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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 10:46

http://www.agitateur.org/

 

 

Interview : Collectif "TGV ? Non merci !" - 2

Plutôt que de voir dans le TGV « la » solution, nous prenons le TGV comme un problème

mardi 6 décembre 2011 à 06:10, par B. Javerliat

 

Seconde partie de l’interview du collectif "TGV ? Non merci !" : Où l’on en vient au TGV proprement dit, aux promesses qu’il fait miroiter devant les yeux des gens, et aux réels problèmes qu’il pose. Derrière tout projet technicien, il y a un modèle de société qui se profile. Qui le choisit, en définitive ? (lire la première partie)

 

L’Agitateur : Venons en au TGV. Qu’est-ce que vous avez contre le TGV ? Vous êtes contre le progrès ? Contre le développement économique ? Est-ce qu’il n’y a pas des choses plus importantes à s’occuper ?

 

« Collectif TGV Non merci » : La première chose à dire concernant le TGV, c’est que le problème n’a jamais été posé. Le TGV s’est invité dans la campagne municipale de 2008, à l’initiative d’un maire qui n’avait ni bilan, ni projet. Talonné par une opposition qui se sentait le vent en poupe – au début de la campagne tout du moins – Lepeltier s’est raccroché au TGV comme à une bouée de sauvetage. Bien lui en a pris. On peut considérer qu’il doit au TGV son troisième mandat. C’était bien joué, c’est clair. Bien. Ensuite on a découvert que le dossier était entièrement bidon. Que le maire avait fait des promesses sans aucune certitude, qu’il avait menti aux électeurs. Je ne vais pas revenir sur toute cette histoire. Pour les gens que ça intéresse, ils n’ont qu’à consulter les articles parus sur votre site, dans l’Agitateur. On notera à cet égard la complaisance, pour ne pas dire la complicité de la presse locale.

 On parlait, en début d’entretien, de la démocratie. Quelle est la démocratie digne de ce nom où l’information est confisquée par une minorité de gens qui défendent des intérêts particuliers ? Il est clair qu’il y a connivence entre les « décideurs » et les gens qui ont la responsabilité de recueillir et de diffuser l’information à Bourges et dans le Cher. Vous pouvez reprendre tous les articles du Berry Républicain au sujet du TGV. Aucun ne met en doute la sincérité de Lepeltier, alors qu’il était évident, après la loi Grenelle I, que ses fameuses « certitudes » de 2007 n’étaient que du bluff. Tous louent le TGV ! Et tous présentent nos politiques locaux comme de courageux mousquetaires qui vont aller décrocher le TGV « avec leur dents » comme disait Sarkozy à propos de la croissance. Tous admettent, sans question préalable, que le TGV c’est l’avenir, la modernité, la prospérité. Fort bien. Bel exemple de pensée unique ! Nous préférons prendre la question à l’envers. Plutôt que de voir dans le TGV « la » solution, nous prenons le TGV comme un problème.

 

L’Agitateur : Quel problème ?

 

« Collectif TGV Non merci » : Quels problèmes au pluriel. Détaillons :

1) La situation de l’existant. On ne peut pas faire comme si le TGV était un plus qui s’additionnait simplement à un réseau existant, en complément d’un déjà-là : les infrastructures et le train classique. Ce qu’on doit savoir, c’est qu’il y a un choix derrière cette décision. Le choix d’un modèle de train – le train à grande vitesse – contre un autre modèle – le train classique qui innerve les territoires, les régions isolées, les petites villes. Alors, faut-il choisir ce modèle de train, ou l’autre ? Au minimum, on souhaiterait que la question soit posée. Elle ne l’est pas. Il faut savoir que RFF est endettée et même surendettée, que les infrastructures, les ouvrages d’art sont en mauvais état. L’argent que l’on va investir dans les LGV, on ne le mettra pas ailleurs. Quels sont les enjeux ? Soit un train très cher au service d’une minorité, soit un train à prix raisonnable au service de tous. On ne sait pas si on doit rire ou pleurer quand on lit un billet de Philippe Bensac, Président de Bourges-TGV, où il constate, à propos du TGV, que la logique de la SNCF ne s’inscrit pas dans un souci d’aménagement du territoire, mais dans la volonté de faire du profit et de concurrencer l’avion sur des lignes très longues distances. Sacré Bensac ! Il voudrait que le système qu’il défend depuis toujours change ses lois parce que ses petits intérêts de provincial ne sont pas respectés par sa Majesté le Capital !

