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littérature

Jeudi 9 mai 2013 4 09 /05 /Mai /2013 14:24

Ils sont cinq sur la scène du Théâtre Olympe de Gouges à Montauban, pour jouer et chanter Leprest.

Vieux débat en France (ou peut-être ailleurs aussi) que celui de savoir si on peut, ou pas, faire mieux que l’interprète premier d’une chanson. Une chanson de Leprest dans la bouche d’Yves Jamait, est-ce possible ?

Avec Yves Jamait nous avions aussi Romain Didier et Jean Guidoni et à la fin le public s’est levé spontanément pour applaudir. Les chansons de Carlos Gardel peuvent-elle sortir de la bouche de quelqu’un d’autre ? Bien sûr, pour la postérité du tango ! La mort d’un interprète ne peut pas être la mort d’une chanson ! Ce qui ne signifie pas que tout le répertoire de l’interprète puisse passer l’épreuve. Tout dépend de la chanson et de celui qui la chante et les trois interprètes du jour étaient artistes avec dans la bouche des paroles d’Allain Leprest. Et j'ose l'écrire, ils firent toujours autrement qu'Allain Leprest, mais parfois mieux que lui !

Depuis combien de temps n’avais-je pas entendu Jean Guidoni ? Romain Didier est plus présent sur ma route. Mais les deux étaient, sur la scène montalbanaise, bien différents de d’habitude. Même Yves Jamait avait abandonné son immanquable casquette et le style qui va avec.

Pour l’hommage à Allain Leprest.

D’un tel spectacle il est difficile de retenir une émotion parmi d’autres mais allons-y pour une chanson que je donne à la fin.

C’est peut-être… et jamais on le saura !

Mozart, Colette, Le Grand Jacques, Van Gogh, Cerdan et Jésus unis dans une chanson comme des possibles ratés pour certains enfants, c’est la musique, la littérature, la chanson, la peinture, le sport et un certain sens de la religion (Leprest a écrit une chanson à la gloire de l’athéisme) qui ne sont pas mis à la portée de toutes les intelligences. Parmi les noms j’y aurai mis Zavata mais bon…

Tout simplement parce qu’en septembre 1972, pour mes premiers trois mois devant des enfants, j’ai découvert en classe de CP un gamin qui était un clown né. Je ne sais ce qu’il est devenu mais en entendant Jean Guidoni lancer « C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine… » j’ai pensé à ce gamin, un génie comme je n’en ai plus jamais croisé. Il pouvait transformer n’importe quelle « récitation » comme on disait alors, pour faire rire toute la classe ! Je n’étais pas dérangé par ce talent mais je savais parfaitement qu’il n’avait pas d’avenir. Pas parce qu’il faut adopter le ton d’une poésie à la poésie mais parce que dans la vie le rire est un mauvais conseiller.

J’ai pensé à lui parce que le spectacle était marqué par des voix d’enfants racontant la vie de Leprest. Ce n’était pas joué d’avance, de telles coupures, et pourtant elles auraient manqué.

Bravo les artistes. Jean-Paul Damaggio

 

C’est peut-être d’Allain Leprest

 C´est peut-être Mozart le gosse qui tambourine

Des deux poings sur l´bazar des batteries de cuisine

Jamais on le saura, l´autocar du collège

Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.

 

C´est peut-être Colette la gamine penchée

Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés

Jamais on le saura, elle aura avant l´heure

Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur

 

C´est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête

Qui pousse dans la flaque sa boîte d´allumettes

Jamais on le saura, on le fera maçon

Râpé Bora Bora, un mur sur l´horizon

 

C´est peut-être Van Gogh le p´tit qui grave des ailes

Sur la porte des gogues avec son opinel

Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu

Il fera ses choux gras dans l´épicerie d´ses vieux

 

C´est peut-être Cerdan le môme devant l´école

Qui recolle ses dents à coup de Limpidol

Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges

Dans le ring de ses draps en serrant son vertige

 

C´est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf

Qu´a volé au Prisu un gros œuf et un bœuf

On le saura jamais pauvre flocon de neige

Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature
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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 12:33

                                                aragon.jpg

Pour la fête à Ferré, Cali a décidé de reprendre un poème d’Aragon très largement chanté, très largement connu et c’était là une audace risqué car pouvait-il faire mieux, pouvait-il chanter avec son talent dans les pas des autres ?

Ce poème et moi, c’est une histoire particulière, et avec Cali j'ai pu en revivre les moindres nuances.

« Vous n’avez réclamé la gloire ni les larmes… » C’est à la page 227 du recueil Le roman inachevé, dans la partie Strophe pour se souvenir, et avec cette date 1955. Un peu avant, un autre poème a pour date 1945 : Le prix du printemps. Les deux seules dates.

J’avais vingt ans, je connaissais un peu Desnos, Tzara, Benjamin Perret et je me suis proposé de passer les vacances d’été avec Aragon. J’ai choisi Le roman inachevé qui n’est ni un roman et qui n’est pas inachevé sauf à penser que toute œuvre est inachevée. Mes étés ont toujours consisté en travaux des champs avec une semaine de vraies vacances à la fin. Le temps de lecture c’était pendant la sieste de mes parents. Et petit à petit j’ai dégusté l’Aragon de 1956 avec d’ailleurs une belle préface d’Etiemble de 1966.

Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé dit le poète qui sent déjà que le temps est trop derrière lui et quel temps ? Je change ici de mètre pour dissiper en moi l’amertume, amertume a dit le poète ? Il ne reste à ma lèvre enfin que cette injure L’âge et la sécheresse à parler d’autrefois, parler d’autrefois, craint donc le poète ? Un autre fois fait de quoi ? Les beaux habits du soir un à un que l’on quitte Tombent indolemment sur l’aube des planchers On dirait que notre fantôme les habite.

 Aragon est à un tournant de sa vie, un tournant que l’on sent douloureux, une douleur qu’il veut faire partager et pour ne pas être plus long ici, j’en viens aux Vingt et trois étrangers et nos frère pourtant.

En lisant ce poème en 1971 je ne connaissais rien de l’histoire de l’Affiche rouge, de la Résistance des étrangers, je n’aimais ce poème que pour lui-même. J’étais intrigué par cette date : 1955. Pourquoi l’écrire puisque le poème renvoie lui-même onze ans en arrière ?

Ce poème m’a suivi, les chanteurs m’ont obligé à le suivre et petit à petit j’ai appris l’histoire du PCF, de la Résistance et j’ai eu la confirmation que cette date n’était pas là par hasard pas plus que le poème suivant du recueil ne porte sans conséquence le titre de La nuit de Moscou.

 Aragon le poète de la Diane française, je veux dire el poète de la Résistance, a donc attendu dix ans avant de célébrer parmi les Résistants ces noms si difficiles à prononcer !

Onze ans déjà que cela passe vite onze ans, Vous vous étiez servi simplement de vos armes La mort n’éblouis pas les yeux des Partisans, quel acte glorieux de la Résistance ?

 Pour moi, un poème est le lieu même où pas un mot n’est inutile, tous tendant vers ce vers final que Cali a fortement appuyé : Vingt et trois qui criaient la France……. En s’abattant.

Ils ne sont pas abattus car ce sont eux qui ont pris en toute conscience le risque d’aller à la mort. Les soldats qui appuient sur la gâchette sont des irresponsables.

 Mais vraiment criaient-ils la France ? Si oui, quelle France ?

Le vers n’aurait-il pas pu être : Vingt et trois qui criaient Révolte …. En s’abattant.

Je sais, pour beaucoup encore à l’époque dire la France c’était dire Révolution…

Bref, merci à Cali, à Ferré, à Aragon et à tant d’autres qui font vivre l’art et d’ailleurs Melismell chanta une ode aux artistes. Jean-Paul Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 12:25

                                         51-leo-ferre-blog.jpg

Dessin de Rosendo Li

Le Festival de Montauban Alors Chante vient de renouer avec une ancienne tradition : faire la fête à un artiste. L’invité d’honneur composait une programmation et à la fin les artistes invités chantaient avec lui en une soirée inédite.

