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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 11:46

 La boue déversée sur Chavez a deux fonctions : détruire son image et interdire toute réflexion sérieuse sur le cas vénézuélien. La première leçon de la bataille c’est de pousser plus loin l’analyse du PUM (Pouvoir universel des médias). Le 17 avril José Steinsleger tente une approche de la question dans La Jornada. « 4 ) Le chroniqueur soutient que le PUM a fait des pas de géant mais en même temps il indique que la plus grande partie des théoriciens du socialisme (avec plumes d’oie ou tweets) continue de s'exprimer avec la langue idéologique et politique de la première révolution industrielle. » Donc regardons quelques faits.

 Le 26 janvier 2013, Maduro annonce que Chavez va beaucoup mieux et qu’il a pu lui donner des indications en matière de décisions économiques. Il s’agissait ainsi de préparer une nouvelle dévaluation du bolivar qui va intervenir en pleine campagne électorale car, en fait d’aller mieux, Chavez meurt quelques semaines après.

Pourquoi cette dévaluation ?

Jean Ortiz dans L’Humanité propose cette explication :

« Le gouvernement vénézuélien vient de dévaluer la monnaie, le "bolivar", en portant son taux de change à 6,30 bolivars pour un dollar, au lieu de 4,30 précédemment (plus 31,7%). C'est la cinquième dévaluation en dix ans, et sans doute pas la dernière, pour tenter d'assainir ponctuellement une situation monétaire très fluctuante et vulnérable. Le capital financier national et international multiplie ses "attaques spéculatives" contre la monnaie et l'économie d'un pays encore  majoritairement capitaliste. »

 Je ne suis pas expert monétaire mais je sais deux choses : le bolivar est une monnaie locale sans poids sur le marché financier international donc je vois mal les attaques spéculatives ; le but est clairement d’aider les exportations et d’augmenter ainsi les rentrées de la rente pétrolière, même si le prix du pétrole a été multiplié par sept depuis dix ans. La conséquence est connue : augmentation des denrées importées.

En trois mois, un kilo de viande est passé de 30 bolivar à 85 ; un kilo de fromage de 40 à 100 ; un kilo du poisson le moins cher de 40 à 150 ; une paire de chaussures ordinaires de 300 à 800. Et les salaires à ce jour n’ont pas suivi.

 Le processus bolivarien ne peut pas être un long fleuve tranquille et le quasi succès de Capriles suppose qu’en réponse on ne dise pas: « il suffit de continuer comme avant » ; « il suffit de dénoncer l’impérialisme US » ; « il suffit de dénoncer le fascisme de l’opposition » sauf à supposer que la victoire de toute transformation sociale se ferait pas abandon de l’adversaire. L’adversaire joue toujours son rôle, donc il reste au pouvoir en place qui au Venezuela ne manque pas d’atout, de jouer le sien.

 Dans le Monde Diplomatique Maurice Lemoine grand connaisseur du sujet après avoir réaffirmé son soutien à la révolution bolivarienne indique pour l’avenir :

« Sous réserve de mettre en œuvre avec succès le « Plan Patrie 2013-2019 », dont la présentation avait permis la large victoire de Chávez, d’approfondir son projet de transformation sociale et de s’attaquer vigoureusement aux dysfonctionnements du processus en cours — inflation, insécurité, production non pétrolière insuffisante, problèmes économiques (infiniment moins préoccupants que ceux de nombre de pays européens, soit dit en passant) —, la tendance peut parfaitement s’inverser (ou non) d’ici au 10 janvier 2019, terme du mandat de M. Maduro. »

 Des dysfonctionnements ?

Je viens d’évoquer la question de l’inflation. Je suis encore plus sensible à la question de la sécurité car elle est une question internationale. Le Mexique du PAN a tenté de répondre par la répression et ce fut l’échec. Le Mexique du PRI n’arrive pas à faire mieux. Le Venezuela de Chavez a tenté de répondre par des politiques sociales et ce fut l’échec tout aussi cuisant. Il s’agit d’abord de se demander : est-ce un piège tendu par l’adversaire ou une question sociale profonde ? Est-ce un problème réel surévalué pour masquer les autres ou un problème à prendre en compte ?

