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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 22:16

 

Avec Wajdi Mouawad de retour à Avignon les critiques peuvent s’en donner à cœur joie d’autant qu’il y a l’affaire Bertrand Cantat… Ainsi Emmanuelle Bouchez dans Télérama nous propose un article intitulé Sauvé par la tragédie, pour caractériser l’auteur sauvé par le Québec.

Dans le parcours qu’elle retrace de l’écrivain, et qui va du Liban au Québec en passant par la France, je lis : « Francophone passionné dont la vraie terre d’élection, déjà, était la littérature, il se retrouve alors un peu hors sol dans une société américanisée qui valorise sans doute moins les mots que les images. »

Cette phrase contient toute la question que j’ai traitée dans le livre : Au carrefour Wajdi Mouawad à savoir le rapport entre le migrant et les Amériques.

1 ) Une société américanisée ?

Fabuleuse cette expression : au Québec on arriverait dans une société américanisée ! La langue française défendue bec et ongles par les Québécois ne peut empêcher la réalité de la géographie : le Québec est d’abord un pays des Amériques, comme le Chili, Cuba et le Mexique. Cette société ne peut être américanisée : elle est l’Amérique. Oui, mais il y a une différence avec les USA ? A parler des différences je peux offrir cette remarque d’un prof de fac de San Francisco : « la Louisiane c’est pas les USA » ! Pour les différences elles sont partout. Pour la domination, elle est les Amériques où la prédominance de l’image n’est pas inévitable (pensez à Eliot). L’Europe s’américanise régulièrement mais pour le Québec catholique et de langue française, l’essentiel n’est pas l’Europe mais les Amériques.

2 ) « Hors sol dans cette société » ?

C’est vrai, à Avignon, sur la grande scène, pour que les Amériques débarquent, il y faut un auteur québécois. Sinon le théâtre made in USA c’est Broadway, la comédie musicale puis tournez la page. Le théâtre à Memphis c’est le hockey à Marseille ! Après le passé méditerranéen de Wajdi, la société québécoise le fabriquera en tant qu’artiste, le sauvera, lui apprendra avec bonheur que l’individu pèse plus que toutes les vieilles structures stérilisantes pour l’épanouissement de chacun. Imaginez Wajdi prisonnier dans sa famille libanaise, dans l’histoire française et dans tant d’autres prisons collectives qui commandent chez nous ! Les Amériques, c’est « in god we trust », mais bien plus : « en l’individu sans chaînes nous croyons », ce qui alimente deux types d’illusions : la revanche des chaînes, et l’utilité des chaînes ! L’individu est d’autant plus sacré qu’il accepte d’évoluer dans une société incontestable, incontestée et constante. Il n’y a plus de révolution, l’histoire étant achevée…

3 ) Le carrefour Wajdi

Wajdi devient un artiste là où l’individu est dieu, mais la revanche des chaînes, la revanche de son passé, fait qu’il existe en tant qu’individu, qu’il se cherche en tant qu’individu… par la famille. Je ne prétends pas que Wajdi a oublié le Liban et la culture européenne, je prétends que ce passé a pu renaître en lui par la force personnelle qu’il a puisé aux Amériques. Contrairement au critique de Télérama je pense que son passage par le Québec n’est pas une expérience hors sol mais le sol de sa vie. Je ne vais pas reprendre ici les thèmes de mon livre pour appuyer ma démonstration. Je ne prétends pas non plus que Wajdi puisse confirmer mon analyse.

Au moment où le metteur en scène plonge corps et âme dans Sophocle (qui le sauva en tant que lecteur), il trouve dans l’auteur grec le bienfondé de son invitation de Bertrand Cantat, l’assassin de Marie Trintignant. « Ma motivation est avant tout artistique ; je voulais un chœur de style rock et j’aime sa voix. » Tout à l’heure, à la radio, j’ai entendu un morceau de cette voix, dans le spectacle joué à Bordeaux, et je confirme, la voix est très belle !

Est-ce être artiste que d’avoir une volonté avant tout artistique ? Ce débat traverse toutes les cultures. Peut-on, dire d’un enseignant qu’il est avant tout pédagogue ? D’un paysan qu’il est avant tout cultivateur ? Imaginez le paysan plantant des poires dont il sait ne pouvoir les vendre ? Tous nous sommes avant tout en dialogue avec une société ; l’artiste comme les autres !

Dans mon livre dès le premier chapitre je pose cette question : « Pour refuser l’ancienne infâme culpabilité « naturelle » (pauvre tu es né, pauvre tu resteras !) devons-nous refuser l’idée de la culpabilité ? » Bertrand Cantat ayant payé pour sa faute, il ne serait plus coupable ? D’ailleurs même sans le passage devant les juges, était-il coupable ? Je le dis, je le répète sans méchanceté : l’histoire n’est pas sans coupable comme voudrait nous le faire croire l’idéologie dominante. Et l’artiste, qu’il soit avant tout ou après tout artiste, ne peut fuir la culpabilité dans l’histoire ; l’individu étant le porteur OU PAS de cette culpabilité.

Je ne plaide pas pour le retour des faux procès de Moscou ; je préfère le Procès de Kafka.

En écoutant Wajdi Mouawad se défendre de toute complaisance envers le relativisme qui met tout sur le même plan (et internet en est le vecteur puissant), j’ai craint qu’il ne puisse éviter le précipice. Je sens qu’il l’approche en laissant la comédie pour la tragédie : mais sera-t-il sauvé ?

30-06-2011 Jean-Paul Damaggio

PS : Le livre Au carrefour Wajdi Mouawad est disponible à notre adresse au prix de 10 euros port inclus (120 pages)

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