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6 mars 2013 3 06 /03 /mars /2013 18:22

 

Encore un article pour compléter notre modeste brochure sur Razoua. *

Au moment de la mort de Razoua Vera Zassoulitch était en Suisse (voir bio à la fin). Cet article peut tourner en dérision l’anarchiste russe, la Russie connaîtra finalement la révolution… JPD

  Le Gaulois 9 juillet 1878

"Mlle Vera Zassoulitch doit regretter d'avoir assisté à l'enterrement de Razoua. Le gouvernement suisse vient de l'inviter à quitter le territoire de la Confédération où sa présence pouvait créer des difficultés. Cette Vera Zassoulitch est-elle bien la vraie, l'authentique ? Le correspondant parisien de la Gironde assure que les communards de Genève ont été grossièrement joués dans cette circonstance par une fausse Vera, qui a exploité à son profit les honneurs qu'on réservait à la véritable.

 Le Gaulois 10 juillet 1878

LA RÉDEMTRICE RUSSE

L'histoire de cette Vera Zassoulitch, dont on nous parle ces jours-ci jusqu'à satiété, est vraiment une pitoyable histoire. II y a quelque temps, un correspondant russe nous apprit, un beau matin, que le préfet de police de Saint-Pétersbourg venait d'être la victime d'une tentative d'assassinat, accomplie par une femme. Deux balles de revolver l'avaient blessé à la tête, et si grièvement qu'on désespérait de le sauver. La coupable n'était autre que cette Vera, profondément inconnue alors, aujourd'hui célèbre.

Arrêtée immédiatement, elle déclara qu'elle avait voulu venger l'honneur d'un peuple opprimé par le pouvoir, et qu'elle n'avait pu supporter l'injure faite à un de ses compatriotes, décoiffé d'un coup de canne par le préfet de police, et durement battu de verges après. Cela fit tapage dans toute l'Europe. On laissa bien entendre que l'homme battu de verges était son amant, ce qui réduisait aux proportions d'un drame bourgeois ce prétendu fait de revendication sociale. Mais on n'y prit garde. D'ailleurs, qu'en savait-on ? La légende s'empara du nom de Vera Zassoulitch, et ce fut en héroïne qu'elle entra dans l'imagination publique.

Il faut bien convenir que les circonstances se prêtaient singulièrement à ce grandissement subit. On sait que la Russie est travaillée profondément par le socialisme, déchirée intérieurement par un nombre presque incroyable de sectes fanatiques et, d'autre part, gouvernée par un empereur absolu, dont les fonctionnaires supérieurs sont les représentants et qui est, à la fois, le chef politique et le chef religieux de son peuple. Il se pourrait que dans ce foyer d'exaltation révolutionnaire une Charlotte Corday se fût levée et n'eût attendu que son heure.

Rien ne s'opposait à ce qu'on l'imaginât pure de mœurs et belle de visage. Une héroïne doit être toujours ainsi. Un doute, il est vrai, venait à l'esprit : pourquoi avait-elle choisi, pour le frapper, le préfet de police et non le czar ? Mais la Russie est si loin, nous ne savons pas au juste les conditions dans lesquelles vit le vulgaire en face du souverain. Et puis ce nom de Vera Zassoulitch était si beau ; il sonnait de si étrange façon aux oreilles des Occidentaux, qu'ils se plurent à voir dans la femme une figure nouvelle du génie de la Révolution.

Son procès eut lieu. L'éloignement aidant, les débats restèrent pour nous enveloppés de mystère. Nous apprîmes un jour que l'accusée venait d'être acquittée ; peu après, un télégramme nous faisait savoir que le procès allait recommencer ; seulement, Vera était en fuite. On parvint à l'arrêter elle s'évada. Qu'était-ce donc que cette femme, qui se jouait ainsi du péril, qui traversait les cours criminelles impunément, qu'aucun verrou n'emprisonnait ? La légende montait jusqu'à l'épopée. Charlotte Corday était bien au-dessous de cette insaisissable Zassoulitch.

Or, tandis que les langues vont leur train, elle traverse l'Europe. Razoua meurt à Genève, les réfugiés de la Commune se réunissent pour manifester derrière son cadavre. Une femme est parmi eux qu'on nomme tout bas et qu'on entoure de respect. Et voilà que le télégraphe nous informe soudainement que c'est l'évadée de Pétersbourg, Vera Zassoulitch en personne.

A l’instant même, on organise un banquet en son honneur. Un citoyen Tony Loup la salue du titre de rédemptrice russe et l'assure que la France tressaille à ses efforts. D'autres discours du même genre sont prononcés. On célèbre l'assassinat politique sur les modes les plus lyriques. Vera demeure muette à toutes ces protestations, on la juge d'abord timide et l'on s'écrie « Si ce n'était pas elle ! »

Et, de leur côté, ceux qui secrètement lui trouvaient de la grandeur, s'étonnent. Il n'est pas possible qu'une telle femme se ravale jusqu'à prendre rang dans une auberge au milieu des sinistres coquins qui ont tué lâchement les otages et brûlé la moitié de Paris. Vera n'est plus une héroïne, c'est une pure et simple drôlesse, avide de faire parler d'elle, et qui exploite sa situation.

En vérité, l'incident est d'une curiosité peu commune. Mais; au fond, le cas n'est pas très compliqué, et, que la Vera de Genève soit ou non la vraie Vera, je ne vois pas trop en quoi peut différer le jugement à porter sur elle. 

Fourgaud

 

Véra Zassoulitch

Née dans une famille de la noblesse, elle fréquente pendant ses études à Saint-Pétersbourg les milieux révolutionnaires estudiantins et est arrêtée en mai 1869 du fait de correspondances échangées avec le nihiliste Serge Netchaïev. Elle est emprisonnée puis libérée en mars 1871.  Elle s'établit alors à Kharkov, intègre le groupe « Les émeutiers du Sud » qui organise des attentats contre le régime tsariste.  Revenue à Saint-Pétersbourg, elle tire, le 24 janvier 1878, avec un revolver sur le général Trepov, préfet de police qui avait fait frapper de verges le révolutionnaire Bogolioubov. Trepov est blessé, et Vera passe en jugement le 31 mars 1878. De façon inattendue, elle est acquittée. La police tente en vain de l'arrêter à la sortie du tribunal. Elle se cache quelque temps chez Anna Philosophova.

 Elle se réfugie en Suisse, puis retourne en Russie où elle milite dans l'organisation Terre et Liberté, mais après la scission de ce mouvement en août 1879, elle participe à la fondation de l'organisation Tcherny Peredel « Partage noir » à Saint-Pétersbourg avec Plekhanov, Axelrod, Lev Deutsch, Ossip Aptekman et Élisabeth Kovalskaïa.

 Elle traduit en russe des ouvrages marxistes et notamment le Manifeste du Parti communiste, édité à Genève en 1882. En 1881 a lieu un échange de lettres entre Vera Zassoulitch et Karl Marx et elle prend ses distances avec l'anarchisme pour adhérer au mouvement marxiste à partir de 1883.

 Avec Plekhanov, elle fonde le groupe « Libération du Travail », première organisation marxiste russe, fait partie de l'équipe de rédaction de l'Iskra et prend part au deuxième congrès du POSDR à Bruxelles et Londres en juillet-août 1903. Membre du courant menchevik, elle s'oppose avec virulence aux thèses de Lénine.

 Elle meurt le 8 mai 1919, peu de temps après la Révolution russe. Elle est enterrée au cimetière Volkovo.

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