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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 17:48

Parmi les nombreuses traductions de textes des troubadours il y a Fierabras. Voici la préface du traducteur que fut Mary-Lafon. JPD

 

 

Voici encore un diamant de la couronne poétique de nos pères qui, après cinq cents ans de poussière et d’oubli, vient de nouveau briller au jour. Trop insoucieuse de ses richesses littéraires, la France d’aujourd’hui n’y songeait plus ; celle d’autrefois n’y avait jamais songé. On avait bien fait une version ou plutôt des imitations grossière du poème, à la manière des quatre fils de Aymon, mais ce décalque sur papier gris, hâtif et par trop populaire, ne rendait ni le sens, ni la couleur, ni l’énergie, ni, à proprement parler, aucune des beautés de l’original.

Bien plus jalouse que la France de remonter aux sources de notre poésie provençale, dès 1533, l’Allemagne avait traduit le roman de Fierabras. Seulement, cette traduction, qui fut réimprimée en 1809, reproduisant de loin des manuscrits français dont le texte est incomplet, ne refléta qu’approximativement et d’une façon imparfaite l’admirable poème.

Il en existait en Espagne, au seizième siècle, une version en langue castillane où Cervantès puisa le sujet de l’un des épisodes les plus comiques du roman. Les Italiens en possèdent une autre intitulée : Romanzo di Fierbaccia e Olivieri (roman d’Olivier et de Fierabras) ; et les Anglais une également, encore inédite et signalée par George Ellis dans ses extraits de romans de chevalerie[1]. Comme on le voit, le chef d’œuvre de nos aïeux, s’il restait inconnu en France, avait fait le tour d’Europe, et il fallait l’insouciance, on pourrait dire l’ignorance, du président de Montesquieu, en fait d’histoire littéraire, pour jeter du bout des lèvres dans le monde cet arrêt, devenu axiome : « Les Français n’ont pas la tête épique ! »

Ces mots, très vrais pour les Français du dix-septième et du dix-huitième siècle, pour Chapelain et Voltaire, par exemple, qui vivaient dans les temps où la civilisation avait tué la poésie, et la politesse l’originalité et l’enthousiasme, sont faux en tout point quand on les applique aux poètes du moyen âge. Les rapsodes féodaux se sont trouvés dans les mêmes conditions qu’Homère pour peindre leur époque, et ils l’ont fait avec une énergie et une richesse d’images et de couleurs qu’Homère seul égale, mais qu’il ne surpasse pas. Ainsi le Fierabras est un poème épique reposant, comme l’Illiade, sur une donnée fabuleuse ou un vague souvenir historique, et reflétant avec une fidélité inimitable et une éclatante lumière poétique, non les mœurs des temps carlovingiens, mais celles des temps féodaux où vivait l’auteur, qui a peint ce qu’il a vu.

(…)

En reprenant dans la littérature française le rang qui lui appartient et qu’il n’aurait jamais dû perdre, le poème de Fierabras va faire descendre d’un cran la Jérusalemn délivrée et le Roland Furieux. Tasse et Arioste, en effet, ont puisé à pleines mains dans notre chef d’œuvre, et ils y ont pris leurs plus  belles inspirations. Ainsi, Argant est, pour ne parler que du Tasse, l’ombre de Fierabras. Les admirables scènes où Tancrède quitte son lit, blessé et mourant, afin de répondre au défi du Sarrasin, son duel avec Clorinde, la conversion miraculeuse de cette dernière, les brillants épisodes des luttes chevaleresques ou d’assaut, tout cela, comme on va le voir, est copié mot à mot dans notre poème, et, malgré le talent du Tasse, nous maintenons que l’original est resté bien au-dessus de la copie.

Cette supériorité éclate surtout dans le combat de Fierabras et d’Olivier, l’une des plus magnifiques scènes que nous connaissions ; la plus belle, sans contredit, qui ait été imaginée par le génie de nos poètes. Après l’avoir lue avec l’émotion qu’elle laisse au cœur et l’admiration qu’elle inspire, qu’on se rappelle la parodie de Cervantès, car il ne s’agit de rien de moins que du fameux baume de Fierabras, et l’on verra combien la moquerie, même spirituelle, est misérable quand elle s’attaque aux grandes choses !…



[1] Spécim of early english roman, t II, p.357-404

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