Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 juin 2011 6 04 /06 /juin /2011 14:38

 

Des personnes plus savantes que moi pourraient m’indiquer une publication sur la Commune de Toulouse (18 à 25 mars 1871). Pour le moment, je ne connais que le livre d’Armand Duportal diffusé en 1871 quand il est emprisonné suite à la dite Commune, et qu’il écrivit pour assurer ainsi sa défense. Il évoque une coïncidence qui nous renvoie vers Eugène Razoua qui de Bordeaux passe à Toulouse voir sa mère (sans doute pour la dernière fois), avant de revenir à Paris où il participer à La Commune. Duportal veut démontrer qu’il n’a pas suscité La Commune de Toulouse. JPD

 

L’épisode Razoua

 

Pendant que tout ceci se passait à Toulouse, quelques jours avant peut-être (je n'ai aucun repère pour fixer ma mémoire à ce sujet), Razoua vint à Toulouse, Razoua du Réveil, Razoua le député de Paris., Razoua de la Commune, Razoua des conseils de guerre, Razoua le commandant de l'Ecole militaire, Razoua le contumace mystérieux de la justice expéditive des généraux de l'Empire devenus les instruments de l'esprit de conciliation et de tolérance de M. Thiers. On comprend quelle aubaine c'était pour tout Ponson du Terrail du réquisitoire, et quel parti on en pouvait tirer avec un peu de bonne volonté, de l'imagination, quelques rapports de police ou la déposition d'un imbécile[i].

 

D'autant mieux que Razoua avait assisté à une réunion politique, que je l'y avais accompagné, après avoir dîné avec lui, non pas à la préfecture, comme cela fut arrivé sans le deuil paternel dans lequel j'étais plongé mais chez un ami commun, et que nous avions l'un et l'autre prononcé quelques paroles dans cette réunion. Voilà le fait dans toute sa simplicité[ii]. J'ignore les déductions criminelles que l'instruction en aura tirées. Voici sa raison d'être et les explications auxquelles il me faut descendre pour dissiper les ingénieux et faciles ombrages de la Justice.

 

Razoua est né à Beaumont-de-Lomagne — un sol volcanique qui produit des journalistes, des ferblantiers, des astronomes et des chiffonniers. — Sa famille habite cette petite ville. Etant venu à Bordeaux pour contribuer comme député de Paris aux succès oratoires de M. Depeyre et au pacte d'où est sortie là République provisoire et expérimentale de M. Thiers, Razoua, en ennemi de la famille, vint voir sa mère, et, par un caprice d'itinéraire, ou une combinaison infernale de Karl Marx, poussa jusqu'à Toulouse son criminel pèlerinage. Le Réveil et l'Emancipation[iii] ayant toujours vécu en bonne intelligence, il lui sembla que l'on ne devait pas se bouder et se tourner le dos parce que la Révolution du 4 septembre était allée chercher dans le premier de ces journaux trois députés de Paris, et avait fait du rédacteur du second un préfet. Il vint me rendre à la préfecture la visite que je lui avais faite quelques jours auparavant au Café de Bordeaux.

 

Razoua fut moins cérémonieux vis-à-vis de la Société l'Alliance républicaine, dont il est un des membres-fondateurs et qui a des adhérents nombreux à Toulouse. Une réunion eut lieu à son intention, et Razoua, qui tient mieux la plume et l'épée que le crachoir, ne s'y rendit pas, tant étaient machiavéliques les instructions que ce conspirateur émérite avait reçues de la Sainte-Wehme du communalisme parisien. On avait pourtant mal pris la chose parmi les frères et amis. Le clubiste toulousain n'aime pas qu'on fasse fi des cérémonies de son culte démocratique. J'en parlai à Razoua ; et, comme j'aime mes amis, comme je ne pouvais pas oublier que, pendant le siège de Paris, il avait vertement tancé et contraint à se taire un certain Rebut de la Drôlerie qui m'insultait dans le Figaro, je lui offris de l'accompagner à la réunion du lendemain et de l'aider ainsi à rentrer en grâce auprès de nos amis mécontents de l'Alliance républicaine.

 

Ma proposition ayant été acceptée, nous nous rendîmes à la réunion, où Razoua parla de l'organisation de l'Alliance, puis, en chroniqueur militaire, raconta les principaux épisodes de la défense de Paris par l'héroïque garde nationale dont il avait été l'un des commandants. Est-ce assez criminel ! assez communaliste ! assez organisateur de guerre civile !

 

Il est vrai qu'interpellé, à mon tour, par quelques citoyens non compris dans la garde nationale et dont l'idée fixe, bien naturelle d'ailleurs, était d'avoir un fusil et des cartouches au besoin, je répondis que cela regardait la Mairie, et que, d'après mon entente avec le maire de Toulouse, tout citoyen dont le capitaine du quartier certifierait la moralité et le civisme devait être immatriculé sur les contrôles et armé.

Et, comme on insistait pour la distribution des cartouches, je répondis que fusils et cartouches ne manquaient pas, qu'il y en avait au Capitole et à la préfecture, et que la distribution ne pouvait en être faite qu'en présence d'une urgente et inévitable nécessité.

 

Razoua partit le lendemain pour Versailles, ignorant les événements qui l'obligeraient à se prévaloir de son titre de député pour y arriver, et ne soupçonnant certainement pas que, peu de jours après, les sentiments d'intime solidarité qui l'unissaient à Courbet et à Delescluze l'amèneraient à échanger ce mandat contre celui de la Commune. Mais n'est-ce pas bien naïf d'essayer de faire accroire tant d'imprévoyance, de désintéressement et d'innocent fatalisme à des gens qui passent leur vie à requérir, instruire, juger et prononcer des condamnations contre leurs semblables !...

 Armand Duportal



[i] On comprend que le passage de Razoua le révolutionnaire est utilisé contre Duportal pour le faire passer pour plus rouge qu’il n’est. Duportal est alors emprisonné en tant que préfet ayant porté atteinte à l’ordre public. Cet ancien proscrit, comme le député du Tarn et Garonne Pierre Flamens, semble destiné à souffrir des révolutions.

[ii] Il ne donne pas la teneur des propos prononcés.

[iii] Le Réveil est le journal de Delescluze où travaille Razoua et l’Emancipation est le journal toulousain de Duportal qu’il avait déjà créé sous la seconde République et qu’il a relancé en 1870.

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche