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3 octobre 2013 4 03 /10 /octobre /2013 20:13

Voici en quatre épisodes le portrait de deux sans-culottes de Montauban. JPD

D'abord le bois et il devient chaise. D'abord un homme et il devient sans-culotte. Le bois y est-il pour quelque chose ? ou la chaise peut-être ?

En fait, mon attention est surtout attirée par le cuir. Rue de la trésorerie, au bout de l'actuelle rue de la comédie, à Montauban, vivait un cordonnier pour femmes. Vivait aussi un pasteur protestant qui avait beaucoup navigué et qui s'appelait Jeanbon Saint-André. En entrant chez le cordonnier on pouvait constater que la discussion y était vive. Boutique-forum faite autant du travail des hommes que de leur parole ! Ecrira-t-on un jour l'histoire de ce corps de métier qui, du cuir à la contestation politique ne fit qu'un pas ? (si c'est déjà fait me faire parvenir sans tarder les références). Dans ce chapitre le membre de ce corps s'appellera Dominique Dély.

L'homme de l'échoppe était l'homme de sa ville (la cité devenue aujourd'hui "la vieille ville"). En route vers le comité de salut public de la cité, il voulut me la faire visiter en commençant, bien sûr, par la Grande Rue, qui deviendra rue Saint Louis, puis rue de la Résistance (toute une histoire à travers ces changements de noms). Nous passâmes en conséquence devant l'atelier de Bonhomme aîné, puis devant celui de François Soulié, cordonnier lui aussi, sans oublier celui de Blaise Rémusat. En arrivant au bout, c'est à dire Place d'Armes (Place de la Cathédrale) nous laissâmes sur la gauche l'armurier Etienne Gallian, pour, après un Salut et Fraternité au fabricant de bas Antoine Vignes, descendre vers le Tarn. Là, on croisa la rue des Carmes, célèbre par son cordonnier Broustet ; Dély devant retrouver la salle du comité pour sa réunion journalière (à l’actuel Musée d’histoire naturelle) me laissa seul rejoindre la Place qui ne pouvait plus être Royale et qui n'était pas encore Nationale. Comme je le ferais en 1985 je suis resté là à admirer cette place. Il y a 4 façons d'en parler puisqu'il y a 4 entrées et surtout 4 couverts.

Même après cette brève visite je pouvais déjà avoir une idée du Montauban sans-culotte puisque 50% des membres du comité demeuraient dans ce petit périmètre. Je n'en ai mentionné que 7 mais si Dély avait été avec moi sur cette extraordinaire Place Nationale il m'aurait montré Gautier qui, venant de la rue Fourchue, passait lui aussi par là pour aller à la fameuse réunion du comité. Il manifestait de la gêne à la vue des volailles, des porcs et autres animaux qui embarrassaient la circulation. Quand il en aura le pouvoir il ne tentera pas de prendre des mesures hygiéniques.

Et sur cette place n'y trouvait-on pas Salvetat, et aussi des modérés comme Bosquet...

Ce dernier écrivait "les faux-bourgs" pour les trois autres parties de la ville : Villenouvelle qui fournissait un autre cordonnier au comité, Villebourbon (un temps Faubourg Marat mais plus fréquemment Rive Civique) occupé en majeure partie par une bourgeoisie industrielle et le Moustier animé plutôt par une bourgeoisie propriétaire.

Pour terminer ce tour de ville élargi il faudrait évoquer Sapiac qui avait aussi un représentant au comité l'arquebusier Daumont. Quant à l'étendue considérable de la campagne environnante, due à la superficie étonnante de la commune de Montauban elle n'avait personne de notoirement sans-culotte. Même si plus de 200 cultivateurs étaient membres de la société populaire ils ne pouvaient peser lourd face aux deux forces qui en 1793 dominaient la cité : les bourgeois et les artisans.

Cette visite touristique peut se compléter par quelques chiffres que je vais vous donner .Le Montauban de cette fin du 18éme siècle était avant tout un Montauban industriel. Le textile dominait et l'entreprise Vialettes d'Aignan avec 1500 employés dont 400 fileuses qui habitaient la banlieue (le type dominant de l'ouvrier industriel n'était pas celui du salarié d'aujourd'hui mais davantage celui de l'ouvrier-paysan au statut très imprécis et à la misère garantie) en était le pôle central. 600 autres employés étaient concentrés dans seulement 3 autres entreprises non comme un corps de métier clair et précis, mais plutôt comme un courant d'air qui va et vient au rythme des saisons, de l'emploi et des commandes.

