athées affichés, athées de longue date et appartiennent donc sur ce point à la même « famille », pourtant ils ne sont pas athées de la même manière. C’est l’idéologie dominante qui, parmi tant d’autres phénomènes, oppose les croyants et les athées comme elle crée tant de fausses oppositions. Elle construit des cases, distribue les rôles pour faire de nous ses propres marionnettes. Plus que jamais, le « révolutionnaire » a droit à sa propre marionnette. Soit il se plie au rôle qu’on lui assigne et il a une place, soit il joue à côté et alors la guillotine n’est pas loin.

Vargas Llosa est un athée car il pense que l’homme par la littérature peut créer la divinité, peut permettre de nous échapper du quotidien pour vivre autre chose de grand, de beau. La littérature est son dieu à lui, sa route vers la postérité, son confessionnal aussi.
Vazquez Montalban est un athée car il pense qu’il n’y a qu’un fait, la réalité et que tout le reste en est un des effets. Il ne peut donc y avoir ni dieu, ni postérité, ni fuite même si chacun porte en lui un dieu, une pulsion de fuite et un rêve de postérité. Est-il plus radical dans son refus du divin ? Non car la religion est pour lui un élément de cette réalité et la religion elle-même pour ramener un croyant à la réalité.
Prenons un autre exemple, le voyage. Vargas Llosa a pu quitter le Pérou d’un dictateur grâce à une bourse au moment où Vazquez Montalban n’avait même pas son passeport à cause des lois d’un dictateur ! Les deux aiment le voyage et pourtant les deux restent attachés l’un au Pérou et l’autre à Barcelone. Une fois encore, le premier sentiment permet de les classer dans la même famille. Pourtant ils ne parlent pas du même voyage.
La Retirada n’était pas un voyage au sens touristique (le sens dominant) mais comme pour Pepe dans Milenio, un voyage « forcé ». Dire que la Retirada était une fuite ne fait pas belle figure pour ce moment d’histoire, car là aussi le sens dominant de fuite est négatif. Il y a tout un travail à faire sur le rapport entre fuite et fuite, comme entre peur et peur chez Vazquez Montalban, dont une des originalités c’est qu’il a vécu la moitié de sa vie sous le franquisme et l’autre moitié après le franquisme. Oui, il existe une fuite positive et une peur positive.
Chez Vargas Llosa le voyage est toujours assumé, organisé, voulu, travaillé. C’est pour un cours, un mariage, une recherche. Depuis le début de 2012 il signe des chroniques hebdomadaires en disant d’où il écrit : de Lima, de New York, de Londres, de Bombay.
Chez Vazquez Montalban ce voyage là existe aussi mais il conserve sa part de hasard, d’incertitudes, de contre-pieds. Il ne part pas vérifier ce qu’il sait sauf qu’il sait qu’il n’a rien à vérifier !
A chaque fois nous sommes face à la même situation : MVM circule dans les bas-fonds de la société et MVLl dans les hauteurs même si ces hauteurs sont pires que les bas-fonds populaires. Aucun des deux ne veut être une marionnette, c’est ce qui les rapproche mais les deux ne jouent pas la même participation pour autant.
Je sais que de telles réflexions ne passionnent pas les lecteurs du blog d’abord parce que MVM est déjà oublié et que MVLl est tellement haut dans les nuages du Nobel. A ce sujet observons que pas plus l’un que l’autre n’a courtisé le jury du Nobel. On parlait du Nobel pour MVLl dès 2003 mais le romancier n’a pas joué la carte de gauche (ce sont surtout les écrivains de gauche latino-américains qui ont eu le Nobel ce qui explique que Borges en ait été « dispensé ») et MVM n’a pas joué au social-démocrate.
12-03-2012 Jean-Paul Damaggio

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