En 1992 ce fut la fête à Ferré. Vingt ans après la mort de l’artiste les organisateurs ont réussi un pari très difficile : mettre ensemble une bonne dizaine d’artistes très différents qui d’abord ont chanté une de leurs chansons puis une chanson de Ferré. Nilda Fernandez a cependant opté pour une chanson de Ferré dans les deux cas sauf que la première chantée à cappella « que sont nos amis devenus… » appartient à tous. Pour celle de Ferré il proposa une interprétation magnifique de La solitude.

Parmi les autres artistes il y avait ceux que je connaissais : Bruno Ruiz, Yves Jamait, Les Grandes Bouches (en plus de Nilda Fernandez, un habitué de Montauban), mais surtout d’autres que je ne connaissais pas comme Cali, Alexis HK, Melismell, Catherine Boulanger et Camelia Jordana.

Pour la musique nous avions l’orchestre du Conservatoire de Montauban et chaque artiste chantant seulement une chanson il a fallu un respect mutuel entre tous et une organisation minutieuse qui a dû demander un travail colossal.

 C’est extra et Jolie Môme furent les choix d’Yves Jamait qui montra, avec son talent habituel, une face de Léo Ferré en s’appuyant… sur l’accordéon.

Alexis HK chanta les anarchistes et, découvrir un jeune s’emparant de cette chanson aujourd’hui, ça fait plaisir, d’autant que sa voix magnifique a pu appuyer des paroles historiques. Martin Malvy présent dans la salle pouvait applaudir avec joie… car l’art dépasse la politique.

Catherine Boulanger aurait voulu être une chanson de Ferré et les Grandes Bouches ne pouvait rater la révolution ça dérange. Une soirée pleine de révolution et d’amour comme ‘observera à la fin l’organisateur du Festival, Jo Masure à qui Ferré dédia un beau poème lu par Alexis HK. Camelia Jordana en choisissant La petite trouva aussi dans le répertoire une chanson lui tenant à cœur.

Bruno Ruiz opta pour C’est ton style mais même si je suis depuis longtemps un admirateur de son immense talent poétique, j’ai été peu convaincu par le poème qu’il offrit en entrée, un poème à la gloire d’un lieu commun appelé « poètes maudits », poème qu’il voulait poème de combat car « avec la poésie on n’apprend pas, on se bat » a-t-il lancé en conclusion. Comme si se battre ne commençait pas par apprendre ! Comme si apprendre un poème n’était pas une discipline sur soi qui se perd trop au nom de l’urgence. J’ai envie de dire que la poésie c’est aussi trouver la force de s’arrêter pour apprendre un poème…

Inversement Melismell, que je n’avais jamais entendu ou vu, a repris avec un immense talent un très long texte poétique de Ferré sur la poésie, performance sans doute unique à tout point de vue.

Celui que je garde pour la fin, Cali, va faire l’objet d’un autre article. JP Damaggio

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Jeudi 28 mars 2013 4 28 /03 /Mars /2013 16:58

 

Après le Festival de cinéma latino, l’Amérique du Sud s’installera à Toulouse en juin pour le Marathon des mots. L’Argentine sera à l’honneur et on retrouvera avec plaisir Alberto Manguel si souvent présent à Montauban.

Voici la présentation :

« Pour la première fois depuis sa création, le Marathon des mots passe l’Atlantique et s’aventure en terres sud américaines. On le sait, de Carlos Gardel à l’Aéropostale : les liens réels ou fantasmés qui unissent Toulouse et l’Argentine sont légion. Cette 9e édition du Marathon des mots sera l’occasion d’y revenir, de rendre hommage aux grands classiques de la littérature d’Argentine (Borges, Cortazar, Bioy Casarès, Sabato, Puig), de saluer l'œuvre de Saint-Exupéry (Courrier Sud), d’accueillir les Argentins de Paris (Martial di Fonzo Bo, Alfredo Arias, hommage à l’Académicien Hector Bianciotti) – et surtout d’inviter en Midi-Pyrénées les figures contemporaines de la littérature et de la culture argentines, celles qui font aujourd’hui de l’Argentine un pays d’une très grande vitalité culturelle. »

 

