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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:56

J'avais écrit l'article sur Vazquez Montalban cite Neruda quand j'ai trouvé ce texte...

 

Chronique des Amériques n°7 : Le bonjour de Diderot Martinez

 

L’histoire nous dit que ce jeune médecin était au Guatemala en l’an 2001 au service de Médecins sans frontières. Péruvien, il y trouva des amis catalans avec qui il frôla souvent la mort. Quand il fouille dans sa mémoire pour y chercher un poème capable de lui tenir compagnie, il pense à Pablo Neruda qui dédia un texte au Guatemala. Il se récite des vers qu’il ne classe pas parmi les meilleurs du Chilien, car, à ses yeux, trop conventionnellement progressistes. Pour signifier sa joie, il utilise les valses péruviennes et quand il veut parler de son continent il dit toujours « le continent de Bolivar et Mariategui ».

 

Au Guatemala, tout en ayant l’apparence d’un indigène capable de se fondre dans la foule, Diderot savait qu’au premier mot prononcé, son accent chantant trahirait aussitôt son origine étrangère. De ce fait, Péruvien de Piura, il craignait autant que ses amis catalans, les paramilitaires avec qui il pouvait cependant « partager » des références communes en matière de chanson. Pensons à celle-ci, écrite par Fernando Maldonado et qu’ils entendirent dans les forêts de San Mateo : « Et revenir, revenir, revenir, être à nouveau dans tes bras ».

 

Diderot Martinez existe-t-il vraiment ? Je viens de l’emprunter au dernier roman « blanc » de Manuel Vazquez Montalban et je l’évoque ici en guise d’hommage, à l’heure du premier anniversaire de sa mort. Erec et Enide, tel est le titre repris par l’écrivain à Chrétien de Troyes, pose une fois encore les rapports entre la fiction et la réalité. Montalban écrit ceci à un moment tragique pour les héros : « Quant à Diderot, il se borne à contempler son étrange navigation sur les mers intérieures de la mémoire et du désir, démontrant comme toujours sa capacité à vivre sa vie envers et contre tout, y compris entouré de fusils-mitrailleurs ». Diderot navigue comme Manuel à 20 ans, sauf qu’ensuite Manuel se mit à écrire alors que Diderot soigne les humains.  

 

Les amis catalans de Diderot (Pedro et Myriam) sont la version moderne du couple Erec et Enide, version qui croise celle d’un autre couple, les parents adoptifs d’Erec-Pedro. Le père de Pedro, un homme de culture ne vivant que par le roman arthurien s’entendra dire, vers la fin du roman, de la bouche de sa maîtresse : « Tu aurais aimé être Erec mais tu n’en as pas été capable et en conséquence tu as minimisé les possibles Enide. Ta femme, moi, tes maîtresses occasionnelles ». La fiction pour fuir le réel ? Au repas qui le consacre, le vieil homme de culture (ici Je) rencontre une jeune admiratrice (Celsa) qui lui demande :

 

« - Ce que nous savons nous fait-il vraiment du mal ?

Je suis obligé de lui donner une réponse que je n’ai pas mais que j’improvise, avec ma facilité due au vin et à la communion des saints gastronomes que nous avons établie, y compris avec la ministre, qui mange peu, comme si elle voulait garder la ligne, encore que je vois pas de quelle ligne il s’agit.

Oui, Celsa, si ça nous empêche de vivre.

Je ne comprends pas.

Parce que vous êtes très jeune, mais quand s’additionnent des lustres de culture on peut arriver un jour à la conclusion que cette culture a agi comme un intermédiaire et comme un barrage entre nous et la vie.

Tant mieux, non ?

Non.

Le ton tranchant de ce « non » me surprend moi-même autant que les autres et je me vois forcé d’improviser une justification ».

La fiction pour se masquer le réel ?

 

Pour fuir sa vie ou la retrouver,Vazquez Montalban (Manolo pour beaucoup de personnes) utilisa peu l’Amérique latine. Il y eut Cuba, où son père tenta l’aventure avant de devenir son père. Puis, l’être sous-réaliste se désignant du nom de subcommante Marcos. Entre les deux, les mères de la Place de Mai devenue des grands-mères. Sans oublier les dizaines d’écrivains dont un qui rongea l’âme de Manolo, trois fois présent dans Erec et Enide : Mario Vargas Llosa. Mentionné nommément comme l’auteur d’un travail sur une œuvre capitale de la littérature chevaleresque, Tirant le blanc, où il fut guidé par Martin de Riquer. Mentionné par une œuvre, La fête au bouc (l’antithèse du livre de Vazquez Montalban, Galindez). Mentionné par le détail qui nous ramène à Diderot Martinez : l’accent chantant de Piura qui fut si déterminant dans la vie de Vargas Llosa. J’explique cette référence explicite à cette ville peu connue du Pérou, par un clin d’œil à Mario car Manolo semble étranger au monde péruvien et même andin. Dans le tour du monde final qui rassemble les obsessions de toute sa vie et qu’il impose à Pepe Carvalho, le détective et son cher Biscuter débarquent à Valparaiso pour, de là, prendre la route que Neruda suivi clandestinement quand il dut quitter le Chili pour Mendoza en Argentine. Ils croisèrent un admirateur d’un autre poète, Juan Gelman et avec lui, allèrent jusqu’à Ushuaia avant de remonter vers Buenos Aires. Ensuite ils contournèrent l’Uruguay avant de quitter les Amériques. Les Amériques de Manolo furent donc très peu andines. Dans ce roman, Milenio, Pepe refuse la communion des saints, tandis que le héros d’Erec et Enide a encore la sienne. Il reste encore des révoltés. 13-10-2004

P.S. : Suite à la précédente chronique un ami qui travaille à Porto Alegre me fit deux observations. Une pour dire qu’en effet le PT risque fort de perdre le 31 octobre, dans cette ville. L’autre pour contester que Marta Suplicy puisse devenir la candidate du PT à la prochaine présidentielle. Sur ce point, j’ai été manipulé par la presse brésilienne qui, pour combattre Lula, lui invente une remplaçante. Je suis sûr qu’il a raison, donc acte.

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