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3 juillet 2014 4 03 /07 /juillet /2014 20:39

Le jour du 1er mai 1919 Le Populaire publie ce poème de Verfeuil. Le lendemain, la France entière peut compter le nombre de blessés et de morts suite aux charges de la police commandée par Clémenceau. Dans le même journal Verfeuil fait le point le lendemain. JPD

 

La fête du peuple

 Premier Mai, fête du Travail,

Sortez, ouvriers, des usines

Et fleurissez d'une églantine

Vos bourgerons et vos chandails

 

Sortez, les maudits, les esclaves,

Les parias, les sans-logis,

Tout ce qui peine et ce qui gît

Sous le knout et dans les entraves.

 

Voyez donc ces rayons vermeils

Coulant à pleins bords dans nos coupes ;

Sortez des ateliers en troupes,

Et venez boire du soleil !

 

Buvez aussi de la révolte ;

Par larges rasades, buvez ;

Il faut des forces : vous avez

A faire de rudes récoltes.

 

Le blé rouge partout éclot,

Le vent d'Ouest souffle en rafales,

Au grenier de la Sociale,

Nous allons engranger bientôt.

 

Nous avons à construire un monde,

Le vieux croule de toutes parts :

Ne confions pas au hasard

Une besogne aussi profonde.

 

Mettons-nous à l'œuvre, les gars,

Et que le Destin s'accomplisse ;

L'heure vient des grands sacrifices :

Ou le triomphe ou le trépas.

Raoul Verfeuil

 

Le Populaire 2 mai 1919 : La journée d'hier

La journée d'hier marquera dans les annales ouvrières. Jamais, on ne vit un chômage si complet, si total, si absolu. Toutes les corporations ont obéi avec un ensemble admirable au mot d'ordre des organisations.

Pas un tramway, pas un taxi, pas un fiacre dans les rues. A peine, de-ci de-là, quelque voiture de maître qui file à toute vitesse, ou quelque auto militaire. Des camions aussi qui transporteront, dans l'après-midi, les brutes des réserves centrales au-devant des colonnes de manifestants, et, les charges effectuées, se retireront avec leur cargaison de viande policière.

Tous les corps de métier, sans exception, ont chômé. Les cheminots ont fait arrêter les trains, le Métro n'a pas fonctionné, les électriciens ont coupé le courant, les postiers ont interrompu le tri des lettres et l'expédition des télégrammes. A la Recette principale, ils ont fait plus que ne leur demandait leur Fédération, ils ont abandonné totalement le travail et sont descendus dans la rue, toutes les catégories fraternellement mêlées.

L'après-midi, le décor changea. Obéissant aux instructions de l'Union des Syndicats, c'est par dizaines de mille que les ouvriers essayèrent de se rassembler place de la Concorde.

La manifestation avait été décidée très tardivement ; le gouvernement l'avait interdite. Et cependant le peuple de Paris a répondu en foule et la démonstration a eu lieu.

Ah ! sans doute, elle ne s'est pas faite comme les organisateurs le désiraient ; des bagarres violentes se sont produites ; du sang a coulé : il retombera sur les épaules déjà bien rouges du sinistre vieillard qui, pour notre honte, gouverne notre malheureux pays.

Quel journal parlait la veille de mesures d'ordre, insignifiantes ? Ce fut au contraire un déploiement de forces extraordinaires. Dans la nuit, des troupes étaient venues de banlieue, et quand les manifestants tentent de déboucher place de la Concorde, désignée comme point de concentration, ils se heurtent à des barrages de dragons et de fantassins, derrière lesquels sont alignés les masses sombres de la préfecture de police qui, tout à l'heure, vont se distinguer.

La place de la Concorde étant inaccessible, on prend des rues adjacentes et on atteint le boulevard des Capucines.

A la Madeleine, nouveau barrage, composé de poilus du 59ème de ligne, qui se laissent forcer sans trop de difficultés. On les sent hésitants, voire sympathiques. Le gros des manifestants passe à la hauteur de la rue Royale, il y a malheureusement un deuxième cordon de troupes. Ce sont des dragons. On ne va pas plus loin. Les premières charges se produisent. Les pompiers eux-mêmes viennent à la rescousse et inondent la foule.

Mais des colonnes énormes de camarades s'ébranlent et prennent la direction de l'Opéra au chant de L'Internationale.

A l'Opéra, nouveaux barrages et nouvelles charges, plus brutales, plus meurtrières.

Un jeune homme, Charles Lorne, mécanicien, 18 ans, est tué d'un coup de feu.

M. Clemenceau, qui aime le sang, a dû dormir d'un sommeil rempli de visions charmantes.

Les lauriers de Villeneuve-Saint-Georges, Draveil-Vigneux et Narbonne étant flétris, il a jugé nécessaire de les redorer.

Il a parfaitement réussi. La couronne rouge vient de s'orner d'un nouveau fleuron. Raoul VERFEUIL.

 

 

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Published by éditions la brochure - dans raoul verfeuil
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