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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 17:32

Aujourd'hui j'ai préparé l'émission de CFM sur Judith Cladel ce qui m'a conduit à revisiter superficiellement le féminisme ordinaire. J'offre en conséquence ce texte d'un grand admirateur de Léon Cladel, d'un anticolonialiste de la première heure, d'un homme d'extrême-gauche qui de manière… anecdotique parle des femmes et de la politique. Retenons au minimum que le combat féministe ne date pas d'aujourd'hui et qu'il suffit qu'il baisse un peu, pour que toute la société recule dans ses droits es plus élémentaires. Ce texte date de 1904 dans Les Hommes du jour.                jpd

  

Sur la Politique et l'Amour

A propos des suffragettes anglaises.

 

Je résume ici, en quatre lignes, une lettre un peu longuette et par trop flatteuse d'une lectrice des Hommes du Jour qui signe : Une suffragette hésitante :

« Tout le monde, et par là j'entends tous ceux qui s'occupent de la femme et de son avenir, parlent et écrivent sur le féminisme et commentent les exploits des suffragettes anglaises.

Pourquoi ne diriez-vous pas votre mot ?»

Trop juste, chère madame; le voici :

Il n'y a pas de cela très longtemps, dans une des dernières maisons où l'on cause bien et où l'on mange encore mieux — il paraît qu'il n'yen a plus — se trouvait un de nos plus spirituels chroniqueurs. Le dîner fini et les invités dispersés dans les salons, notre confrère avait eu soin de mettre une distance respectueuse entre lui et le piano qui ne tarderait pas à faire rage, étant donné ce qu'il savait du programme de la soirée.

Pour cela, il s'était réfugié en un très lointain fumoir où les plus tumultueux échos ne lui arrivaient qu'à demi étouffés par de confortables portières, et perdu dans ses rêves, il humait un exquis havane en digérant.

Or, voici qu'au plein de cet indicible béatitude survient, sans crier gare, un quidam vêtu d'un frac impeccable, les pectoraux ornés d'un resplendissant plastron, et qu'à sa figure glabre notre chroniqueur prit d'abord pour un larbin.

Sans quitter sa pose un tantinet orientale, il allait lui demander le renouvellement de son kummel, lorsqu'il s'aperçut, à temps heureusement, de son erreur et reconnut dans le fâcheux un de nos plus notoires bas-bleu, doublé d'une féministe militante et atrocement distinguée.

— Cher maître, que pensez-vous du féminisme intégral en général et de nos revendications politiques en particulier ? lui cracha-t-elle à brûle-pourpoint.

L'homme, ahuri par ce coup si imprévu, sentit sa digestion s'arrêter et le champagne qu'il avait bu se refrapper au fond de son estomac.

Il balbutia :

— Moi… Ma… da… ou plutôt chère con…sœur, j'en… j'en... pense ce que vous-même en pensez.

— A la bonne heure, maître, je savais bien que vous étiez des nôtres, quoi qu'en disent certains de nos ennemis qui sont aussi ceux du féminisme intégral.

Et ayant allumé un havane encore plus imposant que celui du chroniqueur, elle s'assit sans façon près de lui et commença, sur le susdit féminisme intégral, une conférence en trois points, apprise par cœur et que la veille même elle avait récitée à la salle des Capucines devant une demi-douzaine de vieilles filles et un quarteron de chaussettes azurées.

Notre confrère, dont la soirée était ainsi abominablement gâchée et la digestion compromise, eut pourtant assez d'énergie pour rester courtois et tout en vouant aux pires supplices chinois et marocains, comme ceux de la cangue et du sel, l'intarissable bavarde, il simula fort bien le Monsieur qui écoute attentivement.

Enfin, elle se leva et, avec une bouffée de son cigare, elle lança le dernier mot de son éloquente péroraison, annonçant pour un avenir très prochain le triomphe du féminisme intégral.

— Intégral ! Intégral ! croyez-vous, chère Mada… pardon ! chère consœur, qu'il le sera tant que ça ? s'écria le supplicié en dirigeant très ostensiblement son regard vers cette partie du travesti de la dame que le bon Rabelais dénommait braguette et que ce sacré Pantagruel oubliait de boutonner.