J’ai la confirmation que Roberto Arlt (celui que je préfère ça va de soi) n’est pas un classique argentin. J’espère tout de même qu’il aura droit à quelques honneurs. JP Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature
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Dimanche 27 janvier 2013 7 27 /01 /Jan /2013 18:29

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En 1994 dans un document toujours d’actualité (spécial Pont Gauche ! consacré à René Bousquet) Marie-José Annenkov (alors Colet) avait en trois pages rappelé le talent de cette écrivaine oubliée. L’anniversaire actuel vient de donner lieu à une biographie et je suis d’accord avec l’auteur de l’article ci-dessous paru dans Marianne de cette semaine : sa condition de femme est la cause de ce silence. Je reprends la fin de l’article de Point Gauche en indiquant que depuis, Marie-José, a publié cette autofiction La femme en retard, aux éditions La Brochure, un livre qui prolonge la conclusion de son article. JPD

 Charlotte Delbo : si c'est une femme

Cent ans après sa naissance, Charlotte Delbo (1913-1985), communiste et résistante, déportée à Auschwitz puis à Ravensbrück, mais aussi remarquable femme de lettres, demeure une quasi-inconnue dans son pays. Une réalité inexplicable lorsque l'on sait que cette femme singulière, dont l'intégrité fut remarquée par Louis Jouvet, faisant d'elle son assistante et sa confidente, et qui mit vingt ans avant de publier son premier récit sur sa captivité, Aucun de nous ne reviendra (Minuit) est tout à fait comparable à Primo Levi, Robert Antelme, Elie Wiesel, Imre Kertész ou Jorge Semprun.

Violaine Gelly et Paul Gradvohl se sont attelés, dans une biographie passionnée, à percer ce mystère et à réparer cette anomalie. Le récit de leur quête, jusqu'aux quelques zones d'ombre entretenues par l'historiographie communiste, est édifiant. Leur seule explication à l'anonymat de cette grande dame, reconnue par ses pairs et sans cesse engagée dans les causes de son siècle, est précisément sa condition de femme. Rendons donc vie à Charlotte Delbo, qui a déjà survécu à l'exécution de son mari et compagnon de Résistance Georges Dudach, à l'âge de 28 ans, et à vingt-sept mois dans les camps nazis.

ANNE DASTAKIAN

Charlotte Delbo, de Violaine Gelly et Paul Gradvohl, Fayard, 323 p., 19€.

 Extraits de Mesure des jours Charlotte Delbo, Editions de minuit (213 pages)

« Les seuls âtres qui pouvaient m'aider étaient hors de portée. »

« Dans le wagon, je ne connaissais personne. Je n’étais à Drancy que depuis trois jours quand le départ a eu lieu. »

« Depuis Auschwitz, je ne pleure plus aux enterrements. »

« Tous les ans, elle a une espèce de fièvre. C'est son anniversaire de Typhus. »

« Je vis en somnambule, que rien ne réveillera. Refaire ma vie quelle expression… »

« Je ne sais pas si vous pouvez faire encore quelque chose de moi Si vous avez le courage d'essayer.. »

 Maman, tu n'as pu refaire ta vie après Drancy et pourtant tu as vécu très fort, et pourtant tu as aimé encore plus fort. Paradoxe de la mort à laquelle tu as échappé et qui pourtant ne t'as pas lâchée... Ils ont arrêté ta mère, mais toi, à temps tu t'es cachée, à temps tu ne te l'es pas pardonné. Tu as vécu coupable, en coupable. Ils t'ont volé ta mère, ils t'ont volé ta conscience, ils nous ont volé à nous tes filles, notre mère. Je les hais et je hais cette guerre mondiale et seconde. Je hais les collaborateurs. Collaborateur rime avec malheur. Collaborateur rime avec menteur. Collaborateur rime avec voleur. Voleur de vie.

Voleur d'enfance.

