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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 18:22

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Vargas Llosa continue d’aller à la rencontre de ses adversaires les plus intelligents. Ma vie durant, j’ai pensé qu’il fallait faire de même donc j’ai beaucoup lu… Vargas Llosa dont je ne partage pas les idéaux.
Je rêve d’écrire une confrontation entre Vazquez Montalban et Vargas Llosa !

Je me suis donc plongé dans Le rêve du Celte qui raconte comment Roger Casement serviteur tout d’abord de sa gracieuse majesté, devient un adversaire du colonialisme, d’abord au Congo, puis dans l’Amazonie péruvienne, et comment il se fait champion des indépendantistes irlandais. Tout lecteur honnête du livre découvre une fois de plus une dénonciation sévère non seulement de sa chère civilisation anglaise mais aussi des entreprises multinationales que servent les autorités. Et si comme dans tout roman, nous lisons une fiction, il s’agit de l’histoire d’un homme réel, de compagnies industrielles réelles et d’atrocités sans nom.
Vargas Llosa serait-il un écrivain de gauche et un homme politique de droite ? Absolument pas, il n’y a qu’UN Vargas Llosa, aussi, l’analyser, permet de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et que nous voulons abattre !
Faire face à la réalité
La première tâche de tout être humain est de faire face à la réalité et en cela Vargas Llosa est un champion. Sa défense du capitalisme n’est pas celle d’un myope. Que ce soit les dictatures, le colonialisme, l’oppression des femmes, son œuvre littéraire a de quoi nous rendre tous de gauche et pourtant… Dans cette réalité – comme dans celle que nous observons nous même – il existe un absent et l’absent systématique chez l’écrivain péruvien s’appelle « le peuple organisé ». Contrairement à l’autre Péruvien qu’est Manuel Scorza, les dénonciations du bon Mario sont l’œuvre de héros. Même quand il fait l’éloge de Flora Tristan qui part à la rencontre du peuple organisé dans son tour de France ultime quand elle veut défendre son livre L’union ouvrière, il s’agit d’une héroïne qui devient davantage la grand-mère de Paul Gauguin que la grand-mère de tant de luttes féministes.
Le capitalisme en devenir
Pour Vargas Llosa, le capitalisme est en devenir d’où le besoin de discuter avec l’adversaire qui est d’ailleurs la condition de ce devenir ! Celui qui le hantera jusqu’à l’écriture de l’utopie archaïque s’appelle José Maria Arguedas enterré après son suicide en décembre 1969 avec sur son cercueil le drapeau de Cuba et aux chants de l’Internationale. Arguedas que Mario rencontra très jeune, avec qui il a correspondu était aussi l’homme d’un grand dialogue, celui entre la civilisation ancienne du Pérou toujours vivante dans les Andes, et la civilisation nouvelle, celle du capitalisme côtier. Ce dialogue culturel, cet affrontement politique entre deux modes de vie, devient sous la plume de Mario, une utopie archaïque car les vestiges de la civilisation paysanne sont historiquement en voie de disparition et qu’en conséquence bâtir un avenir en quechua c’est aller à contre sens de l’histoire. Je l’avoue, à lire Vargas Llosa on a parfois la sensation qu’il est marxiste même si pour lui la classe ouvrière n’est pas l’autre mystique sur laquelle il faut s’appuyer pour dessiner un futur à l’humanité. Il est un anti-utopiste comme Marx refusa le socialisme utopique au nom du socialisme scientifique. Mais il est un anti-utopiste contre tous ceux qui imaginent une révolution anti-capitaliste ! Pourquoi l’auteur du rêve du Celte n’a-t-il pas Balzac comme référence plutôt que Flaubert ou Hugo ?
