Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:54

Trois jours à chercher dans mes romans de Vazquez Montalban, une annotation que j’aurais pu y glisser à cause d’une présence de Neruda et merveille des merveilles, j’ai fini par trouver.

 

A un moment dans Eric et Enide page 157 de la version française (p. de la version espagnole) voilà que Neruda apparaît.

Le contexte d’Erec et Enide

C’est le dernier roman « blanc » de Vazquez Montalban qu’il entrelace avec le livre du même titre de Chrétien de Troyes. Un livre étonnant que le romancier considère comme son testament, du moins ce fut ma sensation quand, achetant en Espagne le livre,  j’ai découvert une présentation luxe pour un roman à tant de clefs, que la lecture achevée, il faut toujours la recommencer.

Il écrit :

« Diderot et Myriam s'assoient l'un à côté de l'autre sur la banquette arrière qui tient toute la largeur, Pedro juste devant, et ils commentent silencieusement le miracle : ils ont eu des places et l'autocar roule normalement, en produisant tout juste deux ou trois bruits à peine bizarres. Pedro est le premier à s'endormir, suivi de Myriam. Diderot essaye mais, n'y parvenant pas, il fouille dans sa mémoire Pour y trouver un poème qui lui tiendrait compagnie, par exemple celui que Neruda a dédié au Guatemala : « Un nuage solitaire pleurait / près de la porte du ciel / je l'ai vu de mon avion / et lui ai prêté mon mouchoir / Guatemala ! » Il tente d'inventer une musique pour les paroles et la trouve tandis qu'il récite tout bas : «Guatemala ! quel triste sort est le mien / qui n'a d'égal nulle part / te quitter à la naissance du jour / Mais je lui répondais / La dernière balle est à nous / et nous reviendrons encore. » Et il lui vient un guaguanco, à la manière des chansons que Carlos Puebla a consacrées à Fidel Castro et à la révolution cubaine dans les années soixante. « Avec l'OEA ou sans l'OEA, nous gagnerons le combat... » Il fait passer cette musique sur « La dernière balle est à nous / et nous reviendrons encore... ». Les vers de Neruda lui paraissent mauvais, faciles, comme fabriqués pour se conformer à un rite conventionnellement progressiste, obligatoirement progressiste. Le chauffeur donne un coup de frein brutal qui tire Diderot de son poème et Myriam et Pedro de leur sommeil pour constater l'agitation des passagers, les yeux fixés sur l'obstacle en travers de la route : un barrage, des gens armés en uniforme et, devant eux, monté sur une jeep, une espèce de nain chinois habillé comme un généralissime US à la conquête d'un bastion décisif des Philippines. Les hommes de la troupe braquent leurs fusils-mitrailleurs sur les voyageurs et les obligent à descendre. »

 

Diderot n’est pas le visage caché de Montalban et je ne sais trop à qui il correspond dans les livre de Chrétien de Troyes mais son usage de Neruda, son jugement sur le poème n’est pas très gentil.

Pourtant, dans ce roman, Montalban quitte sa chère ville pour l’envahissante nature du Guatemala et cette escapade n’est pas dans son genre. En fait, c’est sans nul doute l’admiration pour l’anti-héros, le Subcommante Marcos, qui a poussé le romancier vers ces terres mayas de Centre-Amérique. Il raconte comme il fut contraint pour la première fois, en allant visiter les zapatistes, à grimper sur un cheval, lui qui fut si peu rural.

Ce rapport entre le rural et l’urbain est un de ceux qui distinguent fortement Neruda le rural et Montalban l’urbain. L’ami permanent du Catalan, le poète J-M Valverde a été conduit à écrire la page concernant Neruda dans Historia de la Literatura universal publiée en 1986 chez Planeta et il indique ceci :

« Peut-être le problème central de la poésie de Neruda se résume dans le fait un peu paradoxal que pour construire son grand poème social, politique et historique il commence – sans jamais en sortir – par parler très peu des hommes mais de la nature, de la géologie, des mers, des rivières, des plantes et des oiseaux et ensuite du passé historique ; alors qu’au contraire – comme Néruda le reconnaîtra lui-même - il n’arrive jamais à parler de ce qui est une clef sociale de l’Hispano-Amérique, et ça c’est sûr, à savoir les grandes et démesurées villes. A lire le Chant général, seuls sont visibles, sur l’impressionnant paysage et les images des races anciennes, les conquistadors et les libertadors, quelques figures actuelles de paysans, ouvriers et lutteurs héroïques tout comme les grandes figures des tyrans politiques ; mais on ne voit pas qu’un des aspects de la souffrance sociale d’Hispano-Amérique consiste à posséder des villes démesurées au milieu d’énormes zones quasiment vides. »

 

La vie fait que cette Historia de la Literatura universal a été écrite avec Martin de Riquer dont Montalban a suivi le cours sur Chrétien de Troyes quand il était jeune, cours dont il a été tellement marqué, qu’il a écrit aussitôt un poème, Erec et Enide, un poème qui deviendra quarante après un roman. Telle était la fidélité de Montalban.

 

Donc Diderot pense qu’on peut mettre en musique la poésie de Néruda mais qu’elle n’est pas pour autant une bonne poésie. Diderot – le nom est très fort – est un Péruvien, plus précisément un Péruvien d’une ville que je connais parfaitement bien, Piura. Diderot a peut-être été, comme des centaines de milliers de latino-américains, marqué par le célèbre livre du Néruda antérieur à son engagement politique, le petit livre intitulé Vingt poèmes d’amour et une chanson désespéré. Le succès de ce livre a accompagné les chagrins d’amour de plusieurs générations. C’est d’ailleurs par ce livre que j’ai tenté d’entrer dans la poésie de Néruda.

En 1971, pour l’achat de mes premiers livres, j’ai porté mon choix sur la petite et belle édition des Editeurs Français Réunis. Par la suite, je me suis plongé dans Vaguedivague mais sans jamais être conquis. J-M Valverde dit qu’après Le Chant général c’est le plus beau livre de Néruda. « Le poète s’y fait moins sérieux et oubliant les grandes questions, il regarde les choses avec une ignorance narquoise. » Les noms de ville y sont à la pelle (surtout étrangère) avec même un titre, Anti-Ville, pour parler de Santiago, texte « complété » de Chante Santiago.

Avec ces deux livres j’aurais dû vivre au rythme de Néruda. Par devoir j’ai lu son autobiographie, J’avoue que j’ai vécu et par chance j’ai fini par croiser Montalban.

Jean-Paul Damaggio

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Chili
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche