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16 juin 2014 1 16 /06 /juin /2014 10:34

Pendant la guerre, Verfeuil a continué son combat pacifiste d'avant la guerre. Je crains que les commémorations autour de la guerre 14-18 n'effacent ce combat dont les données sont déjà si peu connues. Ici nous avons un texte de Verfeuil (il est seulement censuré en partie ; par la suite ses écrits seront le plus souvent totalement censurés) que le Midi socialiste accepte de publier. Comment renouer les fils de l'Internationale ? Pour les pacifistes l'essentiel restera le cas de l'Alsace-Lorraine. En cas de victoire s'agit-il d'un butin de guerre ? Faudra-t-il laisser les habitants décider ? Pour l'écrire autrement : comment faire que les conditions de la paix ne conduisent pas à une autre guerre ? JPD

 Le Midi socialiste 18 février 1916

ASSEZ D'EQUIVOQUE

La reprise des rapports internationaux est, plus que jamais, à l'ordre du jour, malgré la décision du Congrès de Noël [congrès du PS]. C'était à prévoir. On ne résout pas avec des phrases plus ou moins filandreuses un problème de cette gravité. Surtout quand, à la longueur et à l'obscurité des phrases, on ajoute, par surcroit, la contradiction. Prenez le manifeste du Congrès national, dont majoritaires et minoritaires essayaient de tirer parti à qui mieux mieux. Il est plein de contradictions : contradiction sur la question de la paix ; contradiction sur la question de l'Alsace et la Lorraine ; contradiction enfin sur la question des rapports internationaux. J'en passe, pour ne relever que les principales.

 Au sujet de la paix, le Manifeste dit ceci : ""Le Congrès déclare adhérer, en vue d'une paix non séparée, aux paroles de M. Asquith à la Chambre des Communes ainsi conçues : "Les gouvernements de France, Russie, Japon, Italie et Angleterre se sont engagés mutuellement à ne pas conclure de paix séparées. Si des propositions de caractère sérieux, en vue de la paix générale, étaient faites par les gouvernements ennemis, directement ou par des intermédiaires neutres, elles seraient d'abord discutées entre les gouvernements alliés. Jusqu'à ce que cela se produise, je ne puis faire aucune promesse. Dès que des propositions de paix seraient faites, le désir du gouvernement serai d'en faire part au Parlement le plus vite possible.""

C'est très bien, et cela nous donne dans une certaine mesure, satisfaction. On ne peut véritablement pas demander davantage, aux gouvernements.

 Malheureusement, le Manifeste dit autre chose - qui est tout le contraire de ce que je viens de reproduire. Il dit, dans son ,premier paragraphe même : "Le Parti socialiste est, avec toute la France, entré dans la guerre sous le coup de la plus brutale agression, pour une œuvre de défense nationale exclusive de tout dessein de conquête et d'annexion. Il demeurera dans la guerre tant que le territoire n'aura pas été libéré, tant que n'aura pas été brisée la tentative d'hégémonie dont l'agression a été le signe et la preuve, tant que n'auront pas été assurées les conditions d'une paix durable."

 

[GROS BLANC  DE LA CENSURE]

 

C'est ce qu'a répété, l'autre dimanche au Pré Saint-Gervais, avec beaucoup de netteté, le citoyen Vanderfelde : "On ne discute pas avec l'ennemi aussi longtemps qu'il occupe votre territoire." Ces paroles, nous les répétons : nous voulons la paix, mais nous ne "discuterons jamais avec l'envahisseur aussi longtemps que notre territoire sera occupé."

 

[GROS BLANC  DE LA CENSURE]

 

Ce droit rétabli, dit le Manifeste de Noël, la France saura se montrer prévoyante et juste en demandant à l'Alsace-Lorraine elle-même d'affirmer à nouveau, solennellement, comme le firent ses représentants à l'assemblée de Bordeaux, sa volonté d'appartenir à la communauté française."

 

[GROS BLANC  DE LA CENSURE]

 

Il y a enfin la question des rapports internationaux. Et là encore c'est la contradiction et c'est peut-être aussi la mauvaise foi.

Ainsi, le Parti socialiste français, ayant à envisager s'il y a lieu de reprendre les relations internationales et par là même, les rapports avec la section allemande, lie la reprise de cette activité à des actes : clairement et sans ambigüités la social-démocratie devra redonner force et vie aux principes dès longtemps fixés par l'Internationale ; Répudiation de l'impérialisme et des politiques de conquête ; Affirmation du droit pour les peuples à disposer d'eux-mêmes et, pour les nationalités ou fractions de nationalités violentées, à fixer elles-mêmes leur statut ; Protestation contre la violation du droit international et des neutralités placées sur la garantie de l'Europe.

