Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 juillet 2012 7 01 /07 /juillet /2012 15:11

quebec-ecrivains.jpg

  Dans l'ordre de gauche à droite : Michel Vézina, Michelle Corbeil, Stanley Péan Evelyne de la Chenelière.

 

Valérie Marin La Meslée du journal Le Point a organisé de belle manière une rencontre sur le Printemps québécois ce 30 juin à 11 h. Déjà, une surprise, Le Point n’est pas le journal type à s’intéresser aux mouvements sociaux et pourtant cette journaliste a fait du très bon travail en animant la rencontre.

Les intervenants étaient quatre : Stanley Péan, Michelle Corbeil, Evelyne de la Chenelière et, en fin de réunion Michel Vézina. Tous portaient le carré rouge, dont le rouge n’est pas celui de la révolution mais au contraire la couleur du parti au pouvoir : un détournement inventif, comme tout le mouvement. Une fois de plus, un mouvement social inverse un caractère de l’adversaire (des Croquants aux Communards en passant par les Sans-culottes, autant de termes repris aux adversaires).

 

Mouvement social et mouvement politique

Michelle Corbeil organisatrice à Montréal, d’un moment un peu similaire au Marathon des mots, le Cabaret pas tranquille, rappelle comment ce mouvement étudiant s’inscrit dans une histoire ayant sa source dans « la révolution tranquille » des années 60, au moment où la société québécoise prend l’enseignement à l’Eglise, pour le donner à l’Etat. Il s’agit cette fois de le prendre aux marchands pour le redonner à un Etat qui cependant n’en veut pas.

Il n’en veut pas car, rappelle Stanley Péan, le gouvernement actuel est entre les mains des marchands. Il est fondamental, pour comprendre la lutte étudiante, de mettre en rapport les sommes qui leur sont demandées pour payer leurs études, et les sommes colossales que l’Etat abandonne aux grandes entreprises et à la corruption. Il est persuadé que les prochaines élections auront lieu le 17 septembre juste au moment  où une commission d’enquête, mise en place difficilement, va rendre son rapport sur la corruption.

Dans le public deux incompréhensions se font alors jour autour de cette question : «Il y a des élections prévues ? Mais elles ne peuvent être favorables au pouvoir ? » En France les élections sont à date fixe (même si le pouvoir prend de plus en plus l’habitude de les reporter, mais un an à l’avance, et dans un cadre fixe) tandis qu’au Québec, tout comme en Angleterre, le pouvoir fixe la date de l’élection, en fonction de ses intérêts, par une dissolution, avec une campagne électorale très brève. C’est l’exact contraire du système des USA où les élections sont toujours fixées le deuxième mardi de novembre, tous les deux ans.

 

Mais pourquoi, en plein mouvement social, le premier ministre Charest prendrait-il le risque d’une élection le 17 septembre ? Parce qu’après, avec les révélations de la Commission d’enquête, le contexte risque d’être moins favorable, et qu’il n’y a pas de lien direct entre un mouvement social et un résultat politique. J’ai même envie d’indiquer que dans le monde où nous vivons, les élections servent souvent à arrêter un mouvement social. Nous avons eu les Indignés en Espagne avec ensuite la victoire de la droite, nous voyons comment les élections en Tunisie et Egypte servent peu la révolution, nous avions eu Mai 68 (quelqu’un l’a rappelé dans la salle du débat à Toulouse) et la victoire de la droite, mais, à l’origine même du suffrage universel, en 1848, une élection a arrêté une révolution en légitimant, par son résultat à droite, la contre-révolution de juin 1848. Cependant la gauche fut alors obligée de se construire plus solidement pour la suite. Pas question de retenir de ces éléments que, pour la victoire du mouvement social, il faudrait en finir avec les élections, mais il est indispensable de repenser à la fois la politique et l’action sociale.

