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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 15:52

Supposons une révolution incapable de susciter une contre-révolution. Ce n’est donc pas une révolution, à peine une révolte entrainant une répression ! Une révolution est tout autant liée à une contre-révolution que l’inverse ! D’où l’expression populaire : on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs.

Sauf que pour compliquer l’histoire, une révolution est toujours par essence … en révolution à cause d’ailleurs de la prise en compte des effets de la contre-révolution. La révolution de la révolution ne se confond pas avec la «révolution dans la révolution » chère à Gorbatchev, qui fut un échec garanti, à une époque où l’URSS avait depuis longtemps perdu le fil de la révolution.

 

Les causes de la révolution et de la contre-révolution sont-elles les mêmes ?

Non bien sûr et pourtant ! La même situation pré-révolutionnaire entraîne la révolution qui provoque la contre-révolution. Sauf qu’en effet, la révolution, d’effet, peut se changer en cause, tout autant que la contre-révolution. La révolution produit sa propre dynamique qui dépasse et de loin les causes initiales.

 Dans ce lien dialectique puissant entre révolution et contre-révolution, toute l’histoire consiste à savoir qui a une longueur d’avance sur l’autre ! L’intelligence de la révolution consiste à anticiper sur les réactions de ses adversaires pluriels, afin de pouvoir poursuivre sa route. L’intelligence de la contre-révolution est identique : elle se doit d’adopter les avancées de la révolution pour pouvoir la détourner.

 Le triste lien mécaniste entre révolution et contre-révolution, le plus connu, le plus courant et le plus désolant, pose contre principe qu’il existe au départ de la révolution deux forces qui se font face, deux forces irrémédiablement opposées, et un peu comme dans un match de football, l’histoire se déroule, et on compte les points à la fin, pour savoir qui a gagné. Conception désastreuse qui suppose que la contre-révolution est seulement réactionnaire, qu’elle veut seulement le maintien du statuquo, qu’elle reste accrochée à son pouvoir de classe dominante.

 S’il y a révolution c’est qu’au contraire la classe dominante est tout autant en bouleversement que la classe dominée ! La mécanique, que je combats, consiste à croire que le mouvement révolutionnaire, c’est une force en pointe qui va remplacér une force en déclin. Mais les deux éléments de la lutte des classes ont leurs propres contradictions : une partie de la classe dominante rejoint toujours la révolution, un peu comme si, au cours du match de foot, la moitié d’une équipe se mettait à aider l’adversaire pour ensuite mieux lui mettre la main dessus. Pour dire que la métaphore du match de foot est idiote car alors, nous aurions des tricheurs jouant contre leur camp, or la révolution n’est pas une affaire de tricheurs.

 A la fin, qui l’emporte justement ? Soyons clair, la contre-révolution l’emporte toujours mais toute la question est de savoir : quelle contre-révolution a pris le dessus ? quels éléments révolutionnaires a-t-elle dû adopter, pour gagner, et quelle épine lui reste dans le pied, cette épine qui relancera à un moment ou à un autre… la révolution ?

 Ceux qui connaissent mes engagements vont découvrir là, mon défaitisme congénital or je ne viens pas de présenter un phénomène qui disqualifie la révolution, sous prétexte qu’elle ne peut gagner, pour des raisons aussi inévitables que celles qui ne peuvent l’empêcher.

Parce que nous sommes mortels, la vie n’aurait aucun intérêt ? C’est le contraire qui est vrai : c’est parce que nous nous savons mortels, que la vie prend tout son sens, toute sa beauté, toute sa puissance !

La révolution est dans cette lucidité... quand la contre-révolution en appelle à la mort, car elle ne peut admettre cette lucidité.

 Mais passons à une autre question : la révolution serait-elle du côté de la vertu quand la contre-révolution serait le vice ? (pour prendre une métaphore morale)

Pour le dire autrement : « révolution conservatrice » est-ce un oxymore ?

