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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 20:38

 

Le grand historien de la Révolution français Albert Mathiez (1874-1932) est passé par le lycée Ingres à Montauban. J’ai évoqué l’événement dans mon livre sur Léon Cladel en 1991 car j’y parle de l’Affaire Dreyfus telle qu’elle fut vécu dans la ville. Au cœur de cette affaire (qui concernait Cladel indirectement car il est décédé en 1892 donc avant les faits), il y a l’Affaire Mathiez. En juin 1899, Mathiez a 25 ans et au Lycée il apprend qu’un prof, M. Castex, a dit du bien d’un adversaire de Dreyfus, M. Cristiani. Il contre-attaque. Les deux professeurs devront quitter Montauban. Le journal La Tribune indique :

« Aujourd’hui que cette enquête est terminée et que les conclusions en sont des plus favorables à M. Castex, nous ne nous croyons plus tenu au silence. Il est donc faux que ce distingué professeur, reconnu d’ailleurs et très estimé à Montauban, ait fait l’apologie de l’attentat plus stupide encore qu’odieux du comte de Cristiani. L’honorable M. Castex, comme tous les bons universitaires de son époque et de son école, n’est point de ceux qui introduisent la politique dans les cours littéraires… »

L’adversaire est nommé par une périphrase : « le lâche imposteur qui avait échafaudé l’affaire de toute pièce ».

Mathiez défenseur de Dreyfus ne fera qu’un passage court à Montauban, ce qui suffira pour marquer à jamais un futur historien, son élève Edmond Campagnac.

 

C’est dans un article de la revue d’Alphonse Aulard, La Révolution française (15-12-1903), où il va intervenir souvent que Campagnac confie dans cette note au sujet de son article sur Petit-Jean, un curé communiste :

« (1) Puis-je passer sous silence la part prise à la rédaction de cet article par M. Mathiez, mon maître au lycée de Montauban et durant longtemps mon seul conseiller depuis ma sortie du lycée ? C'est avec l'aide de ses conseils que j'ai écrit cette courte étude, dans laquelle j'ai exprimé plusieurs idées qui sont les siennes. Qu'il veuille bien accepter ici mes remerciements, en même temps que l'expression de ma reconnaissance pour tout ce que je lui dois. Il a déjà été parlé du curé Petit-Jean par M. de Robillard de Beaurepaire dans son livre la Justice révolutionnaire à Bourges, mais sans impartialité et trop succinctement, et par M. Lemas dans ses intéressantes Éludes sur le Cher pendant la Révolution; mais celui-ci s'est attaché à narrer simplement l'émeute suscitée par Petit-Jean, sans étudier d'une façon particulière les idées de ce prêtre communiste. »

 

Il a sans doute participé à la revue de Mathiez, La Société d’études robespierristes mais je n’ai pu la consulter. En 1902 Campagnac est indiqué licencié d’histoire et répétiteur au Lycée de Bourges. Son passage dans le Cher le conduira à choisir son sujet de thèse (à moins qu’il n’ait demandé ce département justement pour sa thèse) sur le conventionnel Laplanche.

Dans un autre article de la revue La Révolution française, au sujet de la langue française enseignée en Alsace,  il est présenté ainsi :

« En remplissant pendant les étés 1917 et 1918 une mission dans le coin d'Alsace qui avait été recouvré par la France dès les premiers jours d'août 1914, j'eus le plaisir d'y trouver sous l'habit bleu-horizon, au nombre des professeurs de l'École primaire supérieure de Masevaux, M. Edmond Campagnac. Ses titres l'avaient désigné pour l'enseignement de l'histoire. Il est en effet licencié d'histoire, et un excellent mémoire, soutenu en Sorbonne sur la mission du représentant Laplanche dans le Cher, lui a valu le diplôme d'études supérieures. Oh quels éminents services ont rendus à la France les poilus qui ont enseigné pendant la guerre dans les vallées de la Doller et de la Thur et qu'assistaient dans les écoles de filles quelques institutrices et les vaillantes sœurs de Ribeauvillé. Les enfants s'appliquaient bien afin d'apprendre notre langue et récitaient le plus gentiment du monde des fables de La Fontaine. Après la classe, les garçons entouraient les soldats et la leçon continuait. Au moment où fut signée l'armistice, cette génération de petits Alsaciens qui s'élevait parlait le français de façon courante, avec un petit accent marseillais, puisqu'assez longtemps le XVe corps avait campé en ces parages. S'il avait été possible d'user de pareille méthode dans le reste de l'Alsace, on n'oserait plus y parler de la Muttersprache.

M. Campagnac, en bon historien, a voulu connaître le passé de la région de Masevaux et surtout il s'est demandé comment jadis y était organisé l'enseignement primaire. Par bonne fortune il a mis la main sur les papiers d'une famille dont les membres ont formé une véritable dynastie de maîtres d'école ou, comme on dira depuis le décret du 29 frimaire an II, d'instituteurs. Les Graff enseignent à Masevaux en 1760 ils y enseignent encore en 1821, serviteurs de tous les régimes qui se sont succédé monarchie absolue, révolution, empire, restauration et c'est en réalité l'histoire de l'enseignement en Alsace pendant près de soixante ans que M. Campagnac nous retrace car les choses se sont passées dans toutes les petites villes alsaciennes comme à Masevaux. Sous l'ancien régime, l'État ne se soucie nullement ni des écoles ni de la propagation de la langue française ce sont les seigneuries ou, pour mieux dire, ce sont, dans l'intérieur de ces seigneuries, les villes qui ont la haute main sur ces écoles école allemande où l'enfant apprend à lire et à écrire l'allemand parfois, comme à Masevaux, école française, entièrement distincte de l'autre et qui passait pour plus distinguée et d'un degré supérieur parfois même école latine. Le décret de la Convention du 29 frimaire an II (19 décembre 1793) veut organiser en Alsace dont les seigneuries ont disparu, comme dans le reste de la France, une école d'État, ayant à sa tête « un instituteur de langue française » nommé par les représentants en mission elle devait d'ailleurs coexister avec l'école locale allemande. L'année suivante, il n'est plus question que d'une seule école dans les villes et villages, l'enseignement y doit être donné en langue française l'idiome du pays ne sera employé que comme un moyen auxiliaire.

C'était la sagesse même mais les hommes et l'argent manquèrent. Sous le Consulat et l'Empire le maître d'école est sans traitement fixe il est nommé directement par le sous-préfet, instrument docile du maire, du curé ou du pasteur, et sa situation n'est guère relevée avec la création de l'enseignement mutuel sous la Restauration. M. Campagnac nous donne un exemple concret qui permet de bien suivre cette évolution. Nous devons le remercier de cette très intéressante étude. » Christian Pfister. (Août 1926 Nouvelle revue)

 

Il reste des trous à combler avant de comprendre comment s’enchaîne l’histoire des historiens.18-06-2011 Jean-Paul Damaggio

 

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