Le capitalisme sera toujours inachevé
C’est ici que nous arrivons à comprendre une réalité que le courant socialiste n’a jamais voulu admettre : il n’y aura jamais de stade ultime de l’impérialisme ! Le capitalisme qui s’effondrera sera toujours un capitalisme en construction ! Suivant le principe historique que tous les empires naissent, grandissent et meurent, l’image du capitalisme forgé par Lénine et tant d’autres, est celle d’une société qui court à sa fin. Nous savons à présent, sauf déni de la réalité, que l’Empire Etasunien peut s’effondrer, le capitalisme ne manquera pas pour autant de ressources pour continuer ! Marx fut un génie et toute l’historie depuis sa mort en est la confirmation. Il a bien cerné les contradictions entre forces productives et rapports de production mais la croyance d’époque en une science capable de faire enfin le bonheur de l’humanité l’a amenée à imaginer que les forces productives finiraient par rendre obsolète les rapports de production or ces derniers ont été encore moins figé à travers le temps que les dites forces productives. Le capitalisme n’a jamais cesse de révolutionner le capitalisme et il n’a pas fini de nous étonner sur ce point. La finance bousculée par l’industrie, l’industrie bousculée par le commerce, le commerce passant sous le contrôle de la finance etc. Les contradictions du capitalisme ne sont pas qu’un leurre pour masquer un jeu où ce sont toujours les mêmes qui gagnent. General Motors est devenu un nain par rapport à Google ! Les contradictions du système sont le système lui-même ! Il a besoin de l’adversaire pour avancer. La classe ouvrière impose les congés payés, la retraite ; le système en fait la plus grande industrie actuelle, celle du tourisme.
Conséquences pratiques
Une telle conception du capitalisme entraîne de nombreuses conséquences pratiques. Même si elle apparaît choquante je m’en tiens au rapport avec le fascisme.
A l’heure où le capitalisme détruit partout l’Etat, le fascisme a toujours eu besoin de l’Etat comme pilier de son existence. S’il peut se plier à une telle évolution, il lui est difficile par contre de se plier à la suivante : l’acceptation de contradictions mettant en équilibre instable tout un édifice. Je ne suis pas de ceux qui assimilent le stalinisme et le fascisme car l’un et l’autre sont issus de deux courants profondément antagonistes mais l’échec du stalinisme lui-même provient de cette double stratégie : s’appuyer sur un Etat refusant toute contradiction. Le fascisme, en plein développement dans le monde actuel, apparaît pourtant comme une béquille possible du système. L’exemple récent de tous les échecs des dictatures militaires en Amérique latrine prouvent que le capitalisme, qui y est florissant sous une forme « adoucie », sait à la fois se servir des pouvoirs autoritaires, comme il s’en sait s’en débarrasser. Dans les pays arabes, les dictateurs ont cru qu’ils pourraient concilier leur pouvoir, et la création de castes économiques suite aux privatisations imposées par le système capitaliste. Là aussi, ce fut l’échec, mais un échec tel, que l’extrémisme dictatorial ayant alimenté l’extrémisme religieux, ces pays risquent de passer d’un monde fermé à un monde fermé.
Je sais que ce que j’écris peut heurter les opinions de pas mal de mes amis mais l’exemple péruvien est rarement dans leurs analyses. En septembre 1968, j’ai été surpris à jamais par mon journal favori, L’Humanité, quand il annonça un coup d’état militaire de droite au Pérou, alors qu’il s’agissait d’un coup d’état militaire de gauche, et vingt ans après nous découvrons l’erreur inverse, la révolution iranienne devenant, disait-on, une révolution de gauche alors qu’elle était guidée par les futurs assassins de tout l’univers communiste du pays. Au Pérou donc, Vargas Llosa a soutenu en 2011, le candidat de gauche à la dernière présidentielle, un candidat élu qui, six mois après, applique une politique de droite ! Le Pérou, le seul pays au monde, à ma connaissance, à détenir dans ses prisons un ancien président démocratiquement élu et économiquement mafieux, casse en partie les schémas établis. Je considère à partir de son cas, que le fascisme n’est ni l’horizon économique, ni l’horizon politique du capitalisme. Il peut tout à fait apparaître comme une étape utile mais pas comme sa quintessence. Espérer de la part du système, une dérive fasciste pour ensuite le combattre avec plus de facilité, est un leurre dangereux. En conséquence le combat contre le fascisme n’est pas de même nature que le combat contre le capitalisme.
Pour être complet, la conception de ce capitalisme toujours en devenir devrait m’inciter à formuler les conséquences pratiques pour le camp « communiste » mais ça sera pour une autre fois.
9-02-2012 Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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