Nous, ma sœur et moi, petites filles de Drancy, nous avons tenté dans le vrai des jours, dans un relatif toujours, de remettre à flot le navire de ta vie. Aujourd'hui, tu as 75 ans. Tu nous as transmis les livres et la lutte. Tu nous as transmis le non aux fascistes. Aujourd'hui, les barbares sont si nombreux, partout, qu'on ne sait plus où donner de la lutte. Pire que la mauvaise herbe. On arrache et ça repousse de plus belle ... Et par ce passé qui fut le tien, par ce présent qui est le nôtre, par ce monde de meilleur et de pire, par ces vallées de larmes et de rires que sont nos vies, je te promets de ne jamais ranger ce livre et si, un jour malgré tout, un jour d'orange, je devais le faire pour cause de vie à continuer ce serait à la lettre E d'écriture. Ecrire un livre.

"Ce serait un livre aussi long que las Mille et Une nuits peut-être mais tout autre. Mais était-il encore temps pour moi ? N'était-il pas trop tard ?" (Marcel Proust).

Marie-José Annenkov.

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : Le Sarmiento
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Jeudi 10 janvier 2013 4 10 /01 /Jan /2013 16:44

Maximilien Reynès-Dupleix a des archives bien rangées si bien qu'après la référence au Bordeaux-Vintimille publiée sur ce blog, il a pu nous communiquer un de ses poèmes de l'époque, il y a 30 ans. JPD

 

Un train

Roule, roule, roule, dans la nuit

L’insulte suffisante

Des nervis, des barbares

Roule, roule, roule, dans la nuit

Et les coups, et l’indifférence

Roule, roule, coule, le sang

Le racisme dans la nuit

Roule, roule, coule, ton sang.

Un train

Que monte notre colère

Le cauchemar de l’innocence

L’infecte emprise de la force

Coule, coule, rouge et sang

Le crime, la haine

Pour ta couleur, toi, Habib

Bordeaux-Vintimille

L’horreur brise le rêve.

Coule, roule ton sang

ton corps sur le talus

coule, roule ton âme

et ta vie…Brisée.

Maximilien Reynès-Dupleix

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : environs de Toulouse
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Dimanche 15 juillet 2012 7 15 /07 /Juil /2012 15:41

debat-vilar.jpg

Pas de passage au Festival d’Avignon sans une étape à la Maison Jean Vilar. D’autant que cette année le créateur du festival aurait eu 100 ans. Parmi les mille questions nous allons nous pencher sur une seule : que faisait Vilar en 1941-1942 ?

Réponse : il écrivait. Il se voyait en auteur dramatique alors qu’il allait devenir surtout acteur et metteur en scène. Un inédit de cette époque vient d’être publié et a été joué-lu dans le Jardin de la dite maison. Après une multitude de titres, Vilar se décida pour « Dans le plus beau pays du monde », et la pièce fut présentée par un débat très utile.

Vilar, « l’écrivain contrarié », expliquera Rodolphe Fouano maître d’œuvre du projet autour de la pièce. Cette pièce a hanté la vie de Vilar qui, jusqu’au dernier moment, pensa l’achever pour la faire jouer.

Il y est question des femmes, du rapport de Vilar aux femmes, au moment où il écrit à sa fiancée et future épouse qui vit toujours à Sète. Pour dire que le quiproquo cher au théâtre permet la construction d’un labyrinthe qui serait l’esprit féminin ?

Muriel Mayette dira de manière crue que le plus beau pays du monde, à lire ce texte, c’est le sexe féminin.

Jacques Lassalle qui a mis en place la lecture-jouée écrira : « Nous sommes en 1941. Loin d’affronter la tragédie d’une France occupée bientôt écartelée entre Collaboration et Résistance, il s’évade dans une fantaisie douce-amère, bien peu situable dans le temps et l’espace. »

Au moment où André Suarès est obligé de se cacher, Vilar plus anonyme, peut se pencher sur un sujet éternel du théâtre : les jeux de l’amour, trompé ou pas, frivole ou sérieux.

 

L’avant-scène théâtre a publié la scène et les cahiers Jean Vilar la correspondance de la même époque entre Vilar et Andrée Schlegel qu’il vouvoie. Le 8 août 1941 il mentionne le succès de sa première pièce Farce des filles à marier qu’il présente avec la troupe la Roulotte qui est son lieu de vie pendant presque toute l’occupation. Il conseille ensuite à Andrée le livre de « son camarade Maurice Blanchot » Thomas l’obscur. Il se plaint de sa solitude.

 

Voici une lettre qui décrit ses multiples tâches :

4 novembre 1941

Les tâches me tombent sur les épaules les unes après les autres : mise en scène de la Boba (1), d'après Calderon, apprendre par cœur mon rôle, organisation intérieure Roulotte, lectures de grands textes classiques (Homère, Balzac, etc.) à lire dans les centres de Jeunesse, direction intérim de la section théâtre Jeune France (2). De quoi être dispersé à longueur de journée, sans trouver, sans pouvoir jouir d'une affection et d'un amour vivants et non plus rêvés. Loin de toi, toujours loin de toi. Des occasions multiples (celle que je viens de t'énumérer) me sont ainsi offertes de travailler et bien travailler et plus ou moins réussir dans des tâches excellentes et que j'aime. Mais quel danger la dispersion ! Et quel danger d'être seul ! Ma tête a déjà perdu ses bonnes heures de délassement, et mes traits sont déjà tirés à hue et à dia comme par un service funèbre d'écartèlement.

(1)   La dame Boba dont Vilar sine une adaptation française sous le titre la Petite Niaise.

(2)  La Jeune France est une organisation de jeunesse de la France de Vichy

 

Comme il avait été indiqué lors du débat, la pièce que nous avons vu sous un beau soleil, jouée le texte à la main, s’appuie sur bien des références mais en même temps témoigne d’une obsession de Vilar : et si la jalousie était mauvaise conseillère ?

Au nom du théâtre avant tout, il réussit à contourner toute préoccupation sociale.

Mais comme chez tout auteur, le théâtre est d’abord l’expression de soi et là il ne contourne pas cette situation qui met presque 1000 km entre lui et son grand amour.

J-P Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : Le Sarmiento
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Mercredi 4 juillet 2012 3 04 /07 /Juil /2012 15:09
 

L’écrivain égyptien est un habitué du Marathon des mots. Sans être gros, il est corpulent et sa présence en impose.

D’autres rencontres avec lui sont évoquées sur ce blog (voir lien au fond) et j’ai parlé d’une de ses prestations avec Dany Laferrière. Je vais y revenir ici pour parler spécifiquement du côté égyptien qui a été évoqué.

El Aswany s’est abstenu au cours des précédentes élections car il refuse aussi bien le retour des militaires que l’arrivée des Frères musulmans. Pour tenter un retour, il rappelle que les militaires et leurs alliés ont pourri la vie sociale depuis la révolution afin de discréditer les islamistes mais le vote a été clair et de ce point de vue a tourné une page de l’histoire du pays : les militaires sont renvoyés dans leurs casernes.

A partir de là, les démocrates peuvent-ils organiser une pression sur le nouveau président pour empêcher l’arrivée d’une théocratie ? El Aswany,  juste avant de venir à Toulouse, a rencontré le vainqueur de l’élection et il lui laisse trois semaines pour vérifier dans quelle mesure les acquis de la révolution seront respectés.

Pourquoi les militaires sont  à ce point rejetés ?

Il s’agit en fait d’un système global de répression qui entraînait l’humiliation de chacun. Le dictateur Moubarak était l’ami des grands dirigeants européens et pourtant il contrôlait le pays de la manière la plus dure.

A New York il y a des Egyptiens qui préfèrent y exercer des petits boulots plutôt que d’être médecin dans leur pays comme leurs diplômes les y autorisent.

Pour défendre la démocratie il fait une parabole : vous avez une voiture et parfois elle marche mal alors vous devez la réparer, mais nous on n’avait même pas la voiture ! Vaut-il mieux ne pas avoir une voiture pour s’éviter les problèmes des réparations ?

 

Pour El Aswany « l’imaginaire est réaliste ». L’écrivain est un voyeur et un voyant. Il ne fait pas que décrire la réalité, il anticipe car il a justement une forte observation de la dite réalité. Il se doit de s’imprégner de tout ce qui se passe et l’imaginaire est façonné par cette activité à laquelle il donne ensuite une force supérieure au travail du sociologue ou de l’historien.

