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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 16:55

Sur Raouza

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"6. La fin des Brigades

Le 21 septembre 1938, le gouvernement républicain décide le retrait des Brigades Internationales et demande à la S.D.N. de désigner une commission internationale pour contrôler l'application de cette décision. Il espère par ce geste de bonne volonté obtenir une décision analogue de la partie adverse. C'était compter sans la duplicité de Franco, Hitler et Mussolini pour qui, la non-intervention ne fut qu'un « chiffon de papier », en réalité un marché de dupes pour les républicains.

Les 23 et 25 septembre, les cinq brigades sont retirées, alors qu'elles sont totalement engagées en un combat indécis à la Sierra de Caballa. Les volontaires sont rassemblés dans des camps. Les Français à Amella de Mar, Américains et Britanniques à Ripoll, les Polonais à Palafrugel, les Allemands à Bissaura, les Italiens à Callela. Les autres, moins nombreux dans divers camps.

Plus tard, le gouvernement français ouvrira la frontière aux Français et aux volontaires que leur pays d'origine accepte de recevoir : Britanniques, Américains, Belges, Hollandais, Tchèques, etc. Les autres, qui ne peuvent pas retourner dans leur pays, resteront en Espagne. Réarmés et réorganisés ils soutiendront les derniers combats jusqu'à la frontière française, qu'ils franchiront le 8 février 1939. Ils furent les derniers combattants de la République espagnole à rentrer en France. Ils seront internés dans les camps de Saint-Cyprien, Le Vernet, Gurs. Au début de la guerre contre l'Allemagne, en septembre 1939, nombreux sont ces anciens des Brigades qui s'engageront dans l'armée française.

A partir d'octobre 1938, je m'occupe essentiellement du retour en France des volontaires. Les filières mises en place, fonctionneront à rebours. Par ce moyen, seront rapatriés des responsables que l'on ne désire pas voir exposer à des contrôles trop sévères de la part des autorités chargées de surveiller cette émigration massive. La plus grande partie des volontaires sera rapatriée par chemin de fer, via Cerbère, ravitaillée à Toulouse par nos soins et dirigée sur Paris.

En novembre, les volontaires Américains sont encore en Espagne. Etant à Toulouse, je suis informé par Paris, que l'ambassade des U.S.A. demande une entrevue afin de régler l'évacuation de ses ressortissants. On me demande de rencontrer un délégué de l'ambassade à Bourg-Madame, le 17 novembre (je ne suis pas certain de la date) à 22 heures. Parti de Toulouse avec Rivière, à bord d'une voiture qui donnait d'inquiétants signes de fatigue, nous passons le col de Puymorens fermé à la circulation, en détournant l'attention des douaniers. La montée du Puymorens enneigé, dans la nuit, car il n'est pas loin de 20 heures, m'a laissé une vision de cauchemar. Il est certain que si je peux rédiger ces notes aujourd'hui, c'est bien à l'habileté de Rivière, excellent conducteur, que je le dois. A l'heure prévue, j'étais au rendez-vous, dans l'hôtel de Bourg-Madame, où m'attendait le délégué de l'ambassade des Etats-Unis. L'objet de cette entrevue était d'éviter que les volontaires Américains ne soient rapatriés en groupe et de ce fait contrôlés. Leur nombre, assez élevé (ils étaient près de 1 500) pouvait gêner le gouvernement des U.S.A. qui demandait de les faire sortir d'Espagne en utilisant le même dispositif qui leur avait permis d'y rentrer. Par petits groupes, ils devraient être acheminés sur Bordeaux, Marseille, le Havre, où ils seraient pris en charge par les consulats. Un responsable du service de M. Tréand, à Paris, consulté téléphoniquement, m'ayant donné son accord, l'évacuation des volontaires Américains commença dans les jours qui suivirent et à la mi-décembre, elle était totalement terminée.

J'ai soupçonné les Américains d'avoir donné quelque chose en compensation de ce service rendu. Par un camarade rencontré pendant la Résistance, j'ai appris (mais lui-même n'en était pas certain) que les Américains avaient fourni une aide à caractère humanitaire, vêtements et nourriture, pour les nombreux réfugiés arrivés en France en 1939. Je souhaite que ce soit vrai.

Après le rapatriement des volontaires Américains, la filière maintenue à Bourg-Madame, cessa pratiquement de fonctionner et je repris mes activités dans la région toulousaine, au parti et pour le Centre de diffusion du livre et de la presse.

Ce qui fut l'épopée espagnole, s'achevait en tragédie. Les derniers jours de janvier 1939 voyait la fin de toutes les espérances. Ce qui restait de l'armée républicaine se rapprochait de la frontière française, seul refuge désormais possible. Nous ignorions quelle serait l'attitude du gouvernement français face à cette arrivée massive de réfugiés.

Au cours d'une réunion avec des délégations du parti socialiste et du parti radical, qui eut lieu place Wilson à Toulouse, nous avons demandé l'aide active des trois organisations en faveur des réfugiés que nous allions inévitablement recevoir. Si la réponse du délégué socialiste fut encourageante, celle de Galamand, responsable du parti radical, le fut moins. Les radicaux avaient alors, depuis le 10 novembre, quitté le Front Populaire et Daladier (radical) était président au conseil. A ma question : « Que fera le gouvernement pour aider les réfugiés espagnols qui se pressent à notre frontière? », Galamand eut cette réponse que je n'ai pas pu oublier : « Rien et qu'ils s'estiment heureux qu'on les laisse rentrer sans leur tirer dessus ».

