Ils sont cinq sur la scène du Théâtre Olympe de Gouges à Montauban, pour jouer et chanter Leprest.
Vieux débat en France (ou peut-être ailleurs aussi) que celui de savoir si on peut, ou pas, faire mieux que l’interprète premier d’une chanson. Une chanson de Leprest dans la bouche d’Yves Jamait, est-ce possible ?
Avec Yves Jamait nous avions aussi Romain Didier et Jean Guidoni et à la fin le public s’est levé spontanément pour applaudir. Les chansons de Carlos Gardel peuvent-elle sortir de la bouche de quelqu’un d’autre ? Bien sûr, pour la postérité du tango ! La mort d’un interprète ne peut pas être la mort d’une chanson ! Ce qui ne signifie pas que tout le répertoire de l’interprète puisse passer l’épreuve. Tout dépend de la chanson et de celui qui la chante et les trois interprètes du jour étaient artistes avec dans la bouche des paroles d’Allain Leprest. Et j'ose l'écrire, ils firent toujours autrement qu'Allain Leprest, mais parfois mieux que lui !
Depuis combien de temps n’avais-je pas entendu Jean Guidoni ? Romain Didier est plus présent sur ma route. Mais les deux étaient, sur la scène montalbanaise, bien différents de d’habitude. Même Yves Jamait avait abandonné son immanquable casquette et le style qui va avec.
Pour l’hommage à Allain Leprest.
D’un tel spectacle il est difficile de retenir une émotion parmi d’autres mais allons-y pour une chanson que je donne à la fin.
C’est peut-être… et jamais on le saura !
Mozart, Colette, Le Grand Jacques, Van Gogh, Cerdan et Jésus unis dans une chanson comme des possibles ratés pour certains enfants, c’est la musique, la littérature, la chanson, la peinture, le sport et un certain sens de la religion (Leprest a écrit une chanson à la gloire de l’athéisme) qui ne sont pas mis à la portée de toutes les intelligences. Parmi les noms j’y aurai mis Zavata mais bon…
Tout simplement parce qu’en septembre 1972, pour mes premiers trois mois devant des enfants, j’ai découvert en classe de CP un gamin qui était un clown né. Je ne sais ce qu’il est devenu mais en entendant Jean Guidoni lancer « C’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine… » j’ai pensé à ce gamin, un génie comme je n’en ai plus jamais croisé. Il pouvait transformer n’importe quelle « récitation » comme on disait alors, pour faire rire toute la classe ! Je n’étais pas dérangé par ce talent mais je savais parfaitement qu’il n’avait pas d’avenir. Pas parce qu’il faut adopter le ton d’une poésie à la poésie mais parce que dans la vie le rire est un mauvais conseiller.
J’ai pensé à lui parce que le spectacle était marqué par des voix d’enfants racontant la vie de Leprest. Ce n’était pas joué d’avance, de telles coupures, et pourtant elles auraient manqué.
Bravo les artistes. Jean-Paul Damaggio
C’est peut-être d’Allain Leprest
C´est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l´bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l´autocar du collège
Passe pas par Opéra, râpé pour le solfège.
C´est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette le fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l´heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le coeur
C´est peut-être Grand Jacques le petit au rire bête
Qui pousse dans la flaque sa boîte d´allumettes
Jamais on le saura, on le fera maçon
Râpé Bora Bora, un mur sur l´horizon
C´est peut-être Van Gogh le p´tit qui grave des ailes
Sur la porte des gogues avec son opinel
Jamais on le saura, râpé les tubes de bleu
Il fera ses choux gras dans l´épicerie d´ses vieux
C´est peut-être Cerdan le môme devant l´école
Qui recolle ses dents à coup de Limpidol
Jamais on le saura, KO pour ses vingt piges
Dans le ring de ses draps en serrant son vertige
C´est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu´a volé au Prisu un gros œuf et un bœuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui naît, cent millions font cortège
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