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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 17:53

Un article un peu long du journal mexicain : Progreso. Qui parle du Mexique car là-bas les grands journaux oublient ceux qui luttent. Il y a cependant Le Monde Diplomatique version chilienne qui a rendu compte en octobre d'une des luttes évoquées. Ils sont des millions qui luttent à travers le monde mais sans relais internationaux ! On ne sait donc pas que le monde change. JPD 

 

Chili : Rébellion environnementaliste

Francisco Marín, 21 Décembre 2012

La résistance civile dans la basse vallée de Huasco

Valparaiso (apro).-En cette fin décembre 2012, la résistance aux contaminations des mégaprojets qui secoue depuis des années de nombreuses communautés dans la région d'Atacama (nord du Chili) a entraîné un véritable soulèvement populaire dans la basse vallée de Huasco.

La poudrière a explosé le 1er décembre dernier. Ce jour-là, la Secrétaire régionale de la santé d'Atacama, Liliana Sandoval, a ordonné la réouverture de la Freirina, la propriété de l'usine d'abattoir de porcs Agrosuper. Elle l'a fait sans que ne soient résolus les problèmes de santé, et les problèmes de mauvaise odeur en provenance de cette usine. La même autorité avait décrété le 23 mai précédent, après que de grandes manifestations, la fermeture de l'usine, qui devrait impliquer l'évacuation des 500 000 porcs, mesure qui ne se réalisa jamais pleinement.

La réouverture a provoqué la colère parmi les Freirinenses, qui organisèrent une véritable rébellion contre l'ordre central. La quasi-totalité de ses 10 000 habitants, y compris le récemment élu maire socialiste Cesar Orellana, sont sortis pour protester et bloquer les rues et les autoroutes. Les plus déterminés ont pris d'assaut l’usine d’Agrosuper, brisés et brûlés les bureaux et les maisons des gardes. L'insurrection a atteint a porté ses fruits. Le 10 décembre, par le biais d’un communiqué public, Agrosuper a annoncé la fermeture « indéfinie ». En tout état de cause, les Freirinenses n’ont arrêté leurs protestations que lorsqu'ils ont reçu par écrit de la part du ministre de l'environnement, Ignacia Benítez, le plan de fermeture de l'entreprise.

Avec près de 600 millions de dollars dépensés, l’usine abattoir de porcs était déjà le plus important du genre en Amérique latine et prévu pour être la plus grand dans le monde. Toutefois, au moment de la construction de cette usine, on n’a pas pris en considération la fragilité environnementale du lieu de la construction, où l'eau est très rare.

Agrosuper appartient à l’homme d'affaires Gonzalo Vial Vial et elle facture annuellement un milliard de dollars. Parmi les marques qu’elle utilise : Super saumon et poulet et Super cochon. Le conflit avec son usine de Freirina n'est pas une exception, puisque, dans tous les lieux où cette société s’est installée, des problèmes se sont produits avec les communautés touchées par leur présence. Mauvaises odeurs et l'appropriation de l'eau sont les soucis les plus récurrents.

Fausses promesses

Lorsque l'usine de Freirina a été ouverte en novembre 2010, personne n'imaginait que deux ans après, sa fermeture serait obtenue par les résidents de cette communauté tranquille et traditionnelle du « Petit Nord ». Les gestionnaires d’Agrosuper et les autorités ont présenté le projet à la population comme un projet lumineux pour Freirina et toute la vallée de Huasco.

L'investissement engendrerait le recrutement de plus de 3 000 travailleurs et mettrait en connexion cette région du pays avec le reste du monde par le biais de l'exportation de «viande d’excellence », qui arriverait sur les « marchés les plus exigeants ».Lors de la cérémonie d'inauguration, le directeur général de Agrosuper, José Guzmán, a déclaré que le projet serait élaboré dans cette région parce que « c'est une région qui possède toutes les caractéristiques géographiques, climatiques, l'eau, les infrastructures et les ressources humaines nécessaires pour développer un secteur agro-industriel en équilibre avec l'environnement ».

Guzman est allé plus loin. Il a soutenu que l’usine utiliserait la technologie de pointe pour le traitement de l'eau et des déchets industriels, ce qui permettrait leur réutilisation pour l'irrigation agricole. Aucune des promesses faites par les émissaires de l'homme d'affaires Gonzalo Vial ne se sont concrétisées.

L'implantation d’Agrosuper dans la vallée de Huasco a impliquée « la perte de notre tranquillité », a déclaré une habitante âgée de Freirina sur la Radio Prophète de cette localité.

Au début de 2012, l’odeur des excréments odeur est devenue insupportable dans Freirina. Ceci a motivé des efforts des gens pour trouver une solution. Mais les revendications ne furent pas entendues par les autorités sanitaires, l'entreprise elle-même et les politiques ce qui entraîna des manifestations graves.

