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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 15:16

                                              livre bassène blog

Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE dont nous avons publié le livre ci-dessus (la deuxième édition est épuisée) vient d’écrire dans le Quotidien du Sénégal un article dont nous donnons le contenu et la référence pour qui veut retrouver le journal. La question dépasse celle stricte de la Casamance : comment de bonnes intentions écolos peuvent-elles aller à l’encontre de l’écologie ? Jean-Paul Damaggio

 

 

Mangrove contre rizière en Casamance : A propos d’une écologie «rizièricide»

 

Faut-il remercier M. Haïdar El Ali pour le travail écologique qu’il abat en Casamance ou le renvoyer à l’équation de sa méconnaissance des traditions ajamaat qui résulte en une politique qui fait violence à cette civilisation du riz ?

Cette interrogation, nous la limitons dans le cadre strict du vœu de monsieur Haiïdar de reboiser la mangrove au Sénégal et pour lequel il a mobilisé ses concitoyens qu’il a fini de convaincre à l’idée des bienfaits écologiques et des avantages économiques de cet écosystème menacé.

Certes, la tâche de M. Haïdar El Ali est assez noble quand il s’agit de sensibiliser les populations sur la nécessité de vivre en harmonie avec la nature, l’importance du respect de l’environnement et de lutter contre les déséquilibres engendrés par l’homme, en particulier dans la mangrove. Mais la dynamique de replantage de palétuviers telle qu’insufflée en Casamance (sud du Sénégal) est réprouvable pour tout défenseur des pratiques et connaissances traditionnelles.

Par connaissances et pratiques traditionnelles, nous voulons parler d’un domaine qui comporte de nombreux éléments tels que les savoirs écologiques traditionnels, et entre autres,  les savoirs relatifs à la flore et la faune locales.

Car, quand M. Haïdar demande de planter des palétuviers aux abords des villages casamançais, il ignore qu’il met en péril l’environnement naturel de la communauté villageoise, la connaissance qu’elle en a, ainsi que d’autres expressions de son patrimoine culturel immatériel [Cf., Unesco, Patrimoine immatériel]. Par ailleurs, son action a pour conséquence inéluctable la désaffection des jeunes Casamançais à l’égard des activités traditionnelles comme la riziculture.

En Casamance et dans le Pays Ajamaat in globo, qui va de la Gambie au-delà du Rio Cacheu, nous retrouvons les peuples ajamaat qui ont une civilisation du riz. Contrairement à leurs voisins Sereer qui occupent la région naturelle du Sine-Saloum - delta qui constitue la limite extrême de la Petite-Côte sénégalaise - et qu’on assimilerait bien à une civilisation du sel. Sel qu’on y exploite grâce au bras de mer que le Sine-Saloum constitue et où entre l’eau salée jusque dans les terres habitées, transformant ainsi la vie des villageois Sereer. Cette différence des identités est renseignée par le type de relations que les deux peuples Ajamaat et Sereer ont  avec les fleuves et  autres marigots.

Ainsi, si la politique de reboisement de la mangrove et des palétuviers est pertinente pour lutter contre la salinisation des terres dans le Sine-Saloum, nous restons convaincus qu’elle ne sera que contreproductive en Casamance qui est une zone de riziculture ancienne très avancée et beaucoup plus évoluée, même à ses débuts, que celle qui prévalait à la même époque dans le delta central nigérien.

En préalable, un rappel historique qu’on ne saurait mettre en sursis dans ce texte s’impose. En effet le pays ajamaat, cette région sur la côte Atlantique entre la Gambie et la Guinée-Bissau, était un de ses centres de diversification. Le riz y constituait l’activité économique principale vers 1500 av. J.-C. Or, la riziculture ajamaat comporte une technologie d’exploitation des marais maritimes et des lascis de marigots extrêmement exigeante en énergie et en temps qui, par sa perfection et ses méthodes, n’a aucun équivalent en Afrique noire. Cette technologie est encore utilisée par les populations et méritent d’être protégée, vulgarisée. Les renseignements tirés de l’examen des textes historiques constitués par les récits des premiers navigateurs européens ayant fréquenté l’embouchure de la Gambie, de la Casamance, du Rio Cacheu et qui avaient attesté de la présence d’une civilisation du riz dans cette région confirment cette matérialité historique encore vérifiable [cf., Histoire authentique de la Casamance, 2011].