 

Michel Vézina, présent à la fin de la réunion, dira après d’autres : « nous n’avons plus des gouvernants mais des propriétaires ». Et cet état de fait, « les propriétaires de la politique », a des conséquences sur l’ensemble des forces politiques ! Et sur le sens du politique ! (je vais revenir en conclusion sur ce constat)

 

Mouvement poétique et mouvement social

Le réveil que les étudiants ont imposé à la société, au-delà de l’éventuel résultat politique, c’est le réveil du rêve, de la poésie, du « refus global », c’est le retour en scène du grand poète Gaston Miron, aussi il était bien d’avoir à la table du débat des artistes, sismographes de ce tremblement. Pour se battre, « il faut redonner le goût de se battre », ce goût que les luttes politiques actuelles tuent un peu partout, et plus ou moins sûrement. Pourquoi ? Si le carré rouge est un renversement de l’ordre, l’ordre lui renverse en permanence l’esprit révolutionnaire.

Exemple : l’ordre fait de nous tous des consommateurs, et ensuite, quand les étudiants se révoltent, l’ordre leur reproche de n’être que de vulgaires consommateurs ! Il s’agirait d’une génération gâtée qui a eu envie de faire un peu la fête.

Est-ce que vous comprenez le sens du propos ? Ce propos est global : il tente de nous auto-emprisonner. En fait, nous serions tous coupables, aussi, pour éviter cette culpabilité générale, il faudrait se rendre à l’évidence : personne n’est responsable.

Cette opération de manipulation passe par une manipulation du langage d’où tout l’intérêt de cette rencontre dans le cadre du Marathon des mots. Plusieurs penseurs politiques se sont penchés sur cette mutation du langage visant à faire perdre le sens (en fait le « bon sens ») mais sans une traduction politique concrète ! Voilà pourquoi les propriétaires du politique fabriquent plus d’abstentionnistes que de votants !

Celle qui m’a le plus « éclairé » c’est Evelyne de la Chenelière que je ne connaissais pas du tout. Attentive à la fois au mouvement et aux étrangers au mouvement (dans le peuple lui-même), au langage et au non-langage, au sentiment et à l’analyse, elle a porté le carré rouge avec une grande rigueur. A la fin, la journaliste, comme elle l’avait demandé à Stanley Péan, lui a demandé de lire un extrait de ses livres. Elle a dit : « Mais ce n’est pas en continuité avec le débat » mais la journaliste faisant son travail a insisté et elle a lu le début de la concordance des temps… et c’était à mes yeux totalement dans le sujet.

 

La question sociale et celle de l’indépendance

Michel Vézina a tenu à montrer comment le Québec, par ce mouvement est passé des débats anciens sur l’indépendance, à celui à ses yeux plus crucial du social. « A quoi bon se battre pour une indépendance conduite par « l’homme de droite » Lucien Bouchard ? » Lucien Bouchard, dirigeant du Bloc québécois n’était pas forcément destiné à gérer à jamais un Québec indépendant et un Québec « prisonnier » du fédéral pourra-t-il à lui seul poser la question sociale, pour tout le Canada ? Qu’il faille se poser, non la question de l’indépendance, mais celle de « quelle indépendance ? » n’élimine pas celle de la question sociale car « quelle question sociale ? ». Par exemple, un Québec indépendant n’est pas forcément un Québec francophone contre les Anglophones, mais un Québec faisant valoir son originalité à cheval sur l’Europe et les Amériques. En revendiquant la gratuité de l’inscription à l’université, c’est incontestablement par la question sociale que Montréal a secoué le Québec, mais le mouvement a-t-il secoué tout le Canada ? Ce sens du politique que j’ai déjà évoqué ne peut pas être tracé à l’avance. Il a été rappelé qu’à présent, juillet arrivant, il reste un petit groupe d’étudiants mobilisés mais que l’heure est pour eux… aux petits jobs de l’été… pour se payer les études, avec en août des cours accélérés pour rattraper le semestre, avec donc un rendez-vous à la rentrée. Pour Michel Vézina cette rentrée risque d’être musclée mais je ne crains qu’il prenne ses désirs pour la réalité (combien ont annoncé une rentrée musclée en France en septembre 2003 après des mois de luttes ?).

