Partager l'article ! Madame Thanh-Vân Ton-That et Revanche: Quand est paru le livre de Madame Thanh-Vân Ton-That, des Cladéliens se sont demandés comme ...
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Quand est paru le livre de Madame Thanh-Vân Ton-That, des Cladéliens se sont demandés comment elle avait pu en arriver à écrire ce texte érudit : Léon Cladel et l’écriture de la Commune (éditions L’Harmattan 2007). Elle a bien voulu venir à Lafrançaise s’en expliquer et tout d’un coup, son travail s’est éclairé de vies, d’émotions et de profondeur dans l’analyse.
Démonstration magistrale qu’une livre parfois a besoin du soutien de la parole.
S’il s’agit d’un livre très universitaire, conforme aux règles de l’institution puisque dans ce cas, c’est d’abord à elle qu’il s’adresse, ce livre est soutenu par une émotion très cladélienne. La professeur de littérature française a par hasard découvert un jour que le manuscrit de la nouvelle Revanche était en vente et elle s’est précipité pour l’acheter sans imaginer qu’elle mettait le doigt dans un engrenage extraordinaire. Passionnée par l’histoire de la Commune, elle avait croisé ici ou là le nom de Cladel mais sans connaître le personnage. La confrontation du manuscrit et des versions éditées de la nouvelle lui ont permis de saisir l’ouvrier de la plume face à son chantier.
Disséquer n’a jamais rien eu d’enthousiasmant mais cette activité a pu faire avancer beaucoup la médecine… ou la simple découverte de meurtriers.
Disséquer une nouvelle peut paraître plus indigeste encore, y compris à la vue, quand on constate que dix lignes de la nouvelle font trente lignes de notes.
Grâce à l’explication fournie par Madame Thanh-Vân Ton-That chacun a pu mesurer que cet effort était immensément riche d’enseignements quant à la connaissance de Cladel.
Voici un des points que j’ai retenu : alors que Vallès raconte l’événementiel de la Commune avec l’Insurgé, Cladel veut aller jusqu’à l’écriture de la mythologie de ce moment crucial de l’histoire du monde. Or Vallès devient la référence, et Cladel malgré sa quête d’universel la contre-référence !
Fabrice Michaux nota alors que le style chez Cladel était très souvent une barrière dure à franchir pour accéder à l’œuvre. Il voulait écrire pour les pauvres mais il rendait son texte dur d’accès aux pauvres. Vallès procède avec un style journalistique très travaillé mais plus familier. Il a totalement raison et pour ma part je déconseille d’entrer dans Cladel par Ompdrailles… mais aussi par le Bouscassié. Les Va-nu-pieds sont d’une lecture plus facile et plus globale.
A propos de Revanche (le verbe s’est fait chair) et cette grande année 1871, Madame Thanh-Vân Ton-That écrit concernant Cladel : « La littérature n’est pas un divertissement d’oisifs, un pur jeu de l’esprit ou un pastiche : elle est engagée, enracinée dans le passé, parlant aux lecteurs du présent et orientée vers un avenir qui n’est pas forcément radieux, mais au moins débarrassé des mensonges et falsifications de l’Histoire officielle. »
Un beau résumé du destin que se trace Cladel à partir de 1871 avec ce point qui fait la distinction d’avec Vallès : « enracinée dans le passé ». Souvent on parlera de la Commune comme d’un commencement… et dans ce cas « du passé faisons table rase ». Pour Cladel, le peuple, par son existence même, témoigne d’une immense continuité. Je l’ai écrit quelque part, la révolution chez Cladel c’est d’abord une TRANSMISSION. Que chaque révolution apporte son lot d’innovations, certes, mais à la base, dans le sous-réel, le témoin a passé le relais à une autre génération. La famille n’est plus alors la famille traditionnelle sous contrôle de l’église catholique, mais le lieu de fermentation de toutes les révolutions, la famille pouvant devenir le pays lui-même.
On m’a déjà répondu que dans la chanson « du passé faisons table rase » l’expression s’adresse au passé d’exploitation, de domination et non au passé des traditions révolutionnaires, malheureusement, j’ai vérifié deux choses au cours de ma vie : la classe dominante nouvelle ne rêve que d’une chose, faire du passé table rase car elle n’a pas besoin d’histoire pour exister aussi elle en décrète la fin ; dans le camp révolutionnaire, on préfère répéter que chaque révolution est un début, une nouveauté absolue et c’est tout le contre-sens qui existe au sujet de mai 68. Mai 68 ne fut pas un début mais la fin d’une époque pour le système en place, et quand j’en entends qui appelle de leurs vœux un nouveau mai 68, je donne raison à ceux de droite qui rappellent que tout s’est terminé surtout par un renouveau de leur camp (ce qui ne les empêche pas d’avoir peur !). J’entends le sous-entendu : un nouveau mai 68 qui cette fois serait victorieux. Et pourquoi serait-il victorieux ? L’œuvre de Cladel est là pour nous rappeler que les pavés de bonnes intentions ne nous débarrassent pas facilement de l’histoire officielle. 17-10-2010 JPD
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