Même quand il écrit ses chroniques hebdomadaires dans la presse (quelques unes viennent d’être reprises dans son dernier livre)  il se considère écrivain et non analyste et encore moins journaliste. C’est vrai la chronique qui peut peser de suite sur la réalité (ses chroniques sont publiées dans beaucoup de journaux du monde en même temps) est parfois lue comme un travail de journaliste mais lui il la propose en tant qu’écrivain, d’ailleurs il ne peut l’écrire seulement pour les Egyptiens puisqu’elle arrive au Liban etc…

 

Pendant un moment il fera la distinction entre la religion Islam et la forme recherchée par certain d’un état islamique qui ne se veut que la copie d’un état du temps de la naissance de l’Islam.

 

Malheureusement, le public n’a pu poser qu’une question à partir de la lecture d’une chronique. JPD

 

El aswany a écouté obama

Article - 15/06/09 - El aswany a écouté Obama - El aswany a écouté Obama Depuis la publication en 2004 de L’immeuble Yacoubian en Egypte, la renommée du romancier El aswany a franchi…

 

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature
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Samedi 16 juin 2012 6 16 /06 /Juin /2012 13:44

L’homme est assis à son bureau, devant son cahier d’écolier, et de sa belle encre bleue, remplit quelques pages de plus. Il aime le format, l’odeur, la texture des cahiers d’écolier car de l’enfance il ne sait trop sortir. Pour les adeptes du périssable, ajoutons à ce tableau a-historique que nous sommes à Montauban en 1943.

 

L’homme est assis à son bureau avec en tête un projet aussi éternel que lui-même, écrire la passion de vivre, même en 1943, même à Montauban. Il a le plan très clair d’un texte qui n’est ni poésie, ni essai, ni conte et encore moins roman. Pensez, sur un modeste cahier d’écolier ! Parce que la passion de vivre transgresse les classements et l’ordre établi ?

 

L’homme au porte-plume écrit et écrira que la poésie « ça se vit la poésie, je suis très heureux quand je me promène dans les rues ensoleillées, en battant l’air de mes bras, en faisant des signes de main, c’est ça la poésie, la rue, le soleil, le fait de mettre dans son poème une fille qui se retourne dans la rue et éternellement elle se retournera et on verra le mouvement de son cou et ses jambes remuent et sa jupe flotte ». Pour le moment, seul l’éternellement le hante aussi il veut régler ses comptes avec le temps qui passe.

 

L’homme en trente pages va-t-il arrêter le temps ? Ou plus simplement l’apprivoiser ? Et s’il pouvait même l’emprisonner, dans trente pages ? En 1943. Année terrible qui le fait père à la mort de son père ! Un double événement qui va l’obliger à chercher un métier durable. Comme son ami Félix Castan il sera instituteur.

 

L’homme attend que la phrase lui vienne, celle de la première horloge : « La première horloge bat dans la tempe. De jours en jours passant sous les arcades de la nuit, sur cet échiquier du temps, l’homme maudit s’éloigne appuyé sur Eve déjà grosse de celui qui le premier apportera la mort sur terre. Les années, portes battantes s’entrebâillent, devant eux le monde de la faute s’ouvre. »

 

L’homme assis devant sa feuille blanche cherche à se convaincre donc à se raisonner, et rien n’est plus beau qu’un homme en quête de ses convictions, pourtant évidentes à lui-même. « Nous étions faits pour être heureux. Le bonheur, cette aspiration de notre état, nous est parcimonieusement prêté, encore que nous n’en ayons la perception que par contraste. Ce n’est que tristes que nous apprécions notre joie passée. L’alternance, l’habitude que nous avons de l’alternance nous prédispose à gâcher nos moments de joie sachant qu’à ce bien être correspondra un instant de malheur. Nous avons l’habitude de « payer ». L’horizon terrestre est ainsi fait. »

 

La guerre est là parce qu’il faut payer ? Son père, historien local de la Révolution française, écrira comme dernier texte, en 1940, à Montauban, La Terreur blanche. Pacifiste socialiste de la première guerre, contrôleur des PTT pendant sa vie professionnelle, il s’inquiète pour son fils et sa belle-fille.