En bref, le chiffre moyen qui est avancé le plus souvent est 7000 employés dans le textile dont 1000 dans la fabrication des bas de soie.

Ce monde ouvrier se complétait par des matelots, des minotiers, des employés du bâtiment, soit au total 8000 ouvriers selon Galabert et 12 à 15000 selon Gausseran qui inclut dans son chiffre les domestiques. Pour l'exemple, notons que le champion dans l'emploi des domestiques en avait 25 à lui tout seul quand De Broca devait se contenter de 6 laquais et 5 chambrières.

Phénomène plus connu, celui de l'importance administrative de la ville née de la volonté d'y mater le protestantisme. On créa une sénéchaussée, une cour des aides (seulement 12 en France) et un évêché, et surtout une intendance. Daniel Ligou va bâtir son analyse de la réalité montalbanaise de l'époque sur cette opposition entre cette noblesse orientée vers des fonctions "étatiques" et cette bourgeoisie plus tournée vers des fonctions "économiques", les seules qui lui soient accessibles. En 1793, la noblesse ayant perdu une large part de son pouvoir, la contradiction qui traverse la ville s'est déplacée entre artisans d'un côté et bourgeois de l'autre. Tout oubli de la contradiction précédente, qui marqua les esprits pendant des décennies, serait bien malvenue. Le poids de la cour des Aides par exemple peut se mesurer à la taille de ses archives mais surtout aux traces qu'elle laissa dans les esprits et à l'ampleur de son siège, ce qui, par une subtilité de l'histoire, va faciliter la vie de la société populaire.

Comme il ne suffit pas de donner un total pour saisir un chiffre, j'indiquerai que si, aujourd'hui, on voulait conserver le rapport qui existait à l'époque entre les populations de Montauban et Toulouse et Paris il faudrait 250.000 habitants dans le premier cas et 500.000 dans le deuxième. Pour une ville qui dépasse à présent, tout juste les 50.000 habitants ... Ce détour chiffré peut mieux faire comprendre ce qui s'est passé en 1793. En effet l'importance des évènements est aussi liée à la dimension de la ville.

Bonhomme et Dély comme les autres sans-culottes mesuraient la place stratégique de leur ville et souffraient de la voir réduite au rang de chef-lieu de district dans un département dirigé par Cahors. Nous le savons déjà, ils n'étaient ni du monde de la noblesse ni du monde de la bourgeoisie. Ils n'avaient ni le pouvoir de naissance, ni celui de l'argent, ni celui du nombre. Si les artisans formaient 21 corps de métiers dans la ville, d'une part leur nombre reste bien inférieur aux ouvriers et d'autre part tous les corps de métiers ne rejoignirent pas le camp des sans-culottes. Pas plus au comité qu'à la société ne se distinguèrent les couteliers, les gantiers, les couturiers, les chaussetiers, les bonnetiers.

Mais alors d'où est venu le poids politique que pourtant ils obtinrent ?

Par leur appartenance à un corps de métier, par leur passé de compagnon, par leur instruction, par leur savoir ils n'étaient pas des anonymes dans l'immense cité. Sans être riches, ils avaient tous les jours du pain sur la table et cette garantie n'est pas sans importance quand on veut avoir la force de diriger une ville de 30.000 âmes. Ceux pour qui la Révolution Française présente surtout une continuité avec l'Ancien Régime néglige d'analyser ce phénomène, que même de nos jours, on a peine à comprendre : des artisans prenant en main les affaires d'une cité après des siècles où seule la compétence des nobles, et à la rigueur celle des bourgeois, avait été reconnue.

 

Mais Bonhomme et Dély dirigèrent-ils vraiment la ville ? C'est à cette question que nous allons essayer de répondre en disant d'entrée que d'un côté certains vous parleront de l'extraordinaire puissance du comité (preuve du pouvoir de Bonhomme et Dély) et que de l'autre on vous la montrera dérisoire (preuve de leurs incapacités). Je ne vais pas jongler entre ces deux analyses parfois présentées par les mêmes mais d'abord aller aux sources. JPD

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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