 

2) Le financement. On a chiffré les coûts : de 14 à 20 milliards d’euros. Excusez du peu. Qui va payer, et avec quel argent ? Les premières LGV ont été financées en grande partie par l’Etat. Aujourd’hui, l’Etat se désengage, partout, sur tous les dossiers. Ce sont les collectivités territoriales qui vont être mises à contribution. Or c’est la crise, et les collectivités sont endettées et même surendettées. On aurait dû commencer par là d’ailleurs. Tant que la question du financement n’est — je ne dis pas réglée, mais simplement abordée — ce dossier TGV ressemble à une gigantesque manipulation de l’opinion sans bases réelles. Les politiques agitent des promesses de développement, pour faire croire aux électeurs qu’ils font quelque chose. Pour en finir sur le financement, les caisses publiques étant vides, le pire serait de confier ces infrastructures ferroviaires à des intérêts privés, comme on l’a fait pour les autoroutes. Cela revient à une dépossession de ce qui devrait normalement appartenir et profiter à tous. Nos fameux « libéraux », en réalité visent à l’établissement de monopoles très réservés pour organiser le racket et ponctionner les populations. Les TGV menacent le train classique et opèrent ou préparent un hold-up.

 

3) Les promesses de développement économique. Là il faut reconnaître qu’on est dans le rêve et les suppositions sont tout à fait gratuites. Pourquoi l’arrivée du TGV à Bourges serait synonyme de prospérité ? Parce que Bourges serait à nouveau « attractive » ? Parce que les gens pourraient élargir l’espace géographique dans lequel ils peuvent trouver de l’emploi ? Examinons. Puisque des TGV existent depuis maintenant plusieurs dizaines d’années, on doit pouvoir se reporter à des études « d’impact » pour employer le jargon à la mode. Vous en connaissez, vous, de telles études qui mettent en évidence l’arrivée d’un TGV et le décollage de la prospérité ? Il n’y en a pas. Tout simplement parce que le développement économique est en réalité la résultante de multiples facteurs. Les moyens de communication sont un des paramètres, c’est certain. Mais qui a dit, et sur quelles bases avérées, qu’un aller retour Paris-Bourges par jour en une heure serait plus efficace que quatre ou six directs en 1 heure 55, qui partent, et qui arrivent à l’heure ? D’autre part, le billet de TGV coûte cher. Sa clientèle, ce sont les cadres supérieurs qui doivent se déplacer de métropoles en métropoles. On programme le TGV Paris-Lyon, pas le TGV Paris-Bourges, faudrait peut-être pas l’oublier ! Pourquoi l’ensemble des gens, et les plus modestes, devrait supporter les coûts du confort de cette petite minorité, sans en profiter ? Mieux : certains parmi ces fameux cadres pourront peut-être profiter du TGV pour venir s’installer ici, alors qu’ils bossent à Paris. Soit. Mais qu’est-ce que cela signifie ? Au final : on nous promet le développement économique, mais Bourges pourrait simplement être transformée en cité dortoir pour riches, avec explosion du prix de l’immobilier. Alors, les berruyers ne verraient pas leurs conditions de vie s’améliorer, mais se dégrader, et leurs impôts exploser. Et puis, observons les villes à 1 heure de Paris. Vous trouvez franchement enthousiasmante la situation d’Orléans, vous les enviez ces « parisiens sans Paris », vous la trouvez séduisante cette ville bourgeoise, froide et sans substance ? C’est ça, le modèle pour Bourges ? Bof.

 

4) Les conséquences écologiques : on ne peut pas faire comme si tout cela n’avait pas de répercutions sur l’environnement. Les travaux sont pharaoniques, les paysages sont détruits, les écosystèmes sont bouleversés. Il y pense notre ambassadeur du climat qui s’est fait une spécialité de l’environnement ?

 

Bref, pour nous ce projet est ruineux, inutile et néfaste. C’est pourquoi nous le rejetons.

 

L’Agitateur : On devine quand même dans votre démarche une attitude technophobe. Le TGV c’est le progrès. Comment peut-on être contre le progrès ?

 

« Collectif TGV Non merci » : C’est quand même bizarre. Chaque fois que quiconque met en question une innovation technologique, pour des motifs financiers, économiques, ou écologiques, il est taxé de rétrograde ou de technophobe ! Cela prouve au moins une chose : la technique, en tant que telle, est une chose qu’il ne faut pas discuter. « Tout ce qui pourra être fait sera fait », comme le dit la loi de Gabor. Ensuite le rôle des politiques est de faire semblant de décider, alors que les vraies décisions sont prises ailleurs et sans eux, et sans leur avis.

