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1 juin 2014 7 01 /06 /juin /2014 21:23

Dès que j'ai appris le décès du zapatiste qui se faisait appeler Galeano j'aurais souhaité en parler sur le blog mais la vie ne nous laisse pas toujours le temps que l'on voudrait. Rue 89 a fini par écrire l'article que je voulais écrire. Cliquez ICI.

Les Mexicains ont pour habitude de se moquer de la mort. Les zapatistes se placent du côté de la vie comme la meilleure façon d'honorer les morts dignes d'être honorés.

Dans le texte Entre ombre et lumière (vous pouvez cliquer sur le titre) le sous-commandant Marcos écrit :

"Nous pensons qu'il est nécessaire que l'un de nous meure pour que Galeano vive. Et pour que cette impertinente qu'est la mort soit satisfaite, nous offrons à Galeano un autre nom pour qu'il vive […]. Donc nous avons décidé que Marcos devait cesser d'exister aujourd'hui."

Faute d'avoir pu traduire le dernier texte signé Marcos voici une présentation publiée sur la Jornada que j'aime bien.

Jean-Paul Damaggio

 Gilberto Lopez y Rivas, 30 de Mayo de 2014

Hasta siempre, subcomandante

Masque, hologramme mouvant, manœuvre de distraction, astuce de magie merveilleuse et terrible, jeu malicieux d'un cœur indigène, personnage construit, illusion, médias non-libre, porte-parole et chef militaire ou, quoiqu'ait été le sous-commandant Marcos, jusqu'au jour de sa disparition décidée collectivement, il est sûr que pendant toutes ces années, il a joué un rôle important pour forger et développer l'armée zapatiste de libération nationale (EZLN) et construire le processus d'autonomie qui, sous son hégémonie, s'est installée dans les territoires, avec les cinq conseils de bon gouvernement.

Tout en acceptant que les zapatistes mayas, à tous les niveaux de l'organisation politico-militaire, ainsi que dans les cercles de miliciens formant les bases d'appui, soient les principaux architectes de cette épopée qui commence le 1er janvier 1994 par une rébellion armée, et tout en prenant en compte le racisme qui prévaut, même dans une gauche qui tend à nier le rôle propre des indigènes pour seulement se regarder dans le miroir métissé de l'EZLN, il est vrai que le sous-commandant Marcos a été en mesure de donner une empreinte et une singularité au mouvement zapatiste qu'il faut reconnaître, et sur la quelle nous devons mettre l'accent.

 Entre la lumière et l'ombre - les dernières paroles du sous-commandant avant de cesser d'exister - est une des plus importantes clés pour comprendre la portée de ce mouvement extraordinaire qu'a lancé l'EZLN : de la guerre de résistance "de ceux d'en bas contre ceux d'en haut... pour l'humanité et contre le néolibéralisme", qui arbore les exigences de la vie, de la parole, du respect, de la mémoire, de la dignité, de la rébellion, de la liberté, de la démocratie et de la justice, face aux exigences de la mort, du silence, de l'oubli, de l'humiliation, du mépris, de l'oppression, de l'esclavage, de la fiscalité et du crime des puissants.

 Ce document d'adieu[2] rend compte de l'option qui s'est présentée aux zapatistes entre tuer ou vivre, entre la vie militaire et la construction des autonomies : "Au lieu de nous consacrer à la formation de guérilleros, de soldats et d'escadrons, nous nous sommes faits promoteurs de la santé, de l'éducation, et on a construit les bases de l'autonomie qui émerveille aujourd'hui le monde. Plutôt que de construire des casernes, améliorer notre armement, élever des murs et tranchées, on a construit des écoles, hôpitaux et centres de santé pour améliorer nos conditions de vie". Ce dilemme, au milieu d'une guerre, "qui sans bruit n'en était pas moins meurtrière" vu que des forces paramilitaires et des organisations de toutes sortes - ainsi que les intellectuels de l'antizapatismo - se sont mises au service d'une stratégie de contre-insurrection de l'État mexicain, n'a jamais cessé d'être actif dans l'étendue et la profondeur du territoire rebelle.

