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Vendredi 13 juillet 2012 5 13 /07 /Juil /2012 22:54

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Sur la photo, nous voyons un nouveau Wajdi Mouawad à l’Ecole des Arts d’Avignon. Et s’il est en danger c’est que lui-même a voulu se confronter aux deux autres artistes qui le côtoient et qu’il a invités : Krzysztof Warlikowski (à gauche) et Stanislas Nordey (à droite).

Il s’agit d’un débat des rencontres européennes ayant pour thème : Europe-Méditerranée.

Wajdi veut diriger les débats : il est d’une part de la Méditerranée (Libanais maronite) mais d’une part seulement et il ne connaît rien à l’Europe culturellement et politiquement. Il est à présent « nord-américain » [j’utilise les parenthèses pour bien indiquer qu’il n’a pas dit américain] et c’est là qu’il a appris le théâtre. Il souhaite seulement parler de théâtre.

 

Se confronter avec les deux autres n’est pas le mot juste. Il a travaillé avec ces deux créateurs. Avec Stanislas il s’est fait acteur dans les Justes [voit mon livre sur Wajdi Mouawad]. Et ce que lui demandait le metteur en scène c’était le contraire de ses principes de mise en scène ! Par exemple, Wajdi est davantage dans le conflit que Stanislas. Cependant, pendant les répétitions, quand il quittait la scène (7 fois) Wajdi se précipitait pour écrire le roman qu’il avait dans la tête, roman où il doit y avoir des phrases de Camus, dit-il ! Un Wajdi déstabilisé mais les pieds sur terre !

Wajdi raconte qu’il travaille sur ce qu’est le théâtre en se remettant en question.

Le théâtre est fait de répétitions qui ne doivent pas tuer la création.


Avec le Polonais, il a travaillé à traduire Le tramway nommé désir de Tennessee Williams car il ne voulait pas une traduction française. Un nord-américain lui semblait plus apte à rendre le texte sur lequel cependant Krzysztof avait une idée précise. Par exemple, à un moment; il voulait un terme plus cru qui puisse choquer les spectateurs de l’Odéon. Et Wajdi répondait que là n’était pas le propos de l’auteur.


D’un côté, explique Wajdi, il y avait un oiseau, un busard qui plonge sur sa proie après de longues minutes d’immobilité. De l’autre un tigre qui dévore ; Wadji se décrit comme un scarabée.

Bref, les deux auteurs ont empoisonné son travail, ils l’ont corrompu, infecté, intoxiqué (la liste est longue des expressions).

 

Voilà ce que signifie "se mettre en danger" : il est commun de dire que l’Etranger est un plus, mais au départ c’est une déstabilisation, un déplacement.

 

Stanislas Nordey avait de quoi répondre puisqu’il fut lui aussi l’acteur chez Wajdi. Il pense qu’en effet, au théâtre, le confort guette et que toute remise en question est salutaire.

 

Krzysztof interviendra de manière plus intime. Il expliquera comment travaillant avec Wajdi en Italie sur la fameuse traduction, il a été marqué par le fait que son ami était devenu père d’une petite fille. Krzysztof demandera à Wajdi de lui écrire un monologue de Desdémone… pour compléter Skakespeare car il pense que l’auteur québécois est capable d’entrer dans la psychologie féminine.

 

J’ai suivi pendant une heure ce débat très riche de sincérités, de réflexions et d’amitiés. Je suis parti quand j’ai noté une parole mathématique comme les aime Mouawad :

- sur une sphère, si vous creusez de manière perpendiculaire, d’où que vous creusez, vous aboutirez au centre. Donc si vous croisez une difficulté, inutile de chercher un autre point de départ pour creuser, il suffit de persister sur la même voie afin d’arriver au noyau central, à l’Euréka de Galilée. Une parabole qui me rappelle pourquoi les génies restent accrochés à la même idée qu’ils tentent seulement de préciser au fil des années. La mise en danger ne peut pas impliquer le retour à la surface pour changer de voie mais la quête d’outils imprévus pour percer une couche plus dure que les autres.

 

En 2013 Stanislas Nordey est l’invité associé au Festival d’Avignon en compagnie, pour la première fois d’un créateur africain : Dieudonné. Nordey lui-même a par sa famille des origines africaines et polonaises. Parions que nous y retrouverons Wajdi Mouawad. Pour cette année 2012, le Québécois avait une de ses pièces jouée par la Compagnie Méninas : Pacamabo. Je ne connaissais par ce texte et n’ayant pas vu la pièce je n’en sais pas plus même s’il s’agit d’une affaire de famille : une jeune femme qui perd sa grand-mère. Encore les femmes en première ligne ? Jean-Paul Damaggio

Par éditions la brochure - Publié dans : québec - Communauté : Le Sarmiento
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