— Mon Dieu !... cher maître. balbutia le bas-bleu, visiblement démonté !

Alors, pour mettre fin à son embarras :

 — Et maintenant, lâcha notre homme impitoyable, si on allait… en pisser un ?

 

 

En racontant cette anecdote, notre confrère, ne disait pas si la zélatrice du féminisme intégral l'accompagna ; mais ce qu'il y a d'incontestable, c'est qu'aujourd'hui on serait mal venu de prendre, comme lui, à la rigolade, le mouvement féministe qui nous emporte vers un avenir rempli d'imprévu. Le côté égrillard du sujet est devenu bien désuet, et devant les résultats obtenus et les victoires remportées de haute lutte, dans le domaine politique surtout, il ne convient plus de plaisanter, et les plus réfractaires, eux-mêmes, sont tenus à discuter sérieusement.

Voici, en effet, que les suffragettes anglaises, remplissent le monde entier de leurs exploits. Il y a peu de temps encore, elles se contentaient de malmener les hommes d'Etat anglais, les plus illustres, de les conspuer et de leur interdire la parole dans les réunions publiques en période d'élections, mais aujourd'hui elles s'en prennent à leurs immeubles qu'elles font sauter à la dynamite, traitent les gardes du Royaume-Uni comme Ravachol traitait les maisons cossues de nos riches bourgeois parisiens; elles supportent avec un courage admirable toutes les conséquences pénales de leur terrible propagande, vont jusqu'à faire, avec une indomptable énergie, la grève de la faim, dans les prisons où on les jette impitoyablement ; bref troublant profondément la vie publique d'un grand pays elles sont à la veille de la terroriser dans le sens absolu du mot.

Et puis il y a les résultats déjà obtenus. Nul n'ignore qu'en Finlande elles ont conquis le pouvoir législatif et que les Finlandaises font des « députées » aussi sortables que les nôtres et ont, sur eux, le mérite de coûter moins cher.

Là ne s'arrêtera pas le mouvement. Encouragées par leur succès, les suffragettes des deux mondes vont se ruer de plus belle à la conquête des droits politiques, part importante du "féminisme intégral".

Cela est si vrai qu'un grand journal américain préoccupé de ce mouvement publiait dernièrement, sur son évolution présente et future, une série de longs articles très documentés, et, comme conclusion à cette sorte d'enquête, ouvrait, entre ses abonnés et ses lecteurs, un grand concours. Il s'agissait de répondre à la question, très délicate que voici :

« L'amour, au sens physique et spiritualiste du mot, est-il compatible, chez la femme, avec la politique militante et l'exécution des mandats divers qui en sont le résultat? »

Oui, certes, la question est délicate ; même, à mon humble avis, son intérêt est tel qu'elle mériterait d'être posée par un grand organe de France à son public.

Une fois sériées et collationnées, les réponses féminines et masculines constitueraient une donnée précieuse de documentation dont l'utilité serait reconnue autant par les sociologues pratiques que par les coupeurs de cheveux en quatre, autrement dit les psychologues plus ou moins subtils.

On aurait ainsi, par exemple, des éléments suffisants pour pouvoir d'ores et déjà se figurer ce que serait, dans un avenir assez rapproché, Madame la députée, Madame la ministresse, Madame la sénatrice, Madame la mairesse, etc., etc. De même, on pourrait peut-être se faire une idée de ce que seront la famille et la société, aux mains de ces nouvelles classes dirigeantes, dans quarante ou cinquante ans.

Mais ce qu'il y aurait à mon sens de plus intéressant encore dans cette enquête, ce serait de demander ce que pensent de l'effort endiablé des suffragettes vers la politique et ses droits les passionnées de l'Amour, les véritables amoureuses, toutes celles, en un mot, « qui sentent un vrai cœur de femme battre sous leur téton gauche ».

Puissent ces lignes inspirer à quelques-unes d'entre celles- ci l'idée de me faire à ce sujet, et ne serait-ce qu'en deux mots, une furtive confidence dont profiteraient lecteurs et lectrices des Hommes du Jour.

P. VIGNE D'OCTON.

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