Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 18:46

Voici un document politique qui garde une belle actualité !!! JPD

 

 

Montauban, le 15janvier 1841.

CHERS CONCITOYENS,

Il vient de s'établir, dans le département, des Comités dont nous nous empressons loyalement et à la face de tous, de vous dire la pensée et le but : Une sage et juste égalité dans la possession des droits politiques[1], voilà ce que nous entendons par ce mot de réforme qui retentit aujourd'hui d'un bout de la France à l'autre.

Que tous ceux qui paient l'impôt directement ou indirectement soient appelés à en déterminer le vote et l'emploi par leurs représentants ; que tout citoyen, ayant droit de faire partie de la garde nationale, soit électeur et éligible, voilà ce que nous voulons.

Jamais demande ne fut plus équitable et plus légitimée, plus justifiée par les circonstances.

Voyez, en effet, ce qui se passe autour de nous. D'un côté, le budget le plus écrasant que nous ayons jamais subi, et plus d'un milliard de déficit ! De l'autre, notre commerce repoussé de tous les marchés européens. Notre agriculture ruinée par les contributions et les hypothèques. Notre patrie abaissée et mise au ban des autres puissances ! Tels sont les résultats du système gouvernemental actuel. Corruption et misère au-dedans, déchéance et honte au dehors. C'est ce qu'il donne à la France et ce qu'il devait forcément lui donner avec son mode menteur d'élections.

Examinez ce système.

Vous trouvez d'abord que la plus grande activité constitutionnelle est dans la Chambre des Députés, qui a une origine élective, et qui sort (quoique de bien loin) du peuple ; et ensuite que sur elle pèse la plus haute responsabilité, car elle vote l'impôt, elle fait et défait les ministres. S'il est donc vrai que la fortune publique s'engloutisse dans le gouffre de jour en jour plus profond du déficit, c'est à la Chambre qu'il faut s'en prendre, car elle pouvait l'empêcher. S'il est vrai que la nation soit déchue dans son honneur et dans sa gloire, c'est la Chambre qu'il faut accuser, car elle pouvait défendre l'un et l'autre.

Mais pour empêcher la dilapidation de nos finances et l'abaissement du pays, il fallait des hommes de cœur, de talent, de grande probité politique, de vrai désintéressement ; et par malheur ces hommes ont été rares dans les Chambres nommées depuis 1830.

Comment même auraient-ils pu y pénétrer autrement que par exception. Songez quelle est la composition des collèges électoraux, et quels sont en général les candidats qui en sollicitent les suffrages !

Les collèges électoraux ne comptent ordinairement que deux ou trois cents membres. Dans ce nombre, il n'est par rare de rencontrer soixante maires ou adjoints[2] qui ont des rapports continuels avec la préfecture, et dont la pluralité est habituée à en suivre le mot d'ordre et à le transmettre. Il y a de plus au moins six juges de paix, au moins quatre percepteurs, et autant de fonctionnaires appartenant aux diverses administrations, dont le vote et le zèle sont imposés.

Maintenant qu'une élection ait lieu, ces 84 amis du pouvoir, stimulés par le préfet, le receveur général et le procureur du roi, se mettront en campagne, et quand bien même ils ne parviendraient à recruter qu'une voix chacun, le triomphe ministériel est assuré.

Or, si au lieu de deux ou trois cents électeurs il y en avait deux ou trois mille, ces petites intrigues, ce courtage individuel se perdraient dans la foule, et le gouvernement ne pouvant exercer la corruption en grand, trouverait toujours contre lui une majorité indépendante.

Si des collèges électoraux nous passons aux hommes qu'ils nomment, ne voyons-nous pas des raisons plus fortes, des motifs plus impérieux d'accroître le nombre des votants ?

Le temps de la franchise est venu pour tous : les abus sont trop grands et trop intolérables: se taire aujourd'hui serait complicité, aussi nous parlerons, nous dirons la vérité tout entière.

N'est-il pas vrai, chers concitoyens, que la députation n'est aujourd'hui qu'une spéculation personnelle ? N'est-il pas vrai qu'au lieu de s'occuper des intérêts du pays, l'immense généralité des élus s'occupent d'eux-mêmes et de leur famille avec une impudence révoltante ! Regardez donc un instant cette Chambre. Sur chaque banc vous trouvez des hommes obscurs, inconnus il y a dix ans, et qui aujourd'hui sont ministres, conseillers d'état, maîtres des requêtes, procureurs généraux, présidents de cours royales, colonels, généraux. Et si, dans l'étonnement que cause un avancement si rapide, vous demandez quels services ils ont rendus à la France, vous trouvez qu'ils l'ont écrasée pendant dix ans sous des impôts énormes, et qu'ils l'ont laissée avilir tant que l'étranger l'a voulu ; si vous demandez leurs titres, on vous répond qu'ils en ont un seul : la députation. Et par quel moyen encore cette députation est-elle acquise !

Aux manœuvres si illégalement pratiquées par le pouvoir, se joignent les manœuvres non moins honteuses, non moins indignes de l'honnête homme, qu'emploient aujourd'hui la plupart des candidats.

Les uns, achetant la liberté des électeurs, les attachent à la moindre gêne à la glèbe hypothécaire, et les placent avec déloyauté entre un vote forcé et un remboursement qu'ils savent impossible ; les autres se constituent, par la distribution de quelques places subalternes, une petite église dont la mission est de recruter des voix dans la masse. A l'aide de ces partisans intéressés, qui semblent suivre des drapeaux contraires, ils séduisent les âmes crédules de tous les partis. Vrais caméléons politiques, sans foi, sans convictions, sans honneur, ils passent d'un camp à l'autre selon que le pouvoir penche à gauche ou à droite ; et telle est la force des cupidités mise en jeu, telle est l'apathie des citoyens probes, que ces hommes, dont le contact devrait faire rougir, parviennent à s'imposer à ceux même qui ne les connaissent que par leurs palinodies !...