Pour revenir à notre propos, et comme l’écrivait encore au 19e siècle le Nantais et résident français de Carabane, Bertrand Bocandé (ancêtre du footballeur feu Jules François Bocandé) : «Partout où les mangliers, en retenant les vases, ont relevé le bord des marigots, et rétréci les espaces inondés, les Floups –Ajamaat abattent ces arbres et parviennent à transformer ces boues salées en rizières fertiles.» Un énième témoignage qui corrobore le fait que la disparition des mangliers que M. Haïdar veut replanter jusque dans les clôtures des villageois, n’est pas due uniquement à l’effet du sel. Mais au contraire à un effort écologique de nos ancêtres à transformer les espaces d’eau de mer en champs de riz, d’où la présence au cœur des îlots de mangrove et tout au long des fleuves et bras de mer des villages «Felupes/Floups» (c’est-à-dire habitants des marécages).

Nous avions nous même en 2007, lors du tournage d’un documentaire avec la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Amadou Mbaye Loum), donné des explications sur la manière dont les peuples ajamaat sont arrivés à vivre sur des îles aujourd’hui reconquises par l’eau de mer. Nous insistions sur le fait que, jadis, nos ancêtres avaient le courage de chasser la mer pour créer des rizières tout autour d’un village entouré de digues et au cœur des espaces de mangrove peu à peu transformés par désalinisation.

Pour avoir grandi dans ces villages, nous avons aussi constaté dans les années 2000, que les villageois de la Basse Gambie, Casamance, Guinée, sentant le besoin de nouvelles normes pour lutter contre l’eau de mer, réclamaient plutôt de l’aide pour reconstruire les digues afin de protéger un savoir-faire traditionnel autour de la riziculture (qui offre par ailleurs des renseignements sur la compréhension du droit foncier traditionnel ajamaat magistralement ignoré par l’Etat-Nation sénégalais à sa création, avec les conséquences de la crise dudit Etat en Casamance, que l’on connaît aujourd’hui).

Pour la petite comparaison, sans trop nous y attarder, le Président gambien, Professor Ahaji Dr Yahya Jammeh - alors qu’il est question de procéder à la vérification du tracé de la frontière sénégalo-gambienne - est celui qui exploite le mieux le potentiel agricole qu’offre le Fogni (gambien et sénégalais), cette région où la Gambie se développe plus vers (sic ! Ndlr). Tandis que la politique de protection de l’écosystème sénégalais n’a apporté qu’une réponse inadéquate non seulement à la nécessité de promouvoir la riziculture casamançaise dont la qualité n’est plus à démontrer, mais aussi au besoin de protéger l’identité ajamaat ; nonobstant les excellents résultats constatés dans d’autres paramètres comme la protection d’espèces ou d’habitats-clé.

Pouvons-nous aller jusqu’à dire que le grand militant écologiste, en favorisant l’avancée de la mer  et de la mangrove dans les villages ajamaat tout en arasant les bases de cette civilisation du riz, héritage légué par nos ancêtres soit un «rizièricide» ?

C’est désormais en tant que ministre de l’Environnement et de la Protection de la nature/du développement durable qu’il est (et quel que soit le temps qu’il le sera), que nous l’interpellons face aux besoins des Casamançais de reconstruire les digues qui permettaient de protéger leur environnement contre la salinité tout en maîtrisant les eaux de pluies. C’est à lui de voir quelle politique en adéquation avec le «Plan Marshall pour la Casamance» du Président Macky Sall, pourrait aider les Casamançais à reconquérir leurs rizières.

Et de façon générale, en décrivant à grands traits la dissemblance entre civilisations sereer et ajamaat, nous voulions à partir de ce cousin si proche, démontrer qu’il y a une spécificité bien casamançaise qui implique que cette région ait besoin de se prendre en charge elle-même. Elle a besoin d’une certaine représentativité à travers une forme d’autonomie réelle, au lieu de toujours subir les conséquences de politiques étatiques qui lui tombent dessus tous azimuts.

 Dr. Pape Chérif Bertrand BASSENE  Assistant Professor, Univ. Of The Gambia

 

Auteur de, Histoire authentique de la Casamance, La Brochure, 2011

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