Mardi 15 juin 2010 2 15 /06 /Juin /2010 17:03

 

Je viens de comprendre le pourquoi, hier, de l’Assemblée générale de l’association TGV, vite ! C’était pour relancer le moral des troupes pro-LGV par une page dans La Dépêche, sous le titre « TGV : une locomotive pour la région » (comme toujours on appelle LGV, TGV) ; malheureusement l’article de Libération sur le sujet est moins enthousiasmant (voir à la fin). Ne dédaignons pas notre plaisir à lire enfin sur La Dépêche une donnée sérieuse : les trois gros de Toulouse (Conseil régional, Conseil général, Grand Toulouse) ont prévu de verser 267 millions d’euros pour la construction de Bordeaux-Tours (valeur 2006). Mes chiffres indiquent 279 mais ne chipotons pas sur les détails. Indiquons en passant que le total des collectivités territoriales de la région représente 350 millions et comme certaines refusent de payer, les autres devront mettre encore plus la main au portefeuille.

Après ce petit plaisir, qu’est-ce qu’on apprend d’autre ? « L’arrivée du TGV va booster l’économie régionale pendant de longues années. » Or la question est la suivante : avec 10 milliards d’euros d’investissement, la construction de la nouvelle ligne est-elle le meilleur moyen de développer (booster c’est mieux) la dite économie ? « Pour que l’Aveyron et l’Ariège bénéficient de l’effet TGV, Pierre Cohen, président du Grand Toulouse mise sur l’inter-modalité c’est-à-dire sur la connexion entre le TGV qui arrive à Toulouse et un réseau régional dense et bien cadencé (TER). » La référence à l’Ariège et à l’Aveyron n’est pas le fruit du hasard : voilà de méchantes collectivités territoriales qui ne veulent pas payer. »

Mais l’embrouille la plus dure à avaler c’est « Toulouse porte ferroviaire pour l’Europe du sud » sous entendu : il faudrait pour ça une continuation de la LGV. RFF a lancé des groupes d’études sur le sujet mais comme l’a indiqué Malvy nous en sommes comme en 1990 pour la ligne Bordeaux-Toulouse qui sera peut-être opérationnelle 30 ans après. La porte du Sud c’est vendre du rêve à bon compte ! Alors que par la ligne existante cette porte existe déjà…

Quant au turbo pour le tourisme (le turbo ne serait-il pas passé de mode ?), quelqu’un a fait observer que si la LGV permet de venir plus vite elle permet aussi de partir plus vite. Et la tendance la plus forte sera-t-elle de venir ou de partir ? Que dire par exemple, quand le représentant du cabinet CM International indique que des habitants de Metz peuvent à présent aller travailler tous les jours à Paris comme ça arrive à des habitants de Tours ! Dans ces conditions on comprend que l’optimisme le plus fort concerne la construction de bureaux près de la gare, à Toulouse comme à Bordeaux. Mais dans ce cas s’agit-il de créations d’emplois ou de déplacements d’emplois ? C’est à cette question qu’il faudrait répondre sous peine de nous faire prendre des vessies pour des lanternes !

Il y a eu avec la salle un débat très court mais le journaliste était sans doute déjà parti car s’il n’oublie personne parmi les interventions de personnalités, il oublie tout le monde côté public ! Parmi les personnalités puis-je m’étonner que le président du groupe de travail sur l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation en Midi-Pyrénées soit le patron d’Actia ? C’est vrai, il est aussi le président de l’institut national des sciences appliquées de Toulouse.

Enfin une heureuse surprise… à la rubrique courrier des lecteurs. Une lettre a été retenue qui indique que par les lignes existantes le TGV irait moins vite et conclut par cette question : « Vaut-il vraiment la peine de faire tant de destructions pour gagner 44 minutes sur le trajet qui sont vite englouties dans la journée par un verre de café ? Si on est vraiment pressé on prend l’avion. La nature s’en trouvera mieux et les gens aussi. Il y a un moment où la course à la vitesse n’a pas vraiment de sens… » Là aussi ne chipotons pas sur le 44 minutes qui est nettement au-dessus de la réalité (surtout avec les tunnels prévus) pour retenir l’essentiel, la démarche de celui qui prend le temps de vivre en buvant un café…

15-06-2010 Jean-Paul Damaggio

Article de Libération avec deux commentaires

14/06/2010 Libération

Le TGV Paris-Toulouse promis aux calendes grecques

ÉCO-TERRE. Si Ulysse avait eu à emprunter le TGV Paris-Toulouse pour rentrer à Ithaque, son Odyssée aurait à coup sûr duré au moins dix ans de plus.

