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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 17:32

L’arrivée de Mary-Lafon à Paris début 1830 (extrait du livre de souvenirs publié en 1882 : Cinquante ans de vie littéraire)

Nous arrivons la nuit : la voiture s'arrête dans la cour des Messageries. On descend ma malle, un grand escogriffe s'en empare, et, moitié de gré, moitié de surprise, m'entraîne dans son hôtel. Je ne voulus pas sortir ce soir-là. C'est au grand soleil et bien reposé d'un emprisonnement de quatre jours et quatre nuits dans la cellule roulante de MM. Laffitte et Caillard, que j'entendais voir et admirer Paris.

Il parut enfin ce jour si impatiemment attendu. Levé à l'aube, je sortis et ne rentrai qu'à minuit. Ce fut mon unique occupation pendant les premières semaines ; comme je n'habitais l'hôtel que pour y coucher et que je ne parlais à personne, j'étais à l'abri des périls qu'une bourse assez bien garnie aurait pu attirer à mon inexpérience. Je dois avouer qu'après l'avoir parcouru pendant un mois dans tous les sens et à fond pour ainsi dire, car j'étais un rude marcheur, Paris ne me sembla pas au-dessus de l'idée que je m'en étais faite. Il n'avait pas, il est vrai, sa physionomie actuelle, Paris a bien changé depuis. Ces larges voies, ces magnifiques boulevards qui lui versent à flots l'air et la lumière n'existaient pas même en projet. Un espace vague et tout à fait primitif séparait le Louvre des Tuileries et commençait à la place du Carrousel, à l'extrémité méridionale de laquelle s'élevait seul comme une quille l'hôtel de Nantes. Deux rues, quelques maisons et un corps de garde enveloppaient le théâtre du Vaudeville bâti en face du Palais-Royal. Une autre rue abominable d'aspect et d'habitants, appelée rue du Chantre, se glissait en rampant comme une couleuvre jusqu'à la porte du Louvre qui regarde les Tuileries. Vis à vis l'arcade du pont des Saints-Pères, la rue du Doyenné, qui abrita la jeunesse de Théophile Gautier, descendait vers la Seine. L'aile des Tuileries terminée par le pavillon Marsan avait en regard, dans toute sa longueur, des maisons basses, coupées par des ruelles. Dans la principale de ces demeures peu monumentales était installé le bureau des gondoles allant de Paris à Versailles. Une terrasse à treillages verts, de quatre à cinq mètres de haut ornait la façade de cette maison, dont j'aurai bientôt occasion de parler.

Comprenant bien que le centre de Paris, fait pour le bruit et les affaires ne convient ni aux néophytes des professions libérales, ni aux hommes d'étude, je me hâtai de porter mes pénates dans le quartier Latin, à deux pas du quai des Augustins. Là, où s'ouvre, dans sa splendeur et sa largeur superbe, le boulevard Saint-Michel, se trouvait une rue étroite, difficile, boueuse, humide en tout temps et qui grimpait péniblement, sans souci de la ligne droite, jusqu'à la place dédiée à l'archange que baigne à l'entrée du boulevard la fontaine actuelle. C'est dans cette rue appelée de la Harpe, en mémoire de quelque enseigne mirifique et parlante, que je cherchai mon campement. Tout au bout entre le collège Saint-Louis et la Sorbonne m'apparut à gauche une voie transversale portant le nom de rue Neuve-Richelieu. A droite s'élevait un modeste hôtel ayant pour vis-à-vis Flicotteaux, l'aquatique Flicotteaux, Brébant des dîners à un franc vingt-cinq centimes. C'est dans cette maison tenue par un brave et digne homme, ex-sergent de la vieille garde, que je m'installai avec deux étudiants venus en même temps que moi à Paris, Jean-Louis Arnal, mort médecin de l'empereur, et Pierre Magne destiné, ce que je n'eusse pas alors soupçonné, à devenir ministre des finances. Mary-Lafon

 

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Published by éditions la brochure - dans littérature
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