 C'est lorsque ces affirmations auront été faites non seulement comme formule de résolution mais comme règle vivante d'action contre le gouvernement impérial ; c'est seulement lorsque des actes décisifs auront été accomplis par la social-démocratie ou par la "minorité opposante " que la reprise des relations pourra être envisagée."

Ce sont là beaucoup de conditions à le reprise des rapports internationaux. Mais si nombreuses et d'ailleurs si naturelles qu'elles soient, je dis qu'elles sont superflues parce qu'elles sont -- et parce qu'elles étaient déjà au Congrès de Noël -- réalisées.

Les socialistes majoritaires d'Allemagne aussi bien sinon avec autant de véhémence que les minoritaires, ont répudié l'impérialisme et les politiques de conquête ; ont affirmé le droit pour les peuples à disposer d'eux-mêmes et pour les nationalités ou, fractions de nationalités violentées, à fixer elles-mêmes leur statut ; ont protesté. -- si tardivement que cela soit - contre les violations du droit international et des neutralités. Scheidermann lui-même a réclamé le rétablissement de la Belgique dans son sol intégral. Il a d'ailleurs fait au Reichstag le discours, qu'a fait Renaudel au Palais Bourbon avec, en plus, l'affirmation pacifiste conforme peut-être aux intérêts allemands mais à coup sûr aux résolutions de tous nos congrès et à la doctrine socialiste elle-même.

 Et en admettant que l'attitude des majoritaires allemands soit suspecte ; en admettant qu'ils se séparent de nous sur la question d'Alsace-Lorraine notamment, est-ce une raison pour refuser de reprendre les rapports avec, tout au moins les minoritaires ? Avec ceux-là nous sommes d'accord je suppose. Ils ont accompli ces "actes décisifs" réclamés par le Congrès de Noël. Vingt députés minoritaires ont voté, le 21 décembre, contre les crédits de guerre demandés par le gouvernement impérial.  Vingt-quatre se sont abstenus, ce qui fait quarante-quatre, près de la moitié du groupe parlementaire socialiste allemand, qui se sont désolidarisés de la politique impérialiste. Et ces quarante quatre représentent en réalité, non pas la minorité de la social-démocratie, mais la majorité. Tandis que les 66 députés majoritaires représentent d'après la statistique des élections de 1912, 366.375 membres organisés du Parti et 1.872.058 électeurs, les 44 représentent 805.674 organisés et 1.380.950 électeurs, soit la majorité des électeurs sociaux-démocrates et la moitié des membres du Parti.

Ça ne vous suffit pas ? Alors il faut s'expliquer ; il faut dire. « clairement et sans ambigüité " ce que vous voulez, ce que vous exigez, ce que vous attendez. Il faut nous préciser ce que vous entendez par « actes décisifs ». La Révolution allemande ? Alors, pourquoi ne pas le mettre dans le manifeste ? Nul, plus qu'a nous ne la souhaite Elle résoudrait bien des difficultés d'ordre national et international, dissiperait bien des malentendus et apaiserait bien des haines. Mais nous ne voulons pas attendre la Révolution allemande pour renouer les rapports internationaux. Elle est hypothétique et, en tout cas lointaine. Et si nous exigeons des Allemands une révolution politique, pourquoi n'exigeraient-ils pas de nous qui avons déjà franchi ce stade, une révolution économique - la révolution sociale pour tout dire ?

Nous voulons la reprise des rapports internationaux "dans le plus bref délais possibles", pour me servir, de la formule - abandonnée - de Longuet. Nous la voulons parce que l'Internationale ayant recouvré "force et 'vie" peut avoir une influence heureuse sur la conclusion de la paix qu'on fera bien entendu, sans nous dans tous les cas, mais qu'on fera aussi contre nous si nous restons désunis, c'est-à-dire impuissants. Nous la voulons parce que les résolutions de tous nos Congrès nous font une impérieuse obligation de la réclamer et que nous ne considérons pas les résolutions de nos Congrès comme des « chiffons de papier » pour parler le langage de M. de. Belthmann-Holveg ou comme des "formules" pour parler celui de Renaudel.

Il semble que les diverses sections de l'Internationale se soient saisies de nouvelles propositions tendant à la réunion d'une Conférence ou, tout au moins, du B. S. I. [direction de l'Internationale] Nous verrons si, cette fois encore, la C A.P, [direction du PS] repoussera, d'elle-même et sans consulter le Parti, ces propositions. Qu'on n'invoque pas la décision de Noël. Elle n'a résolu rien du tout. Il faut que le Parti se prononce de nouveau et, cette fois, catégoriquement. L'équivoque a trop duré

 

Raoul VERFEUIL

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