 En réalité, nous ne sommes ni contre ni pour la technique. Il faut replacer la technique à sa place : elle devrait être un moyen, aux service de fins décidées en commun, au service de tous, et éclairées par le débat public. Nous sommes si peu contre la technique que nous défendons le train classique. Nous le défendons parce qu’il est au service des gens et qu’il constitue un aménagement raisonnable de la nature. En fait, on pourrait montrer qu’à propos de bien des décisions, il n’y avait pas d’inéluctables solutions techniques. Pour en rester dans le domaine des transports, prenez les autoroutes : soit vous faites des autoroutes gigantesques sur le modèle que nous connaissons, soit vous faites des quatre voies plus modestes sur le modèle breton, avec de nombreuses bretelles d’accès, qui irriguent les petites communes. Soit vous les confiez à des monopoles privés, avec péage (en réalité du racket, quand on constate les prix pratiqués), soit vous les financez avec l’impôt et vous confiez la maintenance des infrastructures routières à la puissance publique. C’est ce qu’on a fait en Bretagne, et c’est pourquoi on peut y circuler rapidement, très facilement et en sécurité sans se faire racketter. Il n’y a pas ici d’impératif technique qui ait obligé à quoi que ce soit. Il y avait plusieurs solutions, et l’une a été choisie en fonction d’une vision politique des choses. Nous sommes en mesure de faire des TGV en France. Très bien. Nous demandons : pourquoi faire des TGV ? Sans réponse satisfaisante, mais constatant au contraire que le TGV menace le train classique, ne sert pas Bourges, sera ruineux et constituera une calamité de plus pour l’environnement, nous disons : non au TGV. On peut employer notre argent et le talent des ingénieurs et des ouvriers qui fabriquent des TGV à des entreprises plus utiles et qui servent les gens. Ce n’est pas à la technique d’asservir les gens. C’est aux gens de se servir de la technique.

 

L’Agitateur  : Vous parlez aussi de relocaliser l’économie sur vos tracts ?

 

« Collectif TGV Non merci »  : Oui. Il faut voir tous ces problèmes comme un ensemble. Tout le monde redoute la crise économique gigantesque qui nous menace effectivement. Tout le monde constate que la mondialisation n’engendre pas la prospérité mais l’appauvrissement ou la mise au chômage des travailleurs de la vieille Europe. On sait aussi que la multiplication des échanges n’est pas sans conséquence sur l’environnement, parce que les transports gaspillent de l’énergie et rejettent du carbone dans l’atmosphère, d’une façon ou d’une autre. La solution à tous ces problèmes est donc plutôt dans l’effort pour inverser la tendance. Dès lors, plutôt relocaliser, réindustrialiser dans de petites unités (que nous souhaiterions au final autogérées) au plus près des lieux de vie des gens, plutôt que les transformer en nomades sans feu ni lieu au service des patrons qui en disposent à leur gré. Nous défendons donc le « raisonnable » quand un Bensac, récupérant un slogan soixantuitard en appelle à « l’impossible » [1]. En réalité, son impossible n’en est pas un. Il est précisément le programme du système capitaliste mondialisé : transformer les ressources entières de la planète, y compris les « ressources humaines », en biens et marchandises mis à la disposition du Capital pour faire tourner la machine à profit. Bensac, et tous ceux qu’il représente, est un trafiquant de rêves opiacés qui nous prépare des cauchemars bien réels. La vraie utopie est une utopie incarnée, qui prend en compte les limites des sociétés humaines et de la nature, et qui construit des projets réalistes au service de l’humanité prise dans son ensemble. Le souci de la nature, la critique de l’économie politique, le projet de réappropriation des moyens de production, la mise en question du délire technicien s’inscrit en plein dans un projet humaniste qui vise l’émancipation, qui invite les gens à reprendre en main leur destin.

 

L’Agitateur : Vous avez des projets pour la suite ?

 

« Collectif TGV Non merci » : — On a quelques idées. Quand on voit l’empressement de la municipalité pour enlever les quelques pauvres affiches et tracts que nous avons collés [2] ici et là pour nous exprimer la semaine dernière, on se dit qu’on dérange un petit peu. Alors on va pas s’arrêter en si bon chemin. Cela étant, la partie est nettement déséquilibrée. Ils ont tout : le pouvoir, l’argent, les médias. Pour la moindre opération de propagande — la dernière en date étant le « Forum Social » (très belle récupération encore une fois, ah ! vraiment ils n’hésitent pas !) – ils disposent d’affiches en couleurs de trois mètres sur quatre concoctées par leurs agences de com’ plantées à tous les coins de rue, de la promotion dans la PQR, etc. etc. Mais cette belle machinerie est fragile. Elle fonctionne au consensus supposé et au consentement muet. Elle ne supporte pas les grains de sables qui s’infiltrent dans ses rouages et risquent de la faire grincer. L’objectif est clair : multiplier les grains de sable et produire quelques couacs dans ce beau concert unanime et satisfait.

 

[1] Philippe Bensac, profitant de la programmation d’une réunion du débat public sur le TGV pour faire son autopromotion, a sorti et placardé partout une affiche où figure le slogan qui ornait les murs en 1968 : « Soyons réalistes, demandons l’impossible » Quand on connaît l’hystérie antimarxiste du personnage, cette récupération d’un mot attribué à Che Guevara ne laisse pas d’interroger.

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