L'ex-maire de Toulouse Philippe Douste-Blazy, en 2003, envisageait une ligne à grande vitesse (LGV) reliant Paris aux horizons 2015. Les circonstances amenaient son successeur Jean-Luc Moudenc à plutôt parier sur 2016. Martin Malvy à la Région préfère aujourd'hui croire que quelque chose pourrait se dessiner pour 2018. Qui préside le Grand Toulouse, Pierre Cohen avance ce lundi 14 juin les dates de «2019 ou 2020», en précisant: «si on est réaliste».

Chacun de ces élus aimerait ou aurait aimé annoncer que les Toulousains n'avaient plus 5h20 de tortillard déguisé en TGV (1) pour se rendre dans la capitale. Mais les dieux de l'Olympe ferroviaire ne paraissent pas pressés de voir Ulysse rejoindre Pénélope:

Le président du Conseil général de Haute-Garonne, Pierre Izard a fini de refroidir les derniers enthousiasmes de l'association TGV Sud-Ouest réunie ce matin à Toulouse: «Il y a à peine 48h, le Premier ministre François Fillon annonçait que des corrections seraient nécessaires visant à réduire le déficit de l'État...»

Autrement dit, l'État qui n'a encore signé aucun engagement pour la réalisation de cette LGV, laisse maintenant penser qu'il pourrait mégoter ses financements.

Le TGV à Toulouse, c'est l'histoire des calendes grecques:

C'est épique, en tout cas. Où les partenaires semblent engagés au jeu du «toi d'abord!»: pour que la ligne à grande vitesse se poursuive un jour au-delà de Tours, l'État demande que les collectivités traversées commencent par s'engager à y aller de leur écot: soit 1 milliard 116 millions d'euros pour les collectivités de Midi-Pyrénées (2).

Les Midi-Pyrénéens qui devraient ainsi financer une part du trajet Tours-Bordeaux, loin de chez eux donc, exigent que l'État commence par les assurer que leur territoire sera un jour desservi. Ils veulent bien verser les 276 millions d'euros que cette part extra-régionale représente, mais sur une sorte de compte bloqué jusqu'à un engagement par écrit du ministre des Transports. C'est parti pour durer...

Heureusement que la SNCF et Réseau Ferré de France estiment que seule la poursuite de la LGV jusqu'à Toulouse justifie un tel investissement, le seul bassin de population de Bordeaux n'y suffisant pas. Sinon, les 276 millions que les collectivités de Midi-Pyrénées (3) menacent de ne pas verser ne pèsent pas un vingtième de ce qui est nécessaire pour aller de Tours jusqu'à Bordeaux: sans cet apport, le TGV pourrait malgré tout être construit jusqu'à la métropole aquitaine et ne jamais remonter la Garonne.

Le pire n'est jamais sûr, mais enfin.... Ses actuelles difficultés financières font que l'État ne sera peut-être plus avant longtemps l'aménageur du territoire qu'il a été. La prévision qui suit ne date que de 1990: le TGV à Toulouse ? C'est pour bientôt. GL.

Commentaires Jean-Paul Damaggio

1 ) 5 h 20 compte-tenu de la distance c’est pas un tortillard même si le mot fait bien dans le style employé.

2 ) Ce chiffre ne viendrait-il pas du blog de La Brochure ?

3 ) Le financement est si complexe que le 276 millions c’est seulement pour trois collectivités territoriales de Midi-Pyrénées car au total pour cette région c’est 350 millions valeur 2006. Si je salue l’effort d’information financière, il faudrait signaler la nouveauté pour une LGV : la concession donnée à VINCI et quoi de mieux que de confier au privé l’aménagement du territoire...

Par éditions la brochure - Publié dans : la LGV toulouse-bordeaux - Communauté : environs de Toulouse
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