Je l’ai cru longtemps mais j’ai dû me rendre à l’évidence, la réponse n’est pas simple. Elle renvoie à cette autre question : l’effondrement de l’URSS est-ce une révolution ou une contre-révolution ? Si c'est une contre-révolution, étrangement la révolution abvait été massacrée depuis longtemps par ceux qui la défendaient !

Dans une conception de la révolution datant du XIXème siècle il s’agit bien sûr d’une contre-révolution. Sauf qu’il s’agit en même temps d’un système arrivé au bout de son histoire, qu’il s’agit de luttes populaires en Pologne, RDA, et ailleurs dans le système, que ces luttes entrainèrent sa chute, bref, bien des ingrédients d’une révolution, si la seule révolution possible n’est pas seulement le socialisme.

Si le problème de la «révolution conservatrice » était seulement celui de l’URSS, peut-être pourrions-nous éviter le terme de révolution pour désigner une part de l'action capitaliste, mais que se passa-t-il en Iran au même moment, aux USA au même moment, et en Europe au même moment, je veux dire surtout à partir du milieu des années 1980 ? Une révolution conservatrice !

Quand la contre-révolution prend une telle ampleur, elle se fait révolution, et à ce titre, elle est mortelle comme toute révolution. A nous de nous appuyer sur elle, pour lancer la contre-révolution progressiste qui fera en sorte qu’à partir de là, le capitalisme ne puisse se transformer plus vite, que les contre-feux mis en place par ses adversaires !

Mais, si je dis vrai, chacun en conviendra, l’intelligence progressiste a du travail sur la planche ! Et à commencer par les types d’alliances qu’elle doit promouvoir. JP Damaggio

 

P.S. : Ai-je une ou des révolutions précises en tête quand je brosse ce tableau ? La lutte des classes (comme sa négation) se répétant, elle conduit à des lois de l’histoire plus difficiles à percevoir que les lois de la physique surtout si on réduit la lutte à la violence, et les classes au combat riches contre pauvres. A condition d’éviter les réductionnismes mis en place sous prétexte de pédagogie, on a le droit de tenter, même en quelques lignes, des tableaux abrégés de l’humanité. 

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Published by éditions la brochure - dans actualité
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Oustrières 08/08/2013 18:02

Vous parlez, vous aussi, d'"effondrement de l'URSS", formule trop réductrice pour ne pas être fausse. La très réactionnaire Hélène Carrère d'Encausse a parlé, elle, d'"empire éclaté" deux ans avant
la fin de l'expérience bolchevique. Cela semble plus juste puisque nombre de républiques satellites, déjà arrimées à la Russie sous les Romanov, se sont affranchies de sa lourde tutelle. Mais en
fait, la Russie, ne s'est pas plus écroulée que la Chine populaire. Ces deux Etats géants ont seulement changé de régime en faisant l'économie d'une tragédie. Ils restent debout : le second en
pleine croissance, le premier toujours en proie à des difficultés économiques qu'il semble en mesure de surmonter assez rapidement. La contre-révolution a-t-elle vaincu à Pékin et à Moscou ? Pas
certain : les deux pays sont peut-être en train de vivre leur première révolution capitaliste. On leur souhaite, il va sans dire, bien du plaisir.

éditions la brochure 09/08/2013 11:12


Merci pour ce commentaire. Je ne suis pas attaché à mot "effondrement de l'URSS" mais il ne signifie pas effondrement de la Russie, les deux projets étant radicalement différents. Quant au mot
"révolution", c'est en effet le point crucial : l'entrée vers le capitalisme est-ce une révolution ? Une entrée vers le capitalisme qui ne serait pas un retour vers le capitalisme, ces deux pays
étant passés directement pour l'essentiel du féodalisme au socialisme. Vivent-ils leur 1789 en 1989 pour l'URSS ? Dans tous les cas la réflexion nous sort de la vision linéaire classique dans le
marxisme dogmatique. JPD


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