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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 10:49

L'Humanité du 19 mars 1908 a publié dans la rubrique actualité ce souvenir d'Hector France. Dans les faits il s'agissait d'une actualité des années 1860... Par la suite, Hector France, ami de Razoua et de Léon Cladel participa à la Commune de Paris. JPD

 

ACTUALITÉ*, Le premier meurtre Par Hector FRANCE i

Je me rappellerai toute ma vie le premier que je tuai et, peut-être, à l'heure où la mort frappera à ma porte, viendra-t-il pencher sur mon chevet sa figure sinistre !

Un grand vieillard, à l'œil cave et perçant, un de ceux venus nous demander justice, et je puis dire, comme le personnage du drame de Dumas, que « bien souvent je l'ai revu dans mes rêves ».

Il n'eut pas le temps de rejoindre les liens, et, surpris par la charge, faisait volte-face, campé sur ses jambes sèches, il attendait immobile et farouche. Certes, je ne le cherchais pas je n'aurais pas voulu tuer ce vieux. Si même j'avais pu l'éviter, j'aurais laissé ce remords à d'autres. Razoua passa sans le toucher, Flamberge aussi, mais la fatalité le jeta devant mon cheval et il me tira un coup de pistolet. Il se hâta, visa mal, sa vieille main tremblait, il ne brûla que mon burnous mais la peur qu'il me fit me rendit féroce. Je lui portai un coup qu'il évita en se jetant en arrière, brandissant un long poignard, prévoyant sans doute ce qui allait arriver, ce vieux avait, caché sur lui tout un arsenal. Comme il levait le bras, d'un brusque dégagement je le pointai entre les côtes au-dessous de l'aisselle. Il tomba sur le côté en poussant un cri rauque. C'était fini.

Mais je ne lâchai pas assez rapidement mon arme et je faillis me fouler le poignet.

Alors, désormais, je visais au creux de l'estomac et surtout au ventre. C'est la bonne place et sous le galop du cheval, la lame entrait réellement comme dans du beurre.

Nous en tuâmes beaucoup et des femmes dans le nombre.

Que voulez-vous ? Le capitaine Richard avait beau crier « Ménagez les femmes, nom de Dieu » cette recommandation isolée se perdait dans le tumulte. Elles défendaient leur vie, du reste, et quand le sang ruisselle et que les balles sifflent autour de votre têtes, le sabre fouille un peu au hasard.

- Et, d'ailleurs, dit le colonel, qui admirait, toutes les nobles actions, c'étaient des vaillantes vendant chèrement leur vie et dignes de mourir en soldat. Quelle toile pour le prochain Salon !

Une demi-douzaine de toutes vieilles et de toutes jeunes, portaient des blessures sur la nuque ou le derrière des épaules, ayant été sabrées dans leur fuite mais on voyait aux sanglantes mamelles des autres qu'elles avaient fait face à l'ennemi.

- Des femmes au cœur viril, celles là ; nous ne pouvions nous empêcher de le dire en détachant de leurs mains raidies les grands pistolets ornementés d'argent et les poignards damasquinés rougis du sang des nôtres, des héroïnes taillées sur le patron antique, au physique comme au moral.

- Oui, m'écriai-je, c'est vrai, notre civilisation décrépite et caduque n'en avait plus de cette trempe.

- Bah me dit le grand Flamberge en passant deux magnifiques pistolets dans sa ceinture de laine, c'est de la camelote, ça rate à tout coup, mais les juifs de Constantine en donnent encore un bon prix. En voici deux qui représentent un certain nombre de verres d'absinthe. Regarde, camarade, ajouta- t-il en me montrant au loin un nuage de poussière, si je ne m'abuse, voilà le « goum » qui rabat les troupeaux. Je crois que nous aurons gagné notre journée.

 

Maintenant que de longues années ont passé sur ces drames, que seul dans le silence de la nuit, je fouille dans mes souvenirs, je vois des fantômes tout sanglants se dresser devant moi. Je mets mon front dans mes mains et je me demande si ces souvenirs ne sont pas de mauvais rêves, si c'est bien moi et les miens qui avons troué ces ventres d'épouses et de mères, taillé à coups de sabres ces seins qui allaitaient et ces blanches gorges de jeunes filles que nous aurions baisées à genoux.

Ah c'était l'ordre ! c'était l'ordre ! la dure loi de la guerre. Nous n'avons été que les instruments. Oui, c'est là ce que j'essaye de me dire.

Mais une autre voix crie plus haut et sonne stridente et furieuse à mon oreille

 

- Ah ah ! tu as beau fermer ton habit et le boutonner jusqu'au menton, tu n'étoufferas pas le bruit sinistre de ta conscience. Elle t'attend dans l'ombre, la solitude et le silence, et, frappe à coups cadencés comme un marteau de forge, enfonçant, toujours le terrible clou du remords. Presse ta poitrine et mets sur ta face le masque impassible, ton cœur bourrelé te dénonce et sonne sous ta mamelle, le lugubre carillon. Hector FRANCE.

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Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
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