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21 juillet 2011 4 21 /07 /juillet /2011 15:39

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Le lancement sur Arte d’une histoire de Rome en plusieurs épisodes vient de m’inciter à relire Mary-Lafon et son gros livre : Rome ancienne et moderne (1861). Voir le corps de César sous les flammes en guise de funérailles m’a étonné or je l’avais déjà lu chez Mary-Lafon… L’image est toujours plus marquante ; cependant le film donne de l’histoire une vision bien différente de celle de Mary-Lafon pleine des bruissements du peuple qui à ce moment là ne faisait pas que de la figuration (sous Octave la situation sera bien différente). L’image de présentation est reprise du livre dont j’ai extrait le paragraphe sur les funérailles. Nous aurons la semaine prochaine Antoine dans les bras de Cléopâtre. JPD

 

 

FUNERAILLES DE CESAR — On n'entendait plus dans le Forum que lamentations, cris de rage et gémissements : ceux qui étaient armés commençaient à faire entendre le cliquetis de leurs glaives. A ce moment, Antoine monta à la tribune pour prononcer l'éloge funèbre. Son visage exprimait une douleur profonde et contenue. Se bornant à la lecture des nombreux décrets du sénat, qui proclamaient César le père de la patrie, le bienfaiteur de la République, l'incomparable arbitre de ses destins, quand il eut lu deux fois celui qui déclarait sa personne inviolable et sacrée : « Voilà, s'écria-t-il avec indignation, en montrant le cadavre; voilà comment ils l'ont observé !... » Ayant ensuite rappelé le serment par lequel tous les citoyens s'étaient engagés à veiller sur César et à le défendre au prix de leur sang, sous peine d'être dévoués aux dieux infernaux, il cria de toute la force de sa voix, en tendant les bras vers le Capitole : « 0 grand Jupiter ! protecteur de Rome, ô divinités tutélaires de la patrie ; je vous prends à témoin que, pour moi, fidèle à mes serments et aux exécrations jurées, je suis prêt à venger César... »

A ces mots, quittant la tribune et venant auprès du cadavre : « C'est toi seul, disait-il avec des sanglots , qui as vengé la patrie de trois cents ans d'outrages eu subjuguant le seul peuple qui ait pris Rome et porté le feu dans son sein, et voilà ta récompense . » ajoutait-il en agitant sa robe déchirée par les vingt-trois coups de poignard et encore toute sanglante. L'émotion du peuple était grande à ce spectacle ; le chœur qui chantait l'hymne des funérailles, l'augmenta en rendant la parole à César : «J'ai fait grâce à tous mes ennemis, disait le choriste qui le représentait, et c'est ainsi qu'ils ont reconnu ma clémence ! Devais-je sauver ceux-là même qui m'ont donné la mort ?... » Au moment où la foule répondait par un tonnerre d'imprécations, une effigie en cire de César, parfaitement imitée et présentant les vingt-trois blessures sanglantes qu'il avait reçues, se dresse tout à coup sur le lit mortuaire, tendant les bras au peuple ! Ce fut le coup de grâce pour les meurtriers. Cette immense multitude bondit de fureur, comme un seul homme ; se précipitant vers le théâtre du crime, elle y met le feu et cherche avec rage les assassins qui avaient pris la fuite depuis longtemps. Telle était sa frénésie de douleur et de vengeance, que le hasard ayant jeté sur son chemin un homme du nom de Cinna, qui fut pris pour le préteur, elle le mit en pièces avec tant de férocité, qu’on ne put retrouver un seul lambeau de son cadavre.

Après l'incendie du portique et le meurtre de ce malheureux, elle revint ivre de colère au Forum, et s'emparant du dais funèbre le porta au Capitole. C'est dans le temple même de Jupiter quelle voulait brûler César, prête, à la moindre circonstance, à embraser Rome pour qu'il eût un bûcher digne de lui. A force d'instances, les flamines obtinrent que le corps serait brûlé sur la place ; mais ils ne purent sauver les chaires curules des magistrats et des sénateurs, qu'on prit pour former le bûcher. Tout ce que le peuple put ramasser de matières combustibles sur cette place et aux environs, il l'entassa sous le cadavre. On y ajouta les magnifiques ornements du trophée funèbre, et quand les flammes brillèrent, chacun accourut y jeter ce qu'il avait de plus précieux : les musiciens du cireur, leurs habits de fête ; les matrones, leurs parures et jusqu'aux bulles d'or de leurs enfants; les vétérans, leurs armes, leurs bracelets, leurs couronnes civiques. Toute la nuit, le peuple veilla autour du bûcher, que remplaçait le jour suivant un autel orné, par des milliers de mains, de fleurs et de guirlandes, et d'auprès duquel, chose étrange ! les Juifs ne bougeaient plus, comme si leur Messie devait naître des cendres de César.

Toutes les fois que le peuple se lève, il fait la fortune d'un ambitieux. Tandis que celui de Rome jetait les tisons ardents du bûcher dans les maisons de Brutus et de Cassius, Antoine profitait de leur fuite et de la terreur du sénat pour s'emparer du pouvoir. Sous prétexte de réprimer ces excès populaires qui faisaient trembler les pères conscrits sur leurs sièges, il avait demandé une garde de six mille hommes. Quand il l'eut obtenue, il agit en maître qui ne craignait ni peuple ni sénat. Un Amatius, neveu, disait-on, de Marius le Grand, s'était mis à la tête du mouvement dans l'intention hautement proclamée de poursuivre les assassins jusqu'à ce que César fût vengé : Antoine, qui était arrivé à son but et qui ne voulait pas de rival, le fit saisir et mettre à mort sans autre forme de procès. Le peuple ayant témoigné son indignation d'un changement si prompt, et voulant brûler la maison d'un fondeur chez lequel les statues de César, clandestinement arrachées de leurs piédestaux, avaient été portées pour être détruites, il envahit le Forum avec sa garde : tout ce qui résista fut tué. Les prisonniers de condition libre précipités de la roche Tarpéienne et les esclaves mis en croix, apprirent à Rome qu'elle avait un tyran. Où la force avait échoué, le sénat, toujours engagé dans les voies souterraines, espérait que la ruse aurait plus de succès : il se trompa. Tout aussi fort que le sénat sur le terrain de l'intrigue, grâce aux inspirations de Fulvia, son épouse, Antoine battit les pères conscrits. Ils s'étaient assurés sous main du gendre de Cicéron, son collègue ; Antoine le tourna contre eux en lui abandonnant le gouvernement de Cassius, dont le jeune ambitieux se hâta d'aller prendre possession. Seul désormais à Rome entre un peuple hostile, mais contenu, et un sénat avili qu'il remplissait d'affranchis et d'étrangers, disant qu'il avait trouvé leur nomination dans les papiers de César, Antoine semblait devoir jouir longtemps en paix de son usurpation tyrannique, lorsqu'un nouvel acteur parut sur la scène.

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Published by éditions la brochure - dans mary-lafon
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