Le 18 mai les manifestants ont brûlé deux véhicules de la police à l'extérieur de l'usine d’Agrosuper. Cela s'est produit après la venue d’un fort contingent de policiers des forces spéciales, débarquant de différentes parties du pays, pour briser la rébellion à Freirina et débloquer les routes et les chemins, les barrages maintenant la ville isolée et l'usine ne pouvaient plus s’approvisionner en nourriture et autres fournitures.

Les manifestants réclamaient la fermeture immédiate de l'usine. Ils ne se plaignaient pas seulement de pourriture, mais aussi de l'appropriation de l'eau de la nappe phréatique réalisée par la compagnie qui avait laissé sans cet élément vital les paysans et les éleveurs.

C'est alors que les autorités sanitaires d’Atacama décidèrent de fermer l'entreprise de Agrosuper ce qui par la suite s’est avéré être une manœuvre communicationnelle pour calmer les gens.

L'autorité de santé a également déclarée l'alerte environnementale à cause de la mortalité des porcs causée, après plusieurs jours de manifestations et de barrages routiers, par la mauvaise nourriture des animaux et le mauvais nettoyage ce qui menaçait la santé de la population.

Punta alcalde

Sans considérer la colère contenue et démontrant que le critère politique n'est pas le sien, deux jours après l'annonce de la réouverture de l'usine de cochons, le président Sebastián Piñera, par l'intermédiaire du Comité des ministres aux questions d'environnement, a décidé d'approuver la construction de la centrale thermoélectrique Punta Alcalde, qui serait installée dans le port de Huasco, près de Freirina. Il acceptait ainsi la demande de la compagnie d'électricité Endesa, détenue par l'État italien ENEL, conductrice de ce projet.

Par cette décision, le Comité des ministres ne tenait pas compte de la détermination de la Commission d'évaluation environnementale d’Atacama (CEA), qui, le 25 juin, avait - par huit voix contre deux – rejeté la construction de cette usine. Le maire de la région d'Atacama, Rafael Prohens a ensuite défendu son opposition à cette aventure: « le projet avait deux défauts majeurs : ne donner aucune réponse sur la pollution de l'air, ni sur l'effet que pourrait avoir sur la mer l'eau (chaude et polluée) qu’on y déverserait ».

Cette usine thermoélectrique, si elle se construit, doit apporter 740 mégawatts d'électricité au système interconnecté central. Cette énergie est indispensable pour la mise en œuvre de grands projets des sociétés transnationales minières qui sont en cours de construction, tels que Pascua Lama et Caserones, ce qui constitue d’autres graves menaces pour l'environnement de l'Atacama.

Punto Alcalde se situe à 30 kilometres de Freirina. La vallée de la rivière Huasco constitue la frontière sud du désert d'Atacama, et le port du même nom est seulement à cinquante kilomètres de deux réservoirs naturels précieux qu’affecterait l’usine thermoélectrique : le Parc National Llanos de Challe et la réserve nationale Le Manchot de Humboldt.

Cette brusque et centralisée détermination des ministres Piñera a fait que, comme à Freirina et pendant les mêmes jours, Huasco s'est soulevé contre le pouvoir central. Les jours plus violents furent entre le 5 et le 10 décembre, où la situation était devenue incontrôlable pour les forces de police.

Dans Huasco, environ 2 000 personnes ont expulsé – la nuit du lundi 10 - le contingent de la police qui prétendait apaiser une ville qui s’enflammait.

Il est à noter qu'en mai dernier, Huasco a été placé par le ministère de l'environnement dans la catégorie zone latente de matière particulaire (PM10), après qu’il ait été vérifié que les concentrations annuelles de particules pendant trois années consécutives ont dépassé la limite de 80 % fixé par la norme. Les organisations sociales et environnementales ont alors cru que les autorités n'approuveraient pas l'installation de nouveaux projets polluants. Mais ce n'est pas ce qui s'est passé.

Il y a 40 ans on a construit juste à côté du port la hautement polluant usine de bouletage d’acier de la société minière du Pacifique (CMP). En 1995, a commencé à fonctionner la Guacolda une usine thermoélectrique, qui a quintuplé depuis sa production, augmentant le cauchemar des habitants de cette - jusqu'à récemment - belle et paisible ville côtière.

En 2001, quand il était ministre de l’économie Jorge Rodríguez Grossi – ex-gérant de Guacolda - et le Président Ricardo Lagos Escobar (socialiste), ont approuvé l'utilisation du cancérigène pet coke comme carburant pour cette usine.

La zone de Huasco est considéré par les groupements écologistes, comme une « zone de sacrifice », en raison de la pollution qui la touche et au vu des intentions des autorités de poursuivre l'installation de projets polluants.

 Désirs d'un lutteur

Dans une interview avec Apro, le porte-parole du mouvement de la vallée de Huasco et de la Brigade SOS Huasco, Juan Carlos Labrín, a raconté que les protestations contre la pollution existent sur son territoire "depuis très longtemps mais n'avaient jamais été aussi massives que récemment". L'élément déclencheur de la colère – a-t-il indiqué – c’est la violence avec laquelle les forces spéciales des carabiniers ont réagi : «Ils sont entrés dans les maisons pour frapper des gens, y compris des femmes et des enfants;» Ils ont tiré des lacrymogènes dans les maisons. Cela a provoqué l'ensemble de la population, et des milliers de gens, sont sortis ensemble pour expulser les policiers. Et nous avons réussi ce qui nous rempli de fierté et de satisfaction. »

Labrin explique le problème de son peuple: « nous sommes un port (Huasco) de fragilité environnementale à cause de notre histoire. Ici, on brûle sans discernement du pet coke, qui est un poison terrible pour la santé des résidents. Ici, dans le quartier, nous avons dans notre bloc même pour trois ou quatre personnes souffrant de différents types de cancer à la suite de cette pollution. Indépendamment de cela, la CMP va doubler sa production d'ici à 2014 et (...) L'idée d'Endesa de vouloir s’installer malgré la contamination de la zone est néfaste. Et le plus lamentable c’est que le Conseil des ministres a adopté le principe de cette usine thermoélectrique qui a été rejetée par d'autres autorités en septembre dernier ".

Labrin souligne que le meilleur enseignement de ce «soulèvement populaire c’est que nous nous sommes rendu compte que le pouvoir est entre nos mains, par notre capacité à lutter ».

Il se réfère également à cette autre avancée : « la création d'une conscience collective dans la vallée de la Huasco sur des problèmes communs qui nous affectent ».

Et il ajoute: « nous avons réalisé que les gouvernements - de Sebastián Piñera et de la Coalition pour la démocratie - essaient d'imposer à la pointe des canons des projets qui polluent notre environnement et qui ne contribuent pas à améliorer notre qualité de vie ou pour nous développer nous-mêmes. La conscience de cet acquis est une conscience de masse puissante à l’intérieur de nos communautés".

Labrin, qui est un chanteur populaire, dit qu'avec le récent soulèvement à Freirina et à Huasco « ont fait histoire dans notre vallée, dans notre pays, en nous soulevant et cessant de nous laisser piétiner, pou ne pas permettre que notre vallée soit détruite.».

L'écologiste a un grand espoir : « cette prise de conscience et cette capacité de combat que nous avons démontré va nous conduire, dans un temps pas très lointain, à vaincre notre pire ennemi, qui est aussi notre plus grande menace : le projet minier de Pascua Lama (Barrick Gold) ».

 Victoires populaires

La défaite que les communautés de la vallée de la Huasco ont infligées à Agrosuper, n'est pas la seule qu’ont subi les grands groupes économiques dans la région d'Atacama ces derniers temps.

En mars dernier, la communauté agricole de la huascoaltinos (appartenant au village la Diaguita) a réussi à paralyser le mégaprojet minier El Morro (des canadiens Goldcorp), qui visait à s’installer sur son territoire, sur la source de la rivière Huasco, très proche de Pascua Lama.

La communauté a obtenu cela en raison de la décision de la Cour d'appel d’Antofagasta, qui a maintenu une protection du village de Diaguita, au nom des droits des autochtones défendus par l’avocat Nancy Yañez, et laissant sans effet le règlement de qualification environnementale autorisant l'exploitation de ce minerai.

La Cour a soutenu que l'autorité de l'environnement, en approuvant El Morro, a violé le droit à la consultation d'un peuple autochtone. Ce triomphe à Diaguita, malgré son importance, est passé presque inaperçu de l'opinion publique, étant donné que les médias de masse n'ont riens signalé à cet égard.

Tout comme pour l'annulation du projet thermoélectrique Castilla, qui a causé une grande agitation. Le 28 août, la Cour suprême a déclaré qu'il rejetait sa construction, en acceptant l'appel à leur protection, lancé par les habitants du hameau de pêcheurs Totoral. C'est la victoire de David contre Goliath.

Avec une prévision d'investissement de 5 milliards de dollars et une capacité de 2 100 mégawatts, Castilla était appelé à être la plus grande et plus polluante usine thermoélectrique d'Amérique latine. Le triomphe de la communauté Totoral a été un coup terrible aux Géants des mines qui se développent dans le nord du Chili. 

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