D'autres enfin, qui n'ont pour recommandation que la fatuité la plus vide, que l'égoïsme le plus matériel, exploitent, à l'instar des mauvaises coutumes anglaises, tous les instincts grossiers de nos campagnes, et les bulletins qui portent leur nom tracé d'une main chancelante, disent assez sous quelle influence ils furent écrits.

Or, nous tous qui sommes signés ici, nous voulons, chers concitoyens, détruire ces scandales et rendre la représentation du pays honorable, intègre et digne.

C'est pourquoi nous demandons la réforme et nous vous engageons vivement à la demander avec nous. Signez la pétition qu'on vous présente ; et soyez certains que ni progrès dans notre liberté, ni amélioration dans nos finances, ni amendement dans la corruption politique, dans la démoralisation qui nous dévorent, ne seront obtenus qu'au moyen de cette réforme.

Si quelqu'un l'attaque ou cherche à vous en effrayer, regardez le bien : deux fois sur trois vous trouverez un homme qui vit des abus et qui a intérêt à ce que les abus vivent.

Quant à nous, qui sommes dans les plus strictes conditions d'impartialité (car nous jouissons presque tous du droit que nous demandons pour les autres, et n'avons rien à demander pour nous-mêmes), forts de nos intentions et de la justice de la cause commune, nous vous adressons cet appel avec confiance. Suivez-nous chers concitoyens !... le jour est venu de se rallier tous sous la bannière nationale. En présence de l'étranger et d'un pouvoir anti-français, il ne doit y avoir qu'une opinion, qu'une volonté, qu'un drapeau. Fermement décidés à s'opposer, par tous les moyens légaux, à la continuation du système honteux et funeste qui nous opprime aujourd'hui , les comités réformistes du département de Tarn-et-Garonne vous invitent tous à les seconder, et ils connaissent assez l'esprit d'indépendance et de patriotisme si largement semé dans ce vieux sol par nos pères, pour être sûrs qu'entre les agents d'un gouvernement ennemi et vos concitoyens vous n'hésiterez pas!...

Agréez , chers concitoyens, notre salut le plus cordial,

Mary-Lafon, Président du Comité Central de Montauban ; Laforgue-Raffiné, Électeur, Vice-Président ; Silvestre De Molières, ancien Capitaine, Membre de l'Académie de Montauban, Secrétaire ; Raffine, Négociant, et Poumarède Fils, Fabricant, Secrétaires Adjoints ; Camille Pelleport, Éligible; Delmas ; Balat, Marchand de Draps ; Monbrun Fils, Tailleur ; Pierre Bergis, Capitaine de la Garde Nationale ; Vincent, Fabricant ; Laforgue ; Roques ; Négociant ; Pradel: Rolland, Nég. ; Brayon, Limonadier ; V. de Reganhac, Éligible.

Boudet, Propriétaire, ancien Député, Président du Comité d'arrondissement de Caussade ; Vaïsse, Membre du Conseil d'arrondissement, Secrétaire ; Sabattier ; Attié, Vice-Président ; Bosc ; Gibert ; Blandinière ; Teulières.

Clausel, Médecin ; Pécharman Père, Eligible ; Membre du Conseil Municipal, délégué du Canton de Lafrançaise.

Prévost aîné, délégué du Canton de Molières.

Sabatié, ancien Juge de paix, Électeur, délégué du Canton de Montaigu ; Dupeyron, Électeur.

Vidalot du Sirat, Électeur, délégué du Canton de Valence ; Laborderie fils, Électeur ; Mercadat , Docteur-Médecin , Électeur ; Orliac, ancien Garde-du-Corps, Électeur ; Cournière, Électeur.

Grasset, délégué du Canton de Montpezat.

Chabrié, Avoué , ancien Membre du Conseil général, Membre du Conseil Municipal, Électeur, Président du Comité d'arrondissement de Moissac ; Emmanuel Chaubard, Commandant de la Garde Nationale, Vice-Président ; H.te Détours, Membre du Conseil municipal, Capitaine de la Garde Nationale, Électeur, Secrétaire ; Victorin Chabrié, Avocat, Lieutenant de la Garde Nationale, Secrétaire Adjoint ; Latailhède, Avocat , Électeur ; Lacombe , Membre du Conseil Municipal, Électeur ; Delthil , Électeur ; Raymond Lespinasse, Avoué, Electeur ; Honoré de Saint-Paul.

Davach-Delphin, Électeur, délégué du Canton d'Auvillar.

G. Laborie, Électeur, délégué du Canton de Lauzerte ; Gras, Électeur; Xavier Brousse, Membre du Conseil municipal, Électeur ; Calhat, Électeur ; Thouron-Lamelonie , Membre du Conseil municipal, Électeur ; Kinceler, Officier de la Garde Nationale ; Sabatié-Nougaré , ancien Maire, Électeur.

De Bauquesne, Président du Comité d'arrondissement de Castelsarrasin ; Gardés, Propriétaire, Vice-Président ; Baget, Avocat, Secrétaire.

Gardés, Électeur, délégué du Canton de Lavit.



[1] Nous ne considérons pas seulement la faculté d'élire les Députés comme un droit, mais comme un devoir.

 

[2] Il y a certainement des exceptions bien honorables, et l'opinion publique ne l'oublie pas.

 

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure
  • Le blog des Editions la Brochure
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche