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11 avril 2013 4 11 /04 /avril /2013 11:21

Les Amis de Renaud JEANviennent de diffuser un nouvel article de Renaud Jean. Nous sommes en 1933, au cœur de la grande crise et la révolte gronde. Pour empêcher la résistance le gouvernement propose une loi contre l’organisation collective de la grève de l’impôt. Nous sommes à un moment où le PCF dénonce avec force le PS et Doriot est encore en première ligne. Nous savons qu’en peu de temps le paysage va changer après les émeutes de 1934.

Voici donc une « photo » d’un moment d’histoire qui nous rappelle que les riches fraudeurs sont des professionnels de ce gendre d’exploit ! J-P Damaggio

 

Reproduction fidèle d’un article du journal l’Humanité du 3 Mars 1933

Socialistes, soutanes et coffres-forts.

Nous avons raconté, il y a quelques semaines, de quelle manière la rédaction parlementaire du «Populaire», surmonte les difficultés qu’il éprouvait à expliquer à ses lecteurs le vote du groupe socialiste en faveur de l’article de la loi scélérate proposée par M. CHERON.

« La Chambre, se borna à écrire Mr P. LAINE, venait seulement d’en finir avec les dispositions concernant la répression des manœuvres contre le paiement de l’impôt, qui avaient provoqué une discussion de près de quatre heures, dispositions qui, par suite de la chute du gouvernement, se trouvent sans effet... ».

Dans ces quelques lignes, Mr P. LAINE battait tout les records d’escamotage. Il cachait à ses lecteurs la gravité du texte voté ! Il leur cachait aussi que ce texte était né de la collaboration de CHERON, BLUM, RENAUDEL et BONNEVAY. Il leur cachait enfin que la chute du gouvernement ne tranchait pas du tout la question, et qu’il était probable que le Sénat reviendrait à la charge. C’était tellement probable, que c’est, en effet, arrivé !

Et la résurrection du texte scélérat a permis de saisir, une fois de plus, sur le vif, l’étroite solidarité qui unit la politique du Parti Socialiste, les intérêts des puissances financières, et même à l’occasion, ceux de l’Eglise.

Nous le montrerons, très simplement, par un rappel des faits. Mais ces faits, nous demanderons à tous les lecteurs de l’Humanité de les soumettre à leurs camarades de travail socialistes.

En premier lieu, de quoi s’agissait-il ?

« Sera puni d’une peine de trois mois à trois ans de prison, et d’une amende de 1 000 à 20 000 frs quiconque, par voie de fait, menaces ou manœuvres concertées, aura organisé ou tenté d’organiser, le refus collectif de l’impôt ».

Telle est la signification de l’article 79 bis dont la commission et le gouvernement demandaient le vote à La Chambre. Nous rappelons plus haut que, ce texte est le résultat de la collaboration de Mr CHERON, qui prît l’initiative de leur demander des mesures d’exception contre les grévistes éventuels de l’impôt, et de Messieurs BLUM, RENAUDEL et BONNEVAY qui, au sein de la Commission des Finances, firent assaut de connaissances juridiques pour aboutir à «la meilleure formule». La paternité – partielle – de la loi scélérate ne saurait être reniée par le Parti Socialiste.

Contre qui ce texte était-il dirigé ?

Pas contre les fraudeurs de l’impôt ! Les clients des banques de Bâle restent en liberté ! Et cependant, l’importance des sommes dont ils ont frustré le Trésor est telle, que trois d’entre-eux, pour obtenir un non-lieu, auraient offert respectivement de rembourser 4, 5 et 25 millions de francs. Ces chiffres ont été donnés par l’Organisation Confédérée des Fonctionnaires. Nous les avons cités à La Chambre le 25 Février : le gouvernement n’a pas démenti...

D’autre part, chacun sait que les valeurs au porteur permettent, même sans l’interruption des banques suisses, des fraudes considérables. Récemment, Monsieur BERGERY évaluait, devant La Chambre, à 20 milliards le total des revenus de cette nature qui échappaient à l’impôt général.

Et cependant, contre cette fraude considérable qui est une des causes principales du déficit, et par conséquent des aggravations de charges que le gouvernement inflige à tous les travailleurs, contre cette fraude, le projet de douzième (augmentation des impôts) ne dressait pas le moindre obstacle. Et les socialistes, eux-mêmes, sacrifiant les intérêts des travailleurs au maintien de leurs alliances avec les partis bourgeois de « gauche », ont renoncé à la combattre par le titre à endos.

Par conséquent, l’article 79 bis n’est pas dirigé contre les fraudeurs. Il ne l’est pas davantage, contrairement aux affirmations du « Populaire », contre le baron d’ANTHOUARD, contre les chefs du Parti Agraire et autres politiciens qui tentent de mobiliser le mécontentement, cent fois justifié, des petits commerçants et des paysans travailleurs, au profit de leurs intérêts capitalistes et de leur politique fasciste.

Lorsque Monsieur le baron d’ANTHOUARD, ou Monsieur FLEURANT AGRICOLA, ou même Monsieur GUILLON – l’unique député agraire – seront enfermés à La Santé, ou dans quelques autres bâtiments hospitaliers de la Troisième République, vous nous le ferez savoir ... !

Le texte rédigé partiellement par les socialistes, voté par eux et par les «Gauches», menace uniquement les travailleurs. Supposons que demain, - l’hypothèse n’en est pas exclue -, le gouvernement songe à augmenter l’impôt sur les salaires, et que les ouvriers résistent : l’article de loi socialiste et radical jouera à plein contre eux !

En attendant, il peut jouer sans délai contre les vignerons champenois en difficultés avec le fisc. Sa menace plane aussi sur tous les paysans qui songent à la grève de l’impôt pour signifier leur colère à une organisation sociale qui les affame ou qui, plus simplement, ne paient pas l’impôt parce qu’ils ne peuvent pas payer.

On conçoit qu’une partie du groupe socialiste parlementaire se soit demandé, avec quelque inquiétude, si le vote d’un pareil texte ne constituerait pas un morceau un peu trop gros à avaler pour les bons bourgeois qui font confiance à la S.F.I.O. Cette inquiétude explique la diversion tentée par Monsieur BARTHELEMY, député socialiste de Puteaux.

Ici encore nous nous bornerons à résumer les faits :

Non contente de ne pas causer la moindre peine aux grands fraudeurs, la majorité «de gauche» accorde à l’Eglise catholique de singuliers privilèges fiscaux.

Des deux lettres lues à la tribune par le représentant du Parti Communiste, il résulte :

1°) Que le ministre des finances a dispensé les associations diocésaines de payer la contribution foncière et les taxes sur les biens de mainmorte, et que l’Etat se subsiste à ces associations pour payer aux communes la part de ces taxes leur revenant.

2°) Que lesdites associations ne font aucune difficulté pour recevoir de pareils cadeaux de l’Etat soi-disant laïque et même, par-dessus le marché, elles se proposent d’obtenir à brefs délais de pareilles exemptions pour les presbytères.

La lecture de la première de ces lettres, produisît sur l’Assemblée une impression telle, que l’abbé DESGRANGES et le ministre LAMOUREUX durent tour à tour donner des explications piteuses : « Il ne s’agit là que d’avantages momentanés », ergota péniblement le ministre du budget.

Et la situation était visiblement telle, que compte tenu d’une part, de l’absence dans l’article 79 bis de toute disposition contre les fraudeurs, d’autre part, du privilège fiscal accordé aux associations diocésaines, il devenait impossible à La Chambre le vote du texte frappant la grève de l’impôt. C’est ce moment précis que le socialiste BARTHELEMY, volant au secours du gouvernement, du coffre-fort et de la soutane, choisît pour tenter, en l’absence de notre camarade DORIOT, la misérable diversion que l’Humanité a rapporté.

Quelques heures plus tard, sous les rires des représentants de tous les partis – sauf ceux du Parti Socialiste qui faisait plutôt triste figure -, DORIOT, exécutait de mains de maître, le député de Puteaux.

Mais, le tour était joué. Le ministre LAMOUREUX demande le renvoi de la séance. Dans l’intervalle, les négociations marchèrent bon train. MARQUET, grand chef présent du groupe socialiste parlementaire, pût ramener dans le chemin de la discipline ses troupes en partie révoltées. Et à cinq heures, le gouvernement avait sa nouvelle loi scélérate.

Tels sont, rigoureusement exacts, les faits. Grâce aux socialistes, les grévistes de l’impôt iront en prison ! Grâce aux socialistes aussi, les curés continueront à ne pas payer, cependant que les fraudeurs resteront en liberté.

Renaud JEAN

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Published by éditions la brochure - dans renaud jean
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mm 11/04/2013 19:03

l'histoire est un perpétuel recommencement...

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