Partager l'article ! Un Egyptien en 1922: Il y a quatre ans exactement nous avons publié les souvenirs palpitants d’un Egyptien qui ...
La Brochure 82210 Angeville
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Il y a quatre ans exactement nous avons publié les souvenirs palpitants d’un Egyptien qui vécut dans son pays au début du XXé siècle. Il était Juif et témoigne d’un pays bien différent de celui d’aujourd’hui. Voici un extrait du livre (10 euros). JPD
« Lorsque Calmoun rentrait de l’école, le père lui tendait sa main à baiser. C'était la plus grande effusion physique qu'ils eussent entre eux.
Ce soir-là, Calmoun voulut raconter sa bonne action :
«J'ai trouvé un billet d'une livre, je l'ai donné au père Léonce pour les pauvres de la paroisse. Le directeur est venu, il m'a félicité, devant la classe.»
Calmoun attendait de son père un distant et solide mot de satisfaction et d'estime, de sa mère, des tendresses pour un garçon qui allait si allègrement sur le chemin du bien et du salut.
Calmoun mélangeait un peu les chauds instants de lecture au temple avec tous les châles de prière, le chantre hébreu, les lumières, et la morale catholique occulte du père Léonce dans l'odeur d'encens de la chapelle de St Joseph.
Clément se revoyait l’hostie sur la langue, ainsi il avait mangé le Seigneur. «Ceci est mon corps, ceci est mon sang» il avait bouffé du Juif, de ce petit Juif renégat lucide et plein de bonté ! Jésus, Yeshue, quelle idée de donner à manger son Dieu ! Anthropophages !
Il ne se souvenait pas d'une cérémonie de communion.
Arracher une âme aux fils d'Abraham, c'était un devoir délicat dans cette Egypte tolérante du début du siècle où se mêlaient inextricablement les influences, le commerce britannique, les pouvoirs égyptiens et anglais, dont les notables se retrouvaient fraternellement dans des loges de la Grande Loge d'Angleterre, du Grand Orient de France ou d'Italie. Dans une concurrence de pouvoir, d’affaires et de respect des religions, la ligne directrice commune était: « ne pas tuer, la poule aux œufs d'or ».
Le frère aîné et la cousine Marie se rendirent à l'école accompagnés du père. Abramino et Marie seuls parlaient français.
La cousine était, dans de telles circonstances, une véritable ogresse, agressive, pleine de mauvaise foi, sûre de son bon droit, convaincue de la justesse de sa cause parce que c'était sa cause.
Pourtant qu'elle était belle la cousine Marie, avec ses cheveux roux, de flamme, sa peau blanche de lait, ses yeux verts de lac. Belle et mégère à la fois, sans gène en tout, sans crainte en rien, dominatrice et tonitruante, en colère et en douceur.
Avec la fermeté d'une femme honorable et honorée, elle expliqua que les Harari avaient donné une livre pour payer plusieurs mois de scolarité de Calmoun, qu'il fallait que l'école rende, que faute de rendre, les Harari déserteraient St Joseph, et les alliés, et les cousins, et les proches, et les clients de chacun des Harari en feraient autant.
Leurs aumônes les Harari les faisaient directement aux Juifs nécessiteux. Que la livre n'était pas l'objet de la démarche, mais que le principe seul était en cause, et que l'on irait s'il le fallait au caracol (le commissariat).
Et l'on y alla, quelques semaines plus tard.
Entre temps, un scandale souleva la communauté : Le frère Léonce, irrité, en colère, avait traité un enfant de sale Juif, les camarades le répétèrent, les parents protestèrent, les journaux s'en emparèrent, le gouvernement intervint sous la pression des Juifs, des francs maçons, du Bné Brith.
Le scandale n'eut pas été plus grand s'il eut été question de pédophilie, de sodomie, de viol, d'attouchements divers !
Les analyses des ambassades, anglaise et française, les gloses qu'en firent les salons, les inquiétudes de l'Eglise, la colère du rabbinat, les cris des imams, la perversité des journalistes, les exégèses en loge, tout préludait une tempête comme les aiment les bourgeoisies intellectuelles, les cercles dirigeants, pour de futiles et symboliques faits.
Le peuple, lui, inquiet le matin de n'avoir pas pour le soir l'écuelle de fèves bouillies vivait dans le présent, l'immuabilité des choses et l'ignorance.
L'Egypte n'était-elle que tous ces Juifs, Syriens, Egyptiens, Grecs, Turcs, avec des passeports français, grecs, britanniques, conseillers des princes ou des Anglais, courtiers en coton, négociants et banquiers usuriers des rois, se targuant de leur appartenance à l'Egypte, de leur citoyenneté occidentale, jouant le même jeu que ces banquiers de l'empire ottoman, turcs et français, comme les Balladur, souris ou oiseau comme la chauve-souris.... ou le vampire.... ?
«L'Egypte était ouverte, la Science, allait la féconder et réveiller sa civilisation fondatrice!».
Le 22 février, de cette année 1922, l'Angleterre avait renoncé à son protectorat, mais le roi Fouad s'appuyait, était appuyé, lourdement, par les 7000 anglais et la marine qui stationnait sur la Patrie pharaonique !
Le roi Fouad lui même, intervint.
Le gouvernement blâma officieusement les prêtres en cause, leur ambassade les fit rentrer vers la mère patrie.
Aussi lorsque le père Léonce quelques jours seulement avant son renvoi en France comparut devant le cadi, celui ci renvoya l'Evangile et la Thora dos à dos confisquant la livre, en sus de frais de procès. ». Max Biro qui a recueilli les souvenirs.
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