Maduro a voulu le prendre en compte tout au long de sa campagne électorale, donc il y a forcément autocritique car l’augmentation de la délinquance est telle que malgré la présence d’un militaire démocrate au pouvoir le problème a empiré.

Pour moi c’est comme le droit à l’avortement : il s’agit d’un problème surtout social. Au Venezuela les femmes riches n’ont aucun souci : elles prennent l’avion et Miami est à deux pas. Pour les femmes plus pauvres rien n’a changé en quinze ans de chavisme. Pour la sécurité, les riches sont dans des lieux super protégés et les pauvres sont donc les premières victimes humaines de la criminalité (les riches victimes d’enlèvement paient et sont plutôt frappés au porte-monnaie). Ce n’est pas parce que l’adversaire de droite ou d’extrême-droite s’empare de la question qu’il ne faut pas la traiter quand on défend la révolution sociale, mais au contraire, la responsabilité du pouvoir est double. Que faire ? Sortir du « modèle extractiviste » comme ils disent aux Amériques.

 Voici un témoignage de Raul Zibechi (1) défenseur de la révolution sociale :

« En politique le modèle extractif a besoin de gestionnaires qui aliment des gains immenses (soja, mines à ciel ouvert, et monocultures diverses) qui surveillent leurs intérêts (dans les universités, les gouvernements nationaux et locaux, dans les médias et auprès des intellectuels). En exagérant à peine, l’extractivisme joue un rôle aussi désintégrateur que le narcotrafic car il détruit le tissus social, il expulse les paysans de leurs terres, il gonfle les villes jusqu’à les rendre insupportables et il tue les gens, en particulier les plus pauvres qui n’ont pas accès à un système de santé de qualité. »

 

Le Venezuela est un immense producteur de pétrole… et un grand importateur de carburant !  Au Venezuela le carburant est vendu en dessous du coût d’importation et là-bas comme partout aux Amériques le lobby des transports interdit tout développement du rail par exemple. A quand une raffinerie au Venezuela ?

Cette question d’une économie reposant sur les matières premières est relancée ces dernières années… grâce à la juste augmentation du prix des matières premières ! Si le prix du soja d’effondre (plus fragile que le prix du cuivre) l’Argentine est dans le rouge !

 Cette question n’est pas nouvelle et l’Algérie y est confrontée depuis son indépendance mais le contexte est nouveau par l’ampleur des conséquences et la recomposition du capitalisme sous-jacente.

 Le même analyste indique :

« Dans tous les pays de notre région, paradis extractifs du capital spéculatif global ou des intérêts expansionnistes des pays émergents comme la Chine, la décennie de développement de l’extractivisme a favorisé les droites. Je ne me réfère pas seulement aux partis politiques conservateurs mais à une droite diffuse sociale et culturelle qui fait la promotion de l’individualisme, du consumérisme et de comportements quasi fascistes envers les pauvres ou contre les jeunes des quartiers populaires, gens de couleur ou venant de  la campagne. »

 Donc, l’observation de Maurice Lemoine est capitale pas seulement pour le Venezuela, mais aussi pour le Pérou, l’Equateur et la Bolivie. Le cas du Brésil est tout à fait différent car la bourgeoisie de ce pays investit depuis longtemps dans la diversité industrielle mais le problème est crucial en matière de monoculture agricoles. Le Chili pays extractiviste par excellence a inversement, une agriculture plus variée et une bourgeoisie plus globale.

 Mais pour en revenir au Venezuela, en plus de l’orientation économique du pays, il y a un problème de leader car il n’est pas possible de remplacer Chavez d’un coup de baguette magique. Deux erreurs sont reprochées à Maduro, par ses amis : avoir tenté de ressembler à Chavez, et ce faisant avoir oublié de relancer le débat politique de fond (celui qui concerne justement le cœur de la politique économique). Toute la question est là : comment investir dans une autre forme économique sans porter préjudice aux politiques sociales ?

Jean-Paul Damaggio

http://www.jornada.unam.mx/2013/04/19/opinion/025a1pol

 

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