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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 20:53

J'étais fâché avec Charlie Hebdo mais voici qu'ils viennent de publier un spécial féminisme à l'utilité appréciable. Il commence par une BD sur le journal La Fronde aussi voici un article sur le sujet au cas où quelques lecteurs de ce supplément voudraient en savoir plus sur cette expérience.  

 

En décembre 1897, Marguerite Durand fonde le journal La Fronde pour traiter des domaines de la politique, des sports et de la haute finance. Le journal se distinguait plus particulièrement des autres quotidiens par le fait que la publication, la rédaction et aussi la typographie étaient exclusivement faites par des femmes. Le tirage fut de 50 000 exemplaires en 1898.

Pour réussir ce pari, M. Durand réunit autour d'elle une équipe de femmes extraordinaires, parmi lesquelles se trouvaient Clémence Royer, philosophe et femmes de sciences, traductrice de l'œuvre de Darwin en français et la première femme à donner un cours en Sorbonne ; Séverine (Caroline Rémy) qui avait déjà à l'époque atteint une réputation nationale de journaliste ; Daniel Lesueur (Jeanne Loiseau), dramaturge et romancière, une des premières femmes à recevoir la Légion d'honneur ; Jeanne Chauvin, avocate et une des toutes premières femmes inscrites au barreau de Paris ; Blanche Galien, la première pharmacienne en France ; et Melle Klumke, la première femme astronome admise à l'observatoire de Paris.

Daniel Lesueur était l’épouse d’Henry Lapauze, lui-même Montalbanais comme Léon Cladel qu’il admirait, ce dernier étant le père de Judith Cladel, très active… à La Fronde.

 

La Fronde avait son siège dans les locaux nouvellement aménagés du 14 de la rue Saint-Georges, où des femmes en uniforme vert clair fraîchement amidonné composaient les textes destinés à l'impression du journal dans une atmosphère élégante aux murs gris-bleu. Marguerite Durand insistait pour que ses typographes soient payées au même tarif que leurs équivalents masculins ; il fallait aussi qu'elle observe la législation du travail qui interdisait aux femmes de travailler la nuit

 

Le journal de référence, Le Temps, dirigé par un autre Tarn-et-Garonnais, Adrien Hébard, considérait que le journal manquait de doctrine : un jour, un article exigeait les droits politiques pour les femmes, le lendemain un second article déclarait qu'ils étaient inutiles. Ainsi, observait Le Temps, il n'y avait pas de différence entre La Fronde et les autres journaux qui tenaient ses lecteurs aux courant des questions féministes mais ne faisait pas office de « journal de combat ». Le journal ajoutait que « ce journal rédigé par des femmes, pour servir les intérêts des femmes, est en réalité extrêmement peu féminin ». On avait espéré que le nouveau quotidien allait apporter au journalisme « les qualités spécialement féminines » qui donnaient aux lettres de madame de Sévigné tant de charme, et aurait pu ainsi diriger la culture française vers « une renaissance de l'esprit léger et de la grâce délicate ». Mais, « si l'on n'était pas averti, si l'on ne faisait point attention aux signatures, on pourrait croire que ces longs et consciencieux articles, très informés et souvent fort instructifs, ont été écrits par des savants austères ou par des paisibles professeurs ».

 

Pour les contemporains de sexe masculin, La Fronde n'était ni féminin ni féministe. Marguerite Durand rendit intentionnellement le contenu féministe du journal assez ambigu, même si des personnes de renom comme Maria Pognon et Hubertine Auclert y publiaient des articles : « notre journal sera l'organe de toutes les femmes françaises... ». La rédactrice en chef, madame Fournier, le définissait comme « l'agent d'un sexe et non d'un parti ni d'aucune autre secte féministe ».

Si les lecteurs semblaient déroutés plutôt que soulagés par le manque de tendance féministe discernable dans le journal, cela était probablement parce que, pour eux, le féminisme était la seule narration culturellement possible à travers laquelle les femmes s'attaquaient aux idéologies de genre. Le manque manifeste de discours féministe les déconcertait.

Alexandre Dumas, Guy de Maupassant ou Proudhon, connu pour avoir lancé la phrase « ménagère ou courtisane »,étaient passés au feu de la critique. De son côté, Judith Cladel prit à partie tous les écrivains pour avoir créé dans la littérature la femme qui « incarne les rêves, les désirs de son âme et qui existe déjà en son imagination avant qu'il ait croisé créature terrestre lui ressemblant ».

De fait, les frondeuses qui examinaient la question de l'identité des femmes ne visaient pas à arriver à une notion « vraie » ou « réelle » du féminin. « Eh bien, la femme est mieux et moins que les livres ont voulu le dire », avançait Paule Vigneron, « nous avons le droit de ne pas ressembler les unes aux autres, d'avoir des idées et des sentiments divers ». Elle demandait le droit de réponse aux siècles de fantaisies masculines et contestait la catégorisation des femmes - l'attribution de toute caractéristique au sexe féminin. Elle n'était pas la seule chez les frondeuses à penser ainsi. Quelques jours plus tôt, sa collègue Marie-Anne de Bovet questionnait les notions de « l'éternel féminin » et de « l'éternel mystère de la femme » : « [J]amais on n'a parlé de l'éternel masculin », « Il y a bien le mystère de chaque femme, mais ce n'est pas un mystère essentiel, propre à son sexe ». Judith Cladel suit le même argument : « Non, là, la femme est libre de dire ce qui lui chante, des grandes pensées et des bêtises comme vous autres ». Le danger, prévenait-elle, était quand les femmes grandissaient « sous la main de mauvais jardiniers » qui les traitaient « sans égard pour leur différence et leur variété ».

Judith Cladel fit là un apprentissage professionnel de l’écriture. Ancienne secrétaire de Rodin, elle passera plus tard à la direction du Prix Femina, le prix Vie heureuse en étant l’ancêtre (1904), dont elle sera une fondatrice (1919).

Rappelons qu’il faudra attendre 1971 pour que l’Académie française enregistre comme valable une candidature féminine (celle de Françoise Parturier, journaliste) et qu’elle admette comme valide un vote en faveur d’une femme. Ce n’est que dix ans plus tard, en 1981, qu’a lieu la réception de Marguerite Yourcenar, première femme à siéger à l’Académie française.

La correspondance de Judith Cladel, membre du jury de 1916 à 1958 du prix Femina, contient des lettres de Paul Valéry et de Colette, entre autres, qui ont usé de leur influence auprès de ce membre influent du jury pour appuyer des romans qui, malgré leur intervention, ne figurent pas dans le palmarès Femina (Fonds Cladel, Lilly Library, Indiana University). 30-05-2011 Jean-Paul Damaggio

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Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
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