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6 juin 2013 4 06 /06 /juin /2013 15:55

J’avais 16 ans et mon unique grand-mère emporta son charabia dans sa tombe. C’est en répondant aujourd’hui aux questions de Rosendo Li (1) que je me suis dit qu’il était temps de rendre un hommage mérité à Maria. Paradoxe incroyable, je croyais qu’elle parlait français ! Ayant toujours entendu son charabia, je la comprenais parfaitement d’autant plus qu’il n’existait pour moi qu’une vraie langue, le français, qui devait suffire à nos besoins linguistiques. A l’école, je m’étais mis à l’espagnol et même à l’anglais, mais par la force des choses. Dans l’oreille, j’avais des traces, et plus que des traces, du patois (l'occitan), mais le français était notre langue et Maria le parlait très bien.

Sur le marché de Caussade où je l’accompagnais pendant les vacances, tout le monde la comprenait aussi bien que moi, et pourtant, des enfants qui l’écoutaient, ne pouvaient suivre une conversation avec elle.

Très croyante elle était sollicitée pour un talent lui aussi très bizarre : elle éteignait le feu !

 D’elle je me souviens de cette expression : « fa il gros » et il m’a fallu des années avant de comprendre que cette expression avait besoin d’une traduction ! Dans sa bouche, dans le contexte, c’était une évidence : un des voisins agriculteurs voulait faire le gros agriculteur ; elle, ne cherchant que la modestie dans la culture des salades. Non ce n’était pas une insulte, ni un mépris affiché, mais un simple constat, comme on dirait de telle autre personne : « elle se fait belle ». Ceux qui veulent « péter plus haut que leur cul » et cette expression ne pouvait être sur ses lèvres, doivent s’attendre à de grandes déceptions : voilà le sens profond de « fa il gros ».

 En fait ma grand-mère venue d’Italie avait transporté avec elle l’italien de sa province. Pour vivre, jeune, elle allait faire de la couture dans des familles qui parlaient patois, et au village le français dominait, alors elle s’est mise à parler charabia, je veux dire un mélange des trois langues.

 Mon premier étonnement est venu d’immigrés portugais que j’identifiais parfaitement comme étant des Portugais, parlant une langue totalement inconnue pour moi, et qui venaient acheter du vin. Avec ma grand-mère, ils se comprenaient comme si elle avait toujours parlé portugais ! Et des uns aux autres, les immigrés en question se passaient le mot : ils pouvaient aller acheter du vin chez quelqu’un les comprenant !

Je dis ça parce que les Portugais étaient des immigrés voyageurs et non des immigrés installés dans le village. Régulièrement, l’un était remplacé par un autre, mais ils ne perdaient pas le filon du vin compréhensible.

Le mot charabia est-il le plus approprié pour caractériser la langue de ma grand-mère ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un sabir ?

 A écouter les langues autour de moi j’aurais dû voir naître en mon jeune esprit l’amour des langues or il me faudra attendre mes 22 ans pour, en rencontrant le Québécois Jacques Desmarais, comprendre enfin et un peu tard (déjà) qu’il n’y a de parole possible que par la confrontation des langues, confrontation qui est dans le français lui-même et dans ces mots que sont charabia et sabir. Ensuite, j’ai étudié l’occitan, puis revu l’espagnol, et pris une méthode d’italien. Pour l’anglais je me suis résigné à seulement le lire. J-P Damaggio

Emission que vous pouvez retrouver sur CFM au chapitre « rendez-vous avec Rosendo ». celle-ci sera diffusée dimanche à 13 h.

 

 

PS : Tout d’un coup je me suis demandé si je n’avais pas déjà écrit ce texte et j’ai cherché sur le blog avec le moteur de recherche, au mot grand-mère. Je la trouve deux fois pour une histoire de train et une de dollar :  Le paris-cerbère   Nos rêves des amériques

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Published by éditions la brochure - dans tarn-et-garonne
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