Le dimanche 5 février, au plus fort de l'exode, j'étais parti de Toulouse avec un camion de ravitaillement. Un jeune communiste de Toulouse, dont le nom m'échappe, m'accompagnait. Nous arrivons à Cerbère dans l'après-midi. A la gare des marchandises, nous trouvons le futur docteur Marquié et deux infirmiers, mis à sa disposition par le professeur Ducuing; et tout de suite une vision d'horreur.

La gare des marchandises, cependant vaste, est bondée de blessés, malades ou infirmes, allongés sur les quais ou sur les rails, côte à côte, sur une mince couche de paille, et de nouveaux blessés arrivent constamment par le tunnel international. La plupart, opérés de fraîche date, arrivent avec des pansements de fortune. A l'extérieur, les femmes et les enfants sont là entassés par centaines ou par milliers (comment savoir) par un froid glacial, sans nourriture, sans boissons chaudes.

Combien, militaires ou civils, mourront en cette nuit d'apocalypse du 5 au 6 février ? Le saura-t-on jamais? Une chose est certaine et je l'ai toujours proclamé bien haut ils furent assassinés par le gouvernement français qui, sachant depuis des semaines qu'une masse de réfugiés allait se replier sur la France, n'avait rien prévu pour les recevoir, sauf des camps d'internement pour les militaires. Dans la nuit du 5 au 6 février, j'affirme n'avoir vu en gare de Cerbère pas une ambulance, pas un médecin militaire, pas un abri, pas un brasero. Rien, rien qu'une absence délibérément voulue.

Ce n'est que le 6 au matin, qu'arriva UNE ambulance avec un médecin militaire et un infirmier, cela pour évacuer des centaines de blessés et malades. Toute la nuit, nous avons, à cinq, fait de notre mieux, mais que pouvait notre bonne volonté devant cette accumulation de détresses ? Le ravitaillement que nous avions amené fut distribué, il ne nous resta que de l'eau à donner aux blessés. Les plus valides venaient au robinet, nous faisions boire les autres et il m'est arrivé de soulever, pour le faire boire, un mort...

Enfin, dans la journée du 6, le service de santé commença à prendre en charge l'évacuation des blessés. Notre tâche était terminée : notre dernier contact avec l'Espagne s'achevait sur une vision d'horreur. Je reste persuadé que les Espagnols qui sont passés par Cerbère en ces journées et nuits glaciales de février, n'oublieront jamais l'accueil qui leur fut réservé par le gouvernement d'un pays réputé pour ses traditions d'hospitalité. Je m'honore avec les quelques camarades qui nous sommes trouvés sur place d'avoir donné aux réfugiés, une image plus généreuse et plus fraternelle de mon pays, qui allait, pour la plupart, devenir le leur.

7. Ultime hommage

Un dernier mot sur les combattants volontaires des Brigades Internationales ils sont entrés dans la légende non comme des héros, mais comme des militants qui savent que la liberté s'acquiert et que lourd est le prix dont il faut la payer. Toujours au plus dur des combats, animés d'un esprit de sacrifice incontestable, ils firent le sacrifice de leur vie, sans l'espoir d'une récompense, avec la seule volonté de servir la liberté ; c'est pourquoi les Brigades Internationales furent une épopée.

35 000 volontaires internationaux environ ont servi dans les Brigades. Rares sont les survivants qui n'ont pas été blessés. 10 000 environ, dont 3 000 Français, sont ensevelis à jamais dans cette terre d'Espagne qu'ils étaient venus défendre. Les survivants restés en France ou revenus dans leur pays d'origine, prirent une part importante à la résistance à l'Allemagne hitlérienne et lui fournirent des chefs expérimentés.

Décimés en Espagne et pendant la guerre mondiale, les volontaires ont eu également à subir les coups de Staline ou des dirigeants des partis nationaux à sa dévotion. On connaît le sort tragique réservé aux généraux Stem et Kleber disparus dans les purges de 1938, celui de Raik, Kostov et Slansky déshonorés et condamnés dans des procès honteux ainsi que des centaines d'anciens d'Espagne.

Et comment conclure ce chapitre sur les Brigades Internationales sans évoquer la grande figure d'André Marty leur chef d'état-major général. Ne pouvant l’exécuter, le P.C.F. le rejeta de ses rangs en le calomniant et en usant à son égard de procédés abjects. De ses accusateurs de l'époque beaucoup sont morts et les survivants sont disqualifiés à jamais. Mais que penser de ceux qui aujourd'hui encore refusent de lui rendre justice à titre posthume ? Malgré l'anathème, la calomnie, la menace et autres aberrations enfantées par le système répressif stalinien, malgré les interdits dont sa mémoire est encore l'objet, André Marty restera pour toute une génération une des figures les plus marquantes du mouvement ouvrier.

 

Et pour les générations à venir, il appartient aux survivants de la grandiose épopée, de corriger les contrefaçons volontairement faites de leur histoire et de rappeler constamment ce que fut l'aide généreuse du prolétariat international dans la geste héroïque du combat de l'Espagne républicaine."Marcel Thourel

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Published by éditions la brochure - dans Rajaud guerre d'espagne
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