Stanley Péan, en rappelant la préparation des élections de septembre avec un Charest présenté comme un ange blanc devenant le sauveur, m’est apparu plus conscient du cadre de cette rentrée. Les élections peuvent éteindre la flamme, mais plus rien ne sera comme avant. Une jeune génération qui se lève, sème de toute façon un avenir nouveau et imprévu, par les propriétaires du politique, un avenir qui, des Indignés aux étudiants québécois en passant par ceux de Santiago et ceux de Mexico finiront par imposer un autre sens du politique. Au Chili, aux dernières présidentielles, un candidat atypique avait surpris la classe politique. Au Mexique, le vote aujourd’hui, dont on annonce qu’il va redonner le pouvoir au PRI, a une nouvelle forme, la candidature d’AMLO (Andres Manuel Lopez Obrador) portée en avant par les étudiants et en Espagne les Indignés disparaissent moins que le mouvement de New York « occupant » Wall Street. L’originalité du Québec, c’est que la lutte ayant été clairement « syndicale », elle fait plus que d’autres le lien entre l’histoire d’hier et celle de demain. Elle permet de repenser la Révolution tranquille québécoise (qui avait été cependant suivie par des affrontements très durs) et donc de réfléchir à la forme politique à inventer. La forme politique annonciatrice de ce mouvement « Québec solidaire » va-t-il réussir à débloquer les portes des prisons qui nous coupent les ailes ?

Merci à Jacques Desmarais, qui en présentant le tableau politique du pays nous donne quelques outils pour réfléchir, non à partir du cas français, mais à partir du cas québécois.

Rappelons que ce blog, cet article fait suite à bien d’autres… alors qu’au même moment c’était le silence en France.

JPD

Partager cet article

Repost 0
Published by éditions la brochure - dans québec
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • Le blog des Editions la Brochure editions.labrochure@nordnet.fr
  • : Rendre compte de livres publiés et de commentaires à propos de ces livres
  • Contact

Activités de La Brochure

 

La pub sur ce blog n'est bien sûr en aucun cas de mon fait. Le seul bénéficiare financier est l'hébergeur. En conséquence ce blog va servir exclusivement aux productions de La Brochure. Pour les autres infos se reporter sur un autre blog :

 VIE DE LA BROCHURE

 

BON DE COMMANDE EXPRESS en cliquant ICI      

___________________________________________________________

 Les Editions La Brochure publient des livres, des rééditions, des présentations de livres. Ils peuvent être commandés à notre adresse ou demandés dans toutes les librairies (voir liste avec lesquelles nous avons travaillé  ici      ) :

Editions La Brochure, 124 route de Lavit, 82210 ANGEVILLE

Téléphone : 05 63 95 95 30

Adresse mèl :                          editions.labrochure@nordnet.fr

Catalogue de nos éditions :                                       catalogue

Catalogue 2011 :                                                                   ici

Présentation des livres :                                          livres édités

Bon de commande :                                             bon de commande

Nos livres sont disponibles chez tous les libraires

indépendants en dépôt ou sur commande

 

Nouveau blog RENAUD JEAN et LIVRES GRATUITS

Vous pouvez nous demander de recevoir la lettre trimestrielle que nous publions et nous aider avec les 10 euros de la cotisation à notre association. Merci de nous écrire pour toute information. Les Editions La Brochure.      

Articles sur la LGV: seulement sur cet autre blog:

Alternative LGV 82     

 

 

Nouveautés de 2013

 Elections municipales à Montauban (1904-2008) ICI :

Moissac 1935, Cayla assassiné : ICI

Tant de sang ouvrier dans le nitrate chilien ICI  

Révolution/contre-révolution le cas du 10 mai 1790 à Montauban ICI

 ADÍOS GUERRILLERO  ici

J’ai vu mourir sa LGV ici

Derniers titres :

Portraits de 101 femmes pour 20 euros. ici

Karl Marx, sur Bolivar ici

Ducoudray-Holstein Histoire de Bolivar ici

Jean-Pierre Frutos, Refondation de l’école ici

Jean Jaurès : Articles de 1906 dans La Dépêche et dans l’Humanité ici

Recherche