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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 14:10

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 Dans le mensuel socialiste Changer la vie, Marcel Thourel avait l’habitude d’honorer quelques figures du passé mais il était rare que ces figures soient locales. Ce texte sur Razoua est d’autant plus appréciable et il me permet d’honorer à mon tour la mémoire de ces militants exemplaires (Thourel et Razoua). JPD

 

Changer la vie, Mars 1984, n°116

Un « communard » de chez nous : A.E. Razoua

C'est au hasard d'une lecture et d'une conversation que j'ai découvert l'oublié de la présente chronique. Il est curieux de devoir écrire «oublié» car ce personnage est bien de chez nous.

En effet, Angel Eugène RAZOUA, est né à Beaumont-de-Lomagne, le 16 Juillet 1830. De par sa mère, il appartenait aux maisons aristocratiques des RAOUSSET-BOURBOU. Son père le destinait à la prêtrise, mais il quitta le séminaire pour entrer dans la marine marchande. Il navigua quatre ans au Brésil, en Bolivie, au Pérou. Tony REVILLON, le décrit ainsi : «taille moyenne, maigre, les cheveux coupés ras, le visage bronzé, allongé par une barbe en pointe, le nez en bec d'aigle, de grands yeux bleus profondément enchâssés».

Agé de 20 ans, il s'engagea dans un régiment de chasseurs à cheval. Il suit des cours de cavalerie à l'Ecole de Saumur dont il fut renvoyé, s'étant affilié à une «Marianne» (Société secrète républicaine). Envoyé au 3ème régiment de Spahis en Algérie, il y restera 14 ans. Il est libéré en 1863 avec le grade de Maréchal des Logis. On voit que ses opinions n'avaient guère servi son avancement.

Revenu à la vie civile RAZOUA, écrivit dans «le Réveil» de DELESCLUZE. En 1870, il fait 6 mois de prison préventive pour complot contre la sureté de l'Etat. Avec la proclamation de la République il est nommé chef du 61ème bataillon et sera révoqué de son grade pour avoir pris part au mouvement révolutionnaire du 31 Octobre 1870. Elu député de la Seine le 6 Février 1871 il démissionnera en même temps que Ch. DELESCLUZES. Sous la commune on lui donna à nouveau le commandement du 61ème bataillon de la Garde Nationale.

Son passage à Toulouse dans les premiers jours de la Commune est peu connu. Armand DUPORTAL, dans son rare ouvrage «la commune à Toulouse fait mention de la participation de RAZOUA, à une réunion de la Société «l'Alliance Républicaine» dont il avait été un des membres fondateur.

Faut-il voir là une relation de cause à effet, le 25 Mars, la commune de Toulouse était proclamée du Balcon de l'Hôtel de ville, son existence sera d'ailleurs éphémère.

A Paris, les 3 et 4 avril, il participe à la marche sur Versailles comme chef d'état major du Général DUVAL. Comme lieutenant-colonel, il sera commandant de l'Ecole Militaire. Le 12 Mai, il est nommé juge titulaire à la seconde Cour Martiale. Après avoir organisé l'évacuation de l'École Militaire le 22 Mai, il se retire chez un ami, d'où il partira pour Genève en Juin. Le fait d'avoir abandonné son poste le 22 Mai, lui vaudra des critiques, mais LEPELLETIER dans son «Histoire de la Commune» affirme qu'il avait la réputation d'être un brave. Le 3ème Conseil de guerre le condamnera par contumace à la peine de mort.

Réfugié en Suisse, il est arrêté le 17 Juillet 1871 sur demande d’extradition du gouvernement Français, mais celui-ci n’ayant pu apporter des preuves suffisantes, il sera relâché. C'est à la suite de ce refus, de la Suisse de livrer à la France les proscrits de la commune que ceux- ci reçurent définitivement le droit d’asile.

Les exilés de tendance Socialiste, affiliés à l'Association Internationale des Travailleurs, se lancèrent dans des actions de type utilitaire et didactique. La plus connue est celle que RAZOUA fonda à Genève «La Marmite Sociale», restaurant coopératif pour réfugiés dans le genre de «La Marmite» que VARLIN avait fondée à Paris, mais, se différenciant de celle-ci car elle ne se proposait pas seulement « de livrer à tout travailleur une nourriture la plus hygiénique, au meilleur marché possible, en supprimant les intermédiaires onéreux et en appliquant les bénéfices à la diminution des prix de vente», mais aussi «de combattre la tyrannie de l’ignorance par la lecture».

Pour se venir en aide les uns aux autres, les exilés formèrent  la société des proscrits. La cotisation était de 1 franc cinquante par mois. Les réfugiés arrivant à Genève sans ressources recevaient la somme de 1 F, 50 par jour à titre d'avance remboursable à la société. Il en était de même pour les malades.

Cette société organisa aussi des chaines d'évasion grâce auxquelles des communards menacés de mort ou du bagne purent rejoindre la Suisse.

Durant son séjour en Suisse RAZOUA devra parfois changer d'identité, c'est ainsi qu'il se nommera MARCAS, F. MARTINEZ, E. MERCUTO.

Membre de la section de propagande et d'action révolutionnaire Socialiste de Genève constituée le 8 Septembre 1871, il sera également président en Avril 1873 de la Société de Secours Mutuel «La Parisienne» et prendra une part active à toutes les manifestations de la première Internationale à laquelle il resta fort attaché.

Comme la plupart des exilés, il vivra pauvrement et lorsqu'il héritera d'une rente de son frère décédé, il n'en profitera que peu de temps.

Lorsque RAZOUA, mourut le 2 Juin 1878, à l'âge de quarante huis ans, il sera enterré civilement, son cercueil recouvert du drapeau rouge du 22è bataillon fédéré parsemé de branches d'acacia, symbole maçonnique. Sur sa tombe, A. ARNOULS, JOUKOWSKY. ROCHETTE, et LE FRANCAIS prononcèrent des discours retraçant les traits de caractère et la vie de ce compatriote bien oublié, même semble t-il, dans sa commune d'origine.

Puis-je suggérer à nos amis Socialistes de Beaumont-de-Lomagne qui sont en position de le faire, de donner à une rue de leur ville, le nom de RAZOUA ? Bien entendu, il n'est pas question de débaptiser une rue existante : laissons à la droite ces pratiques malsaines - mais de profiter de l'ouverture d'une voie nouvelle pour honorer leur illustre concitoyen. Ce jour là, je me plais à espérer que nous serons quelques uns à venir déposer au pied de la place, une rose, rouge évidemment

 

Marcel THOUREL

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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