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11 septembre 2012 2 11 /09 /septembre /2012 17:08

pasolini-et-sa-mere.jpg¨Photo : Susana Pasolini et son fils Pier Paolo

 

Deux écrivains, deux parcours, deux univers et tout qui les sépare ?

Nous pourrions dire que le grand poète catalan, l’ami de Montalbán, je veux dire José Agustín Goytisolo, était un traducteur de Pasolini en Espagne

Nous pourrions dire que les deux hommes avaient la même passion pour le football car ils avaient une passion pour le peuple, ce qui ne les empêchait pas d’observer la dérive mercantile de ce sport, et les aliénations qui vont avec.

Nous pourrions dire qu’en décembre 1975 c’était l’anniversaire de Dolores Ibarruri et qu’il se fêta à Rome où était Montalbán [il commençait à pouvoir sortir d’Espagne] et quand Dolores publia ses Mémoires Montalbán écrivit le prologue et rappela au sujet de la fête où il y avait aussi Anna Salès : « Rome proclamait sur ses murs une double vocation de liberté souscrite par le PCI : solidarité avec l’hommage fait à Dolores et respectueux souvenir du récent assassinat de Pasolini. » (il était mort le 2 novembre 1975). Il y eut un hommage sur la place d’Ostie.

Nous pourrions dire que quand Georges Tyras interrogea longuement Montalbán, ils ne parlèrent pas de Pasolini.

Nous pourrions dire qu’inversement quand Montalbán parla de littérature il avait Pasolini à ses côtés.

 

 

Dans un article Italia y yo (1) il rappelle qu’il est né en 1939 du temps du grand amour entre Franco et Mussolini. Il échappera d’abord à l’enfer fasciste en partie avec la culture française mais il rappelle le choc reçu au cours des années 50 au moment de son premier contact avec la culture italienne. Ce fut à travers Lavorare stanca que lui apporta l’amie barcelonaise Myriam Sumbulovich (2) qui avait un pied à Milan et l’autre à Barcelone. Elle lui apporta même Les lettres de prison de Gramsci qui le « mit sur le chemin d’une précoce connaissance de l’œuvre de Gramsci et j’insiste sur l’adjectif précoce car Gramsci est resté un inconnu en Espagne jusqu’au milieu des années 60 ».

Très vite la culture littéraire italienne va déplacer au second rang celle de France. « Le Pavese romancier, Pratolini, Gadda, Moravia, Piovene, Vittorini, Ungaretti, Montale, Della Volpe, Pasolini… Je me souviens de l’énorme émotion que représenta pour moi, en pleine crise de ma conception de la fonction sociale et politique de la littérature, la lecture d’un article de Pasolini dans Ulisse, revendiquant l’irrationalité comme territoire d’investigation et instrument de connaissance qu’on ne devait pas laisser dans les mains de la bourgeoisie… »

Plus loin il explique que chez Pasolini il admire « su estética de la sinceración marginal como provocación ». Je ne me hasarderai pas à traduire… mais bon son écrivain italien de référence sera Sciascia.

 

Tout ça pour dire en fait que le grand roman que quelqu’un écrira peut-être un jour s’est déroulé à Barcelone quand, semi-clandestinement, Pasolini est venu présenter L’évangile selon Saint Matthieu. « Je me souviens que pendant une visite semi clandestine de Pasolini à Barcelone quand il est venu présenter La Pasion segun san Mateo (3), il a tenu une réunion non tolérée mais avec beaucoup de monde, avec des intellectuels résistants, des apprentis comme moi, et il a dit quelque chose qui me donna la clef de ce que veut dire vérité en littérature. Il a dit qu’il s’était rendu compte de la médiocrité du fascisme Italie non pas en lisant la littérature critique, politique, de Togliatti ou de Gramsci, qui leur opposaient une alternative idéologique, mais en lisant Rimbaud. Le poète français était la vérité littéraire ; la poésie officielle institutionnalisée par le fascisme était le mensonge : c’est à partir de la découverte du mensonge esthétique que le jeune Pasolini est arrivé à l’évidence du mensonge politique. Peut-être Pasolini a-t-il essayé de nous mettre sous les yeux cette parabole dans le but de laisser bouche ouverte cette poignée d’intellectuels réprimés à la périphérie du système, mais aujourd’hui encore je reconnais là l’explication la plus lucide que je n’ai jamais entendue sur la relation entre vérité et mensonge en littérature. » (4)

 

Rappelons que dans ce film le rôle du Christ est tenu par un espagnol Enrique Irazoqui qui est devenu économiste et professeur de lettre et qui serait sans doute une bonne source pour rappeler la réception du film en Espagne.

 

Rappelons que dans ce film le rôle de Marie est tenue par la mère de Pasolini, Susana Pasolini, une institutrice tant admirée par son fils.

 

Pour comprendre tout le côté spectaculaire de cette réunion de 1964-1965 il faut penser à tant d’autre chose comme le fait que le Christy aurait pu être jouée par José Agustín Goytisolo.

Jean-Paul Damaggio

 

(1) El escriba sentado, p. 146

(2) Myriam Sumbulovich est la traductrice en italien de Montalbán sous le pseudo de Hado Lyria

(3) El evangelio según Mateo est le vrai titre du film en espagnol

(3) La literatura en la construcción de la ciudad democrática p. 127

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Published by éditions la brochure - dans vazquez montalban
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