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24 novembre 2013 7 24 /11 /novembre /2013 17:09

centaure.jpg

 

Dans un article récent sur les Bonnets rouges[1], l'ami René Merle reprend cette citation de Gramsci :

"Autre point à définir et à développer : celui de la « double perspective » dans l'action politique et la vie de l'État. Différents niveaux où peut se présenter la double perspective, des plus élémentaires aux plus complexes, mais qui peuvent se réduire théoriquement à deux stades fondamentaux correspondant à la double nature du Centaure de Machiavel, la bête sauvage et l'homme, la force et le consentement, l'autorité et l'hégémonie, la violence et la civilisation, le moment individuel et le moment universel (l'« Église » et l'« État ») l'agitation et la propagande, la tactique et la stratégie, etc. "

 

Gramsci, Notes sur Machiavel, sur la politique et sur le Prince moderne (1931-1933) 

 

 Habité que je suis en ce moment par Bourdelle, j'ai repensé au Centaure qu'il a sculpté et qui est un Centaure mourant.

 

J'avoue que je suis encore intrigué par cette sculpture (une des neuf qui sont dans les rues de Montauban et qui devraient être dix). Pourquoi le centaure et pourquoi mourant ? Sapho, Pénélope sont plus immédiatement compréhensibles.

Dans le Centaure c'est l'homme qui meurt comme si la bête avait gagné. Et sur la sculpture il est même écrit : "La Mort du dernier Centaure".

Le hasard de l'actualité fait que la sculpture est révélée en juin 1914 avant la naissance de la Grande Boucherie. Je ne pense pas Bourdelle comme étant un obsédé de l'actualité mais en même temps cette conviction de la mort de la civilisation sera à la base de son amitié, aussi surprenante que son Centaure, avec l'écrivain André Suarès qui lui, par contre, annonça sans hésiter, dès 1936, la Grande Boucherie plus moderne de 1939.

 

Dans le Centaure de Machiavel je note avec intérêt que le moment individuel est celui de la bête sauvage et le moment collectif est celui de la civilisation.

 

 

Voici quelques approches du Centaure de Bourdelle.

 1 ) Jérôme Godeau auteur de la notice du Musée Bourdelle écrit :

"Le choix se porte sur La Mort du Centaure, cette fresque aux accents élégiaques exécutée par Bourdelle pour l'atrium du théâtre des Champs-Elysées. Le Centaure mourant en est la transposition en ronde-bosse. La première étude date de 1911, le modèle intermédiaire de 1914, en juin de la même année, Bourdelle met la dernière main au modèle en terre à grandeur définitive et à son moulage.

 

L'homme-cheval nourri de chasses et de festins de chair crue, caracole du plus profond des temps fabuleux. Mais Bourdelle interprète le mythe qu'il rattache à la lignée des "centaures spirituels" comme Chiron le pédagogue, l'initiateur d'Apollon à l'art de la musique - les sabots et la lyre...Si les frisons de la robe, l'ondulation des flancs sont d'un modelé sensuel, l'allongement de la taille, l'évasement du torse, l'étirement de la ligne du bras et du cou s'inscrivent dans la perfection d'une figure géométrique. Où "la matière et l'esprit s'entraidant font de l'homme un dessin surhumain". (Bourdelle)

 

2 ) Un visiteur de Montauban inscrit sur son site :

 

"La mort du dernier centaure est une sculpture en bronze de Bourdelle faite en 1914. Elle est situé à Montauban, ville natale de l'artiste que je visite actuellement. Ici l'artiste représente le centaure Chiron mortellement touché par Héraclès. Il meurt en pleine lutte, avec dans ses mains la lyre par laquelle il avait espéré s'élever vers l'idéal.

 

Lorsqu'on demanda à Bourdelle pourquoi il avait choisi de le représenter mourant, il répondait : "il meurt comme tous les dieux parce qu'on ne croit plus en lui".

 

Il cite aussi François-Henri Soulié (écrivain) parlant au nom de Chiron :

 

"Petits mortels qui m'écoutez, apprenez mon tourment : mon seul ennemi est moi-même et ma double nature. Inapte à la bestialité sans remords et à jamais exilé de l'humain accompli. Ma croupe animale me tient rivé à cette terre, tandis que mon torse n'en peut plus de tendre vers l'azur. Au bout de mes doigts gourds, ma lyre mélodieuse s'est endormie. Mes sabots trépignent, mes reins frissonnent en proie à la fureur de tous les désirs terrestres. Que mon exemple vous fasse horreur et pitié de vous-même. Car nous sommes de la même race : nous aspirons au sublime et nous pataugeons dans la banalité. Je suis l'image de cette dualité qui vous hante. Tant que vous troquerez l'harmonie contre la barbarie, la compassion contre la violence, les centaures peupleront le monde. Et tant que vous ferez semblant de vivre, les centaures feront semblant de mourir. "

 

3 ) Guy Chastel dans son livre sur Beethoven et Bourdelle écrit de son côté :

 

"Pénélope, Sapho, le Centaure, Héraclès sont créés et exécutés dans l'ordre universel. Un divin souffle s'échappe comme des Symphonies, de leur âme de bronze ou de pierre. Ces puissantes entités ont l'air, à première vue, de dépasser notre capacité moyenne, elles ne font qu'exprimer une surhumaine et possible élévation des âmes.

 

Elles ne font que raconter Bourdelle comme les Symphonies ne font que raconter Beethoven, mais, en le racontant, elles nous racontent aussi, et c'est ce qui leur fait une vie amplifiée, cette vie intégrale, qui est la sienne, la nôtre et celle de tous les êtres. C'est aussi dans le même sens que les personnages de Racine, princes et princesses de son temps, sont pourtant nos contemporains, et, s'exprimant pour eux, nous révèlent à nous-mêmes.

 

A mesure qu'il avance dans la vie, Bourdelle charge ses héros de son expérience, mais, à mesure aussi, il se rapproche de Beethoven. Il leur confie comme à Fidelio, comme à Coriolan, comme à l'inspirateur de l'Héroïque ses préférences et ses raisons d'être. Et, comme vivre, ce n'est jamais que passer de la lutte à l'extase, il va lui-même de l'un à l'autre pôle. Héraclès c'est l'effort et Sapho l'enchantement ; Pénélope la patience et la fidélité ; le Centaure, le devoir et l'honneur de mourir debout.

 

Parvenus à cet état de symboles et à cette vertu d'expression, ce ne sont plus là des êtres fictifs créés aux mirages du cerveau, ce sont des individualités fraternelles; leur densité leur vient des puissances internes qui les ont enfantées. Elles doivent à l'âme leur don de vie, de vie supérieure. N'est-ce pas là pour Beethoven et pour Bourdelle, le vrai point de rencontre ?

 

Conclusion

 

Le centaure symbolisant le devoir et l'honneur de mourir debout ? Mais une fois encore : qui meurt ? Un dieu, car on ne croit plus en lui ? Si le dieu meurt totalement pourquoi un cheval qui se tient fièrement debout ? Car le centaure veut mourir debout ?

 

Dans la tactique et la stratégie qui peut mourir ? Les deux sont solidaires mais la mort peut provenir d'une tactique incapable de stratégie, ou d'une stratégie incapable de tactique. Pour se relever, les deux chemins n'ont pas les mêmes conséquences. Car de toute façon il faut bien se relever, les dieux n'ayant jamais dit leur dernier mot et les hommes non plus ! JP Damaggio

 


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Published by éditions la brochure - dans Léon Cladel
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