 L'échec et la réussite du "rien pour nous"[3], se mesurent en fonction de la cohérence éthique, un concept exotique pour la classe politique de la gauche institutionnelle. « Si être cohérent est un échec, alors l'incongruité est la voie du succès, le chemin d'accès au pouvoir... or à partir de ces paramètres, nous préférons échouer que réussir ".

 Le bilan rend compte de ce multiple et complexe processus expérimenté par l'EZLN : le bilan générationnel, de classe, d'appartenance ethnoculturelle et non de race, des sexes, ce qui conduit à un changement de peau de ce mouvement de paysans indigènes, avec une participation large et visible de jeunes hommes et femmes, avec une direction purement autochtone et surtout, le bilan le plus important que le sous-commandant Marcos met en avant est une mutation de la pensée arrivée à terme : "de l'avant-garde révolutionnaire au je commande en obéissant[4], de la prise du pouvoir par en haut à la création de la puissance par en bas, de la politique professionnelle à la politique de tous les jours, des dirigeants au peuple, de la marginalisation des femmes à leur participation directe, du mépris envers les autres à la célébration de la différence." Cette phrase contient certainement une autodéfinition synthétique du zapatisme aujourd'hui, dont on devra se souvenir et la garder en tête, face à la tendance habituelle à l'identifier à nos propres identités et aux préférences politiques des analystes ou des disciples.

Au risque d'être l'un d'eux, je souligne ces critiques à l'avant-gardisme, aux caudillos et leaders, à ce culte de l'individualisme qui est "dans le culte de l'avant-garde son extrême fanatique…  C'est notre conviction et notre pratique - dit Marcos - que pour se rebeller et lutter, les leaders, caudillos, messies et sauveurs ne sont pas nécessaires. Pour lutter il faut seulement un peu de honte, un peu de dignité et beaucoup d'organisation. »

Sans faire de concessions aux libertaires ou aux courants à la mode, le sub décrit aussi la naturelle pyramide de l'EZLN, en tant qu'armée, avec son centre de commandement, "ses décisions d'en haut vers en bas", qui, "pour le meilleur ou pour le pire", ont rendu possible tout ce chemin jusqu'à aujourd'hui ; sans cette armée qui s'est levé contre le mauvais gouvernement, "exerçant un droit à la légitime violence" face à la violence d'en haut, la construction et le renforcement de sujets autonomes qui commandent en obéissant dans les trois domaines du gouvernement zapatiste, n'auraient pas été possible.

Une fois de plus, la Sexta déclaration est considérée comme "la plus audacieuse et la plus zapatiste des initiatives" lancées par l'EZLN et elle constitue un espace de référence dans les rencontres avec les actuelles luttes des rebelles. Les arguments pour expliquer et justifier la déclaration de non existence du sous commandant insurgé Marcos : "décision impeccable du point de vue de la logique, bien sûr soupesée par la direction politique de l'EZLN, qui laisse :  cependant, un sentiment d'absence, d'étrangeté pour le compagnon, qui, masqué ou non, sera toujours un référent révolutionnaire qui ne s'est pas vendu, qui ne s'est pas rendu, qui n'a pas cédé et qui, j'en suis sûr, continuera de faire des siennes, quoi qu'il en soit, et où qu'il désire être. Trucage ou hologramme peu importe : il a été le véhicule efficace de quelque chose qui transcende les artifices."

 Voir : Texte 1     Texte 2

 

Structure de pouvoir créée parles zapatistes pour gérer leur territoire et qui se compose de 5 conseils de bon gouvernement.

Le texte : entre ombre et lumière

Slogan de départ du zapatisme.

Slogan fondamental du zapatisme

Déclaration de 2005, évoquée dans les deux brochures mentionnées dans les articles précédents

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