 

« Les jours semblent plus longs à l’enfance qu’à l’âge adulte dont l’attention est plus concentrée et la vie plus complexe. »

JP Damaggio

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Dimanche 10 juin 2012 7 10 /06 /Juin /2012 16:03

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Je suis né, voici 120 ans, le 16 mars 1892, dans les Andes péruviennes à Santiago de Chuco. Mon père avait décidé César comme premier prénom et ma mère Abraham pour le suivant. Si je reviens aujourd’hui, n’y voyez aucun hasard. Surtout pas celui des anniversaires. Il m’est arrivé d’être un poète révolté contre tout, et donc adepte un temps, de vers difficiles à lire. Je ne le regrette pas, j’ai simplement appris ensuite une autre poésie.

Avant le nouveau millénaire, j’ai le sentiment qu’on assiste à la domination de l’oxymore ce qui est une catastrophe pour tous aussi je crois important d’avancer un remède.

L’oxymore classique du dictionnaire c’est : un silence éloquent. Le plus amusant c’est gagnant-gagnant qui remplace l’ancien et plus juste, donnant-donnant. Nous sommes dans un monde aux coupables innocents plus nombreux ou presque que la pléiade de prétendus innocents coupables. Quant à la fidélité temporaire, elle roule sa pierre au rythme d’invisibles clartés qui font le bonheur d’aveugles clairvoyants.

Bien sûr, bien sûr, celui qui gagne peut faire gagner des amis, mais il n’y aurait plus de perdants perdus ? L’oxymore n’est pas là par hasard, qui sert à appeler réforme, la contre-réforme ; avancée, le recul, et qui voudrait que la science soit une religion. La vie n’aurait plus de sens… et ça serait là un sens bien supérieur à la notion de progrès !

 

L’oxymore a donc un dieu, la publicité et la publicité une fonction, la culture du non-sens, l’assassinat quotidien de l’esprit de révolte. Hier la réclame pouvait vanter les mérites techniques d’une voiture, aujourd’hui la publicité vante tout sauf la réalité de la voiture. Et à parler de publicité n’est-il pas frappant qu’un président de droite l’interdise sur les chaînes publiques (le privé ayant tous les droits), et qu’un président de gauche envisage de rétablir cette publicité ?

 

Alors le remède ? J’ai cherché parmi mes poèmes et je propose celui-ci :

 

Un homme passe portant un pain sur l'épaule

 

Un homme passe portant un pain sur l'épaule

Vais-je écrire, ensuite, sur mon double ?

 

Un autre s'assoit, se gratte, extirpe un pou de son aisselle, le tue

Avec quel courage parler de psychanalyse ?

 

Un autre est venu dans ma poitrine un bâton à la main

Va-t-on parler ensuite de Socrate au médecin ?

 

Un boiteux passe donnant le bras à un enfant

Vais-je lire, après, André Breton ?

 

Un autre grelotte de froid, tousse, crache le sang

Pourra-t-on jamais faire allusion au Moi profond ?

 

Un autre cherche dans la fange des os, des pelures

Comment écrire, ensuite, sur l'infini ?

 

Un maçon tombe d'un toit, meurt et ne déjeune plus

Réinventer, ensuite, le trope, la métaphore ?

 

Un commerçant en pesant vole un gramme à un client

Et parler, après, de quatrième dimension ?

 

Un banquier falsifie son bilan

Quel air prendre pour pleurer au théâtre ?

 

Un paria dort, un pied dans le dos

Comment parler, ensuite, à quiconque de Picasso ?

 

Quelqu’un suit un enterrement en sanglotant

Comment, après, entrer à l’Académie ?

 

Quelqu’un fourbit un fusil dans sa cuisine ?

Avec quel courage parler de l’au-delà ?

 

Quelqu’un passe en comptant sur ses doigts

Comment parler du non-moi sans pousser un cri ?

5 novembre 1937

 

César Vallejo

Par éditions la brochure - Publié dans : littérature - Communauté : Le Sarmiento
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