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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 14:25

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L’homme, assis à la table de ce restaurant où il consulte le menu, c’est l’acteur qui arrive en retard à « la répétition », dans la pièce qui se joue juste à côté, au cloître des Carmes. Je sais à présent pourquoi il arrive en retard… Avec quelques autres ils hésitent à jouer la pièce prévue quand tout à coup six personnages en quête d’auteur font leur entrée au milieu de leur « répétition ». L’homme, assis à la table de ce restaurant, deviendra même dans la pièce, un auteur potentiel de la pièce… Mais où sommes-nous donc ?

 

En 1990 mon été était paisible et j’ai pu me payer le luxe de me lancer dans l’étude de la langue italienne en compagnie d’un des écrivains qui m’a marqué le plus : Sciascia qui venait de mourir en novembre 1989. Par ce Sicilien j’ai découvert l’autre Sicilien, Pirandello, dont les éditions Folio venaient en mars d’éditer : Ecrits sur le théâtre et la littérature (livre qui contient une préface de Six personnages en quête d’auteur). La publication en édition bilingue de Nouvelles pour une année m’enfonça définitivement dans le pirandellisme. J’ai poussé la folie jusqu’à acheter les 1500 pages de lettres de Pirandello à son amour, Marta Abba. Pirandello a été Prix Nobel de littérature en 1934, du temps du fascisme. N’ayant pas eu à quitter l’Italie de Mussolini était-il devenu un écrivain du régime ?

 

Avec Marie-France nous avions déjà vu à Avignon, Six personnages en quête d’un auteur, or voilà que le Théâtre de la Colline en proposait une version sur une scène du In. Une semaine avant le début du Festival toutes les places étaient déjà prises mais finalement, à l’ultime minute, après avoir insisté, Marie-France a obtenu les deux billets.

 

A un journaliste de France Bleu recueillant à la sortie des impressions de spectateurs j’ai répondu : « Pirandello vivant ! » et ce fut en effet magnifique. J’avais quelques craintes après avoir lu les présentations dont un entretien avec le metteur en scène Stéphane Braunschweig où il expliquait : « Pour rester fidèle à Pirandello, il fallait le trahir. » De quelle fidélité et trahison s’agissait-il ? « Sa pièce écrite en 1921, porte une charge satirique contre le théâtre bourgeois en vogue à cette époque-là, qui désormais nous apparaît complètement désuet, avec sa hiérarchie des rôles, ses intrigues, ses coquetteries. »

 

L’entrée de l’actualité ne risquait-elle pas de briser l’équilibre de la pièce ? Ce ne fut pas le cas car grâce à la mise en scène il ressort exactement le contraire du spectacle : l’actualité appuie l’équilibre du texte, Pirandello est encore plus présent par quelques allègements de répliques, pour quelques utilisations d’outils technologiques et par ce souci majeur au théâtre : le coup de théâtre qui n’a pas besoin d’être l’apparition d’une femme ou d’un homme nu, ou la vue du sang qui coule réellement !

 

Mais restons-en sur un point précis : le rapport entre l’intimité de l’auteur et l’universalité de ses personnages. Parmi les six personnages, il en est un qui refuse la quête de l’auteur dramatique, ce fils, qui effet, entre scène sans qu'on le voit et dont on s’étonne à chaque fois qu’il soit là. Je crains fortement que le critique de Libération (1) qui, le lendemain de la première, descendra en flèche le metteur en scène, agrémentant son propos d’une citation inutile de Pirandello pour montrer sans doute sa science, n’ait pas lu le passage ci-dessous de l’auteur sicilien. Mais je reviendrais plus précisément sur cette question car à titre personnel ce n’est pas avec discrétion que je combats l’esthétique romantique même quand elle prend les couleurs les plus grandiloquentes du romantisme révolutionnaire. Ce qui m’incite à passer à une double présence québécoise sur le festival (voir article à suivre sur Tremblay et Wajdi Mouawad). J-P Damaggio

(1) C'est une constante : j'apprécie les spectacles dénigrés par Libération

 

 

La parole à Pirandello

“Si quelqu’un m’affirme maintenant que cette œuvre ne possède pas toutes les qualités qu’elle devrait avoir pour la raison, que, mal composée, chaotique, elle pèche par excès de romantisme, je ne pourrai que sourire. Cette remarque, je la comprends. En effet la représentation du drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages apparaît tumultueuse et sans progression ordonnée : il n'y a aucun développement logique, aucun enchaînement dans la suite des événements. Ceci est vrai. L'aurais-je cherché à la lueur d'un lumignon que je n'aurais pu trouver une manière plus désordonnée, plus bizarre, plus arbitraire et compliquée, c'est-à-dire plus romantique, de représenter « ce drame dans le tourbillon duquel sont entraînés les six personnages ». C'est l'exacte vérité. Mais ce drame, je ne l'ai pas représenté : j'en ai représenté un autre — je ne répéterai pas lequel ! — où, entre autres plaisants éléments que chacun peut y découvrir selon ses goûts, figure justement une discrète satire de l'esthétique romantique : dans mes personnages mêmes si obstinés à vouloir l'emporter l'un sur l'autre en tenant le rôle que chacun d'eux joue dans un certain drame, alors que moi, je les présente comme des héros, d'une comédie différente qu'ils ne connaissent ni ne soupçonnent, de telle sorte que leur agitation passionnée, on ne peut plus d'esthétique romantique, et non sans humour placée et fondée sur le vide. Et représenté non de la façon dont il se serait organisé dans mon imagination si je l'y avais accueilli, mais comme tragédie refusée, ce drame, des personnages ne pouvait être, dans mon ouvrage, qu'une « situation appelée à un certain développement, ne pouvait se manifester que par des indices, tumultueusement et sans ordre, en violents raccourcis, d'une manière chaotique perpétuellement interrompu, dévié, contredit et même nié par l'un des personnages, même non vécu par deux autres.

Il existe en effet quelqu’un — celui qui « nie » le drame faisant de lui un personnage : le Fils — qui tire toute sa valeur et son relief de se trouver être personnage non de la « comédie à faire » — en tant que tel, il n'apparaît presque pas — mais de la représentation que j'ai donnée de la chose. Il est somme toute le seul qui ne vive que comme « personnage en quête d'auteur », à ceci près que l'auteur qu'il cherche n'est pas un auteur dramatique [il cherche son père : note JPD]. Il n'en pouvait être autrement autant l'attitude de ce personnage est en rapport organique avec ma conception du spectacle, autant il est logique qu'il détermine au sein de la situation un regain de confusion, de désordre, une nouvelle occasion de contraste romantique. »

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