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29 septembre 2011 4 29 /09 /septembre /2011 11:34

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En 2009, au cours de mon précédent voyage en Italie, j’avais noté le combat féministe lancé contre Berlusconi et son mépris des femmes. Parmi les signataires d’un appel lancé sur La Repubblica, j’avais retenu le cas de Michela Marzano (MB). Je ne savais pas qu’au même moment elle venait de publier en France chez Larousse : Le fascisme, un encombrant retour ?

Deux ans après je viens de lire ce livre dans un contexte politique un peu différent.

Michela Marzano est une jeune philosophe de 41 ans chercheuse en France au CNRS et j’ai imaginé, à la vue du titre, une avancée de la réflexion sur le fascisme. Le livre fourmille de rappel historique intéressant et de courageuses références à l’actualité. Je dis « courageuses » car les philosophes préfèrent souvent regarder le monde de haut et de loin. Le livre est écrit après la victoire berlusconienne de 2008 et à se replonger dans l’histoire italienne (qui est au cœur du livre) le parallèle Mussolini-Berlusconi était attendu. Si le rapport pouvoir économique et pouvoir politique court dans le livre (Berlusconi crée un parti-entreprise) il n’est pas analysé de façon centrale or toute réflexion sur le fascisme passe par cette étape.

Le cas de Mussolini et de l’Italie me semble utile à étudier car contrairement à Hitler il n’arrive pas au pouvoir dans la foulée de la grande crise économique de 1929 qui fait souvent dire que le fascisme ou le nazisme sont surtout une des formes politiques de réponse à une crise économique. J’en reste à l’idée qu’en toute chose l’économique est déterminant (et le cas Berlusconi appuyant son action politique sur sa réussite économique en est une confirmation si nécessaire) mais le politique a sa propre logique, ses propres hommes (les femmes tenues à l’écart), et bien sûr sa propre histoire souvent nationale. Si Mussolini s’installa au pouvoir comme leader politique, ramenant ensuite l’économique aux ordres du politique, Berlusconi s’installa au pouvoir comme leader économique, ramenant ensuite tout le politique aux règles de l’économique comme le veut son époque. Cette contradiction de base, et qui n’est pas la seule entre les deux hommes, n’exclut pas la possible comparaison en terme de fascisme. A être schématique je pourrais écrire que Mussolini apporte le fascisme par en haut et que Berlusconi ne fait que représenter celui qui monte d’en bas… Voilà pourquoi l’énorme répression de l’ère mussolinienne (absente du livre de MB) n’a pas besoin d’exister aujourd’hui !

Le leader et la coalition

Pour moi la contradiction majeure entre les deux hommes tient au fait que le premier fut le chef d’un parti et le second le chef d’une coalition qu’il a créé, qu’il dirige et qui la fait trébucher dès son premier gouvernement. Ce point n’est pas un point de détail ; je crains parfois que les dénonciateurs de Berlusconi… ne soient fascinés par l’homme.

Si j’ai pris comme illustration de cet article la photo en Une de la Repubblica le 23 septembre 2011, où Berlusconi pose tendrement sa main sur la tête d’un Bossi éberlué c’est pour rappeler la nature des liens au sein de la coalition : Berlusconi est le boss et il remercie en cette occasion Bossi qui a accepté de sauver le député Milanese. Il ne peut plus faire de même avec l’autre allié Fini qui est passé dans la contestation ouverte.

Bossi est à mon sens la démonstration que la version actuelle du fascisme est née avant l’arrivée de Berlusconi et qu’elle peut donc continuer après sa prochaine disparition.

Tout focaliser sur un homme qui a été capable de dire : « A part Napoléon je ne vois personne qui puisse me surpasser dans l’histoire politique de l’Europe. » risque d’éviter l’analyse de tout ce que le système économique capitaliste dans sa phase actuelle a su faire admettre au simple citoyen devenu client.

Bien sûr, le livre de MB évoque cet aspect à diverses occasions : « Berlusconi n’utilise pas les raisonnements, mais plutôt des messages publicitaires, des slogans, des phrases à effet qui se réfèrent au langage de la publicité. »

Nous avons glissé d’un marketing économique qui a sa logique (faire vendre un produit), à un marketing politique qui veut tout vendre.

Dans ce contexte, la coalition, inévitable en toute démocratie, devient la marque du génie politique et elle est plus facile à droite qu’à gauche. MB démontre utilement comment Berlusconi comme Sarkozy peuvent tout dire et son contraire en conséquence Berlusconi a réussi à unir le nationalisme de Fini et l’antinationalisme de Bossi ! A gauche, il est plus difficile, quand on veut défendre une politique argumenter d’unir les pires des contraires, d’autant qu’à gauche la riposte au fascisme rampant semble désorientée.

Le tout Etat contre l’Etat de rien

C’est la suite logique du point précédent : Mussolini ramène tout à l’Etat (comme le communisme de l’époque) or Berlusconi veut tout vider de l’Etat. MB propose un chapitre passionnant sur l’évolution du rapport vie publique/vie privée. Mais l’économique n’étant pas au centre du propos, elle me paraît rater une étape. Le constat d’un Etat qui se vide de tout pouvoir est connu mais souvent atténué par le fait que l’Etat conserverait ses fonctions régaliennes (Police-Armée). Si la privatisation des polices et des armées est plus lente que pour le reste, elle n’en est pas moins réelle ! En Amérique latine il est très fréquent de constater que les polices privées sont plus nombreuses, mieux équipées que les polices publiques ! D’ailleurs beaucoup d’employés de police des communes complètent leur salaire par des travaux dans les polices privées ! Qui doit faire le plus peur : le contrôle de l’Etat sur nos vies ou le contrôle de Facebook, Mac Do, Nike, Google ? La différence c’est que l’Etat reste un adversaire repérable alors que les autres sont validés par le citoyen-client qui porte lui-même sur ses vêtements l’étoile jaune des marques ! Naturellement les objectifs sont différents dans les deux cas : la police agit pour un Etat, les polices privées pour la défense du fric et Facebook, Mar Do… pour leur propre fric.

La démocratie s’est construite au nom des droits des citoyens contre ceux des puissants. La gauche doit comprendre que la contre-révolution capitaliste fait qu’à présent les puissants se font les porteurs des droits de citoyens anesthésiés, comme ils le furent longtemps pas les religions (je ne sous-estime pas les bénéfices que la religion apporte aux puissants dans le nouveau contexte). La lutte redevient plus fondamentalement une lutte pour l’hégémonie au sein du peuple. L’histoire nous a appris qu’il ne suffisait pas de nationaliser (en appeler à l’Etat) pour arrêter les puissants (on assiste à des nationalisations de banques pour leur plus grand profit) mais qu’il faut savoir construire une conscience nouvelle face à la marchandisation du monde. Une longue route en perspective mais en fixer le cap peut permettre d’arrêter la montée du fascisme féodal, un fascisme qui s’appuie sur le repli de chacun sur les groupes proches, repli dans la logique du système économique actuel. Hier c’était la montée des grandes entreprises : depuis elles refilent l’activité à des filiales parfois minuscules, le contrôle global se faisant par la finance. Nous sommes tous des sous-traitants et devons agir en conséquence pour retrouver des droits politiques.

28-09-2011 Jean-Paul Damaggio

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