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23 août 2011 2 23 /08 /août /2011 16:49

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Certains s’étonneront de ma rencontre avec cette féministe française à partir de son action italienne. J’apprends son existence en lisant la Stampa du 3 décembre 1994 évoque ses travaux sur la démocratie qui naît dans le couple. J’ai donc commencé à lire Irigaray : linguistique, psychanalyste, philosophe, en italien grâce à un ouvrage jamais traduit : La démocrazia comincia a due, publié en 1994. Le livre se situe entre deux publications chez Grasset : J’aime à toi en 1992 dédié à Renzo Imbeni le maire communiste de Bologne, et Etre deux.

 

Par l’intermédiaire de son éditeur Grasset, j’ai pu correspondre avec elle afin de l’inviter à Montauban pour un débat. Elle a eu l’amabilité de me répondre mais nous n’avons pu concrétiser le projet.

 

J’ai ensuite découvert que le parcours italien de Luce Irigaray était partiellement en rupture avec ses combats antérieurs car ils prenaient une tournure plus clairement politique. Pas surprenant, dans ce contexte, si le livre de 92 est introduit ainsi : « Marx a définit l’origine de l’exploitation de l’homme pas l’homme comme exploitation de la femme par l’homme et il a affirmé que la première exploitation humaine passe par la division du travail entre l’homme et la femme ? »  Dès 1984, Luce Irigaray est en Italie pour une conférence à Venise, puis en 85 et 86 à Florence. Ses positions sur la différence sexuelle sont fortement soutenues par les femmes du PCI aussi les rencontres des années 90 au moment où le PCI se cherche une nouvelle identité en abandonnant toute référence au communisme, deviendront plus créatrices.

 

Presque vingt ans après J’aime à toi, où nous a conduit la créativité nouvelle ? Dans les tristes méandres de néant. A deux, ou en solitaire, la démocratie est en berne, et pas seulement à cause de l’infâme Berlusconi mais aussi à cause d’une gauche dé-faite et à la peau couverte de défaites. Quant à Luce Irigaray elle a fini par sortir de l’actualité pour mieux plonger dans la « religiosité » du moins à lire ce titre de 1999 (le dernier) Prières quotidiennes mais sur lequel je n’ai aucun élément.

 

En 1997, le livre fondamental d’Alan Sokal et Jean Bricmont, Impostes intellectuelles, a mis à mal une petite partie de l’œuvre de Luce Irigaray à partir d’un article publié dans Sexes et parentés. Comme dans le reste de l’ouvrage Sokal et Bricmont pointe un mal qui depuis s’est imposé dans toute la société, le relativisme, qui réduit les découvertes scientifiques à des objets abstraits. Côté Luce Irigaray, la science serait sexuée ce qui en soit ne soulève aucune critique dans la mesure où une argumentation sérieuse serait présentée. Sauf qu’à reprocher à la science ce sérieux sexué, Luce Irigaray démontre, preuve à l’appui, qu’elle ne connaît absolument rien à la science ! Elle peut donc écrire : « Toute vérité est partiellement relative. Une vérité théorique qui nous oblige à abandonner tous repères subjectifs est dangereuse. »

Il s’agit d’un combat sous-tendu par cette idée : le monde n’est pas UN mais deux, donc l’universalité de la science ne serait que la manifestation de la domination patriarcale de l’homme sur le monde ! « Ne pas souscrire ni adhérer à l’existence d’une science neutre, universelle… » Sokal et Bricmont auront donc la tâche facile pour ridiculiser des propos du genre : « L’équation E=MC2 est-elle une équation sexuée ? Peut-être que oui. Faisons l’hypothèse que oui dans la mesure où elle privilégie la vitesse de la lumière par rapport à d’autres vitesses dont nous avons vitalement besoin… » Comme si l’équation était un choix d’Einstein et non le résultat de précieuses démonstrations… quant aux vitesses vitales…

 

Le travail critique de Sokal et Bricmont sur les rapports entre science et pensée chez Irigaray interroge la pensée générale de la féministe mais n’enterre pas pour autant bien des éléments de recherches réelles qui furent les siennes comme celles autour de l’expérience italienne.

 

Mais qu’est-ce la différence sexuelle ? La nature n’est pas UNE mais double, elle est sexuée donc pas question de rêver demain de femmes se faisant hommes (les dérives de l’égalitarisme) mais de femmes pouvant enfin devenir femmes. La nouveauté avec J’aime à toi c’est que la psychanalyste passe d’une critique de la domination masculine à la nécessaire invention d’un rapport nouveau entre les hommes et les femmes comme entre les hommes entre eux et les femmes entre elles. Cette évolution se fait cependant dans la continuité d’une pensée que considère les femmes [on pourrait dire de la femme chez Irigaray] comme des êtres moins hiérarchiques, plus subjectifs que les hommes, plus pacifiques, plus ceci ou cela ce qui risque à nouveau, sous prétexte d’émancipation du pouvoir patriarcal, d’enfermer les femmes dans la biologie. Pour ne pas éliminer la biologie, j’ai pensé que traiter de la différence était possible dans le cadre d’un droit à la différence dans l’égalité. La pensée différentialiste de Luce Irigaray rejoignait la vogue du droit général à la différence (la différence occitane etc.), manière plus ou moins masquée de remettre en cause le combat majeur des démocrates, le droit à l’égalité. Dans la foulée de la pensée d’Irigaray, on verra fleurir une admiration sans analyse, en faveur des Indiens, des baleines ou des éléphants et j’exagère un peu car il tout ceci me fait sourire.

 

Dans La démocrazia comincia a due le chapitre qui m’a le plus fasciné est celui intitulé la démocrazia è amore où Luce Irigaray, à travers la lecture des œuvres de Berlinguer revisite l’ensemble de ses pensées. Elle dit avec justesse que l’absence de traduction en France des œuvres de Berlinguer est « un scandale historique » qui l’a conduite à prendre un grand retard dans son approche de cette planète (un retard qui n’a pas été comblé depuis). Luce Irigaray apprend surtout qu’un homme politique peut traiter de sujets qui la passionnent depuis toujours : par exemple, l’évolution du rapport entre le public et le privé (vous devinez que dans la différence sexuelle l’homme est du côté du public et la femme du privé…).

 

La question de la différence renvoie à celle de l’autonomie mais dans les deux cas elle n’élimine pas la hiérarchie. Je me suis souvent amusé à écouter des occitanistes demandant à ce que leur langue ait un statut égal à la langue française… d’autant qu’elle est bien plus belle ! Comme d’autres veulent l’égalité des sexes bien que le sexe féminin soit d’un intérêt social bien supérieur au sexe masculin. Pour les langues, la traduction permet de passer de l’une à l’autre… en prouvant qu’elles sont différentes, mais la différence n’implique aucune hiérarchie si nous sommes dans un cadre institutionnel égalitaire. La démocrazia comincia a due c’était comme un début de travail de traduction entre les sexes, mais l’effort s’est perdu en chemin. 23-08-2011 Jean-Paul Damaggio

  

Sexes et genres à travers les langues (Grasset, 1990).

J’aime à toi (Grasset, 1992).

Être deux (Grasset, 1997).

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Published